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XIII, XIV, XV

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seconde, le Baptême, la Transfiguration et l'Entrée à Jérusalem ; la troisième, le Crucifiement, la Descente de croix et la Sortie des limbes; Ih quatrième , la Reconnaissance par saint Thomas, l'Ascension et la Descente du Saint-Esprit.

Sur ce m(mument, nonobstant le partage égal des sujets , la pensée du triomphe est aussi dominante que sur les précédents. Elle se fait sentir dans la scène de la Nativité, placée au sommet central de cette porte, par la disposition de l'étoile, et les flots de rayons qui en émanent, et lui donnent un caractère particulier de grandeur et d'illumination; elle se fait sentir dans la ligne de la Passion, où la Descente aux limbes se confond avec la pensée de la Résurrection, et en porte le nom, Anastoiia; elle remplit la Vie publique tout entière, la Transfiguration en occupant le milieu, l'Entrée triomphante à Jérusalem apparaissant à son issue. Ici donc, l'Evangile, c'est le règne de Jésus-Christ.

Ailleurs , la représentation de J*Évangile sera plutôt dominée pour exprimer son avènement : les joies de Noël prendront le pas sur les splendeurs de. Pâques. Sur les deux portes de bronze , ornées de basreliefs, évidemment de même famille, sinon de même main* , dont furent pourvues^ au xu* siècle, la cathédrale de Pise et celle de Monreale, la Yie de Notre-Seigneur s'étendant également dans vingt panneaux , sept sont consacrés aux mystères de la sainte Enfance, depuis l'Annonciation jusqu'au Massacre des Innocents; tandis que trois seulement à Pise, et quatre à Monreale, sont réservés pour les mystères glorieux, ou tout au plus quatre à cinq, si l'on compte la Sortie des limbes comme devant commencer cette série. Sur les deux monuments, d'ailleurs, cinq sujets appartiennent franchement à la Yie publique: ce sont le Baptême, la Tentation, la Transfiguration, la Résurrection de Lazare et l'Entrée à Jérusalem. Il est, du reste, à remarquer qu'à Monreale, comme à Pise , les figures des Prophètes se posent au-dessous des faits évangéliques, ce qui va bien avec la pensée d'avènement *.

Les différences que nous signalons ne sont cependant quedes nuances, et ce qui distingue les divers monuments que nous venons de passer' en revue, tient surtout au plus ou moins de développement des mêmes pensées.

i. La porte de Monreale a pour auteur Bonnano de Pise.

t, A Monreale, au-dessous des Prophètes, on voit une série d^bisloires bibliques.

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SÉRIES ÉVANOÉLIQUES, DU XUl^ AU XVl^ SIÈCLE.

Une plus grande variété se présente dans les œuvres de l'art cbrétien, quant à la manière d'interpréter rËvangile,dès qu'on passe au xiu* siècle et surtout au xiv<', et d'autant plus que le génie occidental se dégage de l'influence byzantine. Cette influence était prééminente en Sicile, lorsque la cathédrale de Monreale fut ornée de mosaïques où l'on représenta avec un grand détail toute Thistoirede TÂncien et du Nouveau Testament. Soixante-neuf tableaux sont consacrés à celui-ci seulement; mais on comprend que, vu un pareil développement, on ne peut tirer aucune induction du choix qui a été .fait entre les sujets évangéliques; et s'il en est trente-deUx d'empruntés à la Vie publique du Sauveur, c'est proportionnellement moins que les seize de la sainte Enfance et les douze delà Résurrection. Nicolas de Pise,au contraire, lorsque, plus d'un demisiècle après, il sculptait les chaires monumentales qui sont un de ses principaux titres de gloire, ne les avait disposées que pour recevoir cinq tableaux historiques; et cependant on peut dire qu'il a prétendu les donner comme un résumé de la vie tout entière de Notre-Seigneur. On remarquera, en prenant pour exemple la chaire du baptistère de Pise, que, sur ces cinq tableaux, il a choisi trois sujets de l'Enfance (T. I pi. xi ) : la Nativité, à laquelle de plus est associée l'Annonciation, l'Adoration des Mages et la Présentation; viennent ensuite le Crucifiement et le Jugement dernier, qui complètent la série. En efi'et, à dater de ce moment, c'est à cette grande scène finale que, dans tout TOccident du moins^ vient généralement aboutir la vie du Sauveur. On l'observera dans les iresques de Giotlo,à l'Arena de Padoue,dans les panneaux duBeato Angelico,à l'Académie de Florence; et quiconque portera son attention sur la Bible det Pauvres et sur les Heures de SimonVostre,y verra cette grande scène finale figurer dans les mêmes conditions.

