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L ANNONCIATION, DANS LE SENTIMENT DE LA DIGNITÉ

Le mystère de l'Annonciation nous fait entrer à pleines voiles dans l'ordre des faits évangéliques. A ce titre, et à raison de son importance fondamentale^ on comprend facilement qu'il ait été représenté beaucoup plus anciennement qu'aucun des mystères qui, dans la vie de Marie, en avaient été la préparation prochaine. Il semblerait même qu'il aurait dû occuper une large place dans cette première période dé l'art chrétien, toute nourrie d'idées, où les faits étaient choisis selon qu'ils pouvaient le mieux rappeler la pensée dominante de la Héflemptiun. Cependant, on n'en cite qu'un seul exemple parmi les peintures des

t. Mme Jameson, Legends of ihe Mitdonna. p. 1ti2.

lOi GUIDE DE i/art chrétien.

Catacombes, et encore n'est-ii pas certain ; on n'en connaît aucun parmî les sculptures des sarcophages et les figures des fonds de verre; mais, à partirdu V» et du vi<ï siècle, on Tobierve sur beaucoup d'autres monuments, sur les ivoires sculptés principalement. On remarquera toutefois qu'il y est classé plutôt dans l'ordre des faits que dans Tordre des idées, ce qui viendrait à Tappui des observations précédentes.

Sur la voûte d'un cubiculum du cimetière de Sainte- Priscille, Ton voit une femme assise sur un siège d'honneur, et un homme dans la force de la jeunesse, qui lui adresse la parole^; nous ne voulons pas affirmer qu'on ait ainsi représenté l'Annonciation ; mais cette opinion, appuyée par M. de Rossi, est très- probable. Le sujet serait rendu comme il le devait être, selon le mode de- composition sommaire alors en usage dans l'iconographie chrétienne. Dans ce système, un Ange sous forme humaine devait être représenté tout simplement par la figure d'uu homme, sans rien de plus que des insignes propres à indiquer qu'il est constitué en dignité : tels sont, dans-le cas présent, les clam ou orfrois de la tunique. La Sainte Vierge ne devait pa^ être montrée elle-même d'une manière plus claire que par une femme portant les marques d'une dignité supérieure.

En la représentant ainsi, l'art s'élève aussitôt dans la région des idées, bien au delà des réalités de circonstance. Il ne se demande pas si Marie alors était une humble jeune fille, voilant sa grandeur sous de timides apparences, si elle fut surprise au milieu de sa prière, ou tandis qu'elle se livrait au travail : il se souvient qu'elle est la femme par excellence, il la prend d'un âge mur, et la fait asseoir comme si elle donnait une audience au messager d'une autre puissance.

Concevoir Marie dans le sentiment de sa dignité, au moment où elle reçoit le message de TArchange, va demeurer une chose usuelle, jusqu'à la fin du xui' siècle. On ne craindra jamais de la poser en reine; quelquefois on lui donnera des suivantes; on élèvera souvent les riches portiques d'un palais, là oii elle s'abritait sous le toit le plus modeste.

Dans la mosaïque de Sainte-Marie-Majeure, au v* siècle, la série des faits commence par l'apparition de Gabriel à Zacharie, et l'Aunoncialion vient immédiatement après. Non-seulement Marie s'y montre assise, mais son siège est élevé sur un degré et devient une sorte de trône. Pour marquer qu'elle vit habituellement dans la compagnie des Anges, on en voit deux qui se tiennent derrière elle; et en avant, outre TArchangc Gabriel, qui lui parle, et qui, toujours ailé désormais, est posé sur le sol, un quatrième de ces esprits célestes, suspendu dans les airs, semble vouloir dire que le ciel toutentier prend partaumystèrequi s'accomplit; le

PRÉLUDES DU DIVIN AVéNfiXFNT. i03

Snîot-Esprit descendant sur Marie en forme de colombe, achève d'en exprimer la vive signification.

Si nous passons ensuite aux plus anciens ivoires sculptée, nous trouvons sur une couverture d'évangéliaire, à la Bibliothèque nationale, la Yiei^e debout, mais sous un portique monumental, et comme une femme dans la force de TÂge, la tête surmontée d'une sorte de couronne propre aux impératrices d'Orient. On lui a donné deux suivantes ; la première ouvre un rideau devant elle ; la seconde semble ( hargée d'introduire le céleste messager. Celui-ci, un sceptre à la main, remplit de ses grandes ailes presque tout le reste deFespace, et touche à peine la terre de la pointe de ses pieds ^.

Sur un bas-relief sculpté à la façade de l'église de Saint-Michel, à Pavie, et attribué au vu* siècle, Marie étant de nouveau assise sous un portique, une suivante de toute petite dimension est assise à ses pieds, et la montre comme pour la célébrer, tandis que l'Archange lui adresse la parole. La suivante apparaît penchée à une fenêtre, comme témoin seulement, sur une autre sculpture jugée plus ancienne quela précédente, par d'Agincourt, qui lésa l'une et l'autre publiées >. Il avait lui-même trouvé la seconde dans une démolition à Rome, où elle avait appartenu à une église détruite. La sainte Vierge s'y montre de même assise, avec cette particularité qu'une grand flambeau allumé s'élève entre elle et Gabriel.

A Milan, sur la grande et célèbre couverture d'évangéliaire, œuvre du VI* siècle environ, l'Annonciation est représentée, il faut le dire, en de tout autres conditions. L'artiste s'est inspiré d'un de ces récits apocryphes, auquel cette représentation isolée ne suffit pas i>our donner un crédit qu'il ne saurait tirer, à plus forte raison, de la source d'où il provient. Nous citons, nous ne justifions pas : Marie puisait de l'eau à une fontaine^ quand l'Ange lui apparaît; elle se retourne pour l'écouter 3.

Sur un coffre en ivoire appartenant au musée du Louvre (n» 69) et attribué au îV siècle ^, nous retrouvons la sainte Vierge assise sous un

1. Supp. lat., no 642. Nouvelle clastificiition, 9393. Labarte. Arts indusirieU, PI., T. I, pi. V. M. Laharte attribn-' cet ivoire au temps de Juglinien et le jage d*un travail byuniio. t D'Agincourt. Struip$uré, pi. xxvi, Kg. 1, 5.

3. Moulagei de ia Sociéléd^Afundel; Muzzoï.i. Tavoie delta storia detia Ckieta, Labarte, Arts induMirtels^

Dans l'une des miniatures du manuscrit syriaque de la Bibliothèque Laurentienne, à Plorenee. où rAnBOncialion est représentée par deux figures de Tarchange Gabriel et de la sainte Vierge, placées debout , séparément, de chaque côté d*un encadrement, on voit, près (le Marie, un vase et une sorte de di»que , qui pourraient se rapporter à ia même donnée. Si elle était devenue habituelle dans Parlcbrétien, elle aur. it pris en conséquence une bofine et utile signification, qui nous la recommanderait. Autrement elle D*est à nos yeux qu'une circonstance de fait très-probablement erronée.

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