‹ Guide de l'art chrétienChapitre 74 sur 238 · NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGNEUR. J · texte numérisé non relu

NATIVITÉ DE NOTRE-SEIGNEUR. J

tère qui vient de s'accomplir. On représentera aussi saint Joseph, non pas endormi, mais méditant, dans un lieu légèrement plus éloigné. On n'en laissera pas moins au rôle des Anges et des animaux tout le relief de leur signification.

Dans la disposition actuelle des esprits, cependant, le mode de représentation de ce mystère, qui prit faveur au xiv*' siècle, sera généralemr^nt plus goûté. La transition ne se fit pas brusquement. Nous publions (pi. v) un panneau de triptyque de la collection Campana , au Louvre (n^ 5â), oii les deux animaux restant dans leur rdie précédent, et six jolis Anges venant adorer l'Enfant Jésus, sa très-sainte Mère assise sur le sol, ce qui lui donne l'air d'être à demi couchée, le tient dans ses mains et le contemple avec amour; saint Joseph est encore endormi, mais d'un sommeil si paisible, qu'il semble rAver à l'événement mille fois heureux qui s'accomplit à côté de lui. Les bergers, dans Tangle opposé du tableau, sont avertis par l'Ange, qui plane à son sommet. ' Thadée Gaddi , dans les fresques de Santa-Croce , à Florence , a représenté le même mystère d'une manière assez analogue, et se rapportante à peu près dans les mêmes proportions , aux compositions des époques précédentes. Marie , à demi .couchée, à demi assise , tient aus.M Jésus dans ses bras avec tendresse; le bœuf 'et Tàne étant plus éloignés, leur mouvement pour le flairer est plus accentué, plus pittoresque; deux Anges adorateurs planent dans Tair, l'un pour adorer avec amour, l'autre chantant le Gloria in excefsis; saint Joseph est encore endormi, et un berger s'est déjà approché de fétMble. La scène de V Apparition où il a été averti par l'Ange occupe un compartiment distinct. Antérieurement à ces deux tableaux, Giotto, dans les petits panneaux de la Vie de Notre-Seigneur (galerie de l'Académie, à Florence), s'était montré plus innovateur, en faisant agenouiller Marie et Joseph près de la crèche : c'est le plus ancien exemple que nous connaissions, et les représentations du même genre sont rares pendant la première moitié du xiv^' siècle ; alors même nous croyons que l'on retrouverait plus souvent Tancienne disposition où Marie est tout à fait couchée, que ce mode de composition tout nouveau encore. Il se propage dans la période de temps qui vient immédiatement après. Nous en avons observé, à Florence^ deux exemples dans la galerie de l'Académie, deux dans l'église de Sania Matia Novella ou ses dépendances. Au xv^ siècle, il a totalement prévalu en Italie; mais il faut avancer assee loin digns ce siècle pour le rencontrer en deçà des Alpes. Dans le petit* tableau de Giotto, il n'a pas encore pris la forme, consacrée ensuite presque invariablement jusqu'à la Renaissance, où la sainte Vierge et saint Joseph sont en adoration devant le divin Enfant. Ici saint Joseph seul adore, d'autres soins occupent Marte : elle achève de «ouvrir Jésus, et ses yeux,

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au lieu de »e fixer sur lui , se dirigent vers nous. Le caractère de l'oeuvre ne permet pas d'interpréter cette direction du regard comme uousTavons fait jusqu'ici : c'est une invitation qui nous est faite; Marie se tourne vers nous pour que nous nous tournions vers Jésus. Il y a dans toute cette scène un essai de mouvement dramatique qui tient du naturalisme, une tendance mystique très-prononcîée , et un reste d'archaïsme qui se manifeste dans la position du divin Enfant couché dans la crèche, dans les langes qui le serrent, dans l'attitude du bœuf el de l'âne penchés sur lui. On pourrait croire que le panneau du Louvre et la fresque de Thadée Gaddi ont été conçus dans le même esprit que ce tableau, et n'y voir que les situations successives qui se présentent dans le déroulement d'une même action dramatique. Sur le triptyque, elle serait prise dans le moment le plus vpisin du divin enfantement qu'il scHt convenable de représenter. Jésus est déjà enveloppé de langes ; mais nous croyons qu'il dut l'être aussitôt, et nous ne croyons pas qu'il y ait le moindre avantage à ne pas attendre qu'il le soit. Alors Marie le considère avant de le déposer danis la crèche; puis elle le serre encore contre son sein, comme le montre Thadée Gaddi. Aussitôt après, elle le met dans son humble berceau, et c'e^t alors que Joseph se réveille et l'adore, moment choisi par Giotto. Si d'ailleurs, dans son tableau et dans la fresque de Thadée Gaddi, les bergers arrivent, ce n'est pas que les peintres aient voulu dire qu'ils soient venus en réalité. aussi promptement, mais c'est un artifice de composition : la représentation embrassant simultanément les circonstances successives du fait. Cette simultanéité, cependant, n'est pas possible quant aux attitudes que ne peut prendre que l'une après l'autre un même personnage, et représenter Marie absolument telle qu'on peut l'imaginer lorsque les bergers arrivèrent, ce serait prendre pour sujet de son tableau leur adoration, et non pas rigoureusement la Nativité même. Ces réflexions doivent montrer combien sont susceptibles de se multiplier les faces diverses sous lesquelles on peut avec vérité envisager un même, sujet. Mais nous revenons sur la différence vraiment caractéristique qui distingue l'œuvre de Giotto de celles de ses élèves, cependant postérieures. Nous la disons caractéristique, paix;e que la position de la sainte Vi/erge, suivant qu'elle est plus ou moins couchée ou près de l'être, ou qu'elle est agenouillée, indique le point de partage entre les deux manières bientôt profondément distinctes que nous comparons ^. La Vierge de Giotto, par cela même qu'étant agenouillée,

