JUGEMENT DERNIER
DES PINS DKRNI^BS. tôt
prodaisons, le sentiment est analogue rauis non pss identique ; bien que tourné vers les élus, le Christ prononce la sentence llDale,plutdt qu'il ne les invite avec unour ft venir à lui. D'ailleurs, la double face de cette sentence est bien accusée par l'inclinaison de son regard à droite, et le mouvement de sa main gauche , dont il ne inontre que le revess. On remarquera aussi que. dans cette composition sommaire, on ne voit point les réprouvés ; mais ils sont rejetés au bas de l'a page dans une vignette accessoire, où, pour eux, les supplices commeAcent dans toute leur horreur.
Il faut toujours que l'horreur se trouve quelque part, quand on traite un pareil sujet, et nous ne saurions biflmer Michel-Ange d'en avoir imprimé le sentiment à sa compontion tout entière , s'il eût , d'ailleurs, avec ce sentiment même, su maintenirle Juge, les Anges et tes Saints qui forment sa cour, et les élus qui montentan ciel, dans un caractère qui put leur convenir. Noos coroprepons que, indigné de tout ce qui, surlalerre, appelle la Justicedivine, on ne montre dans le Christ que le vengeur de tous les crimes; qu'on ne le fasse apparaître que pour terrasser do son regard tous ces
puissants dans le mal, ces tourbes écrasantes ^
par le nombre, ces despotes qui faisaient tout fléchir, ces fourbes qui ont opprimé par la fraude et le mensonge; ils réduisaient le bien »
k l'état de victime, presque à l'état de Jagemani JwDier.
problème : les voilà conlbndus. L'angélique iVîgoeite de Simon Vottre'.) et suave peintre de Fiesole lui - même
voulait entrer dans cet ordre d'idétss, dans le Jugement dernier qu'il avait commencé à Orvieto; car il y a peint le Christ qui se soulève de son siège, et repousse de la main, d'un geste vraiment énergique , tous ces suppôts de Sat; n , ftevenus désormais ses victimes. Il n'en aurait pas moins, on peut en fitre sitr, imprimé à l'ensemble de son œuvre, s'il eût pu l'acht^ver, un cachet dominant de paix et de béatitude, par la supériorité comparative avec laquelle il eût 1. Il bul reintrijucr que le Jcisinileur (ur boii a inleiTerli l'ordre île l« droite elde le ganche.
492 GUIDK 0£ l'AHT CHRÉTtBN.
traité le côté des élus, où son cœur le plaçait. En prenant le sujet au point de vue qu'il avait choisi, la chosç n'avait pas moins sa raison d'être : les bons seraient dans la paix par cela seul qu'ils seraient affranchis de la domination des méchants terrassés; et puis, si les regards du Sauveur ne sont pas tournés dans ce moment vers eux, ses Anges ne sont-ils pas toujours, aux yeux du pieuxdominicaih, surtout les ministr?8 de son amour? LeBeato était, d'ailleurs, déjà entré dans cette voie, en peignant à la voûte son chœur des Prophètes; Benozzo Gozzoli l'y avait suivi, en peignant les autres chœurs des Saints; et Luca Sij^norelti lui-même, continuant les mêmas errements, a su mettre,—- comme nos lecteurs ont pu en juger par la vignette que nous avons reproduite (T. III, p. 261), — dans la rencontre des élus par leurs Anges et dans leur couronnement, une grâce et un chaime qui, depuis le Beato Angelico, ont été peu dépassés. 11 n'en a pas moins traité avec une grande vigueur, conformément à la pensée principale manifestée 4ans le Juge, l'exécution de ses justes vengeances, et en le faisant, il n'a pas dépassé le but. Ou Michel-Ange a été trop loin, c'est -^ à part les nudités, sur lesquelles nous nous sommes d'avance suffisamment expliqué, à part des exagérations musculaireset des attitudes forcées qui ne se rencontrent dans la nature que par exception, — c'est en imprimant aux Saints eux-mêmes, réputés déjà en possession de la gloire et formant le conseil du Souverain Juge, et non appelés pour être jugés, une sorte de terreur convulsive qui est portée à l'excès surtout dans la sainte Vierge. Il eût suffi d'une sorte de solennelle tristesse, suspendant un instant les épanchements de la béatitude, pour conserver au tableau la couleur sévère que, légitimement, il aurait pu prendre. Aucun motif ne saurait dispenser, quand on représente le séjour céleste, de montrer de l'ordre et du calme parmi ses heureux habitants. Hais c'est dans la Ggure du Souverain Juge lui-même, que Michel-Ange a le plus abusé du don qu'il avait d'être vigoureux et original. Ce type de figure de sa pure invention n'a rien de divin, et quant au mouvement qu'il lui prête, il ne pouvait dépasser l'exemple qui lui avait été donné à Orvieto, sans aller trop loin. Ce Christ ne repousse pas seulement les damnés, il semble vouloir les frapper comme dans un excès d'emportement, et comme se prévalant, pour les écraser, de sa' force d'Hercule.
Ce n'est pas que nous ne reconnaissions, nous aimons à le répéter en toutes occasions, ce qui doit assurer, à cette œuvre grandiose, une part toujours légitime d'admiration. Elle est marquée, dans son ensemble, au coin du|;énie, et ce génie s'eit inspire d'une grande pensée chrétienne : la terreur des jugements de Dieu. Nous lui accordons le pouvoir de saisir les âmes, mais nous ne saunons lui accorder de jamais servir de guide aux artistes chrétiens.
DBS FINS DeRNii^,Res. 493