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Gen., XV

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être surpris que, dans les mosaïques de Sainte-Mai ie-Majeure, on l'ait mise la première en évidence au commencement de la série; que le mosaïste de Monreale Tait prise aussi comme point de départ des tableaux consacrés à l'histoire d'Abraham ; que Ghiberti en ait fait le sujet principal du panneau qu'il lui a réservé, lui associant seulement le sujet complémentaire du sacrifice. Au moyen de ce choix éminemment heureux, on voit réunies les figures de nos mystères fondamentaux : la Trinité, rincarnation et la Rédemption.

A Pise,' les circonstances de cette apparition sont distribuées en trois scènes d'un même acte dramatique, qui se groupent dans l'encadrement d'un même site : c'est une des compositions où Benozzo Gozzoli atépandu le plus de charme. Un de ses grands mérites repose sur la conception des types de ses Patriarches : Noé, Abraham, Isaac et Jacob, devenus vieux. Moïse, dans la suite, ont des têtes qui répondent admirablement à leurs caractères, dans le sentiment de calme et de sérénité biblique qui est celui du peintre. Mais, au milieu de toutes ces bonnes et vénérables ligures, Abraham se distingue par une noblesse et une suavité supérieures, et nulle part il nVstplus beau qu'en présence des troisAnges. Son regard pénétrant démêle en eux, lorsqu'ils arrivent, Celui qu'il adore; et l'on comprend, en le suivant des yeux, ce que l'on doit attendre d'une pareille visite. Les Angesne sont encore qu'ingénus; mais lorsque, étant à table, celui du milieu prend la parole, sa physionomie s'inspire , tandis que les autres nous montrent, par leur recueillement, comment il faut recevoir les décrets divins. Abraham, en les écoulant, est pensif: c'est le travail de la naiure obligée de se soumettre à la foi. La foi ne fléchit pas dans cette lutte; mais il n'y aurait pas de victoire, si une nouvelle qui excite de la part de Sara un rire d'incrédulité, ne faisait pas réfléchir le saint Patriarche. Il nous rappelle les objections de Marie lors de l'Annonciation, et il élève nos pensées, avec les siennes, dans les profondeurs de^ vues divines. Le reste de la scène estd'un caractère paisible et familier, — patriarcal : on ne saurait mieux dire. Sara, à l'entrée de sa tente, est pleine d'une douce bonhomie; son sourire est si vrai, qu'elle nous fait sourire nous-même. Puis la scène change : dans un demi-lointain, on voit les trois Anges reconduits par Abraham, qui prennent leur essor vers le ciel; et le père des croyants, embaumé de parfums célestes, dégagé, dans le triomphe de sa foi, de toutes tentations reposant sur des impossibilités naturelles, repasse dans son esprit, — comme l'Évangile le dit de Marie, — tout ce qu'il vient d'apprendre, tout ce qu'il peutprévoir. Le mystère subsiste: il n'en saurait pénétrer le fond ; mais il en est inondé de lumière.

Dans les Loges du Vatican, les trois jeunes hommes devant lesquels se

proslerne Abraham ont an air si noble et si dégagé,^ un air si raphaëlesque, — qu'on les reconnaît facilement pour des Anges, quoique sans ailes. La pensée ne se sent point soulevée, cependant, comme dans les compositions naïves de Benozzo Gozzoli, où Télévation de la pensée se fonde sur le recueillement des physionomies. Raphaël n'a point ici réservé de place pour le sacrifice d'Abraham : c'est un tort, racheté par le rôle qu'il lui fait remplir dans la salle de THéliodore. La série des quatre compositions de la voûte, consacrée à ce saint Patriarche, se termine par la fuite de Sodome, où il ne parait pas. C'était bien, du reste, de donner, en regard de la promesse faite à Abraham, de Timportance à la ruine de Sodome et à la lamentable histoire de Loth et de sa famille : c'est encore la chute I Ces terribles événements sont rapportés, à Pise, avec grand détail. Abraham, priant pour Sodome, est d'une beauté admirable, quoi que Ton puisse dire de la composition et de son agencement, qui, d'ailleurs, est tout naïf. Celui de la famille de Loth en fuite est plus habile, et la figure de sa femme, arrêtée soudain et changée en statue, peut avec raison être donnée pour le chef-d'œuvre du genre. Gequi arriveensuite de plus triste encore, et dont il résulte que, des échappés de Sodome, naquirent Ammon et Moab, deux ennemis du peuple de Dieu, ne peut guère être représenté convenablement en peinture : le peintre du Campo Santo l'a omis, et nous le louons d'une réserve qui, malheureusement, n'a pas été toujours imitée. Benozzo Gozzoli fait seulement précéder le sacrifice d'Abraham du renvoi d'Agar et d'Ismaêl, triage mystérieux, qui prend chez lui une teinte de douleur paternelle et de solennité sacerdotale. C'est en invoquant Dieu par la prière, bien plus qu'en cédant aux sollicitations de Sara, qu'Abraham prend une si rigoureuse décision. Agar et son fils s'en vont; bientôt un Ange apparaît à la mère, et l'on voit qu'humainement, pour eux , il y a un avenir. Isaac n'en ressort pas moins comme l'enfant unique de la promesse : l'épreuve ne sera que plus grande, quand, tout à l'heure, le sacrifice de cet enfant sera demandé à son père ; sacrifice véritable, car iUut consommé dans le cœur de l'un et de l'autre; et c'est par là qu'il a mérité d'être la plus parfaite des figures qui ont préludé au sacrifice de cet autre fils d'Abraham, par lequel a été sauvé le monde, et dans lequel, efiectivement, toutes les nations/de la terre ont été bénies.

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