CHAPITRE XXI. — - CORPUSCULES ET MIASMES DE L’AIR
par M. le docteur Magnin (1). C’est à son travail que nous emprunterons les développements qui suivent. Le miasme paludéen existe-t-il et, s’il existe, en quoi consiste-t-il ? Telles sont les premières questions que l’auteur s’est tout d’abord posées.
On entend généralement, par miasme paludéen, des particules solides ou des émanations gazeuses, qui se dégagent des eaux stagnantes ou des marécages. Nous ne nous occuperons pas ici des émanations gazeuses. Comment prouver l’existence du miasme paludéen ? Les preuves qu’on a données sont de plusieurs ordres ; les unes sont tirées de l’apparition de maladies, sous l’influence directe des émanations marécageuses, ou de leur transport par les vents, à des distances plus ou moins considérables. Ces considérations sont développées (p. 77) dans l’ouvrage du docteur Magnin ; elles sortent de notre cadre, nous n’y insisterons pas. On a beaucoup discuté sur la nature du miasme paludéen. Certains auteurs, Eisenmann, Hirsch, Armand, ont fait jouer un rôle prépondérant à l’électricité atmosphérique ; d’autres, au contraire, comme Yolta, Daniel, Moscati, Brocchi, Rigaud-del’Isle, Julia de Fontenelle, Chevreul, Sari, Boussingault, crurent pouvoir attribuer l’origine des fièvres intermittentes à la présence, dans l’air, de carbures d’hydrogène ; mais Rigaud-de-l’Isle et Julia n’observèrent, dit M. Magnin, aucune différence de composition chimique entre l’air le plus malsain -et l’air le plus salubre, si ce n’est la présence d’une substance d’origine organique. Pour recueillir les produits non gazeux tenus en suspension dans l’air des marais, différentes méthodes ont été mises en usage, voici les principales : on peut recueillir la rosée sur des plaques de verre disposées horizontalement, dans le voisinage d’un marais ; on a également proposé de condenser à la surface de ballons remplis de glace, la vapeur d’eau contenue dans l’atmosphère d’une localité quelconque. Les méthodes que nous avons données, au début de ce livre, pour recueillir les poussières atmosphériques, sont également applicables à ces recherches. Gomme le docