OBSERVATIONS SUR CE QUI PRÉCÈDE, EXPOSÉ DE CE QUI SUIT
Nous n'avons pas parlé des séries de miniatures ou de vignettes qui, accompagnant le texte sacré dans un livre, et le suivant pas à pas n'ont éié par là même l'objet d'aucun autre genre de choix, et ne manifestent aucune préférence. Les laissant à part pour cette raison, on aura remarqué de plus en plus que ie caractère commun des autres n)0-
numents, d'ailleurs si variés dépoque et de caractère, que nous avons passés en revue, est de n'accorder qu'une place relativement restreinte ^ la période d'enseignement, dans l'ensemble des mystères évangéliques. Ceux de ces monuments où cette période est traitée avec le plus d'extension, le doivent^ comme la cathédrale de Honreale, à la division extrême
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d'un très-grand espace. Us servent à tf^moigner qu'eu égard séutemeitt à l'aboDdance des faits et à la multipiicité des sujets de représentation, celte période aurait dû généralement primer toutes les autres. Us donnent lieu aussi d'observer qu'une pareille diffusion de tableaux est moins faite pour fixer l'attention et provoquer le recueillement, qu'un nombre limité de scànes^dont on saisit facilement la liaison et l'ensemble. L'histoire, représentée avec tant de détails, est à sa place dans un livre dont ou peut feuilleter les pages; il serait préférable, dans une église, de la condenser dans un moindre nombre de scènes principales^ la même observation s'applique à la plupart des autres monuments dont la décoration doit être conçue, ou à peu près, selon le type donné par celle des églises elles-mêmes. On rentre alors dans les conditions d'un choix limité, pour représenter dans son ensemble la Vie de Notre- Seigneur-, et nous comprenons qu'on s'attache préférableroent aux m^rstères fondamentaux, objets des grandes solennités de l'Église. Le résultat, indépendamment de toute autre considération , sera celui que nous avons observé dans les monuments du passé^: on groupera les faits dont le souvenir s'accumule autour des fêtes de Noël et de Pà<|ûes\, et le réseau sera moins serré, comparativement, pour le reste de l'année liturgique. Les deux sujets qui ont été le plus souvent représentés , et qui ont le plus de droit de l'être, entre la sainte Enfance H la Passion du Sauveur, — son Baptême et son Entréeà Jérusalem, — sont ceux qui leur tiennent de plus près dans Tordre des événements, et de même dans l'ordre de la liturgie, puisque la commémoration du JBaptéme se fait le jour de l'Epiphanie , et que celle de l'Entrée k Jérusalem a lieu au premier jour de la Semaine-Sainte. Marquant le commencement et la (in de la Vie publique de Notre-Seigneur , ils sont d'ailleurs éminemment propres à la représenter tout entière. Ajoutez-y la TnMisfiguration pour en marquer le milieu: si vous vous en tenez à trois tableaux, vous ne pouvez rien faire de mieux.
Dans l'antiquité primitive, on donnait la préférence aux miracles: la Résurrection de Lazare, la Multiplication des pains, le Miracle de Cana, la Guérison du paralytique, celle de l'aveugle, celle de l'hémorrhoïsse. Mais ce n'était pas pour composer un tableau d'ensemble de la Vie de Notre-Seigneur: c'était à raison des idées générales de délivrance, de renouvellement, de rédemption, qu'on y attachait. La série des représentations purement évangéliques,que nous avons observée dans les mosaïques de Saint-Apollinaire-le-Neuf, à Ravenne, par là même qu'elle ne groupe que ces faits ou d'autres du même genre, témoigne qu'elle appartient au cycle de l'iconographie primitive, plutôtqu'à aucun deceux qui lui ont succédé dans l'art chrétien , quoique cette série soit d'une
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époque où beaacoap de monuments offrent, sous ce rapport, un caractàre mixte*
On comprendra cependant que , si l'on veut expos:er avec un peu plus de développement l'histoire évangélique, il sera très à propos d'y faire figurer au moins un miracle, et qu'il sera convenable aussi d'y montrer Notre-Seigneur dans l'acte de quelqu'une de ses prédications , afin de le faire apercevoir sous chacun de ses principaux aspects.
C'est d'après ces mêmes vues que nous allons nous- même faire un choix entre les faits évangéliques , pour voir comment on peut le mieux les représenter, soit pour les faire entrer dans des compositions d'ensemble dont nous venons de parler, soit pour en faire des tableaux séparés.
Jusqu'ici, nous n'avons observé rien de semblable , depuis que nous avons prisa tliche, non plus d'envisager h Sauveur seulement dans la période de son Enfance, mais d'embrasser sa vie tout entière. Les tableaux répartis par le Beato Angelico entre les cellules de Saint-Marc, peuvent être considérés comme formant chacun isolément une œuvre complète; maii» on ne peut méconnaître que le choix de leurs sujets n'ait été dominé par la pensée déformer une série suivie.
Les tableaux isolés, représentant un fait également isolé, sont rares jusqu'au moment où on les emploie comme tableaux d'autel, et alors on ne représente ainsi que desmystères fondamentaux, de cesmystèresqui sont l'objet direct des fêtes'de TËglise. Mais voilà que les artistes vont s'attacher à tel ou tel sujet, — d'abord de l'histoire sacrée, plus tard de l'histoire profane, — eu égard aux situations dramatiques, aux efftts pittoresques, qu'ils pourront en tirer. Rien n'était plus éloigné de l'esprit des temps qui précèdent, et surtout de celui du saint religieux dont nous venons de rappeler lesœuvres : édifier étaitson seul but. D'ailleurs lemilieu social où l'art se mouvait encore de son temps, ne permettait guère, quelle que fût la main qui tint le pinceau, de subordonner la pensée première d'un tableau religieux, à des calculs de ce genre : tel qui, dans les formes, sacrifiait sans scrupule au goût trop sensuel de la beauté, acceptait sans contestation des sujets qui lui venaient de sources liturgiques ou tout ascétiques.
Nul, cependant, ne prétendra que, soit l'artiste par son propre mouvement, soit l'auteur d'une commande qui le met à l'œuvre, ne puisse s'attacher très-légitimement et très-convenablement à quelque trait évangélique que ce soit, pour en exprimer isolément la pensée. L'art étant de fait entré dans cette phase personnelle, a produit certainement, et peut produire tous les jours des œuvres dignes à tous égards de notre étude. Si nous ne leur accordons qu'une attention secondaire, ou plutôt, si nous passons devant elles trop rapidement , c'est qu'il faut nous bor-
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ner, ei prendre garde de ne pas nous égarer dans le dédale des pensées individuelles, si nous voulons atteindre le terme de notre tftche. Outre le Baptême de Notre-Seigaeur, la Transfiguration et l'Entrée k Jérusalem , nous nous attacherons donc, dans la suite de cette étude consacrée aux faits de sa Vie publique, seulement à sa Tentation et à ses principaux Miracles ; nous réserverons l*étude suivante pour les représentations qui ont plutôt trait à sa doctrine et à son mode d'enseignement ; dans Tune et dans l'autre, nous devrons continuer de ne comprendre dans notre examen qu'un petit nombre de ces tableaux modernes qui forment la plus grande richesse de nos musées, et qui, par leur réunion, pourraient former une série de faits évangéliques^ plus complète peut-être qu'aucune autre.
LE BAPTÊKB DE NOTRE- SEIGNEUR, JUSQl]' AU XIV* SIÈCLE.
Jésus ne commença pas le cours de ses prédications comme un torrent qui déborde tout à coup gonflé par un orage d'inspirations: il se présente comme un fleuve qui, coulant à pleins bords dans les solitudes qu'il a longtemps traversées, vient à s'épancher dans les champs cultivés, pour y porter l'abondance. Qui l'eût vu à Nazareth d'un œil clairvoyant, ne l'eût pas jugé différent de ce qu'il parut lorsqu'on le vit prêcher d'autorité, chasser les démons, marcher sur les flots et commander à la mort ; au contraire, un œil prévenu pouvait alors même le méconnaître; et sous la simplicité habituelle de son maintien, il se cachait bien plus qu'il ne se révélait encore.