Autre chose digne d'observation, au point de vue qui nous occupe, dans l'œuvre de Nicolas de Pise , c'estladispositionquiferadésormais prendre de préférence les mystères de notre foi par le côté des sentiments et des affections naturelles. Le caractère de douleur défaillante attribuée à la sainte Vierge, dans la scène du Crucifiement, s'accorde, sous ce rapport, avec la prédilection marquée pour les traits de la sainte Enfance, dans le choix des sujets. Quant à la Vie publique, la voyant omise sur ce monu-

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ment, on oooiprendrà mieux qu'elle soit traitée avec moins de fléveloppemont qde les autres périodes de Thistoire évangélique, dans les mouumeiita^ où l'espace ne manque pas.

Toutes ces observations peuvent s'appliquer aux fresques de Padoue, où Giotto, après avoir consacrédouze tableaux à la Vie de la sainte Vierge, en a réservé vingt-deux à celle de son divin Fils, non compris la grande scène du Jugement. Sur ce nombre, la sainte Enfance se développe eu six tableaux, représentant: la Nativité, l'Adoration des Mages, la Présentatien, la Fuite en Egypte» le Massacre des Innocents, la Dispute parmi les Docteurs ; cinq appartiennent au milieu de la vie : le Baptême, les Noces de Cana, la Résurrection de Lazare, l'Entrée à Jérusalem et les Vendeurs cliassés du Temple. Les scènes de la Passion, en y comprenant la Cène et le Lavement des pieds, s'élèvent à huit, les' six autres étant : le Baiser de Judas^ la Comparution devant Caîphe, leCouronnementd'épines,lePorlen^ent de croix, le Crucifiement et la Descente de Croix. Il ne reste que trois tableaux pour la Résurrection, l'Ascension et la Descente du Saint-Esprit L'on arrive au temps où, dans la vie et la mort du Sauveur, on cher cbera des motifs de componction plutôt que des chants de victoire ; alors la période de la Passion, qui jusque-là avait été la plus restreinte, devient prépondérante; le terrain lui sera cependant disputé par les affections tendres qui s'attachent au saint Enfant Jésus, et dans l'esprit de ce charmant tableau de Francia, que l'on voit dans la galerie de Bologne, où saint Augustin hésite entre le lait^de la sainte Vierge portant Jésus sur son sein, et le sang de ce divin Sauveur attaché à la croix.

Au jxy^ siècle, en Italie, tous ne marchent cependant pasdans laméme Toie que Giotto et son école. Sur le diptyque du Musée chrétien , au Vatican , sculpté -à cette époque, et successivement publié par Gori, puis dans les Annaks Archéologiques^ la préférence est accordée aux mystères glorieux; mais on remarque presque partout combien la Vie publique du Sauveur n'est traitée que secondairement, et sur ce diptyque elle est entièrement omise.. Sur douze panneaux, quatre sont consacrés à l'Enfance du Sauveur ; deux seulement, qui représentent le Crucifiement et la Mise au tombeau, se rapportent à sa Passion, et les six autres sont réservés <\ la Résurrection età ses suitesglorieuses, parmi lesquelles nous comptons le Jugement, précédé d'une composition tout exceptionnelle, où Jésus, remonté au séjour céleste, attend, sur les genoux de son Père, sous la figure d'un enfant, le jour où il exercera ba vertu toute-puissante t.

