Ps. XXXIX, 7 : Heb., x
rèrent obligatoires, au contraire, jusqu'à la pronauigation de la loi nouvelle : mais ils avaient cessé de l'être depuis bien des siècles , lors des représentations qui nous occupent. L'iconographie chrétienne ne saurait donc être blâmée de s'être attachée préférablement aux circonstances (les seules sur lesquelles insiste l'Évangile) , qui devaient en faire présager l'abolition, et de n'avoir retenu de ces anciens rites que les colombes : innocentes victimes, qui méritaient bien cette faveur, à raison de la fraîcheur, de la grâce, de la pureté, de Thuroilité de leur signification, reportée si aisément sur Jésus et sur Marie. Il n'y avait guère, au contraire, à s'enquérir si le saint vieillard Siméon avait quelque titre légal pour remplir des fonctions dans le Temple; ce n'est pas, dans tous les cas, sous ce rapport que l'Ëvangile le met en scène. Il y apparaît cependant comme un ministre de Dieu. Il ne prend pas, en effet, Jésus dans ses bras, seulement par un sentiment de tendresse^ puisqu'il prophétise en son nom. Et si ces mots : Benedixit «5, ne doivent s'entendre, comme l'ont penfé beaucoup d'interprètes des saintes Écritures» que de félicitations adressées à Marie et Joseph, comment ne pas remarquer qu'il révèle aussitôt après, à la sainte Vierge, le secret du douloureux sacrifice qui ne se consommera quesur le Calvaire, mais auquel elle est aussi appelée dès lors à participer dans son cœur? Ne peut-on pas admettre en consé-' quence, au moins dans un sens approximatif, suffisant pour justifier les errements de l'art, que, dans la circonstance, Siméon soit considéré comme le ministre de la loi nouvelle? C'est à lui, en effet, que, dans tous les monuments passés en revue depuis le v® siècle jusqu'au xv<», à l'exception du tableau de Gentile de Fabriano , le divin Enfant est toujours présenté. S'il y a une autre exception digne d'être mise en relief, nous la trouverions seulement dans le premier de ces monuments : la mosaïque de Sainte-Marie-Majeure, où il accourt^ comme le saint cortège s'avance vers le Temple, pour y accomplir la cérémonie légale, mais avant qu'elle n'ait lieu. On sait qu'il entrait dans l'esprit des représentations primitives, de demeivor extérieurement dans la simplicité des faits, tout en leur accordant une signification d'une ampleur qui n'a pas été dépassée, qui a été rarement atteinte dans les monuments postérieurs, où Ton s'efforce d'exprimer cette signification par des procédés symboliques. Ces monuments deviennent le commentaire de ceux qui les ont précédés. Si la composition de Sainte-Marie-Majeure est développée, c'est sous d'autres rapports^ et c'ost Teffet d'une époquede transition. La Présentation,sous la forme où elleest mise sbus nos yeux, aux ix« et x" siècles et dans les siècles suivants, soit à nous faire comprendre comment on l'entendait, en la représentant au V; car il est constant que l'art était resté foncièrement le même, quant à la direction des i l»''« s, sous les modi-
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fications de formes, qui s'étaient produites pendant la longue période qui s'écoule jusqu'au xu^' ou xui' siècle.
Dans ces représentations, tout est dominé par Tidée d'une certaine assimilation de l'offrande de Jésus avec celle qui se renouvelle réelle- ^ ment chaque jour sur nos autels, et Marie ne remet pas son divin Fils i Siméon, incidemment : son mouvement dans beaucoup de cas, l'autel presque toujours, témoignent qu'elle lui en fait à lui-même la présentation, comme au ministre de Dieu. C'est une offrande qui se substitue à la présentation légale, comme en absorbant la signification, et qui s'écarte, par là même, plus ou moins des termes d'une scène purement biMorique. La transformation est complète, dans la miniature de Laon, ou Siméon disparaît en quelque sorte, cédant la place au prêtre chrétien dont il était la figure , et la composition passe du domaine des faks pleins d'idées, à celui de Tidée pure, et devient entièrement symbolique. La composition empruntée au reliquaire du Vatican, que nous donnons ci-dessus, est bien rapprochée du même ordre d'idées.
