‹ Guide de l'élève et du practicien pour les travaux pratiques de micrographie, comprenant la technique et les applications du microscopeChapitre 430 sur 451 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

prétendait que l’enfant n’était pas né viable, et qu’il n’avait pas respiré. Toutefois, comme elle portait les traces d’une déchirure du périnée, la justice ne tint pas compte des assertions de l’accusée. On avait trouvé dans un champ, une année après la suppression du part, le linge dans lequel celle-ci avait jeté l’enfant; les cheveux seuls avaient résisté, avec le linge, aux causes multiples de destruction, qui avaient entraîné la disparition de l’enfant.

M. Malassez a répondu aux questions qui lui étaient posées par la justice avec sa haute compétence et l’esprit scientifique qui est la marque des productions de ce consciencieux observateur.

Je soussigné, Louis-Charles Malassez, docteur en médecine, directeur adjoint du laboratoire d’histologie au Collège de France, commis par une ordonnance de M. Jules Gaudin, juge d’instruction au tribunal de première instance du département de la Seine, datée du 25 septembre 1878, à l'effet de procéder à l’examen d’un linge, et de se prononcer sur la question de savoir :

1° Quelle est la nature des taches dont il est maculé ; — si ce sont des taches de sang ou de matières provenant de la décomposition d’un cadavre ;

2° S’il y a trace de cheveux qui soient adhérents à cette pièce de linge ;

3° En cas d'affirmation, si ces cheveux sont ceux d’un enfant nouveau-né ;

Ayant prêté serment, certifie avoir fait les examens microscopiques suivants :

A. — Examen des taches.

Le linge présente deux espèces de taches :

1° A la périphérie du linge, des petites taches verdâtres;

2° Au centre, une large tache brunâtre.

La couleur verdâtre des petites taches pouvait faire supposer qu’elles étaient dues à du méconium, mais les examens microscopiques et micro-chimiques n’ont rien révélé qui puisse confirmer ou infirmer cette hypothèse.

La grande tache centrale brunâtre, ressemblant à certaines taches de sang altéré, la présence des globules sanguins, celle de la matière colorante du sang, ont été recherchées.

1° Recherche des globules sanguins.

Des fragments de serviette étant détrempés dans du sérum artifi-

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ciel (solution de sulfate de soude à 5 p. 100), on peut en détacher des fragments d’une matière brunâtre que l'on dissout dans le même sérum.

Examinées au microscope, on trouve çà et là, au milieu d’éléments divers : globules de graisse, débris d’insectes et de végétaux, poussières et granulations diverses, de nature indéterminée, des globules rouges de sang.

Ils sont, en général, réunis par petits groupes; ils appartiennent au type circulaire, mais ils sont, pour la plupart, plus ou moins déformés ; beaucoup ont la forme de cuvette, quelques-uns sont sphériques. Les plus petits ont 4 y. (quatre millièmes de millimètre), les plus grands 5 y. (cinq millièmes de millimètre) ; la moyenne de 13 mensurations a donné 4 y., 5. Ils sont très peu colorés.

2° Recherche delà matière colorante.

D’autres fragments de serviette sont lavés à l’eau distillée : ils donnent une solution brunâtre louche; filtrée, la solution devient transparente. Examinée au micro-spectroscope, sous des épaisseurs diverses, elle ne donne, aucune des raies d’absorption qui caractérisent la matière colorante du sang.

La solution évaporée lentement laisse une matière brune. Cette matière mêlée avec un peu de chlorure de sodium et d’acide acétitique, puis chauffée jusqu’à ébullition, ne donne pas, après refroidissement, de cristaux de chlorhydrate d’hématine.

Conclusions.

1° Sur l’existence du sang.

Les globules du sang trouvés dans la recherche 1° ont, malgré les altérations qu’ils ont subies, des formes si caractéristiques, que leur présence suffit à elle seule pour affirmer avec certitude l’existence du sang sur le linge examiné.

Les résultats négatifs obtenus dans la recherche de la matière colorante du sang (recherche 2) ne sont pas contradictoires, comme on pourrait le supposer au premier abord. En effet, pour obtenir des résultats positifs dans ce genre de recherches, il faut que la matière colorante existe en certaine quantité. Or, dans le cas actuel, il peut se faire, ou qu’il y ait eu peu de sang répandu, ou que le sang répandu en certaine quantité se soit altéré, les globules perdant leur hémoglobine, l’hémoglobine se détruisant.

La première de ces deux hypothèses est peu vraisemblable en raison de l’étendue de la tache et des points divers où l’on a pu y retrouver des globules ; la seconde, au contraire, est confirmée par ce fait que la tache se trouve sur un linge saisi dans un champ, qu’elle a dû, par conséquent, être exposée à toutes les intempéries de l’at-

mosphère, lesquelles altèrent le sang. 11 est môme étonnant que dans de telles conditions des globules rouges aient pu se conserver aussi bien.

2° Sur la quantité de sang répandu.

Le petit nombre de globules sanguins retrouvés dans la serviette, l’absence ou la faible quantité de matière colorante du sang, prouvent qu’actuellement il existe peu de sang sur la serviette. Mais, ainsi que je viens de le dire, il a dû en exister une quantité beaucoup plus considérable à un moment donné. Toutefois, il est impossible de dire, môme approximativement, quelle a été cette quantité.

2° bis. — Sur l'époque à laquelle le sang a été répandu.

L’altération du sang ne dépendant pas uniquement du temps écoulé, mais surtout des divers agents atmosphériques ou autres, auxquels il a été soumis, il est impossible de dire à quelle époque il a été répandu.

3° Sur la nature du sang.

La forme circulaire des globules trouvés sur le linge, l’absence de noyaux, montrent que ce ne sont pas des globules d’oiseaux, de poissons, ou de reptiles, ou de batraciens, mais bien des globules de mammifères; quant aux dimensions de ces globules, il est bien évident qu’elles ne sont plus ce qu’elles étaient quand ces globules étaient vivants : une sphère aplatie constitue un disque dont le diamètre est plus grand que celui de la sphère d’où il procède ; de même pour les globules ; lorsque de discoïdes (ce qui est leur forme normale) ils deviennent sphériques, leur diamètre diminue. Nos globules sanguins, qui tous se rapprochent plus ou moins de la forme sphérique, ont donc des diamètres plus petits que ceux qu’ils avaient lorsqu’ils étaient vivants et discoïdes. Or, en tenant compte de cette diminution de diamètre, ainsi que de la dessiccation, on voit qu’ils se rapprochent des globules humains adultes et de ceux de plusieurs de nos animaux domestiques (lapin, chien, par exemple).

Les globules sanguins des nouveau-nés diffèrent peu de ceux des adultes, mais ceux des jeunes fœtus sont notablement plus volumineux. Aussi, pour que les globules trouvés sur le linge puissent être considérés comme des globules de fœtus, il faudrait supposer une diminution très considérable, sur la possibilité de laquelle nous n’avons aucun renseignement.

En résumé :

1° 11 existe du sang sur le linge au niveau delà grande tache centrale brunâtre ; il est très altéré ;

2° Ce sang est actuellement en petite quantité. Il est probable

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qu’il y en a eu une plus grande quantité de répandue, mais on ne saurait la déterminer ;

4° C’est du sang de mammifère. 11 est impossible de dire si c’est du sang d'homme ou de l’un de nos animaux domestiques. 11 est possible que ce soit du sang de femme ou de nouveau-né, il est douteux que ce soit du sang de fœtus.

B. — Examen des poils ou des cheveux.

Plusieurs touffes des poils ou cheveux adhérents au linge ont été humectées puis montées dans de la glycérine et examinées au microscope.

Tous, ou presque tous, sont munis de leur racine et se terminent en pointe très effilée. Aucun d’eux n’a de moelle. Mesurés au micromètre, ils ont dans leur plus grande largeur de 20 à 32 p. (mil lièmes de millimètre). La moyenne de 30 mensurations a été de 24 p-, 9 ; il en a été trouvé un qui n’avait pas 12 y., et-un autre qui mesurait 40 p..

La matière lamelleuse blanc jaunâtre, à reflets brillants, qui englobe la racine de la plupart de ces poils ou cheveux, est constituée par des amas de cellules épithéliales pavimenteuses cornées, au milieu desquelles on distingue une assez grande quantité de globules graisseux, puis des poussières et des granulations diverses.

