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Revue archéoi, T. V

LES FIGURES, LA PRÉPARATION ET l'aTTENTE. 69

me (v. 4), « Il a envoyé du ciel son secours » \ Exaltare super cœlos Deus (v. i4), • Que TOtre gloire, d mdh Dieu, soit élevée au-dessus des deux 1 » Il n'y a rien, ce nous semble, dans ces compositions, qui ne soit en rapport'avec l'élévation des pensées exprimées dans le psaume.

Dans le psautier de la Bibliothèque nationale, si nous nous attachons au psaume lïx : Deus repulisti noSy nous remarquons d'abord dans la miniature une scène de massacre et d'incendie ; elle paraît répondre au deuxième verset : Cùmmovuti terrant et ctmturbasti eam , ci Vous avez ébranlé la terre, et vous l'avez toute troublée » ^ et comme tout le psaume est plein d'une pensée de combat et de victoire sur les ennemis de Dieu et de l'Église, on voit ensuite un partage entre les bons et les mauvais Anges : saint Michel, dans le haut de ce second tableau, est entouré des Anges fidèles; les Anges de Satan, après leur défaite, sont groupés audessous. Trois autres divisions occupent une rangée inférieure: dans la première apparaît un groupe de martyrs ; dans la seconde, un groupe de saints évéques, cardinaux, moines : ce sont les confesseurs; la dernière division est remplie par une image du ciel : Notre-Seigneur Jésus- Christ et sa sainte Mère en occupent le sommet ; les Saints sont rangés à droite et à gauche, au-dessous, avec saint Pierre et saint Paul à leur tête. Ces diverses catégories de Saints semblent être placées là comme interprétation du neuvième verset, où sont énumérées les contrées comprises dans le royaume divin, ou, ce qui revient au même, les tribus du peuple de Dieu : Meus est Galaad et meus est Mariasses^ et Ephraîm fortxiudo capitis mei^ cr Galaad est à moi, aussi bien que Manassès,et Ephraîm est la force de ma tête ». Le Paradis, qui viefit après , répond à Vidée d'une victoire définitive assurée à Dieu, à l'Église et aux Saints.

De pareilles idées de lutte, de séparation et de victoire sont celles qui dominent dans la plupart des miniatures de ce manuscrit, sur lesquelles ont porté nos observations. Et souvent elles ne paraissent se fonder que sur un seul verset, dont l'artiste a pris à tâche de développer la pensée. Celle que nous avons publiée (T. I, pi. ix) comme une des plus remarquables, revient, on ne peut mieux, à ces termes; elle est associée au psaume lxiv : Te decet hytnnus Deus, et ce sont les versets 4 et 5 qui lui servent de point d'appui : Beatus quem eiegisti et assumpsisti ; inhahitabit in airiù tuis. Replebimur in bonis domus tuœ^ a Heureux celui que vous aurez choisi et pris k votre service; il demeurera dans vos parvis. Nous serons remplis de biens dans votre maison ». Celui qui a été choisi avec une prédilection particulière, c'est saint Paul, dont on a représenté la conversion et la vision dans les hauteurs célestes. Les idées de maison de Dieu, de récompense, appelaient à la suite la création de la femme, représentant la fondation de rÉglise,1e don de la Loi divine, qui revient

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aussi à cette fondation, considérée sous le rapport de la doctrine ; puis le partage entre les Saints remplis de biens dans la maison de Dieu, et les réprouvés qui rendent leur bonheur plus sensible par le contraste du lieu du supplice où eux-mêmes sont plongés ^

Revenant aux Embiemata biàlica^ nous nous arrêtons aussitôt au psaume n, Quave fremuerunt gentes, comme nous donnant une assez juste idée de la manière dont le miniaturiste a procédé dans Yillustration de ces chants sacrés. Dans la miniature qui se rapporte au texte, David luimême apparaît sur un trône, où quatre rois forment un groupe, se concertant pour l'attaquer. La nliniature emblématique représente Notre- SeigneurJésus-Christsur la croix, entre le porte-lanceet le porte-éponge, avec un bourreau qui lui enfonce les clous dans les mains, et en fait jaillir du sang. Au psaume ix, Confitebor liai,,., narrabo^ est associée, comme emblème, la composition symbolique, publiée aussi dans notre premier volume (p. 52), où l'Enfant Jésus accueille TËglise et repousse la Synagogue. Nous n'avons pas dit alors que, pour commenter le sens direct, l'artiste avait aussi représenté l'Enfant Jésus, mais couché dans la crèche, accompagné de la sainte Vierge et de saint Joseph, avec le bœuf et l'âne; David étend le bras vers lui , pour le montrer dans son langage prophétique; car ce sont là les merveilles de Dieu qu'il veut raconter : Narrabo mirabilia tua.

