‹ Guide de l'art chrétienChapitre 29 sur 238 · Bosio, Rotna $oU., p · texte numérisé non relu

Bosio, Rotna $oU., p

2. Ou IrouTera dans le Diet. det Ant. chrét., de M. l'abbé Marligny, article Abraham, 1^ description de la plupart des monuments (frimilifs où son sacrifice est re[>résenlé.

56 GUIDE DB l'art CHRÉTIEN.

Rédemplion. Moïse ne viendra qu*en troisième lieu, pour nous dire comment elles sont répandues et dispensées.

Il n*en est pas de ces personnages comme d'Abraham, qui, dans rai>tiquité chrétienne, n'gst représenté que par rapporta son sacrifice; outre le trait de leur vie qui a été saisi comme le plus frappant au point de vue donné, quelques autres circonstances de leur histoire ont été admises dans le cycle de Tart, et, outre leur valeur propre , elles doivent rejaillir sur la représentation où chacun d'eux est principalement mis en scène, pour en faire mieux comprendre la signification. Ainsi, après avoir vu Daniel empoisonnant le serpent sacré des Babyloniens, comme nous le remarquons detemps en tempssur les sarcophages, sur les fonds de verre, jusqjie sur les tablettes en ivoire de Brescia, on saisit mieux tout ce que veut dire son triomphe, lorsqu'on le voit si souvent sain et sauf au milieu des lions. Tandis que ces animaux se tiennent soumis et caressants à ses pieds, ilélève vers Dieu sa prière d'action degrâces; assez souvent il occupe alors le poste d'honneur sur le monument. Il y figure si bien Jésus-Christ vainqueur de l'enfer et de la mort, que, sur quelques sarcophages, il est assisté de deux acolytes, comme le Sauveur lui-même est accompagné de ses Apôtres; et, à nos yeux, il n'est pas douteux qu'ils ne les représentent (les circonstances historiques que l'on aurait pu songer à rappeler par ce moyen devant se plier elles-mêmes à l'idée chrétienne). Cette interprétation s'applique spécialement au personnage d'Habacuc. On le reconnaît aux pains dont il est porteur: mais ces pains sont des pains eucharistiques; et Daniel étant dans une situation à n'avoir aucunement besoin d'aliments purement corporels, Habacuc, ordinairement, au lieu de le secourir, se range à côté de lui, comme l'un de ses ministres, Qn faisant partie de son cortège. *

A mesure, cependant, qu'on se familiarise avec ces antiques images, on comprend mieux qu'elles n'emprisonnent pas la pensée et qu elles se prêtent à une large élasticité d'interprétation. Parce qu'il représente Notre-Seigneur Jésus-Christ, Daniel n'en est que mieux l'image du chrétien au milieu des épreuves de cette vie, du martyr vainqueur des tortures, soit qu'il y survive, soit qu'elles lui assurent la délivrance de son âme. A ce titre, il est mis quelquefois en parallèle avec les jeunes Hébreux dans la fournaise, qui ont plus particulièrement cette double signification. Cela est si vrai que, sur les plaques d'ivoire de Brescia, on leur a substitué dans les flammes les sept frères Machabées, qui soufi'rirent effectivement le martyre.

Si l'espace nous le permettait, nous suivrions ces compagnons de la captivité de Daniel devant la statue de Nabuchodonosor; nous étudierions les rapports iconographiques établis entre eux et les mages

LES FIGURES, LA PRÉPARATION ET L'aTTENTE. 57

appelés près du Christ naissant-, mais nous sommes obligé d'abréger.

L'histoire de Jonas est si connue, elle est si souvent répétée dans les monuments chrétiens, et d'une interprétation si facile, puisque Notre- Seigneur lui-môme l'a donnée comme image de sa mort, de son séjour dans le tombeau et de sa résurrection, qu'elle nous arrêtera peu. On sait que, portée à son plus grand développement iconographique aux époques dont nous parlons, elle comprend quatre scènes. Le Prophète est représenté successivement lorsqu'il est précipité dans la gueule du monstre marin; lorsqu'il en ressort, après trois jours; lorsqu'il est à l'ombre du cucurbite^ et lorsque, cette plante s'étant desséchée, il est en proie aux ardeurs du soleil : circonstances qui complètent l'idée de la résurrection par celles de la miséricorde divine et de notre rédemption. Omises le plus souvent, elles n*en servent pas moins de commentaires à la figure même du Prophète, de quelque manière qu'il apparaisse.