Conclusions.

i° Le peu de longueur de ces poils ou cheveux, leur finesse, Pabsence de moelle prouvent que ce sont des cheveux ou poils follets; ce ne sont donc ni des poils d’animaux, ni des cheveux ou poils humains adultes.

Les poils d’animaux ont d’une façon générale des formes différentes, des dimensions plus considérables et possèdent une moelle souvent très caractéristique. Les cheveux et poils humains adultes sont plus longs, plus larges et pourvus de moelle;

2° Leur terminaison en pointe effilée et très régulière indique qu’ils n’ont été ni usés, ni brisés ni coupés; qu’ils sont par conséquent de développement récent et doivent appartenir à un fœtus ou à un nouveau-né, ce que confirme également la présence de ces amas de cellules épidermiques et de matières grasses qui englobent beaucoup d’entre eux. Ce ne sont pas des cheveux ou poils follets d’adultes. Les cheveux follets des chauves ont presque toujours leur extrémité bien fendillée ou en balai ; on en trouve parmi eux un certain nombre qui ont de la moelle et sont beaucoup plus volumineux.

Les poils follets des femmes et des adolescents ont rarement la pointe effilée, étant obtus, comme usés, et parfois ils possèdent de la moelle ;

3° Les dimensions dépassent notablement celle des poils follets que l’on rencontre sur le corps des fœtus ou des nouveau-nés, il faut en conclure que ce sont des cheveux de fœtus ou de nouveau-né.

Du reste, leur abondance à une région assez limitée de la serviette, leur réunion en touffes doivent faire penser qu’ils proviennent des régions où ils sont nombreux, comme c’est le cas pour le cuir chevelu ;

4° Pour essayer de déterminer l’âge du fœtus ou du nouveau-né auquel ces cheveux appartenaient, on peut, jusqu’à un certain point, comparer leurs dimensions à celles des cheveux provenant de fœtus ou de nouveau-nés d’âges différents.

Les cheveux de cinq nouveau-nés, âgés de un à vingt jours, et ceux de quatre fœtus ayant de sept à neuf mois ont présenté des épaisseurs semblables. Les plus petits cheveux avaient 20 y., 5 (millièmes de millimètre) ; les plus gros 48 les diverses moyennes ont varié entre 28 p. et 37 p..

D’autre part, les cheveux d’un fœtus de cinq mois ont donné 20 p., comme minimum d’épaisseur, 28 p. comme maximum, 24 commemoyenne, et ceux d’un fœtus de trois mois avaient, les plus petits, 16 p. ; les plus gros 20p.; en moyenne, 18 p..

Les cheveux recueillis sur le linge sont donc plus gros que ceux d’un fœtus de trois à cinq mois, plus petits que ceux de fœtus viables ou de nouveau-nés. Ils proviendraient, d’après cela, d'un fœtus âgé de cinq à sept mois.

Toutefois, comme les comparaisons ci-dessus exposées ne portent que sur un nombre de faits relativement peu nombreux, comme les différences constatées ne sont pas très considérables, comme enfin l’accroissement des cheveux peut présenter de très grands retards (on voit des enfants nés à terme qui sont presque chauves), la conclusion précédente ne peut être présentée qu’avec la plus grande réserve.

En résumé :

Les poils ou cheveux trouvés sur le linge sont des cheveux de fœtus ou de nouveau-né.

Il est probable qu’ils proviennent d’un fœtus de cinq à sept mois, mais il est impossible d’affirmer avec certitude qu’ils n’appartenaient pas à un fœtus viable ou à un nouveau-né.

Les examens microscopiques, ci-dessus mentionnés, permettent donc les réponses suivantes aux questions posées par l’instruction :

1° Les taches qui maculent le linge saisi sont en partie, sinon complètement, des taches de sang ;

2° Il existe des cheveux adhérents au linge ;

3° Ces cheveux proviennent d’un fœtus ou d’un nouveau-né, plutôt d’un fœtus de cinq à sept mois que d’un fœtus viable ou nouveauné, mais il est impossible de se prononcer avec certitude sur ce dernier point.

Dr L. Malassez.

Collège de France, 27 novembre 1878.

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Variations «le la largeur du poil suivant l’âge.

Les différences observées ne sont pas très caractéristiques.

Vertex.

Front..

Yertex.

Front. .

Yertex.

Front. .

0mm.02o ) Qram. 026 j 0mm .041 \ 0mm 034 ) Gmm.075 | 0mm.068 1

12 jours.

18 mois, â.çe adulte.

0mm . 041 ) 0mm.033 i 0mm.052 J 0mm . 051 * 0mm.057 \ 0mm.0ol )

6 mois.

15 ans.

vieillesse.

La conclusion que l’on peut tirer de ces chiffres, c’est que le diamètre transversal des cheveux augmente avec l’âge.

Variations «le la longueur du poil suivant l’âge.

La longueur croît avec l’âge. On a établi une distinction entre les poils à croissance définie et les poils à croissance indéfinie.

Poils à croissance indéfinie.

Neutres. . == cheveux.

« ! i masculin . = barbe.

Sexuels.<

( commun . = aisselle.

bis

Poils' à croissance définie.

Neutres.

courts poils colorés de la face, lanugo.

Sexuels (masculins)

j courts poils = { colorés du ( corps.

Influence «lu sexe sur les variations du poil.

La longueur des cheveux, plus grande généralement chez la femme que chez l'homme, n’est pas caractéristique, attendu que, suivant les races, il est des hommes qui ont des cheveux aussi longs que ceux de la femme.

Généralement leur pointe n’est pas aussi effilée que le dit OEsterlen, sauf pour les cheveux qui viennent de pousser et dont la pointe reste cachée entre les cheveux plus longs. Souvent ils se fendillent à leur extrémité, soit sous l’influence du peigne, soit pour toute autre cause. Ce fendillement de la pointe en trois ou quatre fragments se rencontre également dans les cheveux de l’homme et dans la barbe, surtout, chez les alopéciques. Pincus a remarqué que la longueur typique du cheveu diminuait en même temps. Le même auteur a démontré qu’il croît sur la tête de l’homme et de la femme des cheveux qui parcourent rapidement toutes les phases de leur développement. Les cheveux peuvent tomber avant d’avoir été coupés; ils peuvent être munis, ou d’une pointe très effilée, ou d’une pointe fendillée, suivant que cette pointe a été plus ou moins complètement protégée contre les frottements extérieurs.

En résumé, si l’examen des poils permet de tirer des indications plus ou moins certaines, relativement à leur lieu d’origine et suivant l’âge du porteur, il n’est pas possible, même quand on a beaucoup de poils réunis, de conclure au sexe.

l*u poil considéré sur le cadavre.

Lorsque l’état particulier du corps, que nous appelons la mort, a arrêté plus ou moins brusquement le jeu de nos organes, le poil est-il complètement arrêté dans son développement, ou croît-il encore après la mort, comme certains auteurs le prétendent? Le Dr Johannet ( loc . cit., p. 75) a fait quelques expériences pour élucider cette question. Ses conclusions nous paraissent légitimement déduites, et il n’est pas démontré que les poils continuent de croître après la mort. Si pendant la vie, sur une région du corps où les poils présentent une certaine résistance, comme la joue ou la lèvre supérieure de l’homme, on rase avec soin les poils, de façon à ne plus sentir aucune aspérité, que l’on vienne alors à appliquer un corps froid en ce point, on observe les phénomènes suivants : sous le nom de muscle de i horripilation, Moleschottet Chauveau ont décrit un petit faisceau de fibres situé du côté de l’incli-

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naison du poil, et s’insérant d’une part à la face profonde du derme, d’autre part à l’union du 1/3 inférieur avec les 2/3 supérieurs du follicule. Le muscle en se contractant redresse le poil et le fait saillir au-dessus de la peau, en produisant le phénomène de la chair de poule. (Vaillant, cité par Johannet. Cependant, d'après G. Pouchet et Tourneux, il ne serait pas impossible que les cheveux et les poils présentassent des systèmes musculaires propres, plus ou moins complexes selon les individus ou selon les régions du corps. Le phénomène des cheveux qui se dressent, très manifeste chez certaines personnes, sous la seule influence d’une tension d’esprit quelconque, paraît différer du soulèvement total du bulbe qui caractérise la chair de poule. Sous l’influence d’un corps froid, il y a contraction du faisceau musculaire, dont nous avons parlé plus haut, le poil se redresse et fait une légère saillie qui est sensible au frottement exercé par la main. D’après l’expérience de Johannet, ce phénomène se produit sous l’action à la fois excitante et astringente de l’eau de Cologne pure, ou d’une dissolution de tannin ou d’alun. Dans ce cas,* ce serait le derme lui-même qui, sous l’influence du topique, se rétracterait et s’affaisserait, s’éloignant ainsi de la surface sectionnée du poil pour se rapprocher de sa racine ; le poil paraît alors s’élever davantage au-dessus du derme; il semble s'être allongé, mais ce n’est qu’une simple apparence.