Chez nous, les bas-reliefs du xm' et du xiv« siècle , qui décorent la clôture du chœur de Notre-Dame de Paris, nous offrent le plus remar-

i. Gori, Thn.vtL difpL,T. III, pi. xxxviii; AnnaleM arch., T. XWl.

quable spécimen que nous possédions d'une histoire évangélique exécaiée' au moyen âge. La Vie publique du Sauveur avant la Passion n'y oocape que trois tableaux : le Baptême , les Noces de Gana et l'Entrée à Jérusalem; tandis que sa divine Enfance et les apparitions qui suivirent sa Résurrection, sont exposées avec grand détail. Il en était de même probablement de la Passion qui se développait dans les soubassements du jubé, détruit au xvue siècle. Huit tableaux sont consacrés à la période de TEnfance ou de ses préludes, à partir de la Visitation (les sculptures qui précédaient ayant été détruites par l'ouverlure d'une porte), et neuf à la Résurrection, sans compter que probablement le fait même de la Sortie du tombeau, et peut-être d'autres circonstances encore de ce glorieux événement, flguraient parmi les bas-reliefs qui ont été détruits avec le jubé, car la série subsistante, dans le bas-côté sud du chœur, ne commence que par l'Apparition à la Madeleine. Le xiv® siècle, auquel appartient cette dernière série, s'y accuse sensiblement dans toutes les partiesdu travail, comparées à celui des séries précédentes, exécutées au xm« siècle, dans le bas-côté nord. Sous le rapport iconographique, il est facile de voir aussi que l'esprit est différent. Le choix des sujets, d'une part, semble avoir été déterminé, en grande partie, eu égard aux fêtes de rÉglise; l'on aperçoit l'intention, plus ou moins réfléchie, d'exprimer la substance des mystères , et nous n'attribuons plus au désir de mettre en relief la pensée du triomphe dans la vie du Sauveur, l'extension donnée aux circonstances de sa Résurrection. Dans ces bas-reliefs du xi\*^ siècle, ce qui nous parait dominer, c'est l'amour des détails circoDStanciés ; cet amour a fait des progrès qui s'accordent bien avec le goût si répandu alors pour les représentations dramatiques des MyUères, Il semble que l'artiste se soit étudié à ne rien omettre de ce que l'Évangile nous apprend des manifestations de Jésus ressuscité : Apparitions k Madeleine, aux troisMarie, à saint Pierre, aux Disciples d'Ëmmaûs, aux Apôtres réunis sans saint Thomas, avec saint Thomas ; sur le lac de Tibériade, avec la Pèche miraculeuse^ autre Manifestation aux Apôtres réunis. Derniers enseignements avant l'Ascension . Si bien qu'il ne reste plus de place pour les autres mystères glorieux, l'Asceasion elle-même, la Descente du Saint-Esprit.

A prendre le mot de légende dans le sens où il a prévalu aujourd'hui, on ne verrait aucun motif d'en parler à propos du développement historique offert par ces tableaux, puisque tous leurssujets sont pris à la source authentique par excellence; mais si l'on considère la disposition d'esprit qui ouvrait alors un si large accès aux traditions légendaires, dans les compositions de l'art chrétien, on comprendra que ce qui dominait la ques* tion, — que les sourcessoièntauthentiquesoudouteuses— c'était un esprit

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naît et eonleur, qui demandait i voir vivre son héros, qoi se complaisait à le TDOfitrer daos le menu de tontes ses actions. Ici c'était la Résnrreetioa qui devenait , à ce point de vue, le sujet dramatique de nos sculptures. Plus souvent la Passion, qui donnait son nom auz confrères, c'est-à-dire aux acteurs chargés de mettre en scène vivante ces drames pieux, devenait, avec ses circonstances variées , le sujet spécial que les arts figurés s'efforçaient de rendre avec une prédilection qui s'attachait, dans la vie du Sauveur, à ce qu'elle a de plus émouvant.

Dans rénumération des verrières d'une cathédrale, il nHsstpas rare d*en rencontrer qui méritent le nom de vitrail de la Pamon; en trouverait-on aucune ou l'on ait pris à tâche de représenter, comme formant un eii* semble, toute la série des faits évangéliques?

