‹ Guide de l'art chrétienChapitre 60 sur 238 · Ape italiana, Ann. iti, pi. xiv · texte numérisé non relu

Ape italiana, Ann. iti, pi. xiv

112 tiUiDK DE l'art ONHËTIEN.

lui le patronage de telle église, de tel autel, de telles personnes. C'est ainsi que, dans un tableau de Francia de la galerie de Bologne, la sainte Vierge étant placée entre saint Jean-Baptiste et saint Jérôme , 1 ange Gabriel apparaît au-dessus : l'idée de son apparition à Marie se trouve ainsi exprimée; et c est une ciiTîonstance à laquelle nous avons t'ait allusiou quand nous avons parlé des représentations de ce mystère, où, avant Père moderne, l'Archange était suspendu sur ses ailes; ' Nous revenons aux apparitions des Personnes divines dans la scène de l'Annonciation, pour compléter les explications que nous n'avons, jusqu'ici, données que trop imparfaitement à ce sujet. Quelque forme que prenne la représentation du mystère, on comprend que le Père et le Saint- Esprit y figurent très-convenablement, comme traduction de ces paroles de l'Ange : Spiritus Sanctus superveniet in /e, et virtns Aliissimi obumbrùbii tibi^ a Le Saint-Esprit descendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous « couvrira de son ombre o. Un chrétien, néanmoins, comprend si facilement cette action divine, comme toujours sous-entendue quand elle n'est pas exprimée, qu'on a pu souvent omettre de la rendre ostensible sans que l'impression attendue du tableau en fût affaiblie. La colombe, après avoir figuré, au v' siècle, dans V Annonciation de Sainte-Harie-Majeure, devient rare dans les siècles suivants; on la retrouve plus fréquemment vers le xui* siècle, et c'est pendant le xiv* que devient fort usitée la figure de Dieu le Père. Alors, le plus souvent, il lance des rayons sur Marie, et ces rayons se prolongent quelquefois jusqu'au point d'atteindre son sein virginal ; dans tous les cas, ils tracent la voie que suit la céleste colombe. Il arrive apssi que les rayons sont tracés comme venant du ciel, sans que la figure du Très-Haut se fasse apercevoir ' ; ou bien, au contraire, Dieu le Père lance les rayons, sans que Ton voie le Saint-Esprit '. Il n'est rien de plus légitime que ces divers modes de représentation; l'artiste est trop libre de les varier, pour que nous nous étendions sur leurs variétés. Nous. nous contenterons défaire remarquer que, dans \ Annonciation Ae^xmon Memmi, la colombe descend entourée d'une auréole de Chérubins.

Est-il également permis de faire figurer Dieu le Fils dans la représentation de ce mystère? Il est un assez grand nombre de tableaux, où l'on voit l'Enfant Jésus portant sa croix, qui descend du ciel, pour venir reposer dans le sein de sa mère*. Le Fils de Dieu, en s'incarnant, n'est pas

1. Gori, Thés. vet. dypt., T. III. Biplistèrc de Florence, pi. i.

2. Cirol de la Ville, ^i*/. de- Saint- Seurin de Bordeaux, retable de Nolre-Dame-de-Ia-

Rose.

3. Tableau de Jean Sanzio, le père d« Raphaël (galerie de Milan) ; de Timnteo Viii (même galerie) ; tableau de Franria dont nous possédons nne pholographie. Dana une miniature de la Légende dorée (Bibl. nat., Fr. 2U, fol. A), sous le titre ùAdvénement de

PRiU.imB8 DU DIVIN AYÉHKMBNT. 113

Venu habiter ce sein virginal avec un corps tout forme, ' mais son «sorps a été formé du sang le plus pur de Marie.' Évidemment les artistes dont nous citons les tableaux connaissaient cette vérité, et ils étaient bien éloignés de l'hérésie des Yalentinien^ qui avaient soutenu l'erreur contraire; ils voulaient seulement rendre sensible, par le seul procédé qui soit compatible avec la nature de l'art, ce fait, que le Fils de Dieu vient s'incarner. Mais ce procédé favorise une grosse erreur; il est puéril, il est même iconographiquement inexact (le Fils de Dieu, en tant que Dieu, ne doit pas être représenté sous la tigure d'un enfant, étant de toute éternité égal à son Père). Ce procédé a été condamné sévèrement par saint Antonin; depuis, Molanus et Âyala ont fortement insis,té pour le réprouver, au point que celui-ci ne voudrait pas laisser subsister sans correction les tableaux oU il est employé^; aujourd'hui, dans tous len cas, on serait inexcusable d'y recourir, et l'art s'interdira plutôt, faute d'avoir aucun moyen de le faire convenablement, de représenter le Fils de Dieu comme venant s'incarner dans le sein de Marie. Mais sera-t-il également défendu de représenter Dieu le Fils, en tant que Dieu, comme présidant, des hauteurs célestes, à l'accomplissement du mystère où il joue personnellement le principal rôle? Le Beato Angelico semble l'avoir voulu quand il a attribué un visage imberbe à la ligure divine qui envoie le Saint-Esprit, sur le reliquaire de Sania Maria Novella. Quoi qu'il en soit, il sera plus sage et moins sujet à contestation, de hitsser à la seule pensée du chrétien le soin de faire, dans la représentation de ce mystère, la part du Fils de Dieu; il se dira qu'elle est trop ineffable, pour être traduite visiblement.