Une des propriétés les plus caractéristiques du poil, c’est sa résistance à la putréfaction. Des cheveux d’un enfant nouveau-né ont pu séjourner pendant près de deux ans sur le sol et être retrouvés adhérant encore à un linge, alors que toutes les parties du corps, même les os, avaient disparu. La couleur des cheveux ne paraît même pas s’altérer sensiblement.

A quelle époque les cheveuxse détachent-ils du cuir chevelu ? D’après Orfila, qui a assisté à un grand nombre d’exhumations juridiques, sur des cadavres entourés d’une simple toile d’emballage, on trouve quinze jours après l’exhumation des poils encore bien adhérents à la peau. Vers le quarantième jour, ils se laissent facilement détacher. Après deux mois le crâne, presque entièrement dénudé, est surmonté de quelques cheveux, le pubis est privé de ses parties molles, les parties laté-

raies du scrotum portent encore quelques poils; le reste des poils est mélangé à la terre. Sur des cadavres renfermés dans des bières de sapin, après deux mois et demi la tête est presque complètement dépouillée de ses cheveux ; ceux-ci sont adhérents au linceul. Vers le quatrième mois, le crâne et le tronc sont presque complètement dénudés; les poils des organes génitaux sont mélangés au putrilage formé par la désorganisation de ces différents organes.

L’influence du milieu au moins sur la résistance du cuir chevelu doit être considérable, et les chiffres donnés plus haut par Johannet, d’après Orfila, ne doivent pas être considérés comme absolus. C’est ainsi que nous nous rappelons avoir vu dans un ossuaire d’une île du Morbihan, un crâne de femme, complètement privé de toute partie molle, mais dont le cuir chevelu, encore attenant à la boîte crânienne, était presque entièrement garni de cheveux. Un certain nombre d’autres crânes présentaient la même particularité, mais à un moindre degré. Il ne nous fut pas permis d’emporter un de ces crânes, mais, d’après nos renseignements, ils devaient être relativement anciens.

Les poils mêlés à la terre conservent leurs caractères anatomiques ; des opinions diverses ont été émises au sujet de l’altération de la couleur du poil. Chevallier avait cru remarquer que sous l'influence de la putréfaction les poils devenaient plus foncés. Plus tard Hauptmann et de Sonnenscheim, émirent une opinion opposée; d’après ces observateurs les poils, au contraire, pâlissaient. Si ce dernier fait se présente peut-être le plus souvent, il ne faudrait cependant pas perdre de vue, que les métaux se localisent fréquemment dans les cheveux, et qu’il ne serait pas impossible que, sous l’influence des produits sulfurés formés pendant la putréfaction, le cheveu subisse dans sa coloration intime des modifications dues à des réactions chimiques. C’est là une simple hypothèse qu’il faudrait vérifier. Dans tous les cas, il auraicété bon de tenir compte de la nature du terrain, les cheveux devant se comporter différemment suivant la constitution du sol, son état hygrométrique, etc.

La chute des poils se ferait plus lentement sur un cadavre

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placé dans l’eau, que sur un corps inhumé dans les conditions ordinaires. Au bout de deux mois les cheveux adhéreraient encore faiblement, et la dénudation serait complète au bout de quatre mois. D’après Johannet, les cadavres placés dans les fosses d’aisances seraient au point de vue de l’adhérence des cheveux dans les mêmes conditions que l’orsqu’ils sont dans la terre ; notons cependant qu’il a été observé que les cadavres jetés dans les fosses d’aisances résistaient plus longtemps que s’ils avaient été enterrés. Le sulfhydrate d’ammoniaque entrave la putréfaction, loin de la favoriser.

Nous avons vu qu’il n’était pas possible de se prononcer sur les caractères d'un poil, lorsqu’on n’en avait qu’un petit nombre à sa disposition. Il en est de même lorsqu’il s’agit de déterminer l’identité d’un individu, d’après la couleur d’un poil. On sait, en effet, qu’une même personne peut présenter des cheveux de couleur différente. Sur les tempes les cheveux peuvent être blonds, alors que ceux qui recouvrent les autres parties du crâne sont d’une couleur châtaine : on peut également rencontrer sur une même tête des cheveux noirs et des cheveux blancs.

Les cheveux ont parfois, en raison de la profession exercée par le porteur, une coloration artificielle spéciale. Cette coloration peut être due à une cause mécanique ou à une cause chimique. C’est ainsi que les meuniers et les boulangers ont des cheveux poudrés par l’amidon ou la farine; chez les individus qui vivent au milieu du charbon, il peut se produire une coloration noir sale. M. Robin a observé une coloration brun rougeâtre de la chevelure, chez des individus exposés à la poussière de la rouille. Ces diverses teintes sont dues à un effet purement mécanique, puisqu’elle a pour cause le dépôt de particules colorées à la surface des cheveux.

Les poussières de rouille se reconnaissent à leur forme anguleuse et irrégulière, leur insolubilité dans l’eau et leur très grande solubilité dans l’acide chlorhydrique. (Ch. Robin.) On reconnaît les particules de charbon à leur insolubilité dans les acides, et à leur forme polygonale ou triangulaire.

L’amidon se reconnaîtra facilement à sa forme d’abord et

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ensuite à sa réaction sur l’iode. Dans tous les cas les lavages restituent au poil sa coloration primitive.

Les cheveux peuvent être colorés par une sorte de teinture directe. C’est ainsi que, chez les ouvriers qui vivent au milieu de poussières cuivreuses, les cheveux deviennent verts.

Les ouvriers qui travaillent dans les matières colorantes ont également les cheveux colorés d’une façon spéciale (fuchsine, indigo, etc.). Quelquefois cette coloration des cheveux se produit sous l’action de phénomènes chimiques directs. La céruse, quoique blanche, pourrait donner aux cheveux une coloration noire, sous l’influence des produits sulfurés dégagés par le cuir chevelu.

A l’état normal le cheveu est souple et reçoit des glandes annexées au follicule un produit onctueux qui semble nécessaire à son développement et à sa conservation. Sous l’influence de certaines affections du cuir chevelu, et d’un état diathésique particulier, cette sécrétion ne peut plus se faire, ou du moins paraît n’être produite qu’insuffisamment. On est alors forcé de suppléer à cette insuffisance de matière onctueuse, par l’emploi de corps gras qui empêchent les cheveux de se dessécher et de se fendiller par la pointe. Cet état particulier des cheveux se produit également chez les personnes qui abusent du fer à friser. Les cheveux prennent l’aspect de cheveux artificiels.

Il se peut encore que l’on rencontre sur les cheveux des parasites végétaux, qui fourniront des éléments précieux de détermination au point de vue de l’identité. Si l’on trouvait également adhérant aux cheveux, des œufs du Pediculus capilis , on pourrait tirer de la présence de ces parasites des inductions ayant trait à la situation sociale et aux habitudes du porteur.

Si les cheveux que l’on examine présentent les caractères particuliers de la pointe , que nous avons reconnus être l’indice de l’action plus ou moins récente des ciseaux et si, d’autre part, rien ne fait supposer que cet état de la pointe dépend d’une circonstance postérieure au crime, on sera naturellement amené à comparer les cheveux avec ceux de l’inculpé, si l’on a des raisons pour supposer qu’ils lui appartiennent.

Il est bien évident que cette comparaison offrira d’autant

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plus de difficulté qu’il se sera écoulé plus de temps entre le moment où les cheveux auraient été arrachés par exemple et celui où ils sont examinés. La pointe tend en effet à se reformer, comme nous l’avons indiqué plus haut, mais très lentement.

