Habac, m
NATITITÉ DI NOTRB-SCIGNISUR. 125
Quelques-uns des Pères vont plus loin, et les interprétalionâqu'ils^ donnent au bœuf et à Tâne servent à expliquer l'importance que ces animaux ont si promptement acquise dans l'iconographie chrétienne. Ils représentent les deux peuples parmi lesquels devait ?e recruter TËglise. Sanctum Regem Christum, dit saint Pierre Chvy^ologixe.. appositumante duo prophe^ tica iUajumenta duorum vxdelicet populorum , typum figuramtfue gestantia intuentuTy admirantur^ agnoscunt [Magi) ^ : & Les Mages considèrent , ils « admirent, ils reconnaissent le saint Roi, le Christ, placé entre les deux « animaux prophétiques, type et figure des deux peuples... • Le bœuf et Tâne auraient donc pu avoir, dans nos monuments primitifs, une signification analogue à celle des deux cités, Jérusalem et Bethléem, dans un ordre d'idées qui avait un autre équivalent dans la représentation simultanée de T Adoration des bergers et des Mages, comme sur les fioles de Monza ; de sorte que, sur ces petits monuments oomme^dans la mosaïque de Sainte-Harie*Majeure, où l'on voit les deux cités, et sur les sarcophages où sont les deux animaux, il est très-possible que, sous des formes aussi différentes, on soit invité à voir le même fonds d'idées.
L'on dira, dans un ordre d'idées plus général et destiné à se soutenir plus longtemps, que les deux animaux représentent. le peuple fidèle. Dans tous les cas, ce n'est pas évidemment comme accessoires familiers que le bœuf et Tàne figurent dans ces antiques monuments; cette diminution de leur rôle ne viendra que bien des siècles après. Cependant, quant à la manière défendre le fait, on y a mis assez de naturel : ou ils s'avancent en flairant, comme pour reconnaître leur maître, ou ils se penchent vers le divin Enfant, comme pour le réchauffer de leur haleine. Cette remarque s'applique spécialement à la couverture d'évangéliaire de Milan, qui, pour la date, s'éloigne peu de la mosaïque de Sainte-Marie- Majeure , à laquelle nous voulons la comparer non plus relativement aux * ^ deux animaux, puisqu'ils ne figurent pas dans cette mosaïque, mais parce que, dans l'unetl'autre de ces monuments, la sainte Vierge et saint Joseph sont assis à droite et à gauche de l'Enfant Jésus, comme pour , firmor la cour du jeun&Roi. L'Adoration des Mages ne se confond plus avec la scène commémorative delà Nativité, sur l'évangéliaire, commeelle le fait dans la basilique; niais la connexion i'itiraedes deux sujets s'y affirme, au moyen des places correspondantes et principales qu'ils occupent, sur les deux plaques d'ivoire qui forment sa couverture^. Il est
1. s. Petr. Chrysol., Strm, 159. Bibl PP. Edil. 1677 , T. Vil, p. 966.
2. Moulages de la Société éCArundel, ie classe , it» 1. M. Labarle, Arli induMtrieli^ n*a publié que Tune des Jenx plaques. On trouve ia seccnile Irès-réduitep dans les Tavole de Uozzon*, vi«8 èc!e, p. 61. il est à remarquer que, dans les Ephémérides moscouiles, publiées
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évident, à considérer la disposition des autres sujets dont la NaUoiié et VAdoroÉian des Mages sont accompagnées , que cette correspondance n'a pas été déterminée par Tordre de leur succession historique. Ce n'est pas néanmoins sur ce point que nous voulons insister, mais sur le caractère de dignité auquel il se rattache, et que l'on retrouve dans la pose de Marie, toujours assise jusqu'ici, toutes les fois que nous l'avons rencontrée auprès de la crèche. Ce caractère est partagé par saint Joseph , au moins dans la mosaïque et sur Tévangéliaire lui-même, bien que le saint Patriarche y porte, comme nous l'avons fait observer précédemment, la scie qui rappelle son humble profession ; mais on ne peut pas dire que, pour lui, ce caractère soit également soutenu dans l'ensemble des monuments.
