‹ Guide de l'élève et du practicien pour les travaux pratiques de micrographie, comprenant la technique et les applications du microscopeChapitre 321 sur 451 · III. — DES TACHES LAISSÉES PAR LE LIQUIDE AMNIOTIQUE · texte numérisé non relu

III. — DES TACHES LAISSÉES PAR LE LIQUIDE AMNIOTIQUE

Avant la naissance, l’enfant est contenu dans une sorte de sac sans ouverture, constitué par plusieurs enveloppes, dont la plus interne est l’amnios ; le fœtus baigne dans un liquide fourni par l’amnios et que l’on appelle liquide amniotique. On peut dans certains cas être chargé de déterminer si des taches trouvées sur du linge ont été produites par du liquide amniotique. Quand la poche des eaux se crève brusquement, le liquide est quelquefois projeté assez loin entre les jambes de la parturiente, et alors, il peut laisser des taches formées presque exclusivement de liquide amniotique. Si, au contraire, le liquide amniotique s’écoule petit à petit pendant le travail et en assez grande quantité, au moment de l’expulsion de l’enfant, on a alors un liquide mélangé à du sang et aux produits de la sécrétion vaginale, si abondante pendant l’accouchement. Dans le premier cas, la détermination de la nature des taches est chose délicate; dans le second , la complexité des éléments qui entrent dans la constitution de la tache, peut mettre sur la voie, en ce sens que l’on pourra trouver des éléments anatomiques facilement déterminables, mais qui masqueront complètement les caractères déjà si confus du liquide amniotique.

Le liquide amniotique est généralement très fluide, tantôt d’une couleur un peu jaunâtre ou citrine, tantôt d’une couleur légèrement verdâtre. Lorsque l’enfant a souffert dans la cavité amniotique et qu’il y a rendu son méconium (Voy. ce mot), le liquide amniotique devient vert et laisse des taches assez facilement reconnaissables. Quand on laisse déposer du liquide amniotique, il abandonne parfois, dit M. Robin, un dépôt grisâtre composé de cellulês épithéliales cutanées, et même du rein ou de la vessie. Il contient de plus quelques leucocytes, avec de petits flocons de mucosine. On y trouve également des noyaux des cellules épidermiques fœtales, hypertrophiés et détachés. Suivant l’observation de M. Robin, les cellules les plus superficielles de l’épiderme fœtal, ont un

gros noyau qui disparaît à la fin du deuxième mois ou au commencement du troisième. Ce noyau s’hypertrophie et fait une saillie pyriforme à la surface du corps, devient mamelonné ; puis son point d’union avec la cellule se rétrécit en forme de pédicule. Celui-ci finit par se rompre, le noyau tombe dans le liquide amniotique, et la cellule reste alors sans noyau jusqu’à

Fig. 363. — Epithélium d’uu embryon de deux mois. Gross. de 360 diamètres (Kôlliker).

l’époque de sa desquamation (Ch. Robin, Journal de la Physiologie de l'homme et des animaux. Paris, 1861).

L’acide acétique donne un précipité dans le liquide amniotique ; l’acide azotique y révèle quelquefois la présence de traces d’albumine. Le liquide amniotique a une odeur spéciale bien connue des accoucheurs et qui rappelle celle du sperme; lorsque le fœtus est mis au monde mort et macéré, le liquide amniotique a parfois une odeur désagréable, mais en général il conserve bien les fœtus.

Voici quels sont les caractères assignés aux taches produites par le liquide amniotique. Ces taches ont une coloration variable, comme celle du liquide amniotique. D’après M. Tardieu, elles sont en général d’un gris jaunâtre et bordées par un liséré grisâtre très marqué. La dimension de ces taches peut être très considérable, puisqu’il peut sortir d’un seul coup, au moins un demi-litre de liquide amniotique. Ces taches empèsent un peu le linge, mais elles ne forment pas de croûtes à sa surface. Quand on examine au microscope l’eau dans laquelle on a fait macérer des taches de liquide amniotique, on voit quelquefois des cellules épithéliales pavimenteuses, présentant un noyau fréquemment granuleux et des poils de duvet provenant du fœtus (Robin et Tardieu. — V.