Le commencement de la Vie publique deNotfe-Seigneur fut cependant marqué par un certain éclat : mais cet éclat, il ledutàla voix de saint Jean- Baptiste qui» elle, fit une véritable explosion dans le désert. Et, tandis que le nouveau prophète élevait de chaleureux accents pour obtenir l'abaissement des montagnes et le comblement des vallées, Jésus, semblable au doux agneau dont il recevait le nom, s'avançait obscurément encore pour s'assujettir au signe de la pénitence prëchée par son précurseur, comme si lui-même il en avait eu besoin.
Jésus s'avançait seul; saint Jean, déjà entouré de disciples, le faisait connaître pour celui qui devait sauver le monde. Si on sfen tient au texte sacré, c'est là, dans la vie du Sauveur arrivé à l'âge d'homme , la première circonstance qui puisse fournir un sujet au pinceau des artistes. Nous ne l'enregistrerons pas sans accor.ier toutefois une nouvelle mention
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à ce tableau en 'vénération dans l'élise de Saînte-Marîe près Saint- Ceise, à Milan, eii Jésus, avant de commencer sa mission ëvan- .{^élique, va prendre le consentement de sa très*sainte Mère, H reçoit sa bénédiction; mais il nous appartient, tout au plus, d'indiquer Je pareilles fleurs de la poésie chrétienne, écloses dans le jardin de Tari, sans prendre le temps de les cueillir, quand nous ne pouvons proportionnelletneutcdnsaci*er que si peu d'espace à un mystère aussi important que celui dtt Baptême de Notre-Seigneur.
La première représentation qu'on en connaisse, aétéd^couverlepar M. deRossi, dans le cimetière de SainUCalixte, et publiée pau lai <; elle est de la fin du i*' siècleou des premières annéesdusecond. Conformément au caractère iconographique de l'époque, le fait s'y réduit à sa plus simple expression : un homme plongé dans l'eau en sort aidé par un autre personnage qui lui donne la main , et un biseau vole en passant sur leurs têtes. La seule particularité qui, indépendamment du milieu ob la scène est placée, eu révèle le mystère, c'est que l'oiseau tient dans son bec un rameau d'olivier, ce qui l'accentue comme exprimant la pensée de la colombe, mais aussi exclut de plus: en plus l'intention d'une tentative quelconque, pour représenter du fait rien de plus que ce qu'il faut pour en exprimer l'idée et en rappeler le souvenir.
Quand nous avons étudié l'iconographie du sacrement du Baptême, nous avons décrit différentes représentations du Baptême de Notre-Seigneur, du v/^ él du. v^ siècle, — observées sur unedescuillers découvertes en 4792, près d'Aquilée, et sur deux sarcophages : l'un du musée de Latran, l'autre de celui d'Arles », — où l'allusion au sacrement a été jusqu'à modifler les termes de ces représentations elles-mêmes, au point de laisser douter, si quelquefois le chrétien baptisé n'a pas été substituéi Notre-Seigneur. On aurait pu le faire, dans un sens très-vrai, conformément à cette pensée, que le Christ et le Chrétien ne font qu'un, ou que le Chrétien est un autre Jésus-Christ, CAm^tantM, a//erCAristi/5. Il ne nous reste rien à dite de.ce;* monuments, sinon que, sur la cuiller et sur le sarcophage d'Arles, ou remarque un personnage, témoin du mystère, drapé et chargé d'un vo/umen, comme le pourrait être un Prophète; nous sommes porté à croire, en effet, que c'en est un, et nous pencherions pour Isaïe 3. Sur le sarcophage de Rome, la scène principale a aussi an