‹ Guide de l'élève et du practicien pour les travaux pratiques de micrographie, comprenant la technique et les applications du microscopeChapitre 290 sur 451 · III. — DES ALTÉRATIONS DU LAIT · texte numérisé non relu

III. — DES ALTÉRATIONS DU LAIT

Il est un certain nombre de circonstances dans lesquelles les éléments constitutifs du lait peuvent diminuer en quantité. Contrairement à ce que l’on pouvait penser, lorsque le lait séjourne dans la mamelle, ce n’est pas l’élément liquide qui se résorbe, ce sont les éléments solides. Un lait sera d’au-

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tant plus pauvre en globules, qu’il y aura eu plus d’espace entre deux tétées. C’est à M. Péligot que l’on doit cette importante remarque.

Des observations nombreuses ont été faites sur les animaux et sur la femme. Donné ayant observé le lait d’une chèvre qui n’avait pas donné à téter depuis seize heures, trouva que les globules étaient en masses agglomérées et confuses ; le cinquième jour, il y avait dans le lait du trayon gauche, une telle confusion dans les globules, ils étaient, pour ainsi dire, tellement amalgamés ensemble, que l’on pouvait à peine les distinguer. Une ânesse fut soumise à la même expérience ; au bout de douze heures de sevrage, il n’y avait que quelques rares agglomérations, les globules étaient généralement réguliers. Au bout de quatre jours de sevrage, la mamelle était engorgée; les globules étaient, pour la plupart, réunis en masses agglomérées et compactes, leurs contours étaient irréguliers ; il y avait une si grande quantité de petits globules qu’ils formaient comme une poussière, par laquelle la transparence du liquide était troublée.

Il peut survenir, chez la femme, des circonstances pathologiques, qui réalisentles conditions expérimentales nécessaires à l’altération du lait, par la station prolongée dans la mamelle. En effet, il n’est pas rare, sous des influences diverses, de voir la mamelle s’engorger, devenir dure et tuméfiée. Dans ces conditions, Donné a observé que, si, au début, les globules étaient encore réguliers, il y avait cependant quelques agglomérations; traité par l’ammoniaque, le lait ne devenait pas visqueux. Au furet à mesure que l’inflammation augmentait, les agglomérations de globules se trouvaient en plus grand nombre. Le lait prenait l’aspect légèrement filant avec l’ammoniaque. Chose digne de remarque, Donné a vu reparaître sous l’influence de l’engorgement du sein, ces corps granuleux, dont nous connaissons maintenant l’origine. Ainsi donc, lorsque l’on observe, dans du lait, 1 agglomération des globules laiteux et la présence des corps granuleux, c’est que le lait ou n’est pas de bonne nature, ou n’est pas complètement formé. Celte modification a lieu sous l’inlluence d’une lésion de la glande, ou par suite d'une altération de la sécrétion

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lactée, pouvant dépendre d’un état général mauvais, tel qu’une métro-péritonite, par exemple.

Dans le cas d’inflammation de la glande mammaire, les altérations du lait ne se bornent pas à l’apparition des corps granuleux et à l’agglomération des globules, les leucocytes s’y montrent également, en grande quantité; on a alors du laitpurulent.

Le pus sort en même temps que le lait par l'orifice des canaux galactophores ; seul, l’examen microscopique peut déceler sa présence d’une façon certaine. Il y a cependant un grand intérêt à reconnaître cette altération du lait, car les hommes les plus familiarisés avec l’hygiène infantile, comme P. Dubois, Depaul, ont reconnu depuis longtemps qu’un lait purulent était préjudiciable aux enfants. Cette remarque est d’autant plus importante, qu’on a l’habitude, comme le dit fort bien Donné, de faire têter le plus possible à l’enfant, le sein de la nourrice, quand il y a menace d’inflammation de la glande mammaire.

Il n’y a pas de difficulté à reconnaître au microscope la présence du pus dans le lait. Nous avons donné avec détail l’aspect du globule blanc ; ce dernier est insoluble dans l’éther, tandis que les globules du lait s’y dissolvent facilement. Si l’on traite, au contraire, le lait par la soude ou la potasse, en solution, les globules blancs disparaîtront, tandis que les globules de lait resteront intacts.

Non seulement, le pus peut apparaître dans le lait, quand un abcès s’étant formé dans la glande mammaire, il a été ouvert par le bistouri du chirurgien, mais on peut encore constater sa présence dans cette sécrétion, avant même qu’il y ait de la fluctuation. La démonstration de cette importante proposition a été faite par Donné; depuis, dans un certain nombre de cas, nous avons pu vérifier son exactitude.

