I . Legeuitt of the Madonna, p
HO GUIDE DE I/aRT CHRÉTIEN.
en dernier lieu, pour lui accorder, s'il nous est permis de parler ainsi, la palme de VAve Maria.
Nous ne disons pas que f^a manière de concevoir TAnnoncialion ait en elle-même une supériorité certaine, soit sur la noblesse de type adoptée dans les hauts temps, pour honorer Marie au moùienl où elle devient Mère de Dieu, soit sur ces explosions magiques, tentées quand Kart a acquis toute sa puissance, pour faire apparaître devant eile, en quelque Sorte, le ciel tout entier avec son envoyé. Mais, dans une voie intermédiaire, il a mieux réussi qu'aucun autre, il a mieux réussi à infuser le parfum d'une âme pleine d'amour pour Marie, et angélique elle-même. C'est un- sujet qui a été fréquemment touché de son suave pinceau : nous en avons observé sur les originaux huit variétés ^ L'on dira en effet qu'il y a mis une certaine variété , si l'on considère qu'il représente la sainte Vierge, tantôt assise, tantôt à genoux, et l'Archange tour à tour debout, incliné ou à genoux devant elle ; mais, avec ces différences accidentelles, ilidemeuredans un même ordre de sentiment, dont il s'est tout d'abord trop profondément pénétré pour songer qu'on puisse en concevoir aucun autre. Assise ou à genoux, un livre à la main, ou fixée par ses seules pensées, Marie était toute occupée de Dieu ; l'Ange venant du ciel s'est abattu sur la terre, mais il n'y pèse pas, et l'on sent que, plus prompt que le désir, il regagnerait les régions célestes, du plus simple battement de ses ailes, teintées des riantes couleurs de l'iris, ou brillantes comme l'or du soleil. Dans cette atmosphère qui les enveloppe , et lui et Marie, ce n'est cependant pas l'éclat qui domine : la lumière est douce et c'est lapaix que l'on respire. Avec quelle intime sérénité l'humble Vierge, les mains jointes ou croisées sur son cœur, tend la tête pour écouter les ordres divins, prête à les accueillir en toute simplicité et tout amour! Que cet Ange est pur sous ses formes humaines! comme la chair et le sang sont loin de là! Il incline aussi la tête, lui-même plein de respect, mais légèrement, car il parle au nom de Dieu, voilant sous son sourire et laissant voir par la transparence de son regard la ravissante délicatesse de ce mystère, d'où s'exhale la double suavité de la vierge et de la mère. A Cortone, Gabriel porte le lis; sur le reliquaire de Satita Maria Novella^ le lis est placé dans un vase au milieu de la scène; ailleurs le peintre a pu matériellement l'omettre, il n'en fait pas moins apercevoir la blancheur et sentir le parfum. Ce parfum, nous le répétons, est celui de VAve
i. Deux dans les cellules de Saint-Marc , à Florence ; une sur les reliquaires de Santa Maria NoveUa : une sur les panneaux représentant la Vie de Noire-Seigneur, à TAcadémie ; vue dans la chapelle de Saint-Luc , k VAnnuneiata ; deux h Saint-Dominique de Përonse ; une au Guù de Cortone.
PRÉLUDES DU DIVIN AVÈNEMENT. lit
Marian dans toute sa fraîcheur. D'autres prendront la scène dans une autre de ses phases, pour en exprimer la grandeur et les fruits ; le peintre angëlique la cueille dans sa fleur, et c'est assez pour qu^il nous en fasse goftter toutes les conséquences admirables.
vni.
PARTICCLARITÉS RELATIVES AUX IMAGES DE l'aNNONCIATION.
Nous avons cruquelquetemps,d'aprèsropiniongénérale,qu'un charmant tableau de l'église de la Minerve, à Rome, était aussi du Beato Angelico. Quelques particularités de couleur et de dessin nous déroutaient-, mais nous arrangions la chose en*admettant des retouches; elle s'explique bien mieux maintenant, puisque nous savons que le tableau est de Benozzo tïozzoli^. Nous y'avions vu aussi un souvenir de VAve Maria^ une idée de prière, jointe à l'intention particulière qui avait présidé à son exécution. De gracieuses petites filles vêtues de blanc sont présentées à la sainte Vrêrgepar un cardinal de l'Ordre des Dominicains, et reçoivent une bourse de sa main, tandis que l'archange Gabriel, derrière elles, le lis à la main, se tient prêt à saluer Marie. Toute énigme disparaît, quand on sait que ce tableau a été composé pour un orphelinat fondé par le cardinal Torrecremata, sous le nom de « Confraternité de l'Annonciation ».
Un mode de procéder analogue se rencontre dans un autre tableau d'autel de la même église, peint par Filippino Lippi, où le cardinal Olivier Garaflfa , donataire, étant présenté à la sainte Vierge par saint Thomas d'Aquin , le patron de la chapelle, Gabriel , encore avec le lis, semble prêt également à la saluer de son Ave Maria^ lorsqu'elle se retournera vers lui.
Dans ces deux tableaux, d'ailleurs, on a voulu que la pensée de l'Annonciation, tout en étant combinée avec la pensée particulière d'un patronage, fût néanmoins complète dans son expression. Les artistes ont eu soin, dans chacun d'eux, de faire descendre sur Marie le Saint-Esprit, sous la forme ordinaire de la colombe; et, non content de cette forme de l'intervention divine, Benozzo Gozzoli a encore représenté plus haut Dieu le Père , qui envoie ce môme Esprit-Saint.
QuciJquefoison a associé ù l'Annonciation, dans un même tableau, des Saints qui n'ont d'autres rapport à ce mystère que de partager avec