Le psaume xxvi, Dominus illuminaiio mea, auquel se rapporte la miniature du Christ, prêtre et roi, élevé sur la croix— que nous avons aussi pu~ bliée (T. II, p. 392), — a été interprété d'abord dans un sens direct, plus personnel à David ; la première miniatui^e qui lui est associée représente son sacre par Samuel, ce qui nous semble avoirtrait au verset 6 où il est dit : Et nunc exaltaoït caputmeum super inimicos meos^ « Et dès maintenant il a élevé ma tête au-dessus.de mes ennemis ». Cette élévation est interprétée comme étant surtout celle de l'onction sacrée; et cette pensée admise, elle a été développée comme nous l'avons vu dans la miniature emblématique.

Nous citerons encore lesdeux miniatures du psaume lxxxiv : Benedixisti Domine terram tuam ; ces paroles qui suivent : Avertisti captivitatem Jacob, Remisisti iniquitatem plebh tuœ, « Vous avez délivré Jacob de sa captivité, vous avez remis à votre peuple son iniquité i», nous font parfaitement comprendre que le commentateur ait pu dire : Psalmus isie

1 . Nous avions remarqué , en prenant nos notes , que celle mîniatare n*était plus de la même main que celles du commencement du manuscrit , sur lesquelles portent surtout les observations du P. Cahier, quanl à la manière souvent puérile avec laquelle on a rendu nialériellement les ligures de langage employées par David.

loquitur de primo adventu^ ■ ce psaume parle du premier avénemenj » . En consëqueuce, c'est de nouveau la Nativité de Notre-Seigneur qui est représentée pour le sens direct, et la composition emblématique nous montre un prêtre à l'autel, devant une grande hostie, dans laquelle apparaU l'Enfant Jésus, en présence d'un groupe de fidèles qui lèvent les mains. (T. Il, p. 307.) On remarquera encore que la Transfiguration est associée au psaume XX, Domine invirtute tua^ ce qui semblerait être motivé par le verset 6, Magna est gloria ejus , « sa gloire est grande b ; la Descente du Saint-Esprit, au psaume cxxxii, Ecce quam botwm^ qui est chanté aux. bénédictions du Saint-Sacrement, le jour de la Pentecôte. On en comprend facilement la raison, quand Ton songe à ce baume sacré qui inonde la tête d'Aaron, sicut unguenium in capite quod descendit in barbam, barbam Aaron.

La manière d'interpréter et d'illustrer les livres sapientiaux ne diffère pas decelle qui est employée pour les psaumes. Sur ces mots du livre des Proverbes (ix, 3) : Misit ancillas suas ut vacarent ad ai'cem^ a Elle a envoyé ses servantes afin qu'elles accomplissent leurs travaux aux murailles de la forteresse», on a représenté, comme emblème, la vocation de saint Pierre et de saint André; ils sont encore dans leur barque, et ils vont en sortir à la voix de Notre-Seigneur, placé sur le rivage. Nous arrêtant à cet autre passage du même livre : Stateradolosaabominatio est apudDeum (xi,i}, « La balance trompeuse est en abomination devant Dieu » , nou^ voyons comme illustration du sens direct, un juge qui tientdeux balances, devant lui un moine qui prie : ce devait être la victime de son injustice ; mais la prière de l'humble religieux est entendue. Dieu, le vrai juge, apparaît dans le ciel, et dans le bas, la gueule béantede l'enfer est prête à engloutir le juge inique. L'illustration réputée plus emblématique, ne l'est peut-être pas davantage; mais la pensée s'élève en s' appliquant à l'Église. Elle est représentée par saint Pierre et une forteresse crénelée, dans laquelle c'est maintenant lui qui prie, et Notre-Seigneur, accompagné d'un Ange, au sommet du donjon, a déjà livré au bourreau, c'est-à-dire au démon, un roi prévaricateur. Son crime était consommé, car ou voit un malheureux, condamné injustement — un martyr, sans doute, — dont la tête a été tranchée. Le coupable à demi précipité dans la gueule infernale, est déjà nu et dépouillé ; s'il lui reste une couronne, c'est pour dire quel il a été, et son éternel supplice est commencé.

Au commencement du livre de la Sagesse, sur ces mots : Diligite justitiamj gui judieatis terram^ sentite de Domino inbonitate et fn simplicitate cordis qwmte illum (i, i) , « Aimez la justice, vous qui jugez la terre, etc. « , on a représenté, dans la miniature que nous publions, la justice nimbée de vert, qui tient la balance en présence d'un roi, assis pour juger

entre deux plaideurs; elle lève la main vers Dieu qui tientuneépée d'une main, une colombe de l'autre.

La Justice de Dieu.

Un peu plus loin (m, i) , le même livre nous donne Teiemple d'une application du texte sacré , faite à un Saint en particulier : à saint Barthélémy, dont le martyre est représenté en regard de ces mots : Justorum anitnœ in manu Dei sunt^ a Les âmes des justes sont dans la main de Dieu » ; plus le supplice du Saint Apôtre éoorché tout vivant fut cruel , plus la pensée de la protection divine est consolante, par rapport à lui et à tous les chrétiens, quand ils sont persécutés.

Dans le Cantique des Cantiques, les compagnons de l'Epoux sont les

commensaux de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sodales Christi^ c'est-à-dire

les Saints. Ainsi, comme emblème appliqué au commencement du premier chapitre, la miniature représente d'abord une grande croix; à son sommet, dans le ciel, le Sauveur se montre entre deux Anges : c'est là le roi, in accubuitu suo; et sous les bras de la croix, on voit d'un cdté saint Pierre et saint Laurent, de l'autre saint Paul et saint Etienne, les Apôtres et les Martyre. Lorsque les compagnes de l'Epouse, célébrant sa beauté, comparent sa tête au Garroel, et ses cheveux à la pourpre du roi (vu, 5), H est dit que les bassins où fis sont teints de cette précieuse couleur, ^ont

les cœurs des fidèles, qui se pénètrent des souvenirs de la Passion ; et Ton représente le martyre de saint Laurent. Plus loin, l'Epouse prend la parole et appelle son bien-aipié : « Levez- vous i>,lui dit-elle, surge^ dilecte mt (id, 1i) ; le commentateur n'a pas appliqué ces paroles dans le sens que l'Epoux céleste vienne à celle qui l'appelle, mais comme une invitation à s^élever dans la gloire ; et 6'est l'Ascension qui est représentée. La sainte Vierge est au milieu des Apôtres, et saint Paul se fait reconnaître à côté d'elle; car il s'agit de représenter le mystère qui se perpétue, et non les circonstances du fait qui s'est accompli à son jour. Cet épithalame sacré a été l'objet d'une de ces publications de la Xylographie, dont la vogue fut d'un si grand stimulant pour provoquer l'invention définitive de l'imprimerie, au moyen des caractères mobiles. Dans ces estampes du xv« siècle, on s'est beaucoup plus attaché à Tallégorie directe, de telle sorte que l'Epoux et l'Epouse sont bien manifestement Jésus^Christ et l'Eglise. Notre-Seigneur n'est caractérisé que par smi nimbe crucifère; mais, sans revêtir son type de figure personnel, il apparaît, d'ailleurs, seulement comme un jeune et riant Epoux, et de même l'Eglise, caractérisée par son nimbe et sa couronne, ne porte aucun autre attribut. Dans une seule circonstance, elle semble se confondre avec la Sainte Vierge s'élevant au ciel dans une auréole flamboyante ; en présence des filles de Jérusalem, charmées d'admiration, elle dit alors : Nigra tum sed foTtnosa {i, 4), a Je suis noire mais je suis belle » ; et ses compagnes répondent : Captii tuum ut Carmel (vu, 5), collum tuum skut turrisebumea {id, 4), « Votre tête est comme le Carmel , votre cou comme une tour d'ivoire». Fait-on dire au céleste Epoux : Poti« mtf u/ ugnaeulum 9uper cor tuum (viu, 6), a Mettez-moi comme un sceau sur votre cœur », on le fait asseoir sur son trône, et il remet à l'Epouse un scel elliptique proportionnellement gigantesque, oii Ton voit les mystères de la Sainte Trinité et de la Rédemption, représentés à la manière ordinaire ; la croix où repose le Sauveur est soutenue par Dieu le Père, le Saint-Esprit repose sur ses branches, l'Epouse, à genoux, reprend, en soutenant pour sa part Temblème sacré : Fng€,dilecte mi (vin, 14), quia fortis ut mors dilectio {id, 6), « Fuyez , mon bien-airoé, parce que l'amour est aussi puissant que la mort » I

