DES BONS ET DES MAUVAIS ANGES DANS LA SCÈNE DU JUGEMENT
La irès-sainte Vierge, les Apôtres et les Saints apparaissent, au jour du Jugement, comme les assistants du Souverain Juge; les Anges, commeses ministres et les exéculeursde ses décisions i>uprémes ; ils sont les hérauts qui, au son de ia trompette, convoquent tous les hommes à ce grand lit de justice. A leur appel, les morts, sortent du tombeau-, ils portent les pièces de conviction, c'est-à-dire les instruments de la Passion : il n*en faut pas d'autres; ils attestent le crime et les moyens que Ton avait de l'expier, et tous les condamnés sont par là môme convaincus, non psis seulement d'être coupables au premier chef, mais d'être des obstinés et des endurcis. Les Anges forment aussi la garde du Roi des roîs, garde toute d'honneur, car il n'a aucun besoin d'être défendu quand tous ses ennemii^ sont réduits à l'impuissance.
L'information est faite d'avance ; néanmoins, pour plus de solennité et pour la manifestation de la justice divine, tout va être pesé comme de nouveau, et Ion verra universellement ce que chacun apporte à sa charge ou peut invoquer à sa décharge. Ce n'est pas trop du premier des Anges, pour une mission aussi délicate, et saint Michel tiendra glo*
rieusement, au-dessous du Fils de Dieu, l'équitable balance qui, dans un clin d'oeil, montrera à tous comment tous sont bien jugée. Orcagna (pi. xxvni) n'a pas.mis la balance entre les mains du Prince des milices célestes, mais il a rendu la même idée par un équivalent, en suspendant dans ses mains, avec un équilibre parfait, deux banderoles qui portent ces sentences, pourtant si opposées : a Venez, bénis! o <— c Ailes, maudits I » Le superbe guerrier ne combat plus, il ne s'anime plus d'une vive indignation; il a lui-même toute l'impassibilité de la balance. Audessous de lui, on remarque un autre Ange, accroupi dans une position qui ne semble pas en tout point heureuse; mais nous pensons que le
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défaut ne tient qu'à la difiiculié (ragenceinent, le peintre ayant voulu, sans écarter de lui son compagnon, laisser en vue en entier toute la poitrine de celui-ci. Cet Ange, associé de si près à saint Hichel,^seroble avoir pour mission de proclamer les décisions de la souveraine équité, et, au premier son de sa voix, tous doivent avoir entendu et leur propre sentence et la sentence de tous. Nous serions trompé si^ dans la pensée de l'artiste, cet Ange n'était pas Gabriel. C'est en vertu de l'Incarnation que tous sont sauvés ; c'est faute de s'être appliqué les grâces de l'Incarnation que sont rejetés, dans l'infamie de leurs propres actions, tous les déshérités de la gauche.
Viennent ensuite les Anges chargés de mettre à exécution les arrêts divins. Nous nous retrouvons en présence de cette charmante pensée d'envoyer au-devant des élus leurs Anges gardiens. Ces amis de tous les jours vous étaient presque inconnus, parce qu'ils demeuraient invisibles à vos yeux; d'ailleurs, si vous aviez pu les apercevoir, ils vous auraient éblouis par leur éclat, car ils sont tous Princes dans le royaume céleste. Maintenant que vous êtes admis à régner avec eux, vous n'êtes plus seulement pour eux des protégés : vous êtes des amis, et il leur appartient à eux, anciens habitants des demeures bienheureuses, de vous en faire les honneurs et de vous souhaiter la bienvenue ; à eux aussi il appartient de déposer sur vos têtes les couronnes qui vous sont données. On se rappellera le rôle qu'ils remplissaient, au xni® siècle, dans les sculptures de Chartres, d'Amiens, d'Orvieto; au xiv*, dans les peintures de Giotto, d'Orcagna, à Padoue, à Florence; au xv% dans celles de Luca Signorelli, àOrvieto*.
Dans les Heures de Simon Vostre encore, l'intention du dessinateur paraît bien avoir été de faire assister chacun des élus de son Ange gardien, pour l'élever vers le ciel. Ou en voit un exemple dans la petite vignette que nous avons reproduite. L'élu n'est encore que légèrement soulevé^ mais, dans la vignette à pleine page qui vient un peu après, et où le même groupe se retrouve presque identiquement, il en est uu autre où l'Ange, enlevant son élu, a déjà pris sou vol. Revenant à notre vignette d'encadrement, on y verra un élu encore sans assistance; mais on comprend que l'assistance lui viendra, car il prie; on le comprend d'autant mieux, qu'au-devant de lui, à côté d'un troisième élu lui-même en prière, l'Ange de celui-ci arrive et lui montre le ciel où il va le conduire. L'artiste a donc voulu seulement donner l'idée de la succession des faits, idée rendue bien claire au moyen de ces têtes humaines, qui émargent à peine du tombeau.