Ainsi que l’a montré QEsterlen, un expert peut avoir à se prononcer sur ce point : L’accusé pouvait-il y a un an et demi avoir des favoris ? — Le coupable avait à l’époque du crime des favoris et des moustaches ; et l’accusé prétendait n’avoir jamais eu de favoris. Les joues examinées ne portaient qu’un léger duvet incolore. Examinés au microscope, ces poils ne présentaient aucune altération de leur pointe, l’individu ne s’était donc jamais rasé. (OEsterlen, cité par Johannet, p. 92.)

Des elieveux colorés artificiellement.

Un accusé, dans le but de rendre impossible la constatation de son identité, peut se teindre les cheveux. Il est alors important de constater si les cheveux ont bien été réellement teints. Orfila a étudié cette question à différents points de vue. On a en effet à résoudre plusieurs questions: 1° les cheveux sontils colorés artificiellement ? 2° quelle substance a été employée ?

Les substances qui colorent les cheveux n’agissent que sur la tige du poil, de sorte que les cellules nouvelles de la base, à mesure qu’elles se développent au-dessus du derme, présentent la coloration primitive du poil. Il suffira donc d’attendre un certain temps pour voir la base du poil prendre une coloration différente de celle de la partie antérieure. La distinction des cheveux colorés artificiellement et de ceux qui ont leur couleur naturelle, ne présente pas de réelles difficultés. Quand la teinture est bien réussie, la couleur de la tige est tellement uniforme, qu’on ne l’a retrouve jamais ainsi dans la nature.

Avec le plomb et le bismuth , la tige est noire jais et opaque ; avec le nitrate d'argent, le poil, noir à l’œil, est toujours transparent (1), mais avec une coloration brun-violet. Un cheveu

(1) Pas toujours, suivant nos observations.

noirci par le sulfure de bismuth ou le nitrate d’argent, additionné d’une goutte d’acide nitrique, reprend sa couleur claire primitive, de la périphérie au centre, avec formation de nombreuses bulles de gaz qui restent adhérentes au bord de la tige. Ce phénomène ne se produit pas avec un cheveu de couleur naturelle, si foncé qu’il soit, quand on se sert d’acide nitrique pour le rendre plus clair. (OEsterlen, cité par Johannet. p. 95.)

Si, au contraire, la teinture n’a pas été réussie, la teinte du cheveu n’est pas uniforme, il y a des places où la coloration naturelle reparaît avec ses caractères ordinaires. A peu de distance, il y a des différences de teinte très appréciables, tandis que sur un cheveu naturel le passage d’une teinte à une autre se fait d’une façon insensible.

Les procédés de teinture se perfectionnent chaque jour, et les teintes que l’on peut obtenir sont assez variées. Celle que l’on recherche surtout est la couleur noire. Dans ces derniers temps, on a obtenu par différentes préparations, dont la composition n’est pas connue, et en particulier par l’emploi de l’eau oxygénée, une série de teintes variant depuis le blond jaunâtre jusqu’au blond vénitien.

Nous avons eu l’occasion d’observer chez une femme qui se décolorait les cheveux et qui avait été arrêtée et mise en prison, pendant un certain nombre de jours, que ses cheveux repoussaient noirs par la racine. Cette femme s’était servie d’eau oxygénée.

Au microscope on suivait très facilement la décoloration croissante du cheveu. A la base de celui-ci le pigment est uniformément réparti, avec sa coloration naturelle, tandis qu’au fur et à mesure que l’on s’approche de la partie décolorée par l’eau oxygénée, le cheveu devient uniformément transparent. Le pigment n’est pas détruit, il est seulement décoloré, et les caractères anatomiques du cheveu ne paraissent pas être profondément modifiés.

Méthodes le plus communément employées pour la teinture des cheveux en noir. Procédés ci l'aide desquels on peut reconnaître la ■substance employée .

1° Pommade au charbon. — On peut employer l’éther, qui

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dissout la graisse et laisse déposer le charbon que l’on reconnaîtra à ses caractères précédemment indiqués (1).

2° Nitrate de bismuth et acide sulfhydrique . — L’eau chlorée donne un précipité blanc.

3° Acétate de plomb et acide sulfhydrique. — Emploi du chlore.

4° Mélange d 'oxyde de plomb , de carbonate de chaux et de chaux vive (mixture employée pour les cheveux blancs, coloration brun clair, devenant noire par l’action répétée du réactif). Le réactif employé pour décolorer les cheveux est l’acide nitrique.

5° Nitrate d'argent (pour cheveux brun -rouge). Coloration d’abord d’un beau violet, puis noircissant à la lumière. L’agent décolorant est le chlore.

Dans les cheveux teints avec le nitrate d’argent, ceux dont l’imprégnation est complète sont tout à fait opaques. Ceux qui sont en voie de décoloration sont les uns jaune violacé, les autres gris noirâtre, régulièrement piquetés d’une matière colorante, couleur encre de Chine, uniformément distribuée dans le tissu du cheveu tout entier, sans localisation dans telle ou telle partie. ’

On ne perçoit plus les écailles épidermiques du poil, au moins dans la majorité des cas.

On a longtemps employé l’eau de chlore pour enlever aux cheveux leur coloration noire. Nous pensons que ce procédé n’est plus guère employé aujourd’hui. Il fallait faire plusieurs lavages à l'eau de chlore et l’on obtenait après l’opération une teinte de plus en plus claire. Les cheveux décolorés par ce procédé, garderaient une odeur de chlore très prononcée malgré de nombreux lavages. Nous pensons qu’actuellement, c’est l’eau oxygénée qui est le plus employée.

Cheveux postiches. — Le commerce des cheveux a pris de nos jours une très grande importance. Ces cheveux, lorsqu’ils n’ont pas été teints, présentent presque absolument les caractères de ceux que l’on rencontre sur le cadavre. Si, au contraire, ils sont teints, ils rentreront dans la catégorie des cheveux

(1) Ce procédé est complètement délaissé, au moins à, Paris et dans les randes villes de France.

que nous venons d’étudier précédemment. Suivant leur provenance, et il y a sur le marché de Paris des cheveux venant de toutes les parties du monde, les cheveux, ainsi que nous le verrons, peuvent présenter quelques caractères particuliers. La Chine, qui nous fournit un grand nombre de nattes, nous enverrait également les poils longs et soyeux de la queue du yack [bos qrunniens ), espèce de bœuf à queue de cheval (fig. 542).

On trouve, dans le commerce, des cheveux chinois remarquables par leur couleur noire magnifique, par leur longueur

et aussi par leur épaisseur. Très noirs par réflextion, par transparence, ces cheveux paraissent être rouges. Quand on les froisse entre les doigts, ils donnent la sensation d’un corps polyédrique, d’où le nom de cheveux carrés qu’ils portent dans le commerce. En raison de leur grosseur, ils sont peu recherchés. Ils ont en outre une odeur musquée très fine ( 1 ) /

Un certain nombre de femmes qui perdent leurs cheveux pour une raison quelconque ont l’habitude de se faire préparer des postiches, qu’elles ajoutent ensuite à leur chevelure. La comparaison de ces cheveux postiches avec ceux de leur personne, pourra dans certains cas permettre de conclure à l’identité. Si, au contraire, les cheveux postiches ont une ori-

(1) Galippe, Sur quelques particularités des cheveux {Société de biologie , 25 janv. 79 et J. des Conn. médicales pratiq., 30 janvier 1379).

gine étrangère, la difficulté sera considérable. Le Dr Johannet cite un cas dans lequel des cheveux tombés spontanément et en grand nombre, furent remis à un posticheur pour les arranger en natte, mais la natte fabriquée ne fut pas reconnue comme faite avec les cheveux qui lui avaient été confiés ; un expert fut nommé et, après un examen comparatif des cheveux de la natte et de ceux de la plaignante, il conclut à une provenance étrangère des cheveux postiches.

