‹ Guide de l'art chrétienChapitre 99 sur 238 · BAPTÊME DE NOTRE-SEIGNEUR , DEPUIS LE XIV* SIÈCLE · texte numérisé non relu

BAPTÊME DE NOTRE-SEIGNEUR , DEPUIS LE XIV* SIÈCLE

Les représentations du Baptême de Notre-Seigneur mettent bien en relief les caractères des diverses époques de l'iconographie chrétienne. Représenté d*abord par les circonstances élémentaires du fait , il est entendu comme idée, dans la plus grande génc'ralité du mystère de la Rédemption et du Christianisme tout entier. Ensuite, on em{Aoie des procédés symboliques , pour rendre honneur à la pei*sonne sacrée du Sauveur, et pour célébrer les effets spéciaux du sacrement régénérateur. La double action du naturalisme dans les procédés d'imitation, et du mysiiclsuie dans les sentiments pieux, va mnintenant se manifester; on la voit bien clairement apparaître dans le petit tableau de Giotto, que nous avons reproduit (T. II, pi. xm). No re-Seigneur , en s'a* genouillant, nous ydoune un parfait modèle de pieté et d'humilité , et celte position semble lui être donnée comme une première tentative pour résoudre la difficulté de Timmersion, sans blesser les lois de la pei^pective. Elles ne sont pas observées, sans doute, dans ce tableau, mais on voit que le peintre en avait le sentiment , et il a voulu s'en rap-' procher. On n'avait jamais abandonné tout à fait le procédé, plus anc'ea que celui du monticule, quoique celu^ci soit d'un aspect plus archaïque, qui consistait à élever lioriiontalemenL le niveau des eaux, en les contenant d'une manière elle-même toute fictive, entre des borda naturellement impossibles. C'est là ce que fait Giotto, dans l'exemple que nous avons reproduit, et, de même, dans le tableau de VArena de Padoue. où le Sauveur est debout ; mais, dans l'une et l'autre de ces compositions, i ï\h considérer que la nappe d'eau, on pourrait croire qu'elle fuit, ue s'é-

VIE nJBLtOœ DE NOnie-SKlGNIiCII. 2tl

levant à la vue que pour satisfaire à la perspective, sans menacer d'inonder saint Jeao, et tous ceux qui sont sur ses bonts ; dans ces conditions, son niveau apparent pourrait s'élever, selon le point de vue du specla-

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BapISme d« Nolre-Sei^eur. (Laça d«lli Robbia.)

leur, à la ceinture du Sauveur, comme le montrent l'un et l'autre tableau ; mais il faudrait que ce fiït comme dans le lointain, et que Notre*Seignear ne partît pas plongé dans les eaux.' La fiction a consisté à l'y plonger effectivement. Au contraire, àans le bas-relief de Luca della Robbia, que nous publions, le fleuve n'est plu$ qu'un filet d'eau. L'immersion réelle devait ainsi disparaître, aussitôt que l'art voulut serrer de près l'imitation de la nature; on dut seulement l'indiquer, en baignant les pieds, ou tout au plus les jambes du CliHst, dans un fleuve souvent fictif, puisqu'il n'a même pas proportionnellement les dimensions d'un ruisseau; et il fallut encore d'autres artifices de composition, quand on voulut, comme Luca dclla Robbia , non pas rendre l'immersion, puisque

c'était impossible, artistement, mais accentuer les moyens de la rappeler. L'infusion devint alors de plus en plus indispensable, et nous ne croyons pas que l'on trouve, en ces conditions, une seule composition dans laquelle elle ne se montre, ou se faisant, ou étant faite, ou prête à se faire, comme dans le tableau de Francia, à Dresde. Dans ce tableau, le saint Précurseur semble encore vouloir s'excuser. D'ordinaire, dans les compositions également bien senties, Une songe plus qu*à obéir aux ordres de son Maître; et Ton s'est attaché à exprimer son recueillement, son respect et son amoui*,comme l'ont faitGiotto etLuca dellaRobbia. Ils ont représenté Notre-Seigneur dans un sentiment d'humilité et de douceur attrayante; on pourrait aussi exprimer chez lui une idée plus élevée, qui réponde à la prise de possession solennelle de son titre de Sauveur. Les Anges préposés à la garde de ses vêtements, rachètent, par cet honneur, l'humiliation particulière attachée à son dépouillement ^ Ils pourraient être conçus avec un caractère de dignité; mais ils prêtent surtout à la grâce, et nulle part cette grftce n'est aussi suave que dans le Baptême de Notre-Seigneur^ des cellules de Saint-Marc peintes par le Beato Angelico. Il importe ensuite de bien caractériser l'intervention du Père et du Saint-Esprit : le. Saint-lEIsprit, parunecolombe, mais unecolombe qui soit vraiment céleste, et qui répande les effusions sacrées d'en haut; le Père, par une main divine, bénissante, rayonnante, nimbée, ou par une figure humaine telle qu'il convient de la choisir pour le représenter, ou bien encore par une gloire lumineuse. Nous aimons mieux alors, comme plus significatives, les lignes d'or vives et arrêtées du moyen âge, qu'un vif éclat de lumière naturelle.

