JÉ^US OFFERT A SON PÈRE, DANS SA PRÉSENTATION
La Présentation de Notre-Seigneur et l'Adoration des Mages étant rapportées, la première par saint Luc, la seconde par saint Matthieu , on n'est pas parfaitement fixé sur la place que doivent occuper ces deux mystères, dans l'ordre des faits évang(^liques. Il est très-croyable que la Présentation eut lieu la première, et que les Mages n'arrivèrent que l'année suivante, ou même plus tardivement. Mais la fête de l'Epiphanie, où Ton célèbre leur venue, se plaçant, dans l'ordre liturgique de l'année, avant ceUj de la Présentation , on a été d'autant plus porté, dans les représentations de l'art, à lui accorder le pas, que tout ^l'abord ou s'était attaché plus fortement, dans l'art même, à la connexion qui lie le
mystère du divin avènement, avec celui de sa manifestation aux Mages, prémices de sa manifestation universelle. Il en est résulté, quand on a pris à tâche de représenter toute la série des faits, que, la Présentation venant après TÂdoration des Mages, le Massacre des Innocents et la Fuite en Egypte, qui se rattachent immédiatement à cette' dernière, en ont été cependant séparés. Telle est la marche suivie, au xii* siècle, sur Tancienne porte en bronze de la cathédrale de Pise; au xv^, sur les stalles d'Amiens, dans la J?iife des Pauvres^ dans les Heures de Simon Vostre ; elle est conseillée dans le Guide de la Peinture du mont Athos. Un autre système propre* à tout arranger , avait été adopté, au v« siècle, dans les mosaïques de Sainle-Marie-Majeure, et bien des siècles après, dans les petits bas-reliefs du portail de la cathédrale, à Chartres. Dans la basilique romaine, le Massacre des Innocents, ou plutôt Tordre de les massacrer, suit immédiatement, dans un sens, la double scène, consacrée à célébrer la Nativité et TÉpiphanie; mais on ne saurait dire que la Présentation , avec la disposition qui lui est donnée au sommet de Tare triomphal^ de Taulre côté, ait été rejetée hors de son tour. A Chartres, les Mages viennent immédiatement après les bergers; la Fuite en Egypte, le Massacre des Innocents, après les Mages; là se termine une série de sculptures placées à la droite de la porte principale. La Présentation est reportée à gauche, en tête d'une autre série de faits subséquents, sur les portes en bronze de Bénévent et de Monreale (xii® siècle); dans les mosaïques de cette dernière église , la Présentation vient après la Fuite en Egypte, ce qui ne saurait s'admettre d'aucune manière.
Pour nous, puisque nous avons dû parler de la Circoncision après la Nativité, nous ne devons pas craindre de placer à sa suite la Présertation. Nous n'en avons pas moins fait ressortir les liens iconographiques et liturgiques qui tendent à rapprocher, sans intermédiairos, les-mystères de la Nativité et de TÉpiphanie, et nous y reviendrons encore quand bientôt nous nous retrouverons avec les Mages.
Comme prélude de la Présentation, le sculpteur des stalles d'Amiens a représenté rap|)arition d'un, Ange au saint vieillard Siméon, pour lui annoncer « qu'il ne mourra pas sans avoir vu le Christ du Seigneur ». Cette scène avait pour pendant une autre apparition, oii Anne la prophétesse était elle-même avertie de la venue du Sauveur : il n'en reste plus aucun vestige.
La Présentation de Notre-Seigneur ne nous paraît pas être 'entrée
dans le cycle primitif, où les sujets sont associés uniquement selon l'ordre
des idées; mais, dans la mosaïque de Sainte-Marie-Majeore, le plus
^ ancien des monuments ou nous la rencontrons , les idées qui s'y attachent
sont mises très en reliof par la position qu'elle occupe, et le dévelop-
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pement avec lequel on- l'a représentée. Elle remplit à gauche tout l'espace correspondant à celui qui est consacré^ à droite, à la vision de Zacharie et à l'Annonciation. Trois Anges, deux attachés à la sainte Vierge, un autre qui parait plus particulièrement attaché à saint Joseph^ et un groupe de lévites placés derrière le saint vieillard Siméon , viennent y figurer en plus des personnages historiques. Contrairement aux dispositions qui , en général , ont été adoptées depuis , c'est saint Joseph et la prophétesse Anne qui s'y rencontrent 1rs premiers : saint Joseph s'avançant pour introduire sa très-sainte Epouse, Anne célébrant déjà la venue du Sauveur attendu; Siméon accourt lui-même avec empressement; la sainte Vierge arrive au contraire d'un pas grave, portant en avant son divin Fils , de manière à dire par sa seule^ attitude qu'elle le présente. Cette manière de prendre la scène , dans un moment où Marie ne s'est pas encore déchargée de son divin fardeau, est mieux en rapport avec les idées fortes de sacrifice et d'avènement salutaire, qui continuèrent d'avoir le dessus, jusqu'au cœur du moyen âge. Dans les bras du saint vieillard Siméon, Jésus, au contraire, répondra bien sensiblement au besoin d'affections tendres, qui caractérisera la seconde période de l'iconographie comme de l'ascétisme chrétien.