Ce serait une erreur de croire que les cheveux tombés soient identiques comme coloration aux cheveux persistants de la même personne. Il suffit de comparer une natte faite avec les cheveux tombés, avec des cheveux bien portants de la même personne, pour voir que la coloration des premiers est irrégulière, plus pâle, et qu’ils n’ont pas le brillant de ceux qui sont normaux. Cela s’explique facilement; les cheveux qui tombent sont ou vieux ou malades. Dans la période plus ou moins longue qui a précédé leur chute, ils ont subi des altérations de nutrition dont ils portent encore les traces. Aussi les postiches faits avec des cheveux tombés sont-ils bien moins estimés que ceux pour lesquels on a employé des cheveux de coupe, c’est-à-dire coupés sur la tête des vivants. Les cheveux tombés rapidement à la suite d’une maladie grave (fièvre puerpérale ou fièvre typhoïde) ne présentent pas, à un aussi haut degré, les variations de couleur dont nous parlions tout à l’heure et se rapprochent davantage des cheveux normaux. L’un de nous a publié ( Société de biologie , 25 janvier 1879) quelques observations sur les cheveux tombés et sur les cheveux coupés («/. des conn. médic., 30 janvier 79), surtout au point de vue de l’odeur.

En résumé, il ne faudrait donc pas dans un cas analogue à celui cité parleD1' Johannet, conclure trop vite et oublier que les cheveux tombés ne sont pas identiques aux cheveux coupés sur le vivant, ou attenant encore au cuir chevelu.

Distinction entre les poils arrachés et les poils tombés.

Si l’on considère le poil en bouton de Henle ou à bulbe creux, on voit qu’il peut se présenter sous trois aspects différents suivant les conditions de son arrachement.

1° Le poil peut être séparé de la papille (racine ouverte) et entraîner toute ou partie de sa gaine ;

2° Il peut être complètement isolé de sa gaine, c’est alors un poil nu.

3° Enfin, il peut être brisé, dans l’intérieur de sa gaine, en un point plus ou moins distant du bulbe ; la cassure est très irrégulière, et, pour nous servir d’une expression vulgaire, comme effilochée.

Fig. 543. — A, B. Cheveux arrachés, avec leurs gaines externe et interne.

Le poil en massue de Ilenle , au moins d’après nos observations, paraît le plus souvent s’arracher avec l’amas épithélial dans lequel il est plongé; toutefois, comme on pourra le voir d’après un certain nombre de figures, il semble également qu’on puisse l’arracher sans sa gaine, mais

85g GUIDE DE MICROGRAPHIE.

alors les expansions digiiées de la racine semblent se rapprocher l’une de l’autre et la racine prend l’aspect ovoïde.

Nous avons donné les raisons pour lesquelles nous n acceptions pas les conclusions d’OEsterlen que nous avons

Fig 514. — Bulbes creux et pleins de cheveux arrachés (femme alopécique).

rapportées plus haut. Elles sont trop absolues et ne concordent pas, suivant nous, avec l’immense majorité des faits.

Se fondant sur ces travaux de J. Pincus, ce même auteur a

Fig. 545. — Racines de cheveux tombés, à bulbes pleins, portant encore des débris, de la gaine externe. — A, B, C (femme). — D (homme).

donné le procédé suivant qui permet d’après lui de reconnaître si des cheveux sont tombés spontanément ou s’ils ont été arrachés. J. Pincus a montré que dans les cheveux qui tombent

journellement, on en rencontre qui ont des caractères différents : les uns présentent la trace des ciseaux, c’est-à-dire l’absence d’un pointe effilée, les autres au contraire ont une pointe fine. Ges derniers seraient des cheveux dont le développement serait imparfait, qui croîtraient plus lentement que les autres, dont ils n’atteindraient jamais la longueur, de sorte qu’ils échapperaient à l’action des ciseaux. OEsterlen nomme ces cheveux, cheveux à pointe chez 1 homme, et cheveux courts chez la femme. — Leur durée serait de quatre à neuf mois, tandis que celle des autres cheveux serait de deux à quatre années.

D’après les recherches de J. Pincus, la perte journalière des cheveux s’élèverait en moyenne de 44 — 108 p. 100 chez sept hommes de 18 à 23 ans, bien portants ; à 22 p. 100 chez trois hommes de 48 à 53 ans. Le rapport entre le nombre des cheveux à pointe et le nombre des cheveux ordinaires serait :: 1 : 9 jusqu’à :: 1 : 3, chez des hommes de 31 à 54 ans.

Chez des femmes de bonne santé, sur six séries d’expériences, la chute journalière comprenait en moyenne de 38 àl03 cheveux, mais le rapport des cheveux courts à la chute totale serait beaucoup plus grand chez la femme que chez l’homme. De ces chiffres OEsterlen a tiré les conclusions suivantes: dans les cheveux tombés on devra toujours trouver un certain nombre de cheveux à pointe pour l’homme, de cheveux courts pour la femme, au moins pour la proportion de 1/10, tandis que, si les cheveux avaient été arrachés, on ne trouverait que des cheveux normaux, c’est à peine si quelques cheveux de la seconde forme s’y trouveraient mêlés.

L'examen de la surface cutanée sera également très instructif. En effet, si les cheveux sont tombés spontanément, la dénudation du derme ne sera pas nettement localisée, et le plus souvent il n’y aura qu’une simple raréfaction dans la masse des cheveux d’une région; l’arrachement au contraire détermine une dénudation locale complète. Si même l’examen a lieu peu de temps après l’arrachement des cheveux, la peau présentera encore quelques lésions, elle sera excoriée, saignante ou cicatrisée. On peut ainsi distinguer la dénudation par suite d’arrachement des poils de celle qui provient de la chute spontanée, rapide et localisée. (Johannet, p. 102.)

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Poils isolés de l’organisme par solution île continuité de leur lige; détermination du mécanisme employé.

OEsterlen, ayant eu à déterminer par quel procédé des cheveux avaient été séparés du crâne, a fait une série d’expériences dont voici les principaux résultats. Deux sortes d’instruments peuvent être mis en usage, pour briser la tige des cheveux et opérer une solution de continuité, des instruments contondants et des instruments coupants. Dans le premier cas, eu égard à la résistance extrême des poils, leur rupture par choc direct doit faire supposer l’emploi d’une force telle, qu’un plan d’appui sous-jacent, un os par exemple, serait infailliblement brisé. Ce ne sera donc que lorsqu’il existera une lésion sous-jacente que l’on sera en droit de conclure aune fragmentation de la tige des poils, comme résultat de l’emploi d’un instrument contondant.

Alors même que la solution de continuité ne serait pas complète, sous l'influence d’une force considérable employée, le poil pourrait présenter, à l’œil nu, un certain degré d’aplatissement de la tige, et un manque de cohérence des fibres qui la constituent, dont quelques-unes peuvent même proéminer au delà des bords.

D’après le même auteur, la traction exercée sur la tige d’un cheveu déterminerait l’arrachement total de celui-ci plutôt que sa brisure en un point quelconque de sa tige. — Nous avons maintes fois constaté le contraire et nous différons sur ce point complètement de l’avis d’OEsterlen — dans toutes les expériences que nous avons faites aussi bien sur des cheveux de fœtus, d’enfants nouveau-nés que d’adultes, aussi bien sur les poils follets du bras, que sur les poils follets de la tête, nous avions toujours eu quelque difficulté à nous procurer des racines et, dans la majorité des cas, les cheveux ou poils se brisaient et la racine restait implantée. Il est bien entendu que nous n’agissions jamais que sur un cheveu ou sur un poil à la fois.

Quand au contraire on saisit une véritable poignée de cheveux, les choses se passent différemment.

La résistance des cheveux nous paraît donc avoir été très

exagérée par OEsterlen. Cette résistance varie suivant la grosseur des cheveux, suivant leur état de santé. Dans certaines diathèses, ou sous l’influence de l’application réitérée du fer à friser, les cheveux deviennent très cassants.

Lorsque d’autre part on suppose que l’instrument employé était tranchant, il reste à déterminer la nature de cet instrument. L’examen de la forme de la coupe et de la surface de section peut quelquefois permettre de répondre ; on peut, en tous cas, juger du degré de tranchant de l’instrument. Par Faction d’un couteau de poche ordinaire sur une tresse de cheveux bien tendue, on obtient d’un seul coup la section totale de la mèche. A l’œil nu, la surface de séparation paraît parfaitement nette ; au microscope, au contraire, ces surfaces de section présentent presque toutes une proéminence de quelques fibres ou cellules corticales, en un mot une rupture par éclats, que l’on constate parfaitement à un grossissement de 250 D.

