LE PARADIS
Les images propres à rendre le séjour de l'éternel bonheur sont assez variées. Les âmes des élus sont recueillies dans le sein d'Abraham. Le jardin de délices, la table du festin, la cité bienheureuse, la courcéleste, vous disent les joies, la sûreté, les splendeurs de cette patrie commune à tous les fidèles, et rien n'en fait mieux ambitionner les charmes, que le sentiment de la béatitude, sur la physionomie de ceux qui les ont goûtés.
Le sein d'Abraham a été, pendant tout le moyen âge, l'image la plus accréditée, pour dire le lieu de la paix et du repos dans une autre vie. Le saint Patriarche, étendant le pan de sa robe, y tient ramassées une ou plusieurs âmes ; souvent d'autres âmes, sous forme de petits enfants, se pressent auprès de lui : tel on le voit dans les sculptures des cathédrales de Paris, de Chartres, d'Amiens, dans les vitraux de Bourges, etc., comme accessoires à la grande scène du Jugement dernier. A Paris, à la suite d'Abraham, on remarque Isaac et Jacob; ils ne portent pas d'âmes dans leur sein, mais ailleurs nous avons vu cette image s'étendre jusqu'à eux, notamment dans les sculptures de Saint-Trophime à Arles, et dans les mosaïques qui ornent la voûte du baptistère à Florence. M. Didron en a donné un autre exemple, qu'il a observé dans Ja Grèce.
il est probable cependaut que l'image du sein d'Abraham, dont se sert Notre-Seigneur dans la parabole du mauvais riche, devait s'entendre dans un sens plus conforme aux habitudes des auditeurs : ceux-ci ne voyaient pas les pères accumulant leurs petits exifants dans les pans de ' leurs robes, comme nous sont représentés les saints Patriarches. Il était ordinaire chez les Juifs, au contraire, que les enfants, partageant le repas de leur père, fussent coucb(^s sur sou sein, comme le fut, dans la Cène, saint Jean sur le sein de Notre-Seigncur. Etre porté dans le sein d'Abraham, voudrait dire alors participer à sa table a\cc une place privilégiée, et en pareil cas, toutes les places sont privilégiées, de mémo que, pour tous les élus, la béatitude est racce>sion à la royauté.
Quoi qu'il en soit des rapports qui doivent exister entre l'image du sein d'Abraham et celle du festin, pour exprimer cette béatitude, on ne
voit point qu'elle ait été combinée avec elle, dans quelque représentation, comme elle Ta étéavec celle du jardin de délices. Ainsi, au Yatican, sur la dalmatique impériale de la basilique de Saint-Pierre, et dans le tableau du musée chrétien ^ qui offre une composition très-analogue, Abraham, avec les âmes dans son sein, est assis au milieu d'un bocage, que le bon larron portai^t sa croix, et placé en regard, fait parfaitement reconnaître pour être le Cœlestenemits paradini.
Les termes de saint Paulin, que nous rappelons encore une fois, nous ramènent à une époque où l'image du sein d'Abraham n'était pas encore usitée dans Tart, où au contraire celle du jardin était familière, pour dire la béatitude céleste : elle Tavail été dès les (emps des plus anciennes peintures des Catacombes, puisqu'il est reconnu que c^s colombes affrontées devant un arbre verdoyant, dans la crypte de Sainte-Lueine (voir notre T. I, pi. m, lig. 5), ont cette signiflcation. Alors l'image du festin devint plus usuelle encore, dans le même sens. Nous avons diteoeffetque les repas peints dans les Catacombes devaient être ainsi interprétés, pour la plupart, car, à supposer même qu'on eût voulu, par leur moyen, représenter les agsTpes, les agapes elles-mêmes étaient une image du festin des noces éternelles.
Dans l'église de Sainle-Praxède à Rome, où, au lieu d'un seul arc triomphal, il y en a deux, le premier est consacré 4 la scène que nous avons décrite : l'Agneau couché sur l'autel au milieu, les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards; mais lesecondprésenteuneimagede la cité céleste, empruntée elle-même à l'Apocalypse, quoique sous forme de traduction très-large. L'interprétation n'en est pas facile dans tous ses détails, et Giampioi, quia tenté de la donner, ne l'a pas fait d'une manière trèssatisfaisante, il ne tient pas compte même de tout ce que l'on voit dans sa très-mauvaise planche, et dans les Chiese di Roma^ où l'on en trouve une beaucoup meilleure, le texte n'est que le résumé de celui de Ciaropini ^. Cette planche elle-même aurait besoin d'être vérifiée, en plus d'un point, sur l'original , et nous ne l'avons pas fait suffisamment, par défaut de temps et défaut de jour, Icb dernières fois que nous nous sommes trouvé en présence du monument. Précéilemment , nous n'avions pas la pensée d'en faire un objet d'étude, et dans les ccmditions d'ohsouriiê nîi se trouve à tous égards cette mosiiï |iie. aa milieu de tant de nionnfnr ^ remarquables, elle n'est pas de relies qui foiceril l'attentiti.) .!#• r.»bMT>jteur qui la regarde en passant. Elle nous a préoccupé pour la première.