Quelquefois, la pensée de l'offrande généreuse de la part de Marie, de sacrifice vivifiant de la part du Sauveur enfant , prend un caractère qui tient du grandiose : telle est la composition pourtant très-simple de la Présentation sur le diptyque de la basilique ambroîsienne, à Milan, publiée parGori S et oii Marie soulève son divin Fils jusqu'à élever sa tète plus haut que toutes les autres, au-dessus d'un autel chrétien. Siméon, en face, s'apprête à le recevoir, les mains respectueusement couvertes d'un voile. Les mêmes dispositions à peu près s'observent dans la composition que nous publions, et qjiii est gravée sur le reliquaire du musée du Vatican, dont nous avons ci-dessus donné lenserable en la scène de la Nativité, avec cette différence que, si l'ïlnfant n'est pas élevé aussi haut, son caractère est encore mieux accusé, s'il est possible, par le globe qu'il porte dans sa main, et celui de l'autel par le calice qu'on y voit reposer. Dans la miniature du Bénédictional de Saint-OËthelwold, il n'y a pas d'autel ; mais Jésus, de même, est soulevé de manière à dominer toute la scène; de même, il bénit; et la composition est d'ailleurs plus complète et plus riche : la main de Dieu le Père se montre pour accepter cette oblation , seule capable de satisfaire sa justice. Ces deux monuments sont du x« siècle. Au ix^ siècle, sur le Palioto ou devant l'autel de
i. Gori, Tht9, vet. dypt , T. III, pi. xxxi.
Saint-Âmbroise, à Milan , ta sainte Vierge et Si mëoa tiennent simultané* ment TEnfant Jésus; sur la porte de Saint-Paul-bors-ies-Murs , au xi^ siècle, le divin Enfant et Siraéoa se tendent réciproquement les bras. Sur l'un et l'autre de ces monuments, la Présentation se fait également
Présentation. (Reliquaire du Vatican, X(IP siècle.)
au-dessus d'un 'autel de forme chrélienne, que Ton retrouve sur la plupart de ceux qui se succèdent jusqu'au xiii® siècle, et souvent encore jusqu'au xv* : le bas-relief en albâtre de Notre-Darae-de-la-Rose, àSaînt- Seurin de Bordeaux, et une miniature de cette époque que nous possédons, en offrent des exemples. Cet usage est conservé dans les Ephémérides moscovites de Papebroke. ,
Au xni* siècle, sur les riches broderies des vêtements sacerdotaux que possède la cathédrale d'Agnani, que nous avons vus à l'exposition romaine de 1870, et que Mgr Barbier de MontauU a décriU; au XIV' siècle, dans la miniature d'un graduel de la Bibliothèque de Laon, publiée par M. Edouaj*d Fleury '^ l'Enfant Jésus est debout sur l'autel, soutenu par sa très-sainte Mère, mais non soulevé par elle; il en est de même sur le bas-relief de B')rdeaux. Au xni® siècle encore, sur les basreliefs de l'enceinte du chœur, à Notre-Dame de Paris, et sur la chape de saint Louis de Toulouse, à Saint-Maximin , publiée par M. Rostan, le divin Enfant est dans la même position ; mais, au lieu de se laisser aller au mouvement qui lui est imprimé, dans le sentiment du sacrifice, il semble vouloir se retourner vers sa Mère, comme s'il craignait de la quitter. C'est un trait de naturalisme dont on trouve des exemples beaucoup plus anciens, puisque nous l'avons observé sur le Ménologe
-1 Let AÊa- uscrits à miniature de la Bibl. de Laon, T. II, pi. 34.