COMPOSITIONS UISTORIOOBS APPLIQUÉES A l'aNGIBN TESTAMENT.

Nous touchons aux limites assignées à cette Etude , particulièrement consacrée à la dernière période de l'Ancien Testament. Nous avons hâte

d'arriver à l'accomplissement des mystères dont il était la préparation; et cependant nous voyons devant nous toute la longue histoire qui se déroule depuis le sacrifice d'Abraham , rapporté au chapitre xxii de la Genèse, jusqu'aux derniers livres des Macbabëes. Elle offrirait à elle seule la matière de tout un livre, si l'on voulait passer eu revue les œuvres d'art dignes d'attention, où Ton a représenté, soit isolément, soit par séries, un si grand nombre de faits importants, et les actions de tant de saints et illustres personnages. Hais aussi, dès qu'il s'agit de représenter les cUoaes comme elles se sont passées, ou du moins telles qu'on peut les supposer, et selon l'ordre de leur production , autant que le comporte la nature des moyens plastiques, il suffit ordinairement, pour guider l'artiste, des règles générales de l'art. Pour lui, alors, comme pour tous ceux qui peuvent être appelés à diriger ou juger ses œuvres, la connaissance de l'histoire importe plus que celle de ses représentations. La voie parcourue par cette partie de l'iconographie s'étendant sur un terrain relativement large et peu accidenté , il est plus facile de l'embrasser d'un regard rapide ; et, après avoir reconnu l'intérêt qu'elle offre néanmoins, intérêt qui repose sur les faits eux«>mêmes, nous ne manquerons pas à noire tâche en ne lui accordant qu'une brève mention.

Nous nous sommes déjà entretenus des principaux monuments où l'histoire sainte a été racontée en images, s'il est permis de parler ainsi : les môsaîquesdu v*siècle, à Sainte-Marie-Hajeure ; cellesdu xm^^, àMonreale, en Sicile ; les fres{|ues de B«)nozzo Gozzoli, au xv* ; les peintures des Loges, au Vatican, poursuivent leur cours, conformément au caractère que nous leur avons assigné. Les peintures de Saint-Savin, les bas*reliefs d'Orvieto ; ceux de Ghiberti, sur la porte du baptistère, à Florence; les grisailles de Paolo Ucello, dans le cloître de Santa Maria^ aussi à Florence; les sculptures des stalles, à Amiens, etc., sont dans le même cas, et s'étendent sur les mêmes faits, avec plus ou moins de complaisance, mais toujours avec l'intention de présenter un ensemble de l'histoire biblique. Les séries sont généralement encore plus complètes si on va les chercher dans les livres, depuis les miniatures de la bibliothèque impériale de Vienne, que d'Agincourt attribue au iv* ou V siècle, et celles de la Bible de Saint-Paul-huts* les-Murs, qui sont du ix<» S jusqu'aux vignettes de Holbein , de Sébastien Le Clerc, aux xvi« et xvii«.

Si l'on veut s'attacher i quelques monographies particulières, soit à raison du point de vue, soit parce qu'elles n'embrassent qu'un seul livre ou l'histoire seulement d'un saint personnage de l'Ancien Testament, nous indiquerons, comme appartenant à la première catégorie, le résumé

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