‹ Guide de l'art chrétienChapitre 27 sur 238 · ETUDE III · texte numérisé non relu

ETUDE III

LES FIGURES BIBUQUES DANS L'aRT CHRÉTIEN PRIMITIF.

Les livres de TAncien Testament contiennent en figures tout ce qui nous a été expressément révélé dans le Nouveau. Ces figures ont été envisagées à divers points de vue. Dans l'antiquité chrétienne , on s'en est servi comme expression directe, quoique voilée, des vérités fondamentales, exposées aux yeux des fidèles au même titre que les faits évangéliques eux-mêmes. Alors, Tordre de leur mise en scène est uniquement celui des idées exprimées par les uns et par les autres. Dans la suite, les faits évangéliques et les faits bibliques ont été plutôt rangés parallèlement, les seconds n'atteignant, en quelque sorte, l'idée exprimée, que par l'intermédiaire des preïniers, à la condition de s'y appuyer, tout en leur prêtant leur appui. L'ordre déterminé par celle nouvelle situation est celui de l'Évangile, et les figures de l'Ancien Testament n'ont encore aucun ordre qui leur soit propre. Il arrive cependant que la composition se rapportant, non pas à la série des faits du Nouveau Testament, mais à quelque trait qui en est détaché, à une parabole, au développement d'un point de vue particulier (le cycle de la Nouvelle Alliance, par exemple), on a pu faire marcher en regard l'une de l'autre les deux séries de faits, sans rompre l'ordre chronologique propre à chacun d'eux. Hais alors encore cet ordre n'est pas le fil conducteur qui, après avoir réglé l'artiste, doit diriger l'observateur; car s'il n'est pas brisé, on ne saurait dire qu'il soit parfaitement suivi, les faits ne se présentant pas eu égard à leur importance relative et à l'enchaînement de leur production, mais en raison d'une détermination spéciale.

Les faits bibliques reprennent leur ordre histofiqne dans \esBibles At5-

LES FIGURES, LA PRÉPARATION ET l' ATTENTE. 53

toriales^ qui ont leur point de départ dans les Commentaires de Pierre Gomestor. Alors, nous voyons l'inverse de nos observations précédentes : non-seulement les faits évangéliques, mais toutes les situations oii l'on imagine que puissent se rencontrer les fidèles ou l'Ëglise elle-même, sont donnés comme ayant leur ligure dans les passages de l'Ancien Testament auxquels on les associe, et ceux-ci seuls demeurent dans l'ordre qui leur est tracé par le texte sacré.

Viennent ensuite les représentations où le sens littéral de l'histoire biblique est seul exposé. Le sens figuré n'en est pas exclu, mais l'artiste ne s'est pas chargé de l'exprimer. Le spectateur n'est pas invité à s'y attacher, quoiqu'il puisse le faire, cette signification supérieure étant inhé-^ rente aux faits eux-mêmes. Les limites de nos études ne nous permettant pas de nous étendre sur les représentations de cegenre, — même pasdans la mesure où nousl'avons fait jusqu'ici, — à raison même de leur multiplicité, nous n'en dirons plus que peu de mots. Mais nous chercherons à nous rendre compte, un peu moins rapidement, de l'emploi des figures de TAncien Testament, selon différents modes, qui correspondent, pour la plupart, à la diversité des époques.

Nous avons eu occasioti d'énumérer celles de ces figures qui ont été le plus habituellement répétées dans les peintures des Catao^ombes et les sculptures des anciens sarcophages, quand, avant de nous engager dans l'étude de l'art chrétien, nous avons tracé les principaux linéaments de son histoire. Nous ne reviendrons plus sur les représentations d'Adam et d'Eve, de Gain et d'Abel, de Noé, dont nous nous sommes occupé dans les études précédentes. Celles qui sont ensuite empruntées aux histoires de Jonas, de Moïse, de Daniel (nous les nommons dans Tordre de leur importance, au point de vue dont il s'agit),- tiennent le premier rang quant à leur emploi plus fréquent et à la précision de leur signiGcation. Le sacrifice d'Abraham (seul sujet où le saint Patriarche soit mis en scène en de semblables conditions), fréquemment répété lui-même, ne l'est cependant pas autant, peut-être parce que, disant le sacrifice, il ne dit pas aussi directement quelle en fut la souveraine efficacité. Il faut bien se persuader, en effet, qu'en représentant Abraham prêt à immoler son fils, les premiers chrétiens voulaient que l'on pensât au Fils de Dieu, effectivement immolé sur la croix. Gette intention de leur part, inhérente au sujet, se manifeste quelquefois bien clairement par la manière dont il est rendu. Ce sujet renferme trois figures du Sauveur : Abraham, comme sacrificateur ; Isaac, comme victime volontaire ; le bélier, comme victime effective. Or, on voit, dans une peinture des Catacombes, le saint Pati iarche revêtu de l'habit sacerdotal usité chez les Juifs ; il tient le glaive d'une main ; il appuie l'autre main sur la tête d'Isaac; mais, au lieu de le frap-

per, il s'est arrêté, et sa prière s'élève paisiblement vers Dieu : le sacrifice de l'intention est consommé ; la couronne qui en est la récompense esta côté de lui ; les circonstances historiques ont disparu, — on ne voit même pas le bélier, — ou ne servent que pour rappeler ce qu'elles signifient *. Dans Tun des cubicula dits des Sacrements (cimetière de Saint- Galixte) , nous avons vu Abraham et Isaac, l'un et Talitre en prière, les bras étendus dans l'attitude propre aux Oranles (T. III, pi. xvi, fig. 2) ; le bélier élève lui-même la tête vers le ciel, comme pour prier et pour s'offrir. Il semble que la triple offrande soit faite et acceptée. Plus n'est besoin de glaive : c'est le sacrifice non sanglant qui maintenant est figuré ; iin arbre et un fagot de bois sont là, cependant, comme souvenir de toutes les circonstances de fait qui doivent être rappelées ^.

Isaac, ordinairement, dans les peintures où les compositions sont plus rudimentaires, est représenté de différentes manières, qui paraissent assez indifférentes. Sur les sarcophages, il est presque* toujours à genoux, les mains derrière le dos, et sa physionomie porte l'empreinte de la soumission. Sur le beau sarcophage conservé dans la basilique de Sainte- Marie-Majeure, l'un des plus célèbres de ces monuments, le sacrifice d'Abraham se trouve si bien lié avec le jugement de Pilate, que le Sauveur lui-même ayant disparu, c'est Isaac, sa figure, qui lui est substitué, et qui est à genoux devant le gouverneur romain, comme s'il devait être immolé par ses ordres. La scène est dramatisée dans ce sens. Pilate détourne la tête, comme ému du spectacle que lui v^ut son insigne faiblesse: un père immolant son fils sous ses yeux. Son acolyte, considéré, d'après certaines interprétations, comme un dédoublement de lui-même, regarde^ mais d'un air soucieux et embarrassé. Les vases destinés aulavementdes mains ne sont là que pour souvenir. Abraham avait levé le bras pour frapper, mais il s'est détourné vers la main de Dieu, — qui exprime aussi, on le sait, l'idée d'une voix, — et son glaive suspendu s'arrête. Il y aura cependant une victime, car le bélier est là, et son attitude témoigne qu'il s'offre volontairement ^.

Ce sentiment de l'offrande de soi-même, de la part de ce bélier, devenu évidemment l'Agneau divin, est encore mieux senti sur le sarcophage de Junius BBSSus,oii il est élevé sur un monticule, circonstance qui n'est certainement pas indifférente, vu le caractère de ces monuments. Sur uu

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