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de Basile; il est d'autant moins heureux, cependant^ qffîl était destiné à
se renouveler plus fréquemment dans la suite.
Orcagna, dans les bas-reliefs d*Or San Michèle^ a substitué à l'autel chrétien un autel juif, sur lequel est allumé le feu destiné à consumer la victime. Jésus s'est laissé aller dans les bras de Siméon, représenté dans le sentiment du Nunc dimittis. La sainte Vierge , saint Joseph, demeurent en suspens : la première, pénétrée des pensées qu'elle repasse dans son cœur, n'a pas tellement abandonné le soin de porter Jésus^ qu'elle ne soutienne encore ses pieds et les longs pans de ses langes; Joseph porte les colombes; Anne, la prophétesse, montre qu'elle attend le moment de révéler à son tour tout ce qu'elle sait de cet Enfant divin.
Il n'est pas rare, et le Bénédietional de Saint-OEthelwold en offre un premier exemple, que la sainte Vierge soit accompagnée d'une suivante, et il arrive même que cette suivante est substituée à saint Joseph ; alors , elle porte ordinairement les colombes ; il en est ainsi dans les bas-reliefs de Notre-Dame de Paris , sur la broderie d'Agnani , et dans notre miniature du xv^' siècle. 11 est bien mieqx que ce soin soit confié au saint époux de Marie. Dans la miniature du Bénédietional , il fait plus que porter cette offrande, car en même temps que Marie élève son Fils vers Dieu pour le lui offrir y saint Joseph élève les colombes qui doivent, pour le moment, être substituées à la céleste Victime. Sur le reliquaire du Vatican, on remarque que la suivante porte un cierge, à la suite de saint Joseph portant les colombes. Dans notre miniature du xv» siècle, elle porte à la fois Te cierge et les colombes. A la rigueur le nombre des personnages, dans la dcène de la Présentation, peut se réduire à trois : Jésus, Marie et Siméon ; les belles statues d'Amiens que nous avons publiées (T.I, pi. x), disent ainsi tout ce qu'il faut dire^ on remarquera que le saint vieillard y porte sur ses mains le voile, dont Tusage, sur les monuments passés en revue, esi plus fréquent encore que nous n'avons pu le dire; son expression, dans le sentiment d'action de grâces, est une des plus bellesdu genre que nous connaissions; celle de Marie, dans le sentiment de l'offrande, est admirable; il faut convenir que celle de l'Enfant Jésus soulevé entre ses bras, n'est pas aussi bien définie.
A la façade septentrionale de la cathédrale de Chartres, parmi les statues des Prophètes, qui revêtent de même les parois de la porte centrale, nous avons compté le saint vieillard Siméon portant l'Enfant Jésus. Il le montre aussi du doigt, comme s'il disait : a Cet Enfant sera pour la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël ». Il ne s'agit pas là de représenter le mystère de la Présentation , mais de caractériser un des saints personnages groupés en vue de célébrer les prérogatives de la Mère de
Dieu. Nous y retenons cependant, en passant, paroe que celte statue noos ramène, par voie de transition, à une miniature du xii® siècle, publiée par H. E. Pleury, d'après lin évangéliaire de la bibliothèque de Liaon. Le vieillard Siméon s'y montre également sans la sainte Vierge, et il élève l'Enfant Jésus au-dessus de l^u tel, comme il le ferait de la sainte hostie pour l'oifrir à Dieu, tandis que le divin Enfant bénit, pour montrer qu'il est Dieu lui-même. Siméon est revêtu de la chasuble, de sorte que la pensée d'assimilation de cette offrande avec le sacrifice de no» autels ne saurait être mise en doute. D'un autre côté, il n'est pas douteux non plus qu'il s'agit de la Présentation, la scène servant à illustrer le P de Postquam^ par lequel commence l'évangile de cette féte^ Mais la composition, en pareil cas, estsymbolique, et non pas historique. Elle ne tombe donc pas sous les critiques qui portent sur l'attribution des insignes du sacerdoce judaïque fait au saint vieillard Siméon. Nous ne nous souvenons pas de l'avoir vue avant le xv« siècle; alors, cette attribution fut adoptée plus généralement; mais, avant de nous eu occuper, nous allons rechercher, comme nous l'avons fait pour les autres mystères, quelle physionomie prit la Présentation, sous l'empire des sentiments affectueux qui se développèrent à cette époque.