Dans le manuscrit syriaque de Florence, œuvre du vi* siècle, comme les plaques d'ivoire de Milan, il ne se montre pas, et la sainte Vierge est encore assise ; mais nous remarquons que non-seulement Marie ne dirige pas les yeux vers son Sauveur et son Fils, mais il semble que l'on ait voulu à dessein les en détourner. £n remontant plus haut, jusqu'au sarcophage dont nous avons reproduit ci-dessus une partie du couvercle (p. lâi), on voit qu'il donne lieu à la même observation. C'est là le germe d'un mode de composition qui était destiné à prévaloir jusqu'au XIV» siècle, et dont nous ne pouvons cependant dissimuler la singularité. L'énigme va se compliquer de deux autres circonstances : la divine Hère sera couchée comme si elle avait enfanté dans les conditions communes de la maternité, et l'on verra intervenir près d'elle* des femmes, comme si elle avait eu besoin de leur assistance, ou plutôt comme-si Jésus naissant avait dû recevoir d'autres soins que ceux qu'elle était appelée à lui donner elle-même. Tout ceci demande des éclaircissements, que nous allons nous efforcer d'apporter. Nous ne dissiperons pas tous les nuages, mais il ne se peut pas qu'en les soulevant, on ne découvre quelques bonnes p<*nsées dans des pratiquer iconographiques qui ont pris tant de consistance, à des époques où le sentiment chrétien était si vif et si général.
par Papebroke (Boll.)> au 25 décembre, on voit arriver les Mages. Le G'ide de In Peinture ilii moDl Alhns, de son côté, prescrit de les faire venir (p. 157). Ou en rencontre d*aulres exemples chez les Grecs, dans des monumenls d*époques intermédiaires. Les Ephémér dtt et le Guide offrent m outre cette pariicularilé, d'un caractère moderne au contraire, que Marie est à genoux , ou désignée comme devant être ainsi placée , auprès de la crèche , tandis que Joseph est debout.
NATivrrâ OB NOTREHunaNBim. t27
LE BAIN DE L'eNFANT JÉSUS.
Dans la manière de représenter la naissance de Notre-Seigneur, que nous allons étudier, il faut distinguer entre les trois particularités énigmatiques que nous avons signalées : la position de la sainte Yierge, la direction de son regard et Tintervention des sages-femmes. Celle-ci soulève des objections plus graves que les deux autres, et par ce motif, quoique, par ordre de date, elle ne se présente que la troisième, nous l'aborderons de front et la première, afin d*en dégager tout d'abord le terrain de nos investigations. Si , en admettant ces femmes dans leurs compositions, les artistes avaient prétendu dire que la sainte Vierge avait accueilli leur ministère, ce serait une monstruosité qui ne pourrait être condamnée trop sévèrement; mais c'est absolument le contraire : elles sont appelées là pour attester que Marie est demeurée Vierge dans son enfantement. Tel est le sens de toutes les légendes à ce sujet : de l'Evangile de l* Enfance ; du Protévangile de saint Jacques; de i' Evangile de la Nativité de Marie et de l'Enfance de Notre-Seigneur^. Une ou deux sages-femmes arrivent quand l'enfantement vir^^inal s'est déjà accompli, et il ne leur reste qu'à le constater 3. Une de ces Tem mes, avant de s'en. être assurée par elle-même, veut douter; elle est punie de son doute, et perd l'usage de ses mains; puis elle le recouvre aussitôt qu'elle a touché l'Enfant Jésus. Cette femme est ordinairement désignée sous le nom de Salomé, et sa compagne reçoit celui de Zélémi, dans V Evangile de la Nativité^.
Ce qui .sonne mal dans cette histoire, c'est que la Vierge très-pure se soit soumise aux investigations de ces femmes, pour leur laisser constater un fait qui devait, au contraire, demeurer ignoré' pendant la vie mortelle
1. Les Evangiles apocryphes, traduits par Gustave Brunct, Paris, 1849. Le traducteur cite un récit analogue recueilli dans un ouvrag italien du xve siècle, très-rare, dont la Bibliottièqiie nationale possède un exemplaire , et qui a pour litre : Viia del Nostro Signore Jesu Christo e de la sua gloriasa Madré Vergine Madona santa Maria. (Bologna, Baldissra- de U Ar%oinadi, U74, in-fol )
2. D*arrès un récit de Suidas rapporté par Ayala \Piclor Christianus, L. ill, c. i, g 10), les prêtre* juifs auraient envoyé des sages-femmes pour constater s*ii était vrai que l'enfantpmriit de Marie fût virginal : Saeerdotes his auditis fideUs obsMriees venire jusserunt eisque mandarum ut aeeuraie perquirerent et explorarent an adhue vere trirgo estât Maria. lUœ vero ex ipsis rehuS accepta plena eertague eogniHonCy Virginem eam afirmaimnt,