Nous supposons que l'on a pu légitimement comprendre dans une composition simultanée, des faits qui, selon la réalité du récit évangéliquè, se sont passés successivement, la colombe sacrée n'étant descendue

1. On observera que, dans le tableau de Giotto , les personnages chargés de porter les ▼ôlements du Sauveur n*oiit point d*ailes, et que Tua d'eux parait avoir de la barbe. Le peintre se serait-il soustrait, dans celte circonstance, à Tusage universel alors, et suivi par lui-môroe à Padooe, en confiant ce soin à d*au(re8 qu*à des Anges? Ces personnages sont niriibés : il faudrait donc croire alors que ce sont des Saints déterminés, — saint Pierre et s^inl Jean, peut-être? —La composition prendrait, en ce cas, un caractère plus mystique encore. Il ne serait cependant pas impossible que Giotto ait voulu peindre des Anges, quoiqae sans ailes ; el quant à la barbe , elle demanderait vérlficalion sur Toriginal. En atleodauf, nous suspendons notre jugement. On remarquera encore, dans ce tableau, Tauréole de Dieu le Père, suspendue horizontalement et offrant la forme d*une espèce d'entonnoir ; Les deux nimbes divins, rendus crucifères au moyen de trois légers fleurons. Plus tard, nous y reviendrons relativemenl au type de saint Jean-Baptiste si ressemblant à Notre-Seigneur, observation qui s*applique au bas-relief de Lueca délia Robbia. Le mantean attribué par Oiotto an saint Précurseur mérite aussi d*ètre signalé.

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du ciel et la voix céleste ne s'étant fait entendre qu'après le Baptême, lorsque Notre-Seigneur était en prière sur le bord du fleuve. La solution de la diflBcuItë, s'il y en avait une, serait donnée par la pratique constante de l'art; elle était commandée par sa nature. La question examinée par Ayala, avec la rigueur qu'il apporte, comme théologien, à l'examen de tout ce qui pourrait blesser ou la foi, ou la morale de l'Église, cette solution est sortie triomphante de Tépreuve. Seulement, on dira avec ce savant critique que, s'attachant plus rigoureusement à la lettre de TEvangile, le peintre pourrait prendre pour sujet, non plus le Baptême de Notre-Seigneur, mais la Manifestation qui le suivit; et alors saint iean-Baptiste apparaîtrait, les yeux fixés sur le Sauveur, dans le ravissement et la contempla^on. Nous en avons un exemple dans Testampe, composée sous la direction du P. de Nataiis : la Manifestation, séparée du Baptême, est représentée dans une composition accessoire, reportée sur le second plan.

Le tableau le plus célèbre du Baptême de Notre-Seigneur est assurément celui du Poussin, qui fait partie de la série des Sept Sacrements, Il est conçu dans on système radicalement différent de toutes les compositions que nous venons d'étudier. Nous n'y voyons plus ni Anges, ni Saints, ni gloire ; les nimbes, les rayons, tous les signes symboliques ont disparu. La colombe qui plane au-dessus du Christ , quelques regards qui commencent à se tourner vers elle, parmi une foule d'assistants, un homme qui met sa main devant ses yeux , pour indiquer que cette apparition est éblouissante,^ impressions qui , si elles étaient vives, devraientêtre partagées par d'autres spectateurs : — ce sontlàles seuls indices d'une intervention surnaturelle.

Des hommes nus ou à peu près, qui attendent leur tour, pour recevoir le baptême, ou qui, après l'avoir reçu, sont occupés à reprendre leurs vêtements, sont traités, au contraire, avec une complaisance qui s'accorde bien avec le peu d'empressement qu'ils mettent à se couvrir^.

Le genre de beauté qui appartient à ce tableau, c'est la large majesté du paysage, quelque chose de grave, de noble, d'antique, de recueilli même, dans les poses, les draperies, les sentiments, mais d'une manière tout humaine, et qui le cède, sous ce rapport, à des œuvres profanes de notre grand maître, aux Bergei^i (fArcadie, par exemple.

Pour bien sentir ce qui manque ici, il faut s'attacher au personnage du Christ. Dans tout le tableau, il n'y en a pas de moins divin ; il est lourd rt

1. Lear dépouillement se justifie d'autanl moins, que le Baptôme se reçoit par infusion, non dans le fleave, mais sur le bord du fieuve.

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épais ; son attitude, son expression sont naturelles et convenables, sans doute , mais le premier venu pourrait les prendre.

Nous maintenons que cet acte de la vie du Dieu fait homme ne s'est point ainsi passé, ne considérftt-on que ce qui a paru extérieurement. Pour vouloir être trop vrai de cette vérité de bas étage, l'art moderne,, entre les mains des hommes mûmes dont l'élévation de caractère et de ^énie est le moins contestable, perd trop souvent la faculté de soulever les âmes au véritable niveau des grandes choses.

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