Sur une tresse tendue modérément la section au contraire se fait par un mouvement de scie. Les cheveux sont irrégulièrement séparés ; au microscope la surface de séparation est des plus inégales : dénudation médullaire d’un côté, soit amincissement en un faisceau de quelques fibres ou bien proéminence d’écailles épidermiques et de fibres, sur le pourtour de la section .

Par l’emploi des ciseaux , le résultat est à peu près le même ; on a généralement un bord frangé, si l’on se sert d’un assez fort grossissement.

Avec un scalpel bien aiguisé, on obtient une surface de séparation bien nette ; à peine remarque-t-on quelques dentelures avec un grossissement de 300 D. (OEsterlen, cité par Johannet.)

Action «lu feu sur les poils et sur les cheveux.

Le Dr Johannet ( loc . cit., p. 105) a fait sur ce point des expériences que nous rapportons ci-après : Si l’on approche la tige d’un cheveu de la flamme d’une bougie, par exemple, la portion de la tige la plus voisine du foyer incandescent s’in-

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curve et blanchit. Le cheveu, examiné au microscope, présente alors en ce point, sur toute la courbe ainsi produite, un élargissement graduel, avec irrégularités des bords. La structure de la tige y est difficilement reconnaissable. Si la tige du poil a été suffisamment rapprochée delà source de chaleur, ou même s’il y a eu contact, le cheveu s’enflamme et se divise en deux tronçons : l’extrémité de celui de ces tronçons qui a subi l’influence du feu présente alors la forme suivante : une petite granulation ou renflement noir, d’un demi-millimètre de diamètre au plus, termine le poil; immédiatement au-dessous,' la tige légèrement coudée sur une longueur de 1 millimètre, a, dans cette portion, un aspect blanchâtre, s’épaississant graduellement vers le renflement terminal. Un léger frottement suffit pour enlever ce dernier, qui paraît au microscope formé des cellules, des fibres de la tige et de granulations de charbon. La courte portion incurvée sous-jacente, de couleur blanchâtre, présente, avons-nous dit, une forme tronc-conique dont le sommet correspond au reste de la tige. Au microscope les bords en sont irréguliers, formant des lignes ondulatoires ; on a, à peu près, l’aspect d’une racine d’un poil arraché avec ses gaines épidermiques. La surface terminale est des plus irrégulières. »

Ces caractères sont assez nets, ajoute le Dr Johannet, pour que l’expert puisse dans bien des cas rapporter la séparation d’une touffe de cheveux, ou telle lésion de la peau sur laquelle les données étiologiques manquent, à l’action du feu : autour d’une plaie, la présence de poils plus petits que les autres, visiblement raccourcis par une action extérieure, sans pointe, terminés au contraire par une extrémité légèrement épaissie, coudée, blanche et raide, la présence de pareils poils doit faire diagnostiquer une brûlure. (Johannet.)

Les liquides chauds n’agiraient pas sur la tige du poil ; ils agissent seulement sur le derme et sur le follicule ; il y a perte d’adhérence et chute des poils à la plus légère traction.

Quand ils ont été agglutinés par un liquide renfermant des éléments anatomiques figurés, on peut au bout d’un temps très variable, mais quelquefois considérable, retrouver ces éléments, dans un état de conservation plus ou moins parfait

(globules rouges, éléments du méconium). On a également trouvé des spermatozoïdes, soit sur les poils qui garnissent les grandes lèvres de la femme, soit sur ceux des organes génitaux de l’homme. OEsterlen cite plusieurs observations dans lesquelles la présence de spermatozoïdes sur les poils du pubis de jeunes filles ont fourni la preuve que des tentatives de viol avaient été faites.

Le docteur Johannet cite, comme pouvant mettre sur la trace de l’auteur d’un viol ou d’une tentative, la présence d'un poil d’une couleur différente, trouvé sur le pubis d’une femme.

Altérations pathologiques «les cheveux.

Nous n’étudierons pas les altérations pathologiques des cheveux dont quelques-unes ont été indiquées dans la première partie de ce livre. Il est certain que des cheveux atteints d’une affection parasitaire rendraient plus facile la détermination de l’identité de l’individu auquel ils ont appartenu. L’alopécie est l’affection la plus fréquente et presque toujours elle est la conséquence du pityriasis capitis. Lorsqu’il atteint la partie supérieure du follicule pileux, il se fait une transformation fibreuse du follicule qui s’oblitère de bas en haut. La grossesse, les maladies graves, provoquent quelquefois des altérations plus ou moins irrémédiables du système pileux ; la syphilis provoque aussi fréquemment de l’alopécie. Celle qui se produit au début et qui coïncide avec la roséole est passagère ; celle qui est la conséquence des syphilides ulcéreuses se montre par place et est définitive, en raison des cicatrices laissées par ces syphilides ulcéreuses. Ce serait sortir de notre sujet que d’étudier en détail toutes ces altérations. Nous signalerons cependant à titre de curiosité une lésion pathologique des cheveux décrite pour la première fois par le Dr Osorio, de Bogota (Colombie). Cette affection, qui sévit principalement dans la province de Gauca, est caractérisée par de petites nodosités espacées sur les cheveux et excessivement dures. C’est à cause de la sensation particulière de crépitation produite par le passage du peigne, que l’on a donné à cette ma-

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ladie le nom de la Piedra. Cette affection ne serait pas contagieuse.

Le Dr Desenne ( Journal (Vhygicne , 4 juillet 1878) a repris cette question. Voici le résultat de ses recherches :

Le cheveu traité par l’éther et monté en préparation persistante dans la glycérine offre l’aspect suivant avec un grossissement de 140 D. Les nodosités sont assez régulièrement espacées, sans toutefois conserver une disposition mathématique. Ces nodosités sont de deux genres qui semblent être un degré plus ou moins avancé de maturit é du cryptogame, ou bien elles enveloppent complètement le cheveu à la façon d’un véritable anneau fusiforme ; ou bien elles ne font que rengainer incomplètement et ne forment à sa surface que de simples monticules.

Examinées à un grossissement de 350 D., elles se décomposent en amas cellulaires à éléments polygonaux de 12 ^ à 15 y. assez régulièrement alignés, dont les interstices, nettement dessinés par un liséré noir, rappelleraient vaguement l’aspect d’une imprégnation d’argent. Ces cellules, dont le centre offr eune certaine réfringence, ne contiennent aucune trace de noyau.

En examinant attentivement les parties avoisinantes de quelquesunes de ces nodosités et faisant varier le grossissement, on aperçoit un réseau réfringent de petits bâtonnets articulés les uns avec les autres. De ces bâtonnets, les uns semblent venir se perdre dans la substance propre de la nodosité, soit par un petit renflement ampulliforme, soit par une petite grappe cellulaire ombelliforme.

On distingue aussi entre ces bâtonnets, et complètement indépendants alors, de gros globules réfringents qui semblent être des bulles graisseuses, comme on en voit survenir parfois à la surface des matières animales en macération dans la glycérine.

Ces bâtonnets sont-ils le mycélium du cryptogame dont les spores formeraient alors l’agrégation cellulaire des nodosités? Ou bien sontils indépendants? C’est ce qu’il est bien difficile de décider. Ils semblent être des Mucorinées, sans qu’on puisse toutefois l’affirmer. Notons, en passant, une disposition particulière des bâtonnets : ils s’enroulent autour du cheveu comme le ferait une plante grimpante ; le lierre, par exemple, autour d’une colonne.

Le parasite végétal est-il en relation intime avec la substance propre du cheveu, et il y a-t-il, entre les cellules épithéliales du tube capillaire, du mycélium ou des spores? Pour résoudre cette double question, M. Desenne ayant immergé un de ces cheveux dans une solution de potasse cautisque à 40 p. 100 pendant quelques minutes, ayant ensuite neutralisé par l’acide acétique pur et dissocié dans la glycérine, a constaté qu’en aucun point, les parties profondes du cheveu, ni le canal médullaire, n’étaient infiltrés ; que les bâtonnets

sans doute, simplement juxtaposés à la périphérie du cheveu, avaient disparu, pour la majeure partie.

Quelques coupes, pratiquées transversalement à travers ces nodosités, ont rendu encore plus évidente l’intégrité du canal médullaire et des parties environnantes.

