History ofour Lard, T. Il, p. ili
DES FINS DERNIEEES. 4^^
sent aux dénions le soin odieux de tes tourmenter. Quant à ces anges dégradés, le peintre n'a pas voulu qu ils parussent môme devant la face du Souverain Juge.
Ainsi les situations sont bien définies : les élus sont rangés librement à droite, les damnés sont contraints par les Anges de s*entasser à gauche ; et l'ascendant des esprits célestes se fait d'autant mieux sentir, qu'ils nont besoin d'aucun etfort musculaire proportionné à l'eifet qu'ils obtiennent : leurs mouvements indiquent ce qu'ils veulent faire, et* ce qu'iU veulent, se fait ; les coupables sont mis a la portée de leurs bourreaux. Cet ordre d'idées est plus vrai, et bien supérieur au mode de repréhentation dont Luca Siguorelli a donné lexemple à Michel-Ange. Dans les fresques d'Orvieto comme dans celles de la Sixtine, on voit des damnés qui tombent entraînés par des démons. Puisqu'ils tombent, il semblerait qu'ils ont pu s'élever après leur sortie du tombeau, ce qui n'est pas. Il faut cependant tenir compte de ce qu'il peut y avoir de vérité dans la pensée exprimée sous de pareilles formes. On peut considérer ces malheureux comme précipités des hauteurs où Dieu les avait élevés, en les créant, et par les grâces dont il les avait comblés pendant leur vie. Mai> le moyen d'expression est tout fictif, et il montre combien seraient peu fondées les prétentions des artistes qui, en l'employant, continueraient à se poser comme visant de plus près que les autres à l'imitation natu* relie. Michel-Ange a porté la fiction plus loin encore, et il s'est servi d'une fiction toute païenne d'origine, lorsqu'il a fait intervenir Caron et sa barque pour transporter les coupables dans l'éternel abime. Le Dante s'était permis une semblable licence : il l'avait même étendue beaucoup plus loin, puisqu'il donne un rôle dans son poème à toutes les sombres déiiés de l'enfer mythologique, mais il en fait franchement de «purs démons. On a trop dit, d'ailleurs, que les artistes s'étaient laissés guider par \di Divine Comédie, On l'a beaucoup dit surtout de Michel- Ange et d*Orcagna, et nous ne voyons, dans l'œuvre du premier, que cette figure de Caron qui lui soit évidemment commune avec le poëme. Orcagna seul l'a suivi pas à pas, dans V Enfer de la chapelle Strozzi, à Florence. Mais, à Pise, il no lui aempruntéque lagigantesque figure du Satan à trois gueules, et la division par cercles où sont diversement torturés les coupables, selon la diversité de leurs crimes. Le Satan à trois gueules n'est pas particulier à Orcagna: Giottoavant lui,à ri4renadePadoue,leBeato Angelico dans la suile, ont représenté foncièrement de la même manière le Prince des enfers. Nous ne nions pas que ce soit, tous ensemble, sous l'influence du poète; mais cette influence a été générale plutôt que spécialement directe, et quant à la division par cercles, elle est si naturelle qu'on en trouve d^^s exemples bien avant le Dante lui-même; seulement, chez lui et chez Or-
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cafçna, la correspondance entre le genre du péché él celui du suppliée est mieux caractérisée.