Nous nous expliquons, par l'enchainementdecesidées, qu'auxv* siècle,on ait attribué à Siméon soit une tiare^ soitd'autres insignes, ou sacerdotaux, ou pontificaux, soit selon les formes supposées propres aux Juifs, soit selon celles qui le sont aux chrétiens, et le procédé iconographique est en conséquence excusable. Il glissait cependant sur la pente d'une erreur : erreur de fait, d'autant plus facile à éviter, que, de la région des idées, l'art est entré dans la voie des sentiments et des faits eux-mêmes. Si le vieillard Siméon n'a pas été revêtu de vêtements sacerdotaux, quand les anciennes compositions, par leur contexte, le faisaient apparaître dans un rôle pour ainsi dire tout sacerdotal, qu'on ne lui en attribue donc pas, à plus forte raison, quand^ lui remettant TEnfant Jésus entre les bras, on entend demeurer dans les termes précis du texte sacré : c'est-à-dire, le représenter soit au moment où, d'un air inspiré, il chante le Nunc dimittis^ soit lorsque son accent prophétique prenant un caractère de commisération, il témoigne que le Fils de Dieu, tout Dieu qu'il est, est destiné à souffrir, et que Marie, la plus heureuse des femmes, verra cependant son cœur transpercé d'un glaive de douleur. Dans la première de ces alternatives, la Présentation sera conçue comme elle doit l'être pour faire partie des mystères joyeux du Rosaire; dans la seconde, elle figurera parmi les sept douleurs de la sainte Vierge.
Nous sommes arrivé au temps où les artistes s'affranchissent de plus en plus des données traditionnelles : dans les petites vignettes des Heuresde Simon Vostre, qui en ont conservé cependant une forte empreinte , nous trouvons pour la première fois la sainte Vierge à genoux devant Siméon.
MYSTÈRES DE LA SAINTE ENFANCE. i61
Cette disposition est ici à Tabri de toute critique, au point de vue des réalités historiques, par la raison qu'on ne voit pas d'autel, et que le saint vieillard ne portant aucun insigne sacerdotal, rien n'oblige à croire que Marie s*est agenouillée pour Taccomplissenient des rites mosaïques; on croirait plutôt qu'elle l'a fait par respect pour son divin Fils, qui lui tend les bras, et dans ce moment lui est rendu. On sent seulement que, sous cet aspect, la composition , quels que soient les éléments pieux qu'elle renfermé, a, sous le rapport de l'idée, singulièrement perdu de son intensité. CesHeu7'es renferment, sur le même sujet; une grande estampe qui 6^:1, au contraire, entrée pleinement dans la voie des compositions ' pittoresques; il y figure un grand nombre de personnages; elle aspire à la physionomie historique. Dans de semblables conditions, c'est un véritable contre-sens que d'avoir représenté Siméon avec des vêtements pontificaux, de lui faire tenir Jésus au-dessus d'un autel, de faire agenouiller Marie devant cet autel. La confusion est non moins flagrante dans les deux tableaux du Guide qui se trouvent, l'un dans la galerie de Vienne, l'autre dans celle du Louvre (n» 322), où la sainte Vierge est de même agenouillée devant Siméoii^ décidément transformé en grandprêtre.
Après de semblables déviations, on doit louer ceux qui ont su distinguer les rôles; Gentile de Fabriano l'avait fait ; Le Sueur nous en offre un autre exemple: de son temps, l'on voulait du pittoresque et de la couleur historique; sans exagérer le pittoresque, il entre assez bien dans la réalité des faits, en représentant leurs circonstances telles qu'on peut les supposer. Saint Joseph présente les colombes à un prêtre qui les reçoit ; Marie est par derrière, tenant Jésus, dans le sentiment de l'offrande qu'elle en fait, et le peintre fait apercevoir que le divin Enfant s'offre aussi luimême. Siméon s'en approche d'un air inspiré, attendant le moment de le prendre à son tour dans ses bras. Son rôle devient ainsi trop secondaire-, mais si la pensée se reporte sur ce qui va suivre, on sent qu'il reprend toute son importance.