1. Molanus réprouve Pancienne inanrère de représenter la sainte Vierge coachée ; il donne, au contraire, toute son approbation aux Vierges agenouiiiées devant ledifin Nooveau-Né. Il cite à son appui Catharinus, Qenri Luitenius (HUt. SS. Imag,^ L II, e. ïxvii). Nous cite-

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die est occupée encore de ces premiers soins qui ont dû suivre immédiatement la mise de Jésus dans la crèche, nous donne à penser qu'elle ne s'est pas mise à genoux par un second mouvement, comme elle l'aurait fait pour l'adorer après l'avoir vu nattre, mais qu'elle était dans cette position même quand il est sorti de son sein virginal.

Selon toutes les probabilités, elle était effectivement en prière dans ce moment à jamais béni, et il serait difficile d'imaginer qu'il en fût autrement. Sainte Brigitte, Marie d'Agreda, Catherine Emmerich, avec des variétés de circonstances, sont d'accord pour la représenter seule en compagnie des Anges, à genoux, en extase et entourée d'une lumière ineffable. Saint Joseph aurait été en prière « de son côté, au dehors ou dans un compartiment distinct de la grotte. Après un intervalle convenable, il aurait été appelé par sa très-sainte épouse, et aussitôt il se serait prosterné pour adorer son Dieu ^

On remarque peu, dans l'église de Sonia Maria Novella^ à Florence^ untableau à fresque de la fin du xiv® siècle. Il est assez médiocrement peint sur le mur intérieur de la façade, entre deux des portes, et il représente une Atmonciaticn^ qui n'a rien en effet pour attirer l'attention; mais la Nativité qui ligure avec quelques autres sujets dans sa Predella , et k laquelle nous avons déjà fait allusion, nous a frappé par une certaine conformité avec les descriptions dont nous venons de faire le résumé. On y voit la sainte Vierge à genoux dans une auréole ; le divin Enfant est lui-même tout rayonnant de lumière et gisant sur le sol ; les langes qui vont le couvrir sont étendus auprès de lui ^ et saint Joseph s'avance pour l'adorer. Derrière le saint époux de Marie, on voit aussi une femme d'un certain Age, qui est en prière; ce semblerait être une réminiscence de l'intervention des sagçs-femmes. Sous ce rapport, cette composition n'a plus rien de commun avec les descriptions de nos pieuses extatiques; nous ne la donnons pas d'ailleurs absolument comme modèle à suivre : nous nous raitgeons à l'avis de Molanus, d'Ayala et des autres auteurs qai improuvent absolument la nudité de l'Enfant Jésus. Il est juste cependant d'observer que cette nudité, dans le premier exemple que nous en offre une représentation de la Nativité du Sauveur, semblerait pouvoir se justifier en fait, la sainte Vi.erge étant réputée n'avoir pas eu encore le temps d'envelopper Jésus de langes. De même, le P. Jérôme de Nataiis,

rons encore ces paroles de Clictou : Sunl probandm admodum, illœ picturœ reprcuenlanUê Chriili Naiwilatem, tn quibus ipsa Beata Virgo depingilur in genua flectens eomplicatis numib9i9, etc. (Cliolovei, Serai, % in die NtUivitatiê Dominieœ, Serm., T. I, p. 41, Paris, 1556. 1. S. BrigUle Repelationei, L. iV, e. xxi. Marie d^Agroda. Cilé myêtlque, T. HI, p. 3191 m. Viedeia ninte Vierge, d'après A.-C. Emmerich, p. 299.

iW GUIDIE DE l'art CHnÉTIEN.

dans le) estampes du Nnuveau TesUment réunies et publiées par ses soins, a souffert que, dans la scène de la Nativité, le divin Enfant fftt

NilJTilé lia Notrc-Scigaenr. (Le Pétogia.)

entièrement nu, et il l'a tait recouvrir delangesdansla scène de l'Adoration des bergers, i|ui en est comme le dédoublement. C'est indubitablement par des mours analogues que l'Ange de Fiésole lui-même n'a pas craint d'exposer sans aucun voile le corps sacré du Sauveur naissant. Ainsi.en est-il sur ses panneaux de la Vie de Notrf-Seigrteur, i l'Acadt^mte de Plorencp, et dans la fresque de son convint de Saint-Marc; sur le reliquaire Ae Santa Maria /Vom'/oJ! a jeté seulement sur lui un léi^ei' pan de draperie. Noos en avons, par re:>pect, fait ajouter un semblable dans la Nativité du

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