LA CIRCONCISION DB NOTRE- SEIGNEUR
Aprèâ la naissance de Notre-Seigneur, la venue des l)ergers peut faire le sujet d^un tableau spécial. II n'est pas rare même qu'on leur en ait consacré deux, l'un où ils reçoivent la bonne nouvelle, l'autre où ils rendent leurs hommages au Nouveau-Né. Mais la Nativité mémo, considérée comme sujet principal , se confond si souvent avec leur Adoration, dans une seule scène, — que l'apparition de l'Ange en soit ou non séparée, — que nous avons dû, dans l'Etude consacrée au mystère principal du divin avènement, faire entrer tout ce que nous avions à dire de ces premiers adorateurs appelés, après Marie et Joseph, à se réjouir d'un si grand bienfait.
Proportionnellement aux limites dans lesquelles nous avons dCk nous renfermer, nous ne pourrons aussi accorder que peu d'espace au mystère de la Circoncision. Ce sujet n'était pas de nature à être traité dans les premières périodes de l'antiquité chrétienne, et le premier exemple que nous puissions donner de sa représentation se trouve dans le Mérwlogede Basile. Il prend facilement un grand air de ressemblance avec la Présentation de Notre-Seigneur ^ d'où il résulte que Mme Jameson réunit dans un même article de son livre ces deux mystères. Ayala cite des tableaux où la Circoncision s'accomplit au milieu d'une nombreuse assis-
1. Dans la.traduciion it.iiienne de In Légende dorée de 1575, on s'eàt servi de la môme TÎgnelte pour illustrer la Ciri-oncision et la Présontation. Legendario délie Vile de Santi, petit in foi. Venise. 1575, p. 58, 128.
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tance, avec accompagnement de cierges allumés ^. Il réclame avec raison, et prouve sans peine que la Circoncision se faisait sans le ministère d'aucun prêtre; que Jésus ne fut certainement pas porté au Temple avant sa Présentation, qu'il fut circoncis probablement par la sainte Vierge elle-même ou par saint Joseph. Tout autres généralement ont été . les procédés de Tart. Dans le Ménologe de Basile, la sainte Vierge et saint Joseph s'approchent du Temple, au-devant duquel un prêtre les attend, un couteau à la main 2. Dans le petit tableau de la Vie de Notre-Seigneur à l'Académie de Florence , le Beato Angelico fait opérer cette première effusion du sang divin au-dessus d'une sorte d'autel, par le ministère d'un prêtre, sous un riche portique. Le pieux artiste, d'ailleurs^ ne dissimule rien, mais la naïveté de sa composition s'excuse par sa naïveté à lui- . même. Il n'est d'ailleurs nullement utile de rendre l'œil du spectateur témoin d'une pareille opération : il suffit de lui indiquer qu'elle se fait, qu'elle vient de se faire ou qu'elle se prépare, pour exprimer l'idée du sacrifice et des premières douleurs de Jésus et de Marie.
L'auteur des vignettes de Simon Voslre nous rend également témoins de l'opération et la fait accomplir sur un autel. Hantagna, dans une miniature publiée par H. Rosini, est plus réservé, et il a fait en sorte que la main du prêtre nous cachât ce qu'il va faire; d'ailleurs, la scène se passe dans le Temple, au milieu d'une nombreuse assistance 3. Il en est de même, à cela près que les assistants sont moins nombreux, dans l'estampe du P. Jérôme de Natalis, ou, tout au contraire, sans qu'il crût porter préjudice au but d'édification qu'il se proposait uniquement, il a permis que tout se passât sous nos yeux, plus encore que ne l'avait fait le Beato Angelico ; et cela dans une composition plutôt savante que naïve. Dans les Ephémér ides moscovites de Papebroke, l'opération se fait aussi ouvertement. Sachons voir nous-mêmes dans ce qui ne doit pas s'imiter, eu égard surtout aux dispositions actuelles de nos esprits et de nos mœurs, les bonnes pensées que l'on devait seules en tirer. Quoi qu'il en soit, pour exprimer fout ce qu'il peut y avoir d'élevé, de touchant et de pathétique dans un pareil sujet, il suffit bien de voir, avec l'instrument et des langes ensanglanti^s , la douleur se peindre dans les traits du divin Enfant, l'anxiété dans ceux de sa Mère, avec une admirable soumission chez l'un et chez l'autre.
1. Pictor chriit.t L. I, c. i, § 3 ; L. II]« c. 11. Une opinion conforme est exprimée dans nn suppltMnent de Moianus , éd. Migne , col. 186. Benott XIV h confirme de son nulorité . De Fesiis D. N. Jesu Christi, I . I, c. i. De Cireummione Chri /i, § 15 •