Ce tableau est intitulé: la PuW/îcahon ^; cependant, à proprement parler, il représente seulement la Présentation de Notre-Seigneur. La partie de la cérémonie propre à la Purification de sa très-sainte Mère, demeure entièrement en dehors de toutes les compositions dont nous nous sommes jusqu'à présent occupé. Nous ne connaissons qu'un tableau oii l'on ait tenté de la prendre spécialement pour sujet II est deCarpaccio^ et il a été publié par M. Rosini '. C'est pieux de sentiment, suave
1. Œuvre* de Le Sueur, pnbliées par Pirmin Didot, pi. 16. S. Rosini, Sloria deUa PiU. UaL, Ti IV, p. 126.
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(l*expression , mystique de conception , en ce point surtout que Joseph s'approche du grand-prétre, un lis à la main,. comme pour attester la virginité de Marie et la sienne; et legrand-prétre, encore une fois confondu probablement, dans la pensée de l'artiste, avec Siméon, se montre inspiré et comme célébrant le mystère dont Temblème est mis sous ses yeux. Cette composition est conçue, on le voit, en dehors de toute réalité historique, quant aux circonstancesextérieuresdufait. D'ailleurs, quel que soit son charme, on ne peut lui pardonner d'avoir omis l'Enfant Jésus; Ton ne peut s'empêcher de demander: qu'est-il devenu et comment s'en est-elle séparée? Or, Jésus présent , l'idée de la Présentation revient et domine celle de la Purification. Cet exemple même semble fait pour confirmer dansia pensée qu'en matièred'iconographie, il en doit être ainsi, et qu'en mettant en scène la Présentation de Jésus, on rappelle suffisamment la Purification de Marie.
l'étoile et les mages.
L'étoile qui guida les Mages jusqu'à Bethléem est presque toujours représentée, pendant l'antiquité chrétienne et tout le cours du moyen âge, au-dessus de la crèche, dans la scène de la Nativité elle-même, ou bien un rayonnement lumineux en tient lieu et la rappelle. L'étoile ou les signes qui peuvent avoir une signification analogue, ne s'en rapportent pas moins à la venue des Mages r leur emploi dans la scène delà Nativité sert à l'annoncer, et tient à l'intime connexion établie originairement entre la représentation des deux mystères : connexion telle, que, non content de la succession et de l'enchainement des faits, on les avait associés simultanément, afin de ne point séparer les idées qu'ils expriment. Pour nous, au contraire, il importe à la facilité de notre marche que nous les dégagions l'un de l'autre , et c'est pour le moment où nous * devions nous occuper spécialement des Mages, que nous avons dû réserver ce que nous avions à dire principalement de l'étoile. L'étoile est le signe (le la manifestation par excellence et de la manifestation la plus éten lue, puisqu'en la personne de quelques sages et princes réputés de l'extrême Orient, par rapport à la Judée, c'était l'universelle gentilité qui était appelée à reconnaître son Roi et son Sauveur. Lorsqu'elle rayonne sur l'Enfant divin ou se change en rayonnement sans qu'on aperçoive aucun astre, c'est toujours pour faire connaître son origine céleste,
et nous convier à la tin céleste aussi, à laquelle, avec lui et par lui, nous sommes appelés.
Si l'étoile, au-dessus du Sauveur naissant, se rapporte toujours aux Mages, — à plus forte raison , en présence des Mages — c'est toujours sur Jésus naissant qu'elle doit faire reposer la pensée, puisque c'est au-dessus de lui qu'elle est censée briller, et vers lui qu'ils seront amenés en la prenant pour guide. Nous proposant de rendre compte des principales formes qu'elle a prises, nous la considérerons donc comme étant iden> tiquement la même, soit que la représentation se rapporte directement à la Nativité, ou que TEpiphanie en soit l'objet bien déterminé.
