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MYSTÈRES DB LA SAINTE ENFANCE. I8f
seule avec saint Joseph, — dans une autre scèqe que nous publions, et ou Tâne ne parait plus, on retrouve le personnage en question, qui a pris §ur ses épaules le divin Enfant pour le porter.
Sur quelques>uns de ces monuments, ce personnage est nimbé, comme on le voit notamment sur la châsse du Vatican et dans les miniatures de révangéliairegrec de notre Bibliothèque nationale ^ De ce nimbe on doit conclure que c'est là un personnage déterminé, que l'on compte au nombre des Saints. Toutes ces données attestent qu'on a voulu ainsi représenter le bon larron. On peut dire qu'il est de tradition que, pendant le voyage, la sainte Famille rencontra des voleurs, qui Tassistèrent ou du moins lui offrirent un gtte, loin de lui/aire aucun mal. La variété descirconstances avec lesq-uelles cette rencontre est rapportée , annonce que les auteurs qui en parlent ne se sont pas copié^^ , et tend à prouver qu'il y a un fonds (*x>mmun de vérité sur lequel reposent tous leurs récils. Parmi les Evaiigîles apocryphes, celui qui est désigné sous le nom à.' Evangile de VEnfance est le seul qui en parle. Selon sa version', deux des volfeurs, les antres étant endormis, auraient été en différend relativement aux saints voyageurs : l'un, nommé Damachus, aurait voulu les dépouiller ; l'autre, nommé Titus, aurait au contraire donné quarante drachmes à son compagnon pour qu'il les laissât passer sans leiir faire aucun mal; dans la suite, Titus aurait été le bon larron, Damachus le mauvais >. On voit, dans tous les cas, que nos représentations ne se sont pas conformées à ce récit, mais plutôt à ceux d'après lesquels un des voleurs aurait accueilli Jésus, Marie et Joseph, et les aurait conduits dans sa demeure, pour y passer la nuit. Selon les uns , ce brigand aurait été lui-même le bon larron ; selon les autres, seulement le père de ce saint pénitent. D'après Sianda, un certain Félix Astolphe, auteur d'un livre sur les merveilles de la vie de la sainte Vierge, serait pour la première alternative. Le père c!u bon larron aurait été le chef des brigands; il aurait eu un enfant estropié qui aurait été guéri avec l'eau d'une fontaine où la sainte Vierge aurait lavé l'Enfant Jésus; saint Anselme aurait, admis cette tradition, du moirs dans sa généralité 3. M. l'abbé Orsini rapporte l'épisode de l'hospitalité
1. Noos publions plus loin, d^apràii ce manuscrit, non pas la scène de la FuUt tn Egypte, mais la scène du Retour df Egypte, où noire personnage repnrvtt, comme pour protéger encore la sainte Famille, et où de même il est nimbé.
S. G. Bruoet, Lee Évangiles apocryphes; Évangile de l'Enfance , cap. xxiii. Diaprés un antre Évangile apocryphe dit de Nieadème, qui ne parle des deux larrons que lors du Crucifiement , ils se seraient nommés Vitmas et Gestâs. Ces noms, surtout celui de Dismas pour le bon Larron, sont bien plus souvent admis. On leur a encore donné d*autre8 noms. Il y a eu des églises dédiées sous le nom de Saint- JHsmas. Sandini, HisL fam, sac», p. 196.
3. Sianda, Vila delta il aire di Dio, etc. Rome, 1719, p. 202.
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donnée par le'ehef des brigands; il croit la légende foncièrement authentique, mais il ne parle pas de l'enfant guéri ^ et il rejette ou à peu près, comme une broderie surajoutée, l'application de cette hi^stoire au bon larron ^. Catherine Emmerich l'admet, au contraire, en faisant de lai l'enfant guéri, non pas qu'il fût estropié, mais parce qu'il était lépreux ^. C'en est assez pour nous qui avons seulement à montrer sur quels fondements on peut croire que, notre personnage étant nimbé, on eu a fait le bon larron lui-même, tandis que, ne Tétant pas, on peut indifféremment lui faire l'application de toutes les versions de la légende. Sur le devant d'autel en argent ciselé de la cathédrale de Cita di Castello (xn« siècle) , publié par d'Âgincourt, on a voulu, paraitrait-il , représenter toute la bande de voleurs 3. Ils sont armés de hallebardes, et leur chef parait s'entretenir avec saint Joseph. Ce chef serait différent du jeune homme ordinaire, car il semble que l'on doit reconnaître celui-ci derrière le saint patriarche. Au xiv* siècle , dans les fresques de l'Arena, à Padoue , outre le jeune homme, qui cette fois a pris l'âne par la bride et paraît s'entretenir avec saint Joseph , Giotto a encore représenté trois autres personnages venant à la suite du cortège; et de plus un Ange, planant audessus, veille sur les saints voyageurs. Si donc Mme Jameson a pa dire que la rencontre de la sainte Famille par les voleurs n*a été que rarement traitée comme sujet artistique, il faut l'entendre seulement des temps modernes, puisqu'au contraire nous venons de constater que l'assistance du voleur avait été anciennement un élément habituel dans la représentation de ce mystère. Le même auteur cite ensuite deux tableaux qui rentrent dans les conditions dont elle veut parler : l'un peinte fresque par Giovanni diSan Giovanni (1590-1636), et transporté à l'Académie de Florence, l'autre de Zuccaro (1529-1566), qu'elle a publié. On y voitprès de Marie aidée par saint Joseph à descendre de son âne, le brigand, une hallebarde à la main ; sa femme et son enfant regardent à une fenêtre^.
1. Orsini, Histoire de la Mère de Dieu, Paris, 1837, p. %26 note, p. 597. Cel épisode M serait passé près de Racola, selon la tradition locale. On montre encore les ruines de la forteresse du bandit, transformé en seigneur féodal par les Croisés.
2. Vie de la sainte Vierge, p. 46â. Selon celte version, TEnfant Jésus n'aurait pas été lavé à la fontaine, mais dans la maison. Marie semblerait avoir lavé son divin Pils pour se conformer à Tusage comiiun : l*eau qui lui aurait servi, destinée è guérir le petit lépreux, aurait été plus limpide qu'auparavant.