Dans les petits bas-reliefs de Chartres, où douze scènes racontent l'histoire de Marie et de ses saints parents avant l'Annonciation, — onze autres, ce qui s'est passé jusqu'au retour de la sainte Famille ft Nazareth, après que Jésus fut retrouvé dans le Temple, — on n'a représenté, comme appartenant à la Vie publique, que le Baptême et la Tentation ; puis les scènes de la Passion, au nombre de cinq, commencent par le marché de Judas, et ensuite il en reste six pour la Résurrection et l'Ascension.

A la fin du moyen ftgè, dans la Bible des Pauvret, huit sujets de la sainte Enfance, y compris l'Annonciation, sont suivis de sept appartenante la Vie publique, qui sont : le Baptême, la Tentation, la RésurrectioQ de Lazare, la Transfiguration, Madeleine aux pieds de Notre-Seigneur, l'Entrée à Jérusalem, les Vendeurs chassés du Temple. Viennent ensuite treize sujets de la Passion, sept autres pour la Résurrection , l'Ascension et la Descente du Saint-Esprit, et encore cinq que l'on peut dire des Fins dernières.

Nous avons souvent parlé des deux Vies de Notre-Seigneur composées parle Beato Angelico, l'une distribuée entre les cellules de son couvent, l'autre groupée sur les panneaux d'une armoire de sacristie. C'est aussi aux scènes de la Passion qu'il s'est attaché dans ces deux séries, avec une prérérence bien en harmonie avec la componction qu'il savait y répandre. Les mystères douloureux se déploient sur quatorze des trente-quatre panneaux exposés maintenant dans la galerie de l'Acadéinie, à commencer par la scène où Judas reçoit le prix de sa trahison. La disposition du pieux artiste, à rechercher dans son sujet tout ce qu'H y a déplus touchant, se fait également sentir par l'extension qu'il a donnée aussi aux scènes de la sainte Enfance, qui, à partir de l'Annonciation, suivie immédiatement de la Nativité, sont au nombre de huit; de sorte que cinq étant réservées aux mystères glorieux, y compris la Délivrance desliaabes, une à la représentation comm'émorative des prophéties accom-

â02 aUlDE DE l'art CBIféTIRN.

plies parla venue du Sauveur, l'espace dé deux autres panneaux étant * occupé par le Jugement dernier, il n'en reste pins, pour la Vie publique, que cinq, où sont représentés le Baptême, le Miracle de Gâna, la Transtiguration, la Rééurreotion de Lazare et l'Entrée è Jérusalem.

Les peintures murales des cellules ne sont pas absolument liées de manière à former un ensemble, et divets sujets s'y voyant répétés, il est permis de pçnser que d'autres n'auraient pas été omis, s'il se fût agi dé former une série régulière; néanmoins on voit bieii qup, sous Tempire d'une même direction de là piété, les sujets les plus pathétiques de la Passion ont été choisis avec le plus d'amour. Sur vingt-deux cellules, ils en remplissent neuf ren comptant la Communion donnée aux. Âpdtres, tandis que la Vie publique n'est représentée que par le Baptême, le Sermon sur la montagne et la Transfiguraiioii. Peut-être pourrait-on ajouter cette admirable 6gure du Christ méditant dans le désert, dont nous nous sommes occupé précédemment.

Nous avons observé des peintures qui racontent, nous en avons étudié qui dogmatisent; le ton du Beato Angelico n*est ni celui d*un symbolisme qui invite à pénétrer dans la pensée du mystère, ni celui d*un simple narrateur; il vous sollicite & méditer selon sa propre méthode, où l'amour, sous toutas ses formes, est toujours le but proposé. On voit à quels points de vue très-divers, avec quelles nuances encore distinctes quand elles se rapprochent, suivant les temps, les lieux et les dispositions personnelles de l'artiste, la Vie deNotre-Seigneur a été mise en scène, et combien d'esprits différents peuvent présider au choix des faits les plus propres à la représenter.

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