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article Poils). On peut également y retrouver des noyaux de cellules décrits par M. Robin. Nous le répétons, le liquide amniotique seul laisse des taches difficiles à déterminer ; il est du reste assez rare qu’il ne contienne pas des éléments étrangers pouvant permettre à l’observateur de remonter à l’origine des taches.

§ IV. — DES SMEGMA.

On donne ce nom à des produits blanchâtres, d’une consistance crémeuse, d’aspect gras, que l’on trouve dans les plis des petites lèvres, ou entre le gland et le prépuce. Ces smegma ont une composition différente. Celui que l’on trouve dans les plis des petites lèvres est formé par un résidu épithélial et quelques gouttes huileuses, venant de la sécrétion des glandes sébacées de ces replis cutanés. Le smegma du prépuce a une origine différente, aucune glande ne concourt à sa formation. Il se présente, dit M. Ch. Robin, sous l’aspect d’une matière blanchâtre , demi-liquide , pâteuse, ou de consistance de savon mouillé, qui s’accumule au fond du repli balano-préputial chez l’homme, ainsi qu’entre les petites lèvres et le clitoris chez la femme. Le smegma se compose 1° de cellules épithéliales pavimenteuses, minces, finement granuleuses, plissées, un peu irrégulières, ordinairement pourvues de noyaux, mais sans granulations graisseuses; 2° de beaucoup de fines granulations moléculaires grisâtres, libres ou adhérentes aux cellules, quelquefois réunies en masses amorphes ; 3° quelquefois, surtout chez les enfants, de globes épidermiques; 4° presque constamment, on y trouve quelques rares cristaux offrant les caractères de ceux de l’acide stéarique, bien que la réaction du smegma soit alcaline (Ch. Robin).

Le smegma préputial n’est pas le produit de glandes sébacées, il ne renferme pas de granulations graisseuses, ni de ces cellules épithéliales de même caractère que celles que l’on rencontre dans la matière sébacée. Il est le résultat de l’accumulation de l’épithélium balano-préputial, humecté par le liquide qui exsude â la surface de toutes les muqueuses (Ch. Robin).

Ces smegma sont parfois considérés comme des produits pathologiques; il n’en est rien. Nous ne pensons pas que des taches formées par des smegma aient jamais été examinées à un point de vue médico-légal ; il n’en est pas de même des taches produites par le smegma ou enduit fœtal.

§ V. — DU SMEGMA OU ENDUIT FŒTAL (V emix CaSeQSCl ).

Quand un enfant vient au monde, il n’est pas rare de le voir plus ou moins complètement recouvert par un enduit blanchâtre et gras, plus abondant dans certaines parties du corps que dans d’autres. G’est pour débarrasser les enfants de ce vernis, qu’on a l’habitude de les enduire d’un corps gras, huile ou cérat, qui permet de l'enlever plus facilement. Néanmoins par simple friction, avec un linge ordinaire, on peut en

Fig. 364. — A. Lambeau d’enduit fœtal. — a. Corpuscules qui seront décrits à l’article Méconium. — B. Enduit fœtal traité par l’éther, cellules groupées ou isolées.

enlever la majeure partie. Get enduit n’est pas constitué, à proprement parler, par de la matière sébacée, mais bien, comme le dit M. Robin, par le résidu de cette sécrétion, c’està-dire par des cellules épithéliales, expulsées des glandes et agglutinées entre elles par la matière huileuse. Ce smegma fœtal est en quantité plus ou moins considérable, suivant les cas, mais il existe toujours. L’enduit sébacé est constitué par deux sortes d'éléments visibles au microscope : l°des cellules

