NOE
Le Sauveur ayant été promis aussitôt après la chute, à partir d'Adam, tous les Patriarches Tattendent, tous les justes le figurent et rannouceut. Cependant, le besoin d'établir des stations et des étapes dans la marche de ces études, nous autorise à les maintenir encore, jusqu'à la vocation d'Abraham, sous le titre t de la Chute et de la Promesse ». Alors, en effet, la promesse fut reprise avec une précision et une solennité qu'elle n'avait pas encore eues au même degré ; et Dieu, en se choisissant un homme pour en faire nahre un peuple qui fût à lui et qui, seul, continuât de l'adorer, montrait jusqu'à quel point, de chute en chuté, était tombée la masse des hommes. L'alliance des enfants de Dieu et des enfants des hommes était une chute; le déluge était une chute; Babel ^tait une chute. Mais , à chaque fois que l'humanité s'enfonce dans un nouvel abîme, Dieu remet en lumière la miséricordieuse promesse qui doit la relever.
Le déluge, ce châtiment terrible, était aussi un renouvellement. Dans l'antiquité chrétienne, où Ton écartait toutes les pensées sinistres, on n'a voulu le voir que sous cet aspect. Noé,. qui s'y montre souvent, n'y paraît que pour recevoir la colombe, revenant, avec sa branche d'olivier, lui annoncer la paix. La représentation du déluge est une de celles qui sont réduites, dans les Catacombes, au résumé le plus élémentaire et, c'est le cas surtout de le dire, du caractère le plus hiéroglyphique. Un homme émergeant à mi-corps d'une sorte de boite, un oiseau volant à lui avec une branche dans son bec : cela dit tout. L'arche, reconnue sous ces modestes indications, rappelle aussitôt l'Église. Au sein de TËgiise, la paix est faite avec Dieu : on' vit, on meurt dans la paix, ou plutôt on ne meurt pas, car la mort n'est plus une mort, mais une entrée dans la vie, à l'abri des flots, des débordements, des persécutions, du déllige de ce monde.
Dans l'ordre d'idées d'après. lequel sont distribués les sujets biblique^ et évangéliques , dans les monuments de l'antiquité chrétienne, Noé et Jouas sont souvent associés. Il y en a une autre raison toute spéciale: c'est leur rapport commun avec le mystère des eaux.M.l'abbé Martigny fait remarquer que, sur un sarcophage, la colomt)e, accueillie par Noé, est posée sur la poupe du vaisseau de Jonas ^. Dans le cimetière de Sainte-
1. Martigny-, P/cl. dmAniiq. Chrét. p. 43t. Bosie, fi^ma SoU. i^. 411 >
44 GUIDE DE l'art GHaÉTlBN.
Agnès^ sur le mur de face, au faite d'un arcosolium^ la figure principale est celle de Noé, et toute Thistoire de Jonas^ raccompagne symétriquement. Un des sarcophages du musée de Latran, autrefois publié par Bosio, laisse apercevoir, au milieu aussi des diverses scènes de cette histoire, Tarche, représentée par un coffre à la manière ordinaire; et, au 1ieu*de Noé, il émerge de son sein un olivier. On ne pouvait mieux dire que ridée de paix domine toutes ces images. Nous remarquons, de plus, que, sur ce monument, Tarche est atterrie au rivage . Ailleurs^, nous avons remarqué qu'elle reposait sur la terre ferme, en regard de la barque de Jonas voguant sur les flots. Un fait très-curieux, et qui, jusqu'ici, n'a pas reçu son explication^ c'est que, sur toute une série de monnaies d'Apamée, en Phrygie, portant sur la face les effigies des empereurs Septime Sévère, Hacrin, Philippe le père, on observe sur le revers une représentation manifeste de Noé dans Tarche.Celle-ci est figurée, exactement comme dans les mçnuroents chrétiens, par un cofifre ouvert. Sur le coffre, on lit le nom même de Noé, Nm<. Le saint Patriarche ne s'y montre plus seul ; sa femme l'accompagne. Cette circonstance semblerait se rapporter aux légendes du déluge de Deucalion, qui pouvaient se confondre avec les traditions bibliques. Sur le bord du coffre sont posés, aux deux exti'émités : la colombe, avec la branche d'olivier, en avant de Noé; le corbeau, derrière lui. Noé et sa femme sont représentés, une seconde fois, en dehors de l'arche, rendant grâces à Dieu ^,
Si nous passons ensuite au moyen âge, nous y trouvons l'histoire de Noé très-développée, sans sortir des séries bibliques qui ont déjà fait l'objet de nos observations, et encore plus dans un vitrail de la cathédrale de Chartres^ oh onze panneaux lui sont consacrés ; elle occupe sept tableaux dans les mosaïques de Monreale ; à Saint-Savin, le saint Patriarche reparaît au moins huit fois; au Campo Sartto de Pise ^ il parait quatre fois dans les fresques du xiv^ siècle, cinq autres fois dans celles de Benozzo Gozzoli ; Ghiberti lui a consacré tout un panneau de sa dernière porte ; Raphaël , les quatre tableaux d'une de ses Loges. A Saint- Savin, à Monreale, à Chartres, à Pise,Dieu apparaît à Noé pour lui commander de construire l'arche. Ce sujet a été peint ensuite par Raphaël dans les Stanze du Vatican, à la voûte de la troisième salle dite de Vffélio' rfore. Avec les trois autres sujets bibliques qui l'accompagnent: — le Sacrifice (F Abraham , YÉchelfe de Jacob et le Buisson ardent, — c'est une œuvre où la main du maître se fait bien plus sentir que dans les pein-