Les traits empruntés à l'histoire de Moïse sont bien plus nombreux^ mais ils ont été pris séparément, et non pas associés dans un ordre régulier, dont Jonas eut peut-être seul alors le privilège. Moïse est représenté se déchaussant pour approcher du buisson ardent; il se montre alors seul, ou Ton aperçoit seulement devant lui la main divine, et cela même est rare. La pensée n'en est pas moins complète, et l'on considère qu'elle se rapporte au dépouillement, à l'abandon de soi-même auquel le néophyte est tenu, lorsqu'il approche de Dieu par le baptême. On voit encore Moïse apparaître pour présider au passage de la mer Rouge , oii la pensée de la délivrance est si visible. Lorsque la manne vient à tomber du ciel, on doit songer à la nourriture eucharistique. Lorsqu'il reçoit la table de ]a Loi, la pensée est itivitée à se porter vers la Loi évangélique, la Loi définitive, et déjà on entrevoit qu'il y a un autre Moïse figuré par le législateur des Juifs. Ce nouveau Moïse est saint Pierre, le chef du nouveau peuple de Dieu et le type du prêtre chrétien, à la voix duquel se répandent les eaux de la grâce, du sein de la pierre vivante qui est Jésus- Christ. Nous ne pouvons que confirmer, en le répétant, tout ce qui a été dit sur la signification de ce sujet, si fréquemment adopté dans les monuments chrétiens primitifs : le rocher frappé et donnant naissance à une source abondante d'eaii^ vive.

Si aux sujets en umérés on en ajoute un petit nombre d'autres, — comme David armé de la fronde, Tobie chargé du poisson, Ëlie, représenté un peu plus souvent et avec plus d'extension, dans la scène de son enlèvement,-* il ne restera que bien peu des figures bibliques employées dans le langage symbolique* de l'antiquité chrétienne, qui soient passées sous silence; et comme il nous est aussi impossible de tout savoir que de tout dire, nous passons aux monuments d'une autre époque, qui nous montreront les mêmes figures sous une nouvelle physionomie.

FIGURES BIBUQUES ASSOCIEES AUX FAITS EVANGEUQUfiS.

Il en est des cycles littéraires ou artistiques aioptés par une époque, par une école , comme du plan d*un discours. L'orateur met en relief certains moyens de démonstration, et il en délaisse d'autres d'égale valeur, par la seule nécessité où il est de se borner ou de choisir. David, que nous avons pu à peine mentionner, Jacob, Joseph, Josué, Samson, Salomon, Isaîe et bien d'autres figurent le Sauveur, les grâces de la Loi nouvelle , en beaucoup de cas , d'une manière non moins frappante qu'Abel, Noé, Abraham, Isaac, Hoîse, Élie, Daniel, Jonas; et nous allons les voir, dans la suite des temps, exercer des droits qu'ils n'ont jamais perdus.

Sur les plaques d'ivoire de Brescia,où l'ordre des faits se combine avec l'ordre des idées , trois circonstances de la vie de Jacob : — la première rencontre de Rachel, la lutte avec l'Ange et la vision de l'échelle mystérieuse, — sont représentées sommairement, et de manière à donner, au contraire, une importance majeure au troupeau de la jeune fille qui sera mère de -Joseph, ce qui ne doit pas avoir été fait sans intention. Ces images occupent une des frises de ce petit monument, concurremment avec des traits des histoires de Moïse et de Daniel , plus multipliés que dans les monuments précédents; puis vient l'histoire de Jonas, non plus entremêlée avec les faits du Nouveau Testament , mais 4eur étant as^ sociée de telle sorte, que ceux-ci occupent sieuls, sur chaque plaque, le compartiment central , où ils sont représentés par des personnages de plus grande dimension.

La figure de Jacob prend une grande importance au moyen âge, à raison du rôle que ce Patriarche joue dans le cycle de la Nouvelle Alliance, où la préférence qu'il accorda à Ephraîni lorsque, bénissant les fils de Joseph, il croisa les mains, pour étendre sur lui la droite, préférablement à Manassès, son atné, est considérée comme une image de l'élection de l'Église, substituée à la Synagogue. Dans la verrière de Bourges, cette scène occupant le sommet de la composition, Jacob y apparaît plus manifestement comme représentant Dieu lui-même. Loin donc qu'il y soit comme à son lit de mort, selon la lettre de l'histoire , il semble être là comme s'il ne devait pas mourir.

Nous avons eu occasion de décrire cette magnifique page d'iconogra-

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phie chrétienne; nous rappellerons seulement. en ce moment qn'Isaac portant le bois de son sacrifice, Abraham prêt à rîynfnoler, V Immolation de r Agneau pascal^ la Veuve de Sarepta et son fils, Moîse faisant jaillir Veau du rocher^ Y Adoration du veau d'or, la Délivrance de Jonas et la Résurrection opérée par Elisée^ y sont rangés dans cet ordre-là , qui est celui. du Portement de la crote, du Crucifiement et de la Résurrection envisagés symboliquement, et auxquels ces sujets bibliques sont associés comme tigures.

Si, du cœur du moyerx âge, nous passons aux approches de sa fin, pour examiner d'autres verrières exécutées, non plus en France» mais en Allemagne, nous Terons observer que celles du monastère d'Birschau, en Bavière, ont très -probablement servi de type aux Bibles des Pauvres, oh quarante faits choisis du Nouveau Testament, — cinquante dans les dernières éditions, — sont accompagnés chacun de deux figures de TAncien Testament. En rapportant les plus remarquables de ces associations, nous mettrons suffisamment sur la voie du caractère donné, postérieurement au XIII® siècle, à ces sortes de figures dans l'iconographie chrétienne.

Nous ne reviendrons pas sur celles de ces figures qui sont antérieures au sacrifice d'Abraham; ce sacrifice lui-même est associé à celui de la croix (le serpent d'airain lui servant de pendant), avec cette particularité que, dans la scène évangélique, on a eu soin de représenter l'évanouissement de la sainte Vierge, pour la mieux mettre en rapport avec les sentiments du saint Patriarche, prêt à immoler son fils. Hais, de la sorte, on ne montrait que le côté douloureux du divin sacrifice; et une autre scène, où le côté du Sauveur est percé, en montre la souveraine efficacité. Alors c'est la création d'Eve, image de l'Église, et HoTse, faisant jaillir du rocher |une fontaine d'eau vive, qui en deviennent les figures. Dans le tableau précédent, le Christ, portant* sa croix, est accompagné d'Isaac, portant le bois de son sacrifice, et'de la veuve de Sarepta, chargée de ses deux morceaux de bois qui ont pris la forme de croix, ici, justement comme dans les verrières de la Nouvelle Alliance : il est curieux de voir comment les mêmes données se sont ainsi conservées, en recevant des . applications différentes ^

Si nous suivons ensuite l'ordre des personnages bibliques, nous trouvons, en regard de la tentation de Notre-Seigneur , Ésaû tenté par un

i; Les textes qui accompagnent ces diverses images en feront mieux saisir la signification. Il est dit \le Jésus portant sa Croix : Fert Cruds hoc Ugnum CrUtus repuians sibi dignum ; d'isaae : Ugna ferens Cmte te presignai puer Ute ; de la veuve : Mistiea 8unt signa Cmeù kee vidue éuo Hgna ; de Jésus crucifié : SruU a trisH barairo not Passiû Chmti ; du sacrifice d'Abraham : Sigûantem Cristum puerum pater immolât isimn ; du serpent d*airain:

plat de lentilles, au point de Tacheter de Jacob au prix de son droit d'ainesse. La vision de l'Échelle mystérieuse sert de commentaire à une des représentations finales, où, après le jugement, Dieu recueillera les âmes des élus dans son sein. Jacob, luttant contre l'Ange, vient dire que saint Thomas lutta aussi , en quelque sorte, contre Dieu, lorsqu'il refusa de croire à la Résurrection. Et le retour du saint Patriarche est donné comme une figure de celui de la sainte Famille, lorsqu'elle quitta l'Éfjypte.

Joseph, envoyé à ses frères qui von lie trahir, annonce la trahison de Judas et l'infâme marché qui en fut le prélude ; et quand l'Apôtre apostat reçoit le prix de sa trahison, le fils de Jacob reparaît successivement vendu aux Ismaélites et à Putiphar. Descendu dans le puits, il figure Tonsevelissèment du Sauveur.

Moïse et le buisson ardent, images de la maternité virginale, sont asso* ciés à la Naissance de Notre-Seigneur ; le Passage de la mer Rouge, à son Baptême; le Rocher frappé, pour en faire sortir une eau jaillissante, à son côté ouvert, comme nous l'avons déjà dit; le Don de la manne, à la Cène; l'Adoration du veau d'or, au Séjour en Egypte; la Loi donnée, à la Descente du Saint-Esprit ; les Espions chargés de la grappe de raisin, encore au Baptênie du Sauveur, et la Verge fleurie d'Aaron, encore à sa Nativité.

L'Apparition de l'Ange, auquel Gédéon hésite à croire, vient compléter la signification que Ion veut attacher à l'incrédulité de saint Thomas; sa toison, arrosée de la pluie céleste, sert à célébrer le mystère de l'Annonciation. Samson, quand il terrasse un lion, est l'image du Sauveur descendant aux limbes ; de sa résurrection, lorsqu'il enlève les portes de Gaza ; et l'idole de Dagon . s'écroulant avec son temple , est donnée comme annonçant la chute des idoles, provoquée en Egypte par le séjour de la sainte Famille.

Samuel, offert à Dieu par sa mère, symbolise la Présentation de Notre- Seigneur et la Purification de la sainte Vierge. David triomphe en coupant la tête de Goliath, comme le vainqueur de la mort et de Tenfer en descendant aux limbes; il porte cette tête comme un trophée, la paix étant rendue au peuple de Dieu, lorsque le roi pacifique fait son entrée à Jérusalem. Le jugem^^it de Salomôn nous dit quelle sera la souveraine équité du jugement général; la visite de la reine de Saba vient avec l'adoration des Mages, etBethsabée, appelée à s'asseoir à côté

un ourafUur ierpentem dum ipeculanlur; de Jésus percé de la lance : De Crisio munda eum sanguine profluU unda ; d'Eve : Femina prifna viri de coita upit oriri; du rocher frappé : Est saeramentum CrisH dans petra fiveniem, Keryer a substitué à cet textes, des passages de la Sainte Écriture, en regard des mêmes sujets reproduits presque tous dans ses vigaetles.

LES FIGURES) LA PRÉPARATION ET L* ATTENTE. 6i

de son fils et son roi, célèbre le couronnement de Marie par son Fils et son Dieu.

Le sacrifice d'Ëlie, attirant le feu du ciel, est une figure de la descente du Saint-Esprit. La résurrection qu'il obtient par ses prières , le même miracle opéré par celles d'Elisée, son disciple, sont les préludes de la résurrection de Lazare; et son enlèvement au ciel , concurremment avec celui d'Hénoch, sont appelés à faire cortège au mystère de l'Ascension. Naturellement , Jonas reparaît lorsque Notre-Seigneur est mis dans le tombeau, et, ensuite, quand il ressuscite. On ne comprend pas aussi facilement pourquoi les trois jeunes Hébreux dans la founiaise sont associés à la Transfiguration. Les textes donnent le mot de Ténigme, mais sans faire disparaître ce qu'elle a d'un peu tendu. Ils nous apprennent que les jeunes Hébreux au nombre de trois , ayant glorifié Dieu au milieu des Gentils, sont considérés, pjï raison de ce nombre, comme la figure des trois Apôtres témoins de la gloire divine dont fut revêtu le Sauveur sur le Thabor ^ Quand on voit Esther, couronnée par Assuérus, accompagner le couronnement de Marie, on ne sent le besoin, au contraire, d'aucun commentaire.

Parmi les figures bibliques négligées dans les premières éditions de la Bible des Pauvres , mais .qui se trouvent dans les Heures de T. Kerver, nous avons remarqué Balaam, appelé, malgré lui, à faire une vraie prophétie. On l'applique à la naissance de la Mère de Dieu, qui ouvre toute la série de ces représentations, tandis que celles de la Bible des Pauvres commencent par l'Annonciation seulement. On a représenté le Prophète au moment oii l'Ange l'oblige à s'arrêter, dans une voie où il n'aurait prophétisé que des mensonges. Le martyre d'Isaîe a aussi trouvé dans la plus récente de ces séries une place qu'il n'avait pas dans la plus ancienne; elle lui est donnée à côté de la scène où Jésus est cloué à la croix , et, pour plus de similitude, le Prophète est attaché 'à un arbre >. Les Spéculum humanœ salvationis nous fourniraient encore, si nous voulions les

I. Voiei 1m teites : Pour la Transfiguration : Ecce Dei natum cemunl tru giorificatum ; pour les trois Hébreux : Panditur tn iste gentiU gldria ChristL Abraham prosterné devant les trois Anges, qui apparaissent en tout semblables, avec ce texte : Trt$ contemplatur Abraham $ohm veneratur, montre que c'est le nombre trois auquel on s'est attaché. On a dû se rappeler cet antre texte : Très sunt qui teitimonium dant. (Ep. Joan.)

S. La composition de ce petit tableau est, d'ailleuri», assez peu heureuse : la scie, au lieu d*étre engagée de manière à ôter la vie au Prophète , ne va lui enlever qu'un lambeau de chair, dont i la rigueur il pourrait se passer : aussi subit-il l'opération d'une manière fort indifférente. Le dessinateur a quelquefois élé plus heureux dans la même série, pour la Transfiguration, par exemple, et TApparilion des trois Anges, dont nous venons de parler. Dans la première , le Christ est soulevé d'une manière douce et sciitie, et les trois ic'tes

parcourir, d'autres applications analogues; nous n'en relèverons qu'une seule, qui est faite à la Descente de croix, envisagée au point de vue de la douleur de Marie : on le comprend d'autant mieux qu'à côté, la robe de Joseph est rapportée à Jacob.

Notre tâche serait fort allongée, si nous recherchions les figures bibliques dont l'emploi a été (ait isolément, dans les monuments de l'art; elle le serait démesurément, si' nous rapportions en combien de manières cet emploi pourrait s'étendre, d'après les saints Pères et les commentateurs (les saintes Écritures. Nous aurons atteint notre but, si nous en avons donné une idée. A cet effet, avant de passer à l'étude des Bibles historiaks^ ^ui nous montreront ce thème de représentations exploité à un autre point de vue, nous redirons un mot du rôle que joueut un certain nombre des plus illustres personnages de l'Ancien Testament dans la statuaire de nos cathédrales, concurremment avec quelques-uns de ceux de l'Évangile. Ainsi, celle de Chartres nous montre réunis à la façade septentrionale, sur les parois de la porte centrale, d'un côté : Melchisédech, Abraham, Moïse, Samuel et David ; de Tautre : Isaïe, Jérémie, le vieillard Siméon, saint Jean-Baptiste et saint Pierre. Nous les avons sommairement décrits dans la partie de nos études consacrée à l'iconographie de la sainte Vierge, vu qu'ils sont réunis comme figures, précurseurs ou représentants du divin Fils de Marie, et, à ce titre, pour lui rendre honneur à elle-même. Ëlie, Elisée, Gédéon, Samson, Salomon, la reine de Saba, Judith, Jésus, auteur de V Ecclésiastique^ figurent en d'autres parties du même ensemble, pour participer aux développements des mêmes penséeb. On les retrouve les uns et les autres, pour la plupart, ou d'autres personnages d'un caractère équivalent, à Reims, à Amiens; ils n'y sont pas toujours en des rapports aussi étroits avec Timage de la Vierge-mère. A Amiens, une série de Prophètes, très-développée, se rapporte plutôt au Christ central, représenté- en souverain Juge; mais, d'autre part, Salomon et la reine de Saba, rangés à la suite des rois mages, en regard de l'Amion-

d*Apôtres sooi comme en extase. Somme toute cependant, cette série ne Tant pas celles de la Création et de l'Apocalypse , qui figurent aussi dans les Hturet de Kerver ; et celles-ci, dans leur ensemble, sonLbien inférieures aux publications de Simon Voslre, où nous n*avon8 pas rencontré d*sutres figures bibliques que^'histoire de Josepb, rendue bisloriqueqiant. Les estampes de la Bible des Pauvres, dans leur grossièreté , ne manquent pas d'originalité. Moïse s*en allant à la tête du peuple de Dieu , après avoir passé la mer Rouge , et laissant Pharaon et son armée se débattre dans les flots, a une allure de marche triomphante qui va bien à la circonstance. Gédéon, à genoux devant TAnge qui lui apparaît, et, en avant de sa toison, armé de pied en cap, fait reffel d*un noble et preux chevalier. Nous aimons moins David, sorte de nain barbu, qui, en combattant Goliath, semble avoir pour adversaire une espèce dTogre.

LES FiGtRBS, LA PR^ARATION ET l'atTENTB. 63

dation et de la Préêeniatton^ sous le porche consacré à la Mère de Dieu, lui reyiennent manifestement. Dans tous les cas^ ils apparaissent tous comme figurant, annonçant, expliquant tout ce que nous devons penser ou attendre du mystère de rincarnatlon ; il étail donc nécessaire de les rappeler en ce moment. Néanmoins, comme, outre ce qui en a déjà été dit, ces statues, prises chacune en particulier, ont un caractère plus personne] que des6cènes où les mêmes personnages seraient mis en action, et comme les petites représentations qui leur correspondent au-dessous de beaucoup d'entre elles sont l'accessoire des statues, nous croyons plus à propos de ne pas épuiser dès à présent un sujet qui devra retrouver une place dans la partie de l'iconographie des Sainls destinée aux Patriarches et aux Prophètes.

les bibles HISTORIALES.

Dans les monuments dont nous venons de nous occuper, le réseau qui lie les représentations çst tout évangélique, soit que Ton suive l'ordre des faits du Nouveau Testament, soit qu'on s'attache à renchaînement des vérités chrétiennes, ou de quelqu'une d'entre elles. Les Bibles historiales ou moralisées sont des* commentaires illustrés des saintes Écritures, dans le goût de Pierre Comestor, et plus ou moins directement conformes à son texte, quelquefois très-abrégé, au point que les miniatures occupent, dans le livre, beaucoup plus d'espace que le texte lui-même. Mais on y suit toujours l'ordre même des Livres sacrés, en commençant par les plus anciens, et ce sont les significations morales ou figuratives qu'on leur applique qui offrent la plus grande diversité.

Le plus remarquable des monuments de ce genre que nous ayons vu à la Bibliothèque nationale est connu sous le nom d!Emblemata biblica^ et il est du xm® siècle. Malheureusement, le volume que nous possédons n'est qu'une partie de ce bel ouvrage : il ne commence qu'au Livre de Job ' ; et pour nous faire une idée de ce genre de commentaire emblématique, qui eut, ce n'est pas douteux , une sérieuse importance dans l'iconographie du moyen âge , nous nous* attachons d'abord à deux autres manuscrits, l'un du xiv* siècle, réputé avoir appartenu à la reine Jeanne

1. Le manuscrit» autrefois coté lat. 37, porte depuis le remaniement des numéros lai. 11,560. Il ne conlieot même p^s le commencement du Livre de Job. Il est dit, sur la eouverlare, que M. de Gérente a vu à Oxford {Bibli. BoUhienne) et au Brituh muêeum deux volumes qui semblent appartenir au même ouvrage.

64 GUIDE DE l'aut chrétien.

d'Evreux, l'autre du commencement du xv«*^tous deux remarquables par leurs miniatures. Cette seconde Bible historiale , beaucoup plus étendue, plus complète, et que nous avons eu déjà assez souvent l'occasion de citer, nous servira principalement de guide; elle porte le texte sacré en latin, et les explications sont en français. La Bible de Jeanne d'Evreux ne contient, avec les miniatures, que des explications en français.

Nous allons voir immédiatement, aux folios 4 v<^ et 5 de la Bible historiale, quelle est, relativement à Hénoch et Noé, la manière de procéder. Sur ce texte : Ambulavit Enoch, etc., il est dit : « Dieu qui transporta Enoch a signefie Jesus-Christ qui transporta les siens en la gloire du ciel » ; et Ton voit Notre-Seigneur qui, prenant saint Paul de la main gauche, lève la droite sur sa tête. Saint Pierre suit avec les autres Apôtres. Puis voici Noé, auquel Dieu dit d'entrer dans l'arche avec son épouse et ses enfants. « Noe signefie Jhu Crist d , dit le commentaire , « l'épouse est la Vierge « Marie, sa Mesnie (familià) sont les Apôtres, qui sont délivrés des flots « de ce monde par la foy religieuse > ; et la miniature représente le couronnement de la sainte Vierge : à droite et à gauche sont les Apôtres, saint Pierre avec sa clef, et saint Paul avec son épée. Lorsque Noé ouvre la fenêtre de l'arche : « Noe, que Diex delvra de 'si grand péril », est-il dit, < signefie tout bon cretien qui persévère en ferme foy, lequel Diex (t délivre de tout péril pour la fermeté do sa foy > ; et l'on voit la miniature publiée précédemment (T. II, p. 158), où trois chrétiens , dans une barque, sont secourus par saint Pierre.