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épithéliales; 2° des granulations graisseuses en très-petit nombre. Yoici la description que donne M. Robin de ces* cellules épithéliales : Elles sont pavimenteuses, plutôt polyédriques, quand elles sont libres, qu’aplaties, si ce n’est quand elles sont pressées les unes contre les autres. Leur diamètre est de 2 à 3 centièmes de millimètre et rarement de 35 millièmes. Leurs angles sont ordinairement mousses, peu réguliers. Leurs bords n’ont pas également sur toutes, la netteté qu’ils offrent dans beaucoup de cellules épithéliales. Elles sont transparentes, incolores, très souvent plissées, ou marquées de très fines lignes, pâles, irrégulières ou rectilignes, se joignant les unes avec les autres sous des angles variés. Ces cellules manquent complètement de noyau (1), elles ne sont pas granuleuses ou à peine. Grâce au liquide de nature graisseuse qui les imprègne, des bulles d’air restent adhérentes à leur surface, et l’eau les humecte difficilement, ce qui en rend l’examen plus difficile. — L’acide acétique et la glycérine pâlissent ces cellules; la glycérine les gonfle, en arrondit les bords et les rend plus nets. Les rares granulations graisseuses que Ton rencontre dans l’enduit fœtal, sont adhérentes aux cellules épithéliales.

§ VI. — ÉPIDERME FŒTAL.

On a vu, par une des figures qui précèdent, quels étaient les caractères de l’épiderme d’un fœtus de deux ou trois mois. Les cellules de l’épiderme d’un fœtus à terme sont un peu plus larges que celles du smegma cutané. Elles ont (Robin) de 4 à 5 centièmes de millimètre en général, elles sont plus transparentes, très minces, aplaties, imbriquées, plus régulièrement polygonales, souvent contiguës par leurs bords et juxtaposées en mosaïque ; aucune n’offre l’aspect vésiculiforme et la forme sphéroïdale, comme certaines des précédentes. Leurs bords sont pâles, nets, leurs angles généralement bien déterminés, non arrondis. A la surface de

(1) On peut voir, par la figure 364, 'qu’un certain nombre de ces cellules ont un noyau parfaitement visible.

l'épiderme, elles sont à peine granuleuses, quelquefois marquées de fines et pâles stries, à leur superficie, dépourvues de noyaux et presque tout à fait sans granulations ; plus profondément, on en trouve quelques-unes qui offrent parfois un assez grand nombre de granulations grisâtres. Ges cellules sont rarement isolées; le plus souvent elles sont imbriquées en lamelles plus ou moins grandes. L’adhérence de ces lamelles épithéliales se fait par l’intermédiaire d'une substance intercellulaire, demi-liquide, que le nitrate d’argent colore en noir. Suivant la disposition de ces lambeaux d’épithélium, on voit les cellules de face, ou de côté, ou par leurs bords. On peut alors se rendre compte de leur épaisseur et de leur mode de superposition. Quand les lambeaux d'épiderme sont un peu grands, on peut voir les orifices des glandes sudoripares et ceux des follicules pileux (Y. Robin, Traité des humeurs).

La connaissance de ce qui précède est très importante, au point de vue de la détermination des taches, dans des cas d’infanticide. C’est à MM. Robin et Tardieu que l’on doit les notions qui suivent. Ces taches sont généralement d’une dimension qui rappelle celle d’un fœtus tout entier, dont elles offrent quelquefois même l’empreinte. Aussi n’en trouve-t-on souvent qu’une seule. Cette tache est d’un blanc grisâtre; sur un tissu coloré, elle paraît beaucoup plus blanche. Elle est plus prononcée sur la face qui a été en contact direct avec l’enfant, que sur l’autre et présente dans plusieurs de ses parties une certaine épaisseur, due au dépôt d’une matière desséchée, compacte, graissant légèrement le tissu, s’enlevant sous forme de lamelles et qui n’est autre chose que de l’enduit fœtal desséché.

Quelques parties présentent fréquemment une teinte rougeâtre, due à du sang; dans ce cas, la face externe du linge,

(surtout s’il est formé de chanvre ou de coton, peut être par place d’une couleur brun rouge, le sang ayant pénétré le premier dans le tissu et ayant été recouvert par l’enduit, ou ayant imbibé l’étoffe par capillarité. A la surface de la tache peuvent se voir des pellicules grisâtres, minces comme des pe-

lures d’oignon, larges de 1 à 2 centimètres et â surface brillante. Enfin, ces taches sont quelquefois verdâtres, cette colo-

