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3. Mélanges d'Archéologie, art. de M. Gh. Le Normaiit, T. III, p. 196, pi. xxix, xxx.
tures des Loges, et qui leurestbien supérieure. Dieu estlancé dans Tespace, avec UQ cortège d'Anges serrés autour de lui, et rnalbeureusemenr sans ailes, à la manière de Michel-Ange, mais avec une grâce que ne connut pas le rival de Raphaël. Noé s*est précipité devant Dieu, tenant dans sas bras un de ses enfants : c'est Sem, le fils de la promesse; la femme du saint Patriarche parait en même temps à la porte de sa tente, avec Cham et Japhet-: celui-ci dans ses bras, celui-là pressé à côlé d'elle. Tout Tavenir de l'humanité est là ; celte scène est pleine d'inspiration. Nous n'en sommes pas moins attirés avec beaucoup de charme vers les compositions naïves du xiv^ et du xv* siècles, celle de Benozzo Gozzoli surtout : mais il n'a pris l'histoire de Noé que lor:) de la plantation de la vigne; il faut voir dans l'œuvre de ses devanciers la Construction de l'arche, le Déluge et le Sam/Seequi le suivit, et ces compositions n'offrent rien d'assez remarquable pour que nous en fassions la description. Les fresques de Saint- Savin, dans la scène du déluge, offrent, au contraire, une particularité qui mérite d'être signalée : tandis que l'arche flotte sur les flots, laissant apercevoir, au travers de ses arcades, les hôtes qu'elle contient, deux per* sounages l'ont escaladée, et sont montés sur son t'aUe. Il semblerait, selon l'observation de M. Mérimée, que ceci se rapporte à des légendes rabbiniques, qu'il suffit de rappeler pour en faire justice. D'après elles, l'un des géants aurait réussi à se soustraire par ce moyen à l'inondation générale, ou bien d'autres géants auraient tenté de submerger jun lieu de refuge dont ils étaient exclus.
Le déluge était fait pour tenter les artistes, quand le pathétique, le mouvement, le pêle-mêle dramatique d'une action vivement engagée parurent devoir être le but suprême de l'art. C'est le sujet le plus remarqué dans le cloftre de Santa Maria Novella^ à Florence, parmi les fresques en grisaille de Paolo Ucello. C'est aussi un de ceux qui paraissent traités avec le plus de vigueur et de prédilection dans les Loges du Vatican, et celui auquel Michel-Ange, à la Sixtine, a donné le plus de développement.
Il s'agit toujours, comme l'a fait depuis Girodet dans le tableau qui est considéré comme son chef-d'œuvre, de donner un spectacle émouvant^ de rendre tous les efforts, les angoisses, le désespoir, les tendres et déchirantes sollicitudes de tant de gens qui ne peuvent échapper à la mort, et ne sauraient y soustraire ce qu'ils ont de plus cher.
Chez Raphaël lui-même, sous lé coup de pareilles émotions, on ne s'arrêtera plus que faiblement aux scènes de l'action de grâce et du sacrifice qui suivent. Ghiberti, supprimant, au contraire , le déluge, s'attache tout d'abord à ces pensées de délivrance; mais c*est à l'ivresse de Noé qu'il semble avoir donné là préférence. Nous ne pouvons dissimuler que la faveur dont a joui ce sujet nous est un peu suspecte. Le rire de
të GUIDE DE l'art CHRÉTIEN.
Cham el la curiosité de la Vergonosa du Campo Sanio sont devenus si naturels à rhumanité déchue 1 Et tel qui prétend en censurer le travers est-il bien sûr d'être resté fernoie sur uue pente aussi glissante? A Saint-Savin, Noé, montré d'abord taillant la vigne, n'a point été représenté ensuite buvant à longs traits dans une large coupe, sans une certaine pointe de gaité. N'en sera-t-il rien resté dans la naïveté par trop crue de la scène suivante? Au Campo Santo de Pise, Benozzo Gozzoii, qui débute par de joyeuses vendanges, semblerait aussi avoir pris la chose sur un certain ton de bonne humeur. Cependant, en cette circonstance même, on sent en lui l'élève du Beato Angelico. La scène des vendanges est vive et animée, mais il ne s'y passe rien que de parfaitement convenable, et où l'idée dominante ne soit celle de la paix et de la simplicité patriarcale. Noé s'y montre comme un bon vieillard; au milieu des jeux de ses nombreux petits-enfants, qui, déjà, s'annoncent comme devant repeupler la terre, il demeure paisible et uniquement occupé de leurs caresses. Un peu plus loin, à la manière dont il goûte la nouvelle liqueur, on voit que son ivresse n'a été qu'une surprise. Et si les instincts douteux que l'une de ses bellesfilles laisse apercevoir, d'une manière devenue proverbiale, se font plus ou moins soupçonner de la part de quelques-unes de ses compagnes, on remarquera le caractère grave et compatissant de la femme du patriarche. C'est la vertu calme, sereine, expérimentée, chaste, sans pruderie; elle dit l'humiliation de la chute , et nous avertit d'être sur nos gardes, puisque, même par surprise, un pareil état en est la conséquence chez un homme aussi vénérable. Cette figure est supérieure à celle de Sem, qui met de l'exagération dans le soin qu'il prend pour se détourner, en étendant son manteau ; supérieure à Japhet, qui a par trop une pudeur de jeune fille. On remarque cependant chez ces deux jeunes gens l'expression vraie de sentiments vertueux. Cham est un méchant garçon, maison pardonnerait trop aisément à sa jeunesse. La vérité des âges n'est pas assez observée, mais les expressions ont de la finesse et de la profondeur. L'on juge si bien, parla physionomie des personnages, de ce qui frappe leur attention, qu'il n'était point utile de nous le laisser voir, et il faut regretter que l'artiste n'ait pas recouru à un léger artifice de composition , au moyen duquel il se fût montré moins naïf et non moins vrai.
. La malédiction de Cham ramène tous les esprits à des pensées graves. Benozzo Gozzoii s'est surtout signalé^ dans cette nouvelle scène, par l'expression des sentiments du père et de la mère : la solennelle résolution du premier n'efface pas sa douleur ; celle de la mère, naturellement, deviétit le sentiment principal, et cependant l'honnête femme ne fera rien pour arrêter une sentence dont elle ne connaît que trop la juittice. Avec le caractère riant de ses représentations bibliques, le peintre ne pouvait pas