CHAPITRE XVI. — DES PARASITES
peuvent être victimes d’inoculations accidentelles, souvent fort graves et quelquefois mortelles. Le danger est d’autant plus grand que l’acheteur ignore toujours l’origine de la viande, le danger qu’il court et, par conséquent, ne prend aucune précaution pour s'en préserver.
L’importance de ces questions nous a engagé à insister sur les conséquences naturelles qu’elles entraînent. Il n’est plus permis actuellement de mettre en doute l’urgente nécessité de soumettre les viandesdeboucherie à un contrôle sévère. Cette inspection est d’autant plus nécessaire que dans bon nombre de pays, dès qu’un animal de boucherie est malade, dans la crainte qu’il ne guérisse pas ou que les médicaments qui lui seront administrés, communiquent un mauvais goût à la viande, on s’empresse de l’abattre et de l’expédier sur une grande ville. Dans les centres importants, il y a un service d inspection plus ou moins bien organisé, tandis que dans les campagnes il n’y a aucune surveillance, les bouchers et les charcutiers livrent R leurs clients, des viandes dont ils connaissent seuls l’origine. Si un grand nombre sont retenus par un sentiment de probité et aussi par la crainte de voir leur clientèle les abandonner, il peut y en avoir qui pêchent ou par ignorance, ou par excès de cupidité. Donc l’inspection est nécessaire. Jusqu’ici, dans les grands centres, les fonctions d’inspecteur ont été remplies par des hommes sans instruction, dont les décisions, pour être souveraines, n’en sont pas moins souvent entachées d’erreur, comme l’a encore démontré M. Bouley dans une des séances de l’Académie de médecine (septembre 1878).
Ainsi que le disent fort bien MM. Bouley et Nocart, tout est à faire dans cette grave question. Ces deux hygiénistes voudraient voir un abattoir dans chaque canton ; l’inspection des viandes devrait être faite par des hommes compétents. Il est certain que les vétérinaires, par leurs études spéciales, seraient parfaitement disposés à remplir le rôle d’inspecteur, mais leur nombre est restreint et leurs occupations nombreuses les tiennent presque constamment en voyage. Il nous semble que le pharmacien, dont la profession fait un homme très sédentaire, pourrait rendre les plus grands services, au moins, au
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
point de vue de la recherche des parasites, qui demande plus de temps, que l’inspection des viandes provenant d’animaux malades. Quoi qu’il en soit, MM. Bouley et Nocart proposent l’organisation suivante : l°des inspecteurs communaux ; 2° un inspecteur cantonal.
Les inspecteurs communaux seraient choisis par l’inspecteur cantonal parmi des personnes sédentaires ayant l’habitude des animaux.
L’inspecteur cantonal serait exclusivement choisi parmi les vétérinaires.
Des services analogues existent dans presque toute l’Europe et fonctionnent à la satisfaction générale (1).
Mesures préventives prises dans quelques contrées de l’Europe. — Dans les pays où les viandes trichinées ont fait depuis longtemps leur apparition, les détenteurs et les vendeurs de cette nourriture malsaine ont fondé une association d’assurances mutuelles, dont le but principal consiste à s’indemniser réciproquement pour les personnes éprouvées par suite de la destruction des chairs malades.
A Rirkemsen, les charcutiers ont pris des leçons d’analyse microscopique, auprès du docteur Kitring ; ils ont, en outre,, adopté des statuts réglementaires, par lesquels chaque membre de l’association s’engage à posséder un bon microscope, à concourir au paiement d'une prime, à celui qui trouvera un porc trichineux.
A Brunswick, où l’examen microscopique de chaque porc est obligatoire, les bouchers ont également formé entre eux une compagnie d’assurances contre les pertes.
A Berlin, sur l’invitation de la corporation des bouchers et avec l’assistance de son chef, un comité de médecins et de vétérinaires s’est réuni pour résoudre toutes les questions qui se rattachent à l’origine des trichines, aux moyens de les reconnaître chez le porc et de combattre les effets pernicieux qu’elles produisent chez l’homme.
Pour donner une idée des ravages que causerait à la santé publique l’introduction des viandes trichinées dans les gran-
(1) Pour plus de détails, voir le Rapport de MM. Bouley et Nocart.