‹ Guide de l'art chrétienChapitre 65 sur 238 · Legendfoflhe Madonna^ p · texte numérisé non relu

Legendfoflhe Madonna^ p

PRÉLUMS DO DIVIN AVÉNBMItNT. 119

sépare chacun de» deux saints époux , derrière Marie et Elisabeth , où ils sont placés, est suffisant pour indiquer qu'ils demeurent étrangers à leur entretien. D'ailleurs, il n'est pas dit que» dans l'une ou l'autre, elles prononcent aucune parole. Dans l'une, elles s'embrassent avec effusion ; dans l'autre, elles se prennent la main avec une douce amitié : l'artiste ne semble avoir eu en vue que ces premiers témoignages d'affection. Son plus grand mérite en les exprimant, c'est d*étre suave; il ne va pas au delà dans la région des idées. Saint Joseph, dans la fresque du clcrftre, ne faisait que s'avancer de loin , d'un air honnête et serein, tenant son fine par la bride, souriant peut-être à l'empressement des deux cousines, attentif plutôt à Zacharie, qui accourt au-devant de lui. Dans le tableau de la chapelle, ils sont fixés, chacun dç leur côté, dans un sentiment de pieuse méditation. Dans les vitraux de la même église, peints par Guillaume de Marseille, une autre Kts/to/Zon semble, quant à la succession des faits, comme la suite de celle du cloître : Joseph a détaché le licol de sou âne, pour le soulager^et il entre en conversation avec Zacharie; dans tous les cas, ils ne sont certainement pas censés entendre ce que Marie et Elisabeth peuvent se dire. Sans cesser de se tenir embrassées, elles ont commencé, en effet, à s'entretenir. Elisabeth félicite sa cousine, en s'inclinant comme par un mouvement naturel , qui semble deniieurer inaperçu à l'humble vierge > grandie, au contraire, avec dignité, dans un sentiment de joie annonçant le Magnificat. Elisabeth a une suivante, mais l'attention de celle-ci se porte ailleurs.

Ayala blâme l'entretien de saint Joseph et de Zacharie, par la raison que ce dernier était muet alors. Le Guide de la peinture du mont Ailios le prescrit, au contraire ^ A nos yeux, il suffit, pour satisfaire à ce qu'il y a de juste dans la critique du théologien espagnol , que rien dans la physionomie du Prophète n'indique qu'il prend la parole ; il peut, quoique muet, accueillir cordialement son saint visiteur. Il peut aussi s'exprimer par signes, et, la pensée commune devant se porter sur la cause merveilleuse de son mutisme, rien ne nous paraîtrait mieux approprié au sujet que de le voir porter la main sur sa bouche, pour indiquer que là est le signe de Fintervention divine; et ses regards s'élevant vers le ciel, ceux de saint Joseph peuvent s'y élever aussi. Quoique les événements qui se préparent soient, pour l'un et l'autre, encore ijidéterminés, ce serait le commentaire de ce qui se passe entre les deux cousines, et tout leUableau prendrait une teinte d'inspiration et de sublime attente.

1. Gomiiie.on ne voi( pas de (races Je cel élément de composition avant le xv« {lièrle, la prfscrtpiioD Je ce Guide (p. 156) montre que, si les innovations ont été rares et lentes dans Tart grec chrétien, on en trouve cependant des exemples.

120 GDIDB DE h* km GHRÉnEN.

Le plus célèbre des tableaux de la Visitation est celui de Rubens, dans la cathédrale d*Anvers.^ Au travers de cette magie de la peinture, de ce relief des formes, de l'éclat de ces couleurs, de cette scène animée, ou se mêlent des détails familiers et des signes de grandeur, de tous ces genres de mérites, capables de gagner les suffrages des connaisseurs, sans beaucoup élever la pensée, si l'attention se porte sur Marie et sur Elisabeth, on reconnaîtra que chez elles les convenances d'attitude et d'expression sont bien observées. Il ne faut pas trop se laisser prendre à Téclat cba* toyant de la robe de soie que porle la très-sainte voyageuse ; il ne faut pas trop remarquer que le pauvre flne qui lui a servi dQ monture va mal avec son riche costume. Mais que l'on écoute Elisabeth; nous retrouvons dans son expression le sentiment de ces paroles : « Et d'où me vient cet honte neur, que la mère de mon Seigneur me visite? » Que l'on considère Marie prête à entonner le Magnificat. Zacharie et saint Joseph sont trèsrapprochés; mais, tout occupés de leur rencontre mutuelle, ils peuvent être réputés aussi étrangers qu'ils doivent l'être à ce qui se passe i côté d'eux. Le péristyle oh s'abordent Marie et Elisabeth est favorable à leur isolement et à leur mise en relief. L'illustre auteur de ce tableau l'a fait pour le plaisir des yeux; on y trouverait les éléments d'une œuvre sérieusement chrétienne.

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