‹ Guide de l'art chrétienChapitre 232 sur 238 · L ENFER · texte numérisé non relu

L ENFER

On représente l'enfer et on le personnifie au moyen de la gueule monstrueuse qui engloutit les damnés ; on le représente aussi par cela seul qu on montre les damnés en proie aux supplices; mais comme ces supplices peuvent être réputés commencés dès lors que leur arrêt est proni^ncé et qu'ils sont livrés aux démons dans la scène m^me du jugement, on caractériserait mieux l'affreuse prison qui va devenir leur éternelle demeure, en lui donnant l'aspect d'une enceinte déterminée. C'est ainsi que, dans la miniature du xm* siècle que nous avons publiée (T. I, pi. ix), cet horrible séjour, séparé par une ligne bien tranchée, occupe tout le bas de la composition ^ les supplices d'ailleurs paraissent distribués selon le pur caprice des démons; il est mieux encore de diviser l'enfer en plusieurs sections, pour montrer que la justice divine s'exerce toujours avec poids et mesure sur les malheureux qui ont mérité d'en ressentir les irrémédiables rigueurs. Ainsi, dans l'évangéliaire grec de la Bibliothèque nationale, qui a précédemment attiré notre attention, le paradis et l'enfer étant représentés au-dessous du jugement dernier, l'enfer est divisé en six compartiments, où sont entassés des réprouvés ; mais rien d'ailleurs n'a été fait pour exprimer la variété de leurs supplices.

Dans les sculptures de nos cathédrales, on s'est attaché assez volontiers à déterminer les vices des réprouvés : ainsi, à Chartres, au bas des voussures les plus rapprochées à gauche de la scène du jugement, on voit, dit M. l'abbé Bulteau, « deux avares, que caractérise la bourse pendue au « cou; à côté est une religieuse infidèle à ses vœux, et qu'un diable « accompagne par ironie; plus loin, un autre diable, indécente et gro- « ti'sque personnification de la luxure, porte sur son dos une femme « renversée dont les cheveux traînent à terre *. » Mais nous ne vovons nulle part ailleurs une aussi complète et aussi régulière répartition des supplices que dans les compositions d'Orcagna : nous devrions dire des Orcagna, puisqu'il est admis que l'i^w/ipr du Campo Santo de Pi^e n'est pas delà main d'André lui-même, mais qu'il a été peint par Bernard, son frère, tandis qu'on attribue entièrement au premier celui delà chapelle Strozzi, à Santa Maria Novella de Florence. Nous croirions plutôt que- les deux

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