La forme la plus remarquable qu'ait prise l'étoile, dans l'antiquité primitive, est celle du monogramme sacré j) , sorte d'identification du signe et de la personne, dans le langage, qui est tout à fait selon l'esprit des premiers chrétien^. M. de Rossi en a publié un exemple du iv* siècle, récemment découvert dans le cimetière de Cyriaque *. Ce signe est aperçu et montré par l'un des Mages, représenté seul dans l'angle laissé « libre à l'ouverture d'un arcosolium , hu fond duquel apparaissent les cinq Vierges sages et les cinq Vierges folles; les figures des autres Mages qui probablement lui servaient de pendant, dans l'angle opposé, ont disparu. Evidemment, selon l'observation de M. de Rossi, pour qui connaît la marche des idées à cette époque, il y a une intention dans la conformité de ce signe avec celui qui, en apparaissant à Constantin, amena la conversion du monde, dont la venue des Mages avait été le prélude. On voulait ainsi annoncer le règne du Sauveur, et dire qu'il était lui-même TAstre lumineux destiné à éclairer toutes les nations. M. E. Le Riant a fait remarquer que, sur plusieurs sarcophages du musée d'Arles, Tétoile prend aussi, sinon la forme du chrisme constantinien ^ , du moins celle du monogramme formé par les deux premières lettres des mots u<fvt et Xpj^Tof, G Jésus Christ », VI et le X (Voir t. Il, pi. xvui, fig. 2J entre-croisés et renfermés dans un cçrcle *.
Sur les fioles de Monza, où TAdoration des Mages est associée à celle des bergers, on voit de même, à la place de l'étoile, cet autre signe à huit rayons, parce qu'il est formé de la réunion de la croix proprement dite et du X lui-même, bien connu comme signifiant le Sauveur et sa croix (T. Il, pi. xvn, i}g, 2) 3. Ce signe, porté par les Anges sur l'un de
t. Bull. d^Arek. chrét., octobre 1863, p. 76.
2. Annales de Philosophie chrétienne^ février 1863, p. 88. Il s*agik probablement des sarcophages portant les numéros 121, 127, 1^8.
3. Celte croix à huit branches a été adoptée par Pie IX pour insigne de l'Ordre qu*il a fondé sous son propre nom. Elle revient ainsi à la forme d'une étoile , mais bien plus heu-
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ces petits monuments, pourrait être considéré principalement comme un monogramme ou une croix ; mais sur une autre fiole,' où il est suspendu et montré, sans être soutenu par les Esprits célestes, on devra le considérer bien plulôt comme représentant l'étoile *.
Sur d'autres monuments très-postérieurs, l'étoile est soutenue par un Ange : sur les bas-reriefs du chœur, à Notre-Dame de Paris, par exemple, ft sur une (ablette en ivoire du Musée chrétien, au Vatican, publiée par Gori, et probablement sculptée en Italie sur les limites du xni® au XIV" siècle; Toloile y prend la forme d'un disque *. ThadéeGaddi,dans les IVesqucâi de Santa Maria Novella, à Florence, et Orcagna, dans les bas-reliefs du tabernacle (\0r San Michèle^ au lieu d'étoile, ont exposé dans le ciel, aux regards des Mages, l'Enfant Jésus lui-même, tout rayonnant de grâce et de lumière, comme si sa figure se reflétait dans l'astre qui l'annonce ^.
L'art chrétien s'est ainsi rencontré avec lui-même dans deux phases si distinctes : Tère des larges conceptions, et celle ou l'on était entré dans la voie des sentiments vifs et affectueux.
Quant aux formes de l'étoile qui reviennent aux différentes manières de représenter un astre , nous n'avons pas à nous en occuper. Quelquefois elle prend celle d'une fleur aux pétales rayonnants, nous n'y voyons encore qu'une fantaisie d'exécution; lorsqu'elle projette un faisceau lumineux et prend Taspect d'une comète, elle peut mériter plus d'attention ; Ton distingue des cas où l'on n'a eu d'autre intention que de projeter ce faisceau lumineux sur le divin Enfant, d'autres où la* pensée paraît s'être portée réellement sur l'un de ces astres aux allures et aux formes extraordinaires , qui semblent faits pour annoncer les grands événements.
Si nous nous attachons maintenant aux Mages eux-mêmes, remontant au moment où ils sont avertis par l'étoile, notre attention se porte sur un fait qui paraîtrait fort extraoïdinaire, si on ne connaissait pas les procédés iconographiques de l'art chrétien primitif. Il se plut à établir une connexion entre les trois Mages, et les trois jeunes Hébreux qui refusèrent d'adorer la statue di* Nabuchodono^or.
rensemenl que Tinsigne de la Légion d*honneur ; à la forme d'étoile , elle associe celle de croix, tandis que ce dernier insigne, éioile à cinq rayons, perle ysuellementle nom (*e crois^ sans en avoir la forme.
1 . Mozzopi, Tavole délia ttoria dtlla Chiesa, p. 77 A, 84 A.