Les parties centrales de ces nodosités, vues sur une coupe transversale, sont formées par un stroma cellulaire semblable à celui qui recouvre leur périphérie et dans lequel on découvre quelques cavités en forme de conceptacles contenant quelques grosses cellules qui sembleraient être des thèques.

En de certains points de ces nodosités, et alors qu’on les examine de leur partie superficielle à leur partie profonde, sur un des cheveux simplement imprégnés dans la glycérine, on rencontre quelques espaces plus clairs, plus transparents, laissant deviner des cavités profondes, tranchantsur le fond brun de la nodosité, espaces qui ne seraient alors que ces mêmes conceptacles recouverts de la couche cellulaire polygonale dont il a déjà été fait mention.

M.Desenne ajoute que rien ne l’autorise à parler de leur déhiscence.

La Canitie sénile est un phénomène pathologique, mais elle peut se produire, suivant certains auteurs, sous l’influence d’émotions morales très vives. Ce fait est incontestable.

On peut voir quelquefois des poils qui, après avoir poussé blancs, poussent ensuite colorés, de sorte que l’on a une sorte'de tigrage du cheveu .

Une autre arïomalie, c’est l'albinisme partiel; il est des individus qui présentent une mèche tranchant par sa blancheur sur la couleur foncée du reste de la chevelure. Cette disposition est souvent héréditaire.

DESCRIPTION DU CHAMPIGNON DE l’âLOPECIE PITYRIASIQUE.

M. le docteur Malassez a étudié avec beaucoup de soin le champignon du Pityriasis simple. Avant de donner les altérations anatomiques des cheveux, nous rapporterons les conclusions du premier mémoire de ce consciencieux micrographe. Le pityriasis simple est une affection très vulgaire, c’est cette maladie qui cause la plupart des calvities précoces. Pour recueillir les pellicules, il suffit de’faire peigner au peigne fin et brosser la tête du malade au-dessus d’une feuille de papier. Pour dégraisser les pellicules, il faut les laisser un jour ou deux dans l’éther, en ayant soin d’agiter de temps à autre, et de renouveler plusieurs fois le liquide. On reconnaît que l’opération est terminée lorsque l’éther, déposé dans un peu d’eau sur une lame porte-objet, ne laisse plus voir de granulations graisseuses.

Les pellicules, une fois dégraissées sont conservées dans de l’alcool, celles que l’on garde dans du papier, et sans être dégraissées, s’altèrent. Pour les étudier, on en porte quelques-unes de l’alcool sur la lame porte-objet ; on ajoute quelques gouttes d’eau filtrée pour les

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laisser s’imbiber ; les plus épaisses doivent être dissociées avec les aiguilles, puis on recouvre avec la lamelle qu’on fixe avec de la paraffine.

Voici quelles sont les conclusions du premier mémoire de M. Malassez :

« 1° Dans les quelques cas de pityriasis simple que j’ai examinés, j’ai toujours trouvé des champignons microscopiques;

2° Ces champignons sont uniquement constitués par des spores ; ils ne possèdent pas de traces de mycélium. Ces spores sont, en général, ovoïdes et bourgeonnantes, plus rarement sphériques. Elles sont très petites ; les plus grandes mesurent, en y comprenant le bourgeon, de 4 à 5 y. de longueur; les plus petites n’ont que 2 g. de long et larges en proportion. Elles sont formées par une enveloppe et un contenu. Quelques-unes sont vides et paraissent mortes. Elles se distinguent de celles de la pelade, en ce que ces dernières sonthabD tuellement sphériques et plus volumineuses ; de celles des autres champignons connus, en ce que ces dernières possèdent des tubes de mycélium ;

3° Les champignons du Pityriasis habitent la couche cornée de l’épiderme; ils pénètrent dans les follicules, mais sans arriver au niveau des glandes sébacées.

Ils sont ordinairement très abondants, mais leur abondance n’est pas proportionnelle à l’intensité du pityriasis. Ils disparaissent lorsque le pityriasis guérit ;

4° Ils paraissent jouer, dans la pathogénie du pityriasis, le même rôle que les autres parasites dans celles des affections cutanées, généralement considérées comme de nature parasitaire. Le pityriasis serait le produit et de l’action directe de ce champignon (phénomène d’ordre physique) et de la réaction de l’individu sous l’influence de la présence du parasite (phénomène d’ordre vital). »

Dans un second mémoire, M. Malassez a complété ses premières recherches en étudiant l’anatomie pathologique de l’alopécie pityriasique qui succède au pityriasis chronique du cuir chevelu. Nous passerons sous silence ce qui a trait aux altérations du cuir chevelu pour ne nous occuper que des cheveux et des follicules pileux (1).

Voici le résumé du mémoire de M. Malassez :

Alopécie au premier degré. — Pityriasis capitis et pilaris. — Destruction et dilatation de la partie sus-sébacée des follicules par les pellicules pityriasiques. Quelques follicules pileux vides de cheveux , mais non encore sensiblement altérés.

Alopécie au deuxième degré. — 1° Hypertrophie concentrique et ascendante des parois folliculaires ; naissance des cheveux de plus en plus loin de la papille, au milieu de cellules de la gaine externe ; diminution dans leur longueur et leur largeur ; perte delà moelle, diminution du pigment.

(1) Les cheveux, par suite de Uatropliie croissante des cavités folliculaires,

2° Atrophie du derme, hypertrophie du tissu graisseux souscutané.

Alopécie au troisième degré. — Calvitie. — 1° Oblitération ascendante d'un grand nombre de follicules pileux ainsi transformés en cordons fibreux lesquels se rétractent. Disparition de la membrane interne ; diminution croissante dans les dimensions des cheveux ; chute définitive d’un grand nombre ; atrophie de quelques glandes sébacées et de quelques muscles pileux ;

2° Atrophie croissante et aspect cicatriciel du derme ; augmentation du tissu graisseux sous-dermique ; développement des glandes sudoripares.

L’ordre dans lequel ces lésions se sont produites, les rapports évidents qui existent entre plusieurs d’entre elles, peuvent nous donner

diminuent peu à peu de longueur, leur bulbe se rapproche de plus en plus de la surface cutanée. En môme temps et pour la même raison, leur diamètre devient de plus en plus petit. Voici au point de vue du diamètre des cheveux, les changements que M. Malassez a constatés dans ses différentes

préparations :

Maximum

Minimum

Alopécie 1er degré

— 2e degré

GO p.

— 3e degré

Leur structure est également modifiée ; la couche épidermique persiste, mais la substance corticale perd plus ou moins son pigment, la moelle disparait et le bulbe change complètement d’aspect. Toutes ces modifications paraissent se produire à partir du moment où le cheveu n’est plus en rapport avec la papille ; elles sont très certainement la conséquence de ce départ. A l’état normal et tant que le cheveu est en rapport avec la papille, le cheveu naît de cet amas de jeunes cellules qui coiffe la papille et compose le bulbe. Les plus périphériques d’entre elles se transforment rapidement pour constituer la gaine interne: couche externe d’abord, puis ensuite couche moyenne ou de Huxley et couche interne ou épidermique. — Les autres cellules font former le cheveu : épiderme substance corticale, substance médullaire; cette transformation se fait d’une façon très régulière.

Lorsque le cheveu a quitté la papille, il naît au milieu d’un amas de cellules appartenant à la gaine externe. — Son extrémité bulbaire est ramifiée à la façon des racines d’un arbre ; cet aspect est très net sur les coupes colorés au picro-carminate, le bulbe et ses ramifications étant colorés en jaune vif et tranchant ainsi sur le fond rouge orangé de la masse cellulaire. — La formation des cellules du cheveu n’est plus régulière et localisée comme à l’état normal; les cellules qui doivent se transformer en cellules corticales ne sont plus réunies en un même point, elles sont disséminées au milieu des autres et leur transformation ne se fait plus simultanément. Les cheveux présentent parfois des renflements sur leur tige. — On trouve à ce niveau des fentes longitudinales, mais pas le champignon comme dans la tricophytie. — Ce sont des cassures indiquant une plus grande friabilité du tissu. Les cheveux en forme de pinceau que l’on observe fréquemment aussi ne sont que des cheveux brisés de cette façon. (Malassez, Archiv. de Physiolog., 1874).

