CHAPITRE XVI. — DES PARASITES
rencontre. Ces différences s’expliquent parfaitement par les conditions dans lesquelles se font ces observations et par le mode de développement des Téniadés.
Quand on trouve chez le porc, dit M. Laboulbène ( Des Helminthes cestoïdes de l'homme), vers la base de la langue et de chaque côté du frein de cet organe, des élevures opalines, demi-transparentes, globuleuses, ovoïdes, soulevant la
Fig. 385. — Fibres musculaires (C) renfermant les vésicules du Cysticcrque, ou Cysticercus cellulosœ. — A, B. Vésicules oblongues ou isolées du kyste adventif; elles sont pourvues d’une ouverture par où l’animal porte au dehors la tète et le cou. (D’après Laboulbène.)
muqueuse et faisant saillie sous le doigt, on peut affirmer que le porc est ladre, c’est-à-dire qu’il porte des cysticerques vésiculeux , pouvant donner naissance au ténia armé ou tamia solium. Ces vésicules ladriques, se trouvant sous la langue du porc, ou encore sous la conjonctive, sont pathognomoniques et il en existe sûrement d’autres dans les fibres musculaires de l’animal. Le siège de prédilection des cysticerques est dans la langue, le cou, les épaules, le cœur, dans les muscles intercostaux, les psoas, les masses musculaires de la cuisse, celles de la région vertébrale postérieure, etc. Les masses musculaires de porc ladre, sectionnées, coupées
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
et renfermant un grand nombre de cysticerques, offrent sur la tranche des séries de loges ou d’alvéoles de cysticerques, tantôt déchirées, tantôt pleines de liquide. Quand les parasites sont altérés ou morts, la vésicule se déforme, le pertuis s’oblitère, les crochets du rostre se détachent (Laboulbène). On consultera pour de plus amples détails les figures de M. Davaine sur les cysticerques ladriques (Synopsis XLI, édit, de 1877).
Le tissu conjonctif profond offre aussi, à la face externe des muscles, les vésicules ladriques; on peut les voir sous la plèvre, par transparence, attachées aux muscles intercostaux, et dans le cœur sous le feuillet viscéral du péricarde. Il est tout à fait exceptionnel de trouver des cysticerques dans les muscles du porc sans qu’il en existe sous la langue (1). La graisse n’offre pas de cysticerques, quoi qu’on en ait dit : dans le tissu graisseux, où passent des fibres de muscles peauciers, les vers vésiculaires sont attachés aux fibrilles de ces muscles. Les fibres musculaires et leur tissu conjonctif surajouté sont donc le lieu d’élection des cysticerques ladriques ; plus rarement les cysticerques se trouvent dans le tissu lamineux ou cellulaire des organes, sous la conjonctive, dans le larynx, dans les plis de la muqueuse anale, dans le foie, la rate, les poumons, le cerveau et ses enveloppes, dans les replis du péritoine, à la face profonde du périoste, dans la chambre antérieure de l’œil et dans le corps vitré (Laboulbène, loc. cit ., p. 21).
M. Mégnin, vétérinaire de notre armée, savant de premier ordre, auquel on doit de très importants travaux, a fait à la Société de médecine publique une communication très intéressante, sur une épidémie de tamia solium , provoquée dans son régiment par l’usage de porc ladrique salé . Les cysticerques résistent donc parfaitement à l’action du sel. Voici ce que dit M. Mégnin à ce sujet : «Les caractères spéciaux de la
(I) Cette règle n’est pas sans exception, dit M. Mégnin (communication à la Société de médecine publique) ; on a pu voir dernièrement en pleine Société centrale vétérinaire, où M. Bouley l’avait apportée, une langui1 provenant d'un porc ladre, farcie de cysticerques à l’intérieur et dont la face inférieure n’en présentait aucune trace.