Ces particularités appartiennent à la représentation de renferpluf^qu'i celle du jugement; mais comme, dans la plupart des /«j/einmlf, et notamment dans tous ceux que nous venons de citer, pour bien dire quels sont les effets de la sentence, on a cru nécessaire de représenter un abrégé de l'enfer, il nousest difficile de traiter le premier de ces sujets, sans commencer à parler de Tautre. Nous y sommes amené surtout pourétablir la comparaison entre les tableaux, tous propres à Tltalie^ auxquels s'appliquent ces dernières réflexions, et les compositions en partie plus anciennes, en partie contemporaines, sculptées chez nous aux façades de nos cathédrales, et peintes sur nos vitraux, où Tintervention des démons^ comme appelés eux-mêmes à servir de ministres aux justices divines, rinterveotion principalement do Satan leur prince, se manifeste presque toujours en repréientant les coupables entraînés par eux, au moyen d'un grand câble qui les tient tous renfermés dans sa courbure impitoyable. En Italie, dans le bas-relief du tombeau de Paul II, au xv* siècle, on a mis à la main de Satan, non plus un gros câble qui entraine à la fois toute une légion de damnés, mais des cordes par lesquelles il les tient serrés à la gorge, chacun séparément. L'effet en est bien moins puissant, d'autant moins que l'image d'un condamné, saisi par la gorge, est plus usuelle que celle d'un câble sans attache apparente, mais d'une portée indéfinie.
LES JUSTIGIÉS DANS LB JUGEMBIIT DKRNiBR.
Les rôles assignés aux exécuteurs des justices divines sont tellement mélé«5, dans un Jugement dernier, avec ceux des justiciés eux-mêmes, que nous n'avons pu étudier les premiers, sans comprendre en grande partie dans notre étude ce que nous avions à dire des seconds, et nous n'avons plus à consacrer à ceux-ci qu'un petit nombre de réflexions complémentaires.
Aussitôt le signal donrié par les Anges, tous les morts sortent du tombeau ; îN comparaissent devant le tribunal suprême, ils attendent leur sentence, ils sont jugés, ils sont séparés, ils jouissent de leur béatitude ou ils ressentent déjà le poids de leur éternel oppro!»re; et pour eux les supplices commencent. Tout cela peut se faire en un clin d'œîl; on doit croire surtout que tous à la fois passent par les mt^mes phases ou les phases correspondantes, dans cette succession de faits dramatiques : ainsi
tous les hommes recouvrent en même temps la vie, et, en réalité', on ne saurait croire que l'un d'eux n*a pas enrore achevé de revêtir sa dépouille corporelle, tandis qu'un autre a déjà subi son jugement, il sera permis cependant à l'artiste de distribuer les rôles de ses personnages selon la variété de ces diverses situations, parceque c'est pour lui le seul moyen de dire qu'elles se sont succédé.
A cet ordre d'idées, concurremment avec la pensée exprimée par Notre- Seigneur, lorsqu'il dit à ses Apôtres qu'ils jugeront les douze tribus d'Israël, appartenait déjà en partie ce que nous avons dit de la formation de la Coui' céleste. Nous avons vu la disposition des régions supérieures du tableau : voyons ce qui se passe dans le bas. Que les morts soiv tent graduellement de leurs sépulcres ouverts, les uns montrant d'abord la tète, les autres les épaules j que les uns soient couchés et encore inanimés, les autres pleins de vie; qu'ils soient tout nus, couverts de leurs linceuls, ou vêtus comme ils pouvaient Tétre dans ce monde, ce sont là des procédés iconographiques que personne ne saurait vouloir donner comme rendant les choses approximativement de la manière dont elles pourront se passer.