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quelques explications sur la pathogénie de l’alopécie. Dans la théorie la plus généralement admise, la chute des cheveux résulte d un défaut de nutrition par suite de l’atrophie delà papille ; lorsque cette atrophie est définitive, le cheveu ne se produit plus, et le follicule s’oblitère. Cette théorie n’est pas en rapport avec les faits que nous venons de passer en revue : il n’existe pas d’atrophie de la papille au début du moins ; le cheveu se produit encore alors qu’il n’est plus en rapport avec la papille ; sa chute définitive ne précède pas l’oblitération du follicule.

Le processus est tout autre, il se produit une irritation des parois folliculaires se manifestant par la chute des cheveux et l’hypertrophie des parois des follicules, et c’est cette hypertrophie qui amène l'oblitération de la cavité, la transformation fibreuse du follicule et consécutivement la chute définitive du cheveu (Malassez, krch. de physiolog., 4874).

Coupes horizontales des cheveux.

On avait fondé, au point de vue anthropologique, des espérances assez sérieuses sur l’examen des coupes microscopiques pratiquées sur des cheveux ayant appartenu à des individus de différentes races. Nous tenons de source certaine que les résultats de très longues et de très patientes tentatives ont été très inconstants. Si dans une coupe pratiquée dans les cheveux d’un nègre on trouve des caractères différentiels assez nets, sur la tête d’un même individu on rencontrera également tous les intermédiaires, de telle sorte que l’observateur même le plus exercé, n’aura jamais entre les mains des éléments d’une détermination véritablement scientifique.

La coupe verticale des cheveux, dit Hager, donne des résultats différents et sa forme n’est pas caractéristique pour l’espèce de cheveux. Les cheveux d’un même individu peuvent donner une coupe ou ronde, ou ovale, ou triangulaire. Cette forme dépend entièrement de celle de l’ouverture à travers laquelle le cheveu a poussé.

Jusqu’à ces dernières années, c’était une opération très difficile que d’obtenir des coupes de cheveux parfaitement horizontales, mais grâce à l’emploi du collodion (Ldtteux), ou de la gélatine (Malassez), on obtient facilement ce résultat.

Procédé de Latteux.

« Supposons que l’on veuille obtenir des coupes transversales de cheveux, on prend une plaque de verre et on dépose à l’une de ses extrémités une goutte de cire à cacheter, puis saisissant le cheveu dont on veut faire la coupe, on le fixe sur la cire en le faisant pénétrer au moyen d’une tige de fer ou d’une aiguille qu’on chauffe à la lampe. On fait de môme pour un second et un troisième qu’on fixe les uns à côté des autres.

On prend ensuite un morceau de diachylon de la largeur de la plaque de verre et on l’applique à son extrémité opposée. L’adhérence a lieu facilement en appuyant avec la pulpe du doigt. On y dépose également une goutte de cire à cacheter et, reprenant chaque cheveu un à un, on le fixe avec la tige chauffée, par son autre extrémité, de façon à le faire adhérer à la bandelette de diachylon.

Chaque cheveu est disposé à côté de son voisin de façon qu’ils soient tous bien parallèles. Ils sont alors placés de la môme manière que les cordes d'un violon. Il s’agit de les fixer dans un milieu suffisa mment solide pour les maintenir tels qu’ils sont placés et de façon qu’ils ne puissent revenir sur eux-mêmes et devenir onduleux. Pour arriver à ce résultat nous avons essayé beaucoup de substances, mais aucune ne vaut le collodion. Voici comment on opère : les cheveux étant disposés de la façon décrite ci-dessus, on verse une couche de collodion entre les deux points où l’on a déposé les gouttes de cire. L’éther ne tarde pas à s’évaporer et il reste sur le verre une couche plus ou moins épaisse contenant les cheveux dans son épaisseur.

Il arrive quelquefois à ce moment, que les cheveux se détendent et deviennent flexueux. C’est alors qu’on détache le diachylon et le soulevant légèrement, on le fixe un peu plus loin en tirant sur les cheveux et en les tendant doucement.

On verse une nouvelle couche de collodion et on continue à opérer de la sorte jusqu’à ce qu’on ait une membrane d’un millimètre environ d’épaisseur.

On comprend que les cheveux seront disposés d’une manière tellement fixe qu’ils ne pourront aucunement bouger quelle que soit la manœuvre imprimée à la couche de collodion.

On la laisse bien sécher et on procède à la coupe de la façon suivante :

Bien qu’on puisse à la rigueur se servir du microtome ordinaire,, nous préférons de beaucoup cependant l’instrument de Lelong, qui permet de maintenir plus solidement l’objet à sectionner.

On coupe dans la plaque de collodion contenant les cheveux un petit carré de un centimètre environ et on l’enferme entre une petite planchette de bois tendre et une plaque de moelle de sureau ; puis on fixe le tout entre les mors de la pince de façon que le système

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dépasse un peu le bord du plan incliné, mais soit maintenu bien fixe et bien immobile.

On opère alors pour faire la coupe, comme s’il s’agissait d’un objet ordinaire et l’on comprend facilement que le rasoir qui appuie contre la plaque de bois, ne peut manquer de couper nets les cheveux puisqu’ils ne peuvent bouger ni dans un sens ni dans un autre, maintenus qu’ils sont par le collodion qui les entoure rigoureusement.

On est sûr de la sorte d’avoir des sections absolument perpendiculaires au grand axe de chacun.

On obtient par les coupes de petites lamelles de collodion renfermant dans leur épaisseur des tranches de cheveux. On les mouille alors dans la glycérine ou mieux dans le baume de Canada, mais dans ce dernier cas, il faut éviter de les mouiller avec de l’essence de girofle, qui dissoudrait le collodion et permettrait aux coupes de venues libres de se déplacer et de perdre leur position horizontale. »

Latteux, Technique microscopique , p. 239.

Il est du reste assez facile de voir si les coupes de cheveux sont parfaitement horizontales. Lorsque l’on déplace l’objectif avec lequel on examine une coupe de cheveux, celle-ci change de plan. Si les deux surfaces de section ne sont pas parfaitement perpendiculaires entre elles, on distingue deux images; la supérieure donne une image qui se projette sans se confondre avec l’image de la section la plus inférieure. Plus la coupe est oblique, plus les surfaces de section sont éloignées l’une de l’autre. Si, au contraire, les deux surfaces de section sont parfaitement perpendiculaires entre elles, on ne voit qu’une seule image horizontale, même en faisant varier le point.

Caractère des poils appartenant à quelques animaux et en particulier à ceux qui vivent auprès de l’homme.

Il est une foule de circonstances dans lesquelles il est de la plus haute importance de donner la preuve scientifique d’une erreur d’appréciation sur l’origine de poils trouvés soit sur des vêtements, soit sur des instruments. C’est ainsi qu’on a pris pour des cheveux humains, des poils de cheval qui adhéraient à un talon de botte, qu’on a confondu des poils de lapin avec des cheveux blancs, et que c’est grâce à l’intervention

du microscope, dans les deux cas que nous citons, que l’on a pu faire éclater l’innocence des inculpés.

Maintenant que nous connaissons l’aspect et la structure des poils humains, il nous suffira de placer un poil d’animal quelconque sous le champ du microscope, pourvoir d’abord que ce n’est pas un cheveu (1).

La meilleure des descriptions ne vaut pas une bonne figure, et la figure la mieux faite ne vaut pas la réalité. Aussi nous

(1) Œsterlen appelle tout particulièrement l’attention sur le rapport d’épaisseur qui existe entre la tige et la corde médullaire, entre la substance corticale et la moelle. Ce serait, d’après cet auteur, un signe d'une haute importance. La corde médullaire, dit OEsterlen, existe toujours, cela dépend de la nature du poil examiné; il y a chez les animaux, comme chez l’homme, des poils qui n’ont pas de moelle. Il est vrai que la moelle manque rarement dans les poils d’animaux et que, dans les gros poils, elle s’élargit considérablement de façon à occuper la largeur du poil presque tout entière, mais il est des poils de duvet, contrairement à ce que dit OEsterlen, qui ne possèdent point de canal médullaire, et c'est bien plus au mode particulier d’imbrication des écailles épidermiques, qu’à l’absence de la moelle que l’on distinguera les poils de duvet des animaux, des poils de duvet de l’homme et du fœtus.

Rapport cle largeur entre la corde médullaire et la tige du poil chez l'homme (OEsterlen).

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