On voit aussi des Annanciations où la Trinité tout entière, formant conseil, préside à l'envoi du céleste messager; à ce sujet, nous rappellerons encore la miniature dont nous avons publié la partie supérieure (T. II, pi. v); mais il faut remarquer que, dans cette composition, il y a deux actions, ou deux scènes distinctes et successives : Gabriel recevant sa

Notre-Seigneur, on voit, au tommet, le ciel représenté par un arc de cercle irisé, Dieu le Père et le Saint-Esprit qui y font leur séjour, et au-dessous un enfant nu portant la croix avec cette inscription : Ecee ego dlo et merce$ mea meeum. Au-dessous est une jeune fille à genoux : la sain(é Vierge, sans aucun doute ; puis différents groupes allégoriques : des bergers, des prisonniers, un puits. Dans une raqgée inférieure : une barque, les limbes. Pic. On a voulu, c*est évident , représenter l'Incarnation et ses effets , et le caractère dé la r.omposition rend plus tolérable le procédé que nous critiquons.

1. Si Aotonini Summa hiitorialit, part, m, tit. viii. Molanus, L. III, c. xiii. Ajala, PicL CkrUt., L. IV, c. IV, § 2. Molanus parle d*une interprétation intermédiaire, diaprés laquelle cette petite ligure humaine représenterait. non le Fils de Dieu en tant que Dieu , non son corps qui nVst pas encore formé, mais son âme. A ce point de vue encore, ce procédé devrait être repoussé comme favorisant Terreur origéniste de la préexistence des ftmes.

114 GUIDE DB l'art GHRAtIEPI.

mission et Taccodiplissant, tour à tour ; si bien que le SaintpEsprit, après avoir pris part à la première scène dans le conseil divin, descend sur Marie dans la seconde, au milieu d*une petite auréole rayonnante comme une étoile.

11 faut comprendre, d'ailleurs, qu'en tout cela, il ne s'agit pas seulement de ne rien représenter qui ne soit susceptible d'une bonne interprétation« et qui soit à l'abri de toute censure, mais encore d'être clair, et, par conséquent, d'éviter tout ce qui demanderait une interprétation subtile.

Ayala discute assez longuement sur les conditions de temps et de liea où l'on doit représenter l'Annonciation. Nous ne le suivrons pas sur ce terrain. Que la scène se passe de jour ou de nuit, comme il en accorde le choix aux artistes; que, sans tenir compte de son interdiction, ils la transportent dans un monument d'une riche architecture ; que, se conformant à la réalité incontestable des faits, ils montrent l'humble demeure de Nazareth sous ses modestes apparences : nous croyons que toutes ces alternatives sont permises, conformément aux principes généraux que nous avons essayé d'établir, pourvu que \$ représentation se soutienne, dans toutes ses parties, sur le ton qu'elle a tout d'abord adopté.

Beaucoup d'Annonciations sont même représentées, abstraction faite de toute circonstance de temps ou de lieu ; souvent la sainte Vierge et l'Archange ne sont pas môme rapprochés : ils sont symétriquement disposés sur deux parties différentes du même monument. Nous avons cité un de ces exemples qui remonte au vi® siècle, dans les miniatures du manu* scrit syriaque à Florence. Ils sont devenus très-communs dans la seconde partie du moyen âge. On en remarque surtout un grand nombre, où Marie et Gabriel sont encadrés, l'un et l'autre, en deux médaillons, et leurs expressions n'eu sont pas moins corrélatives. Au xui* siècle, parmi les statues qui ornent nos cathédrales, comme à Chartres, à Amiens, où ils sont représentés voisins l'un de l'autre, la gravité monumentale ne permet pas d'accuser, d'une manière aussi accentuée, la correspondance de leur pantomime : et cependant, tout ce que l'on doit penser du mystère qu'ils représentent, n'en est pas moins fortement dit à l'observateur qui sait les bien voir. Il en est de même des autres mystères que nous observcMons successivement, dans des conditions analogues.

Page 1