Il serait aussi chimérique de penser que les morts pourrontse présenter d*abord à l'état de squelette, puis graduellement se recouvrir de chair, ensuite s'animer d'une nouvelle vie, comme Luca Signorelli et Michel- Ange ont essayé de le montrer dans leurs tableaux. Qu'en des choses si au*(lessus de la portée de toutes nos prévisions, on mette donc de côté toute prétftntion à l'imitation naturelle; que l'on ne cherche pas à assimiler ceque l'on peut imaginer, avec cequi tombe maintenant sous nos sens. Que l'on chercheseulenicnt à bien rendre l'idée que l'on peut donner de ce dernier jour. Les uns peuvent se figurer qu'il présentera l'aspect d'un pêlemêle extraordinaire. Les autres seront probablement plus près de la vérité, en estimant que tout doit s'y passer dans un ordre parfait. Considérez les Jugemenis derniers on leurs l'raf];n)ent«i que nous avons donnés (T. I, pi. vui, et ci-dt»ssus pi. xxviii). Le sculpteur de Poitiers. Orcagna, Fra Angelico, ont dit vrai lorsqu'ils ont rt*)>résenté chacun de ceux qu'ils font revenir à la vie, avec drs Nrtrtnciit^ H des insignes conformes à ce (ju'i!^ «'iit viv vu Ti* mofHJ»', |n.i-.|i. ch.j' ni. -i* retrouvera, dans cette maiidt dation >î»k'iin»'l:«-. «-i» ,j.',; . (■.,■.:.$ / i* juj^ô conformément à l'us:i;^c. cju'ij a fait de sa jiti>itiop. L .ir--ii.a;riir d»' Simon Vostre (p. 491), lorsqu'il a n'|>réseiité les élus eiic( rt- iju>, alors même que leurs Anges ont commencé à les soulever vers le ciel, s'e^tau contraire écarté delà vé-
1. l/spôtre «aint P.iul dit : In momento, in iilu octi/i, m noviitimâ tuba,., mortui reêur- .gtnt. (1 •lorioib., xv, bt.)
rite, en ce sens qu'ils devraient, aussitôt leur jugement favorable prononcé, être revêtus de la robe de gloire (stolam gloriœ), et ne pas s*élever vers Dieu dans leur état d'infirmité native, signifié par la nudité.
Pour ceux dont le sort est resté incertain, on peut, sans doute, les laisser nus, et à plus forte raison les damnés; mais on ne saurait interdire non plus de les vêtir, quand ce ne serait que pour bien dire quels ib furent. On pourrait demander, à ce sujet, si, pour aucun de ceux qui reviennent à la vie, le sort qui l'attend peut un instant paraître incertain ? En réalité, il ne le sera pas : chacun d'avance est jugé, et chacun se juge lui-même au moment même où il reprend un nouveau souffle de v4e. Tel fera sentir que, chez lui, la miséricorde du moins peut trouver un accès, et, s'il prie, on comprendra mieux encore qu'il est sauvé. Ceux , au contraire, qui se sont soustraits à toute miséricorde, se montrent tout d'abord confus. Mais ni le peintre qui parle, i>i le spectateur qui écoute ne sont juges; lorsque le Jugement final est représenté par le pinceau de l'un , pour le besoin de l'autre , ils demeurent dans les conditions de la vie présente; il n'est donc pas hors de propos que l'incertitude où ils sont sur le sort de tels et tels des justiciés, et sur le leur même, puisse se manifester dans le tableau. Orcagna a placé à dessein, sur te devant du sien, un personnage dont le caractère est bien prononcé dans le sentiment de l'incertitude. I! a tardé autant que possible à répondre à l'appel, et, en affectant de sortir péniblement du tombeau, il cherche encore à gagner du temps. Ses riches vêtements le font reconnaître pour un grand personnage; et il est de tradition que l'artiste a voulu ainsi représenter Salomon, pour exprimer l'incertitude où il nous a laissés de son salut, après avoir si admirablement répondu aux grâces de Dieu dans ses premières années, aprM avoir été si coupable dans la suite, sans que l'Écriture nous ait rien dit de sa pénitence.
Au ciel on se reconnaît : cette touchante pensée, qui a fait ie sujet d'un petit livre plein d'arôme du P. Blot, est rappelée, dans le tympan de Notre-Dame de Paris, au moyen de deux époux qui, s'étant retrouvés pour ne plus se séparer, se serrent affectueusement la main en s'avançant vers la cité céleste *; et Orcagna a représenté, comme à titre d'épisode, doux jeunes princesses qui s'embrassent, mais dans une des portions du tableau qui attirent le moins le regard^ afin que le sentiment de la béatitude, avec l'élan des âmes vers Dieu, reste le trait capital de toute cette partie de sa composition.
Le Beato, lui, s'est particulièrement appliqué à rendre, avec les