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ralion se manifeste lorsque l’enfant a rendu le méconium, pendant le travail (Dr Gosse, loc. cit ., p. 65). Voici quel est le mode opératoire conseillé par MM. Robin et Tardieu, dont l’efficacité a été reconnue par le Dr Gosse. Après avoir fait imbiber les taches, d’après le procédé ordinaire, en ajoutant seulement un peu de glycérine dans l’eau, et après avoir laissé tremper pendant quelques heures les pellicules dans un verre de montre contenant ce liquide, on voit, avec un grossissement de 500 diamètres, que ces pellicules sont formées de cellules épithéliales pavimenteuses, régulièrement imbriquées, qui proviennent de l’épiderme. On y aperçoit l’orifice des glandes, ou des follicules pileux (voy. Poils), puis un petit nombre de poils de duvet, qu’on trouve sur le corps du fœtus et qui est parfaitement reconnaissable. Ges poils, souvent détachés de leurs follicules et libres, sont pâles, incolores, légèrement striés en long, sans matière colorante dans leur épaisseur, larges de 0mm,03, sans canal médullaire, à extrémités pointues, un peu irréguliers, à racine petite et effilée. On ne peut les confondre avec les poils de l’homme adulte, qui présentent les caractères suivants : diamètre variant de 0mm,06 à 0mm,08, extrémité libre un peu aplatie, substance pourvue de matière colorante, centre creusé d’un canal médullaire continu, ou interrompu et plein d’une moelle graisseuse, plus ou moins opaque. Sur les plus épais de ces lambeaux épidermiques, formés de cellules superposées, on pourra remarquer que les plus profondes d’entre elles sont plus petites que les autres et pourvues d’un noyau. Ce sont là des caractères qui appartiennent à l’épiderme encore mince du fœtus, quand il est enlevé par un frottement un peu rude, ou en raclant, caractères qu’on ne retrouve pas sur les lamelles épidermiques, détachées naturellement de la surface du corps de l’homme (Dr Gosse). Quand on peut détacher l’enduit fœtal sans le secours d’aucun liquide, il est préférable de l’examiner directement, sans addition d’eau, parce qu’en raison de l’enduit gras qui recouvre les éléments, l’eau ne les mouille pas ; l’emploi de la glycérine est de beaucoup préférable.

Nous donnons ci après le résultat d’une expertise faite par M. Ch. Robin (Briand et Chaudé, Duval et Lereboullet).

« Ayant saisi avec des pinces de petits lambeaux de pellicules qui adhéraient à la toile de la paillasse, nous les avons laissé tremper, pendant quelques heures, dans des verres de montre contenant de l’eau. Ils y sont devenus plus mous, plus transparents, faciles à dilacérer. Portés sous le microscope, entre deux lames de verre et examinés à un grossissement de 500 diamètres, tous se sont montrés formés de cellules épithéliales, pavimenteuses, semblables à celles de l’épiderme superficiel du corps des fœtus à terme. Toutes ces cellules étaient imbriquées régulièrement; çà et là on voyait des orifices glandulaires, ou des follicules pileux, reconnaissables par l’imbrication concentrique des cellules épithéliales et par les lignes qui les circonscrivent. Nous y avons même vu un petit nombre de poils de duvet, qu’on trouve sur le corps des fœtus, et parfaitement reconnaissables à leur forme et à leur structure propre. Les cellules épithéliales étaient minces, aplaties, polygonales, à cinq ou six pans, larges en moyenne de 4 à 5 centièmes de millimètre.

« Leurs bords étaient minces, réguliers; — la plupart étaient peu granuleuses ou, du moins, ne renfermaient que des granulations moléculaires fines, grisâtres. Quelques-unes pourtant étaient plus foncées, par suite delà présence d’un plus grand nombre de granulations et du plus grand volume de celles-ci. Aucune ne contenait de noyau. L’acide acétique et la glycérine rendaient ces cellules plus pâles, plus transparentes, sans cependant les dissoudre, et en même temps permettaient de les dissocier plus facilement. Nous avons en outre rencontré à la surface des lambeaux d’épiderme des granulations microscopiques, de forme et d’aspect divers, que leurs caractères extérieurs et leurs réactions chimiques nous ont fait reconnaître pour des grains de poussière. Dans l’examen des taches mêmes qui entourent les pellicules épidermiques, que nous venons de décrire, nous rencontrons quelques cellules épithéliales un peu plus petites que celles de l’épiderme proprement dit, et se rapprochant beaucoup des caractères offerts par celles du smegma cutané. »

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