Ann. arch., T. XVI, p
que de lui faire ajuster son arc pour percer les malheureux qui déjà sont écrasés sous les pieda de son cheval. C'est un manque de dignité d'autant plus sensible dans le bas-relief de Limoges, que seul il montre ce cavalier avec la couronne. Il la devrait toujours porter. Cornélius l'a jeté en avant parun trop vif effort pour tendre son arc: ce noble cavalier ne doit pas avoir besoin d'effort. Le peintre a fait de son cheval un cheval de course : il vaudrait mieux que ce fût un cheval de bataille. Sur le tombeau de Jean de Langheac, c'est avec raison, eu effet, que les trois premiers chevaux semblent de nobles destriers. lis pourraient, sans perdre ce caractère, avoir la tête plus en avant et la course plus allongée, en prenant quelque chose du premier cheval de Cornélius \ mais il faut bien se garder d'imiter les poses tourmentées de ceux qui le suivent. Un chevaljancé dans les airs n'est pas de la nature de ceux qui se tourmentent, il n'a de vigueur que pour obéir à la pensée qui le commande. Le cheval de la Mort, dans cette con)position, poursuit franchement sa course, comme le premier des quatre chevaux : cela vaut mieux; il y va tête baissée, cela convient spécialement à son rôle-, il n'a pas moins de vigueur que ses compagnons : c'est un exemple qui mériterait d'être suivi. A Limites, au contraire, la Mort est moins bien montée que les autres cavaliers, et dans la gravure d'Albert Durer, sa rosse éthique, loin de pouvoir soutenir une course prolongée, semble faire son dernier effort avant de succomber elle-même à la tâche : il faudrait que ce cheval fût décharné^sans doute, et cela a d'autant plus de raison d'être, dans une sculpture ou une gravure, que la peinture seule peut le montrer d'une couleur livide; mais son jet n'en sera pas moins puissant. Nous le dirons aussi du sinistre cavalier. En pareil cas, la mort ne devrait jamais être représentée comme un squelette. Elle ne Ta été non plus dans aucune des trois compositions que nous comparons; mais Albert Durer en a fait un vieillard décrépit et sans force. Qu'elle ait quelque chose de cadavéreux, soit ; mais il ne faut pas que sa puissance en paraisse diminuée. Ces conditions sont remplies à Limoges, elles le sont mieux encore dans la composition de Cornélius.
La galerie de Venise possède plusieurs tableaux de Palina le Jeune, représentant divers sujets de l'Apocalypse, parmi lesquels la vision des quatre cavaliers se fait surtout remarquer. Ces figures ont du relief, de l'élan, de la vigueur ; mais, sur deux rangs, les chevaux parai-^^^ent moins vivement entraînés que placés presque de front, tels qu'on les voit dans les compositions précédemment décrites, et dans (^elle que nous donnons maintenant, d'après uuo des vignettes de Damien Maraffi *•