Deseription de la cathédrale de Chartres, p
DES FINS DERNIÈBES. 505
frères ont participé à l'un et à l'autre, et, s'il faut rejeter sur Bernard les infériorités (rexécution que l'on observe à Pise, ou doit cependant attri* buer à André une bonne part dans la composition. Cette composition, eu effet, nous parait supérieure à celle de Florence, parce qu'elle est plus simple et plus claire. Les damnés y sont répartis seulement en sept compartiments appropriés aux sept péchés capitaux. A Florence, le peintre a entrepris une tâche impossible, en se proposant de suivre pas à pas, dans un seul tableau, tout le poème du Dante ^ Ces bandes qui partagent le tableau, seraient inintelligibles, si les noms des différentes catégories de coupables n'étaientécrils à côté, tandisqu'à Piseil n'est besoin d'aucune inscription pour saisir le rapport établi entre chaque catégorie de péché et de supplice : les orgueilleux occupent une zone supérieure, tandis que les six autres péchés capitaux sont rangés au-dessous, à droite et à gauche du Satan gigantesque qui, de ses trois gueules, broie des damnés. Parmi les orgueilleux,^Arius est nommé; et l'on comprend facilement que les hérétiques aient trouvé leur place dans cette section ; on comprend que, parmi leurs compagnons^ il y en ait dont les entrailles s'échappent de leur corps^ parce que, après s'être bouffi de soi-même, on crève d'orgueil ; on com* prend que d'autres soient aveuglés par des serpents, parce que l'orgMeil aveugle; on comprend que d'autres soient suspendus parles pieds, parce que lorgueil, qui prétend vous élever, vous renverse. Les envieux se rongent eux-mêmes, les colères se battent entre eux, les avares sont forcés d'avaler de l'or fondu, les voluptueux se couvrent de parures dérisoires, et l'un d'eux est mis à la broche, les autres servant de chenets ; les gourmands subissent le supplice de Tantale, des démons leur déchirent les entrailles, un autre leur sert un mets de feu. Les paresseux ont pour lit de repos une chaudière d« poix bouillante. Nous ne disons pas que les figures accessoires soient toutes d'une intelligence aussi facile, mais nous sommes persuadé que toutes avaient une signification déterminée dans l'intention du peintre. Dans le cercle des avares, on reconnaît aussi un blasphémateur auquel on coupe la langue. Cette association n'a point été faite au hasarJ, mais nous avons trop à faire pour entreprendre de tout interpréter en détail.
Le Beato Angelioo a représenté l'enfer dans un ensemble bien complet, comme accessoire du jugement dernier, tout au moins dans le tableau du comte <leDu(lley. Ce tableau étant en forme de triptyque, Ten-
f. D'Agincourt, qui a publié celle fresque (Peinture, pi. cxix), a i-rouvé, en la ilécrivanr, que foules ses parties répondaient terme pour terme aux vers du poêle qu'il a cités. (T. Ul, p. 132.) Les nouveaux éditeurs de Vasari ont prouté que VEnfer de Pise avait subi d'importantes réparations peu aprè4 sa première exécution -, mais il est probable que la composition n'en a pas été changée.
GUIDE DE l'art GHAÉTIBN.
fer occupe tout le bas du volet gauche, où il est divisé en sept régions, ayant exactement au milieu le Lucifer gigantesque aux trois gueules. Les supplices sont à peu près les mêmes qu'à Ptse, mais moins bien caractérisés. D'un autre cdté , le mot pour rire qui perce dans nos compositions du moyen âge^ dans la verrière du Jugement^ à Bourges, et dans la fresque des Orcagna, ne se retrouve point chez TAngede Piesole ; il prend la chose trop au sérieux. On a trouvé que, dans ses Jugements derniers^ le côté des damnés, où Ton peut dire que l'on voit
Un damné. (Fra Angelko.)
toujours un enfer commencé, était proportionnellement très-inférieur à celui des élus. Nous ne contestons pas la disproportion, mais, pour la réduire à sa juste mesure, il faut observer que ce qui mauque au pieux artiste, c'est de savoir rendre des airs assez méchants, des mouvements assez violents dans les bourreaux. Les monstruosités de ses démons sembleraient puériles, et leur cruauté presque débonnaire, faute d'action suffisante; mais nul n'a mieux senti le poids qui pèse sur Tàme des réprouvés. Celui des personnages de Michel-Ange qui est le plus expressif sous ce rapport, tenant sa tête affaissée et serrée entre ses deux mains, n'est pas de son invention; le peintre Angélique a des figures équivalentes, et nous en donnons un exemple tiré de l'un des panneaux de la Fte de Nôtre-Seigneur de l'Académie, à Florence, où l'accablement d'un malheur sans remède se fait bien plus profondément sentir.
C'est sur ce thème, qui peut passer par tous les degrés de la rage impuissante, que les artistes ont à s'exercer avec le plus de fruit, quand il s'agit de peindre l'enfer^ On peut en donner une idée plus approximative.
en imprimer une plus salutaire horreur, par une seule tète de réprouvé, qu'en accumulant toutes les images de férocité et de déchirement que peut rêver une imagination fantastique.
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