Les choses se passent de la même façon dans le lait des animaux; sous l’influence d’un abcès ou d’une inflammation de la glande mammaire. On peut donc trouver du pus dans du lait de vache, comme on en trouve dans du lait de femme et on le reconnaîtra, aux mêmes caractères que ceux exposés plus haut. Le lait, sous l’influence de l’ammoniaque, se prend en une gelée tenace et visqueuse.

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D’une façon générale , on peut dire que chaque fois qu’une nourrice souffre physiquement, son lait subit des altérations plus ou moins profondes, altérations que le seul examen microscopique est souvent impuissant à déceler.

Sous des influences diverses, dont la plus commune est l’existence de crevasses du mamelon, le sang peut apparaître dans le lait, même en quantité considérable. Lorsqu’on abandonne au repos, un lait ainsi altéré dans sa composition, les globules sanguins gagnent la partie la plus inférieure du vase. Nous ne reviendrons pas sur les caractères que nous avons donnés du globule sanguin, mais il est fort important d’être familiarisé avec leur recherche. Ainsi que nous l’a appris M. le professeur Depaul, un médecin peut être appelé près d’un enfant qui vient de vomir du lait contenant du sang. L’inquiétude des parents est grande et l’on pourrait être tenté de croire à une ulcération, siégeant dans les premières portions du tube digestif. Lorsque l’on aura constaté la présence réelle du sang dans les matières vomies, il faudra examiner avec le plus grand soin les mamelons de la nourrice et presque toujours, on y trouvera des crevasses, qui, sous l’influence des efforts énergiques de succion de l’enfant, s’ouvrent et laissent échapper du sang.

L’enfant peut parfaitement ne pas vomir du lait mélangé à du sang, mais les matières fécales prennent alors une coloration toute spéciale ; elles sont noirâtres et de nature à inquiéter vivement les personnes qui entourent le nouveau-né. Si l’on examine ces matières fécales au microscope, on y apercevra des globules sanguins plus ou moins altérés, qui ont résisté à l’action de la digestion. On peut également, dans la plupart des cas, remonter à l’origine de ce sang, qui provient du sein de la nourrice.

Lorsque le lait a été abandonné au contact de l’air et qu’il s’y est altéré, il peut se développer à sa surface, un certain nombre de végétaux inférieurs, parmi lesquels nous citerons le Pénicillium glaucum.

Influence du bcu'attage et de l’écrémage sur le lait. — Quand le lait a été soumis au barattage, même le plus parfait, il reste encore des globules butyreux dans le petit lait. L’analyse chi-

mique ainsi que l’examen microscopique le prouvent surabondamment. Dans le lait non baratté, les globules se touchent, il n’y a pour ainsi dire pas d’espaces vides, tandis que dans, le lait baratté, les globules sont moins nombreux.

D’après M. Boussingault, ils sont disposés en groupes isolés, un peu plus volumineux, probablement, par ce que des globules se sont soudés par l’effet de l’agitation; mais dans l’état où ils sont, ils résistent à l’agglomération et demeurent en quelque sorte insaisissables. C’est à ces globules butyreux, ajoute le même auteur, que les fromages maigres doivent de renfermer une certaine proportion de matière grasse, bien qu’ils soient préparés avec du lait ayant passé par la baratte, ou avec du lait écrémé.

Lait écrémé . — Lorsque le lait est laissé au repos pendant vingt-quatre heures à une température de 12° à 15°, la crème monte à sa surface. Plus lente a été l’ascension de la crème, plus l’écrémage est complet, et moins il reste de globules butyreux dans la couche de liquide sous-jacent. Vu au microscope, le lait écrémé ne présente plus qu’une faible quantité de globules butyreux, et se montre d’autant plus appauvri, que l’écrémage a été plus parfait.

Lait de beurre. — Lorsqu’on a séparé le beurre de la crème par le barattage, il reste un liquide, dit M. Boussingault, qui a l’apparence du lait normal bien qu’il ne contienne que peu de matière grasse. Au microscope le lait de beurre a de nombreux et de très petits globules ; l’image est confuse, parce que ce lait est assez opaque, à cause de petites particules disséminées dans le liquide et ressemblant à du caséum coagulé. Il serait impossible de confondre l’aspect du lait de beurre avec le lait; au microscope, on reconnaîtrait si du lait de -beurre a été mélangé à du lait écrémé, fraude que l’on a pratiquée quelquefois pour communiquer au lait écrémé, et surtout au lait baratté, l’apparence du lait normal (Boussingault, Journal de L' Agriculture, 12 octobre 1872).

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