Passant à Abraham, nous lisons dans la Bible de Jeanne d'Evreux (fol. 46 y^) : « Ce qu'Abraham baille si grand avoir à Eliêzer segnelie le « père del ciel qui baill^ le grant avoir, c'est l'Evangile ad diciple por « querre femes , Jhu Crist son fils , ce est sainte Eglise > ; et saint Pierre reçoit le don de l'Évangile des mains de Notre-Seigneur. Dans la Bible historiale, la miniature, appliquée à un texte qui ne diffère que dans les termes (fol. 8), représente Dieu dans le ciel, donnant aussi un livre; l'Église couronnée est à sa droite, à sa gauche un groupe d'Apôtres, saint Pierre et saint Paul en tête.

Vient l'histoire de Joseph : son triomphe signifie l'Ascension; remplit-il les greniers de l'Egypte, ou, conrrae dit la Bible de Jeanne d'Evreux, « ses gransches », il « segnefie Jhu Crist qui emplit ses Apôtres, à là Pentecoste, de sa grâce »; et la Descente du Saint-Esprit est représentée.

1. Bibl. nak., suppl. fr., 632' R. Bibles et figures, avec explications, in-i". F. R. 166, 6899, BibUa sacra, in-S^. Nous rappellerons simplement Bible historiale , et la précédente Bible de J. d^Evreux. Celle-ci ne va pas au delà du Livre des Juges.

LES FIG13EE8, LA PRÉFAAATION ET l' ATTENTE. 65

BeDJflmin est la figure de saint Paul. « Ruben » , est-il dit dans le même manuscrit, « offre Benjamin avant Joseph senefie ce que li angle offrirent saint Pou devant Jhu Crist et Jhu Crist le reçoit > ; et Ton voit le saint Ap6tre tenant son épée et Conduit par un Ange, qui le présente à Notre- Seigneur.

Dans 4a Bible historiale, comme application de ce texte : Filii Jacob adduxerunt Benjamin, saint Paul est renversé sur le chemin de Damas. La coupe de Joseph est-elle mise dans le sac de Benjamin, a ceci segnefie c que Tevangile est mis au cuer sainct Pol p^r especial > ; et voici saint Paul qui médite sur le livre sacré, sous Tinspiration de la divine Colombe volant à son oreille (T. I, p. ii3).

Jacob quitte-t*il la terre de Chanaan pour venir rejoindre Joseph en Egypte, il « senefie monsiguor saint Père qui laissa la vielle loi ». Arri- .vons-nous à Moïse et au passage de la mer Rouge, ces mots du texte sacré : Extende manum tuam super mare et divide illud : ut gradiantw filii Israël in medio mari^ etc. ^, sont interprétés dans ce sens, que Moise, en frappant la mer, la divise en douze parties pour le passage des douze tribus, ou, comme dit la Bible de Jeanne d'Evreux (fol. 62), les douze « lîgniées b, et celles-ci a senefie les xii aposires qui cherchent les « XII parties del monde, et Jhu Crist les conduit». Jésus-Christ, guidé lui-même par la main de Dieu, apparaît, en effet, avec les douze Apôtres, en avant desquels sont saint Pierre et saint Paul. Pharaon submergé est la figure du diable; et, après l'avoir représenté en personne avec son armée, comme une cavalcade de chevaliers, la miniature, dans la scène voisine, les montre changés en une cavalcade de démons. Moïse reçoit-il les Tables de la Loi , ceci signifie que Notre-Seigneup a donné, par saint Pierre et par ses successeurs, lois, mandement et décrétales; auxquelles choses le peuple est tenu d'obéir ; et Dieu, du haut du ciel, donne une clef que saint Pierre reçoit sur son manteau (Bible historiale, fol. 27).

En poursuivant Tétude de ces figures, nous verrions que, pour la phipart, elles se rapportent à la prédication évangélique. Elisée fait tirer au roi d'Israël des flèches de son arc par une fenêtre, comme signe de la victoire que ce prince remportera sur le roi de Syrie ^ : c Ceci segnefie la saietede divine prédication »; et Notre-Seigneur apparaît avec saint Pierre, celui-ci comme type du prédicateur, et un groupe de fidèles auxquels il a mission d'annoncer la parole divine. Après lacaptivité de Babylone, les Juifs reconstruisirent le temple de Jérusalem : c'est encore une image de la prédication, qui édifie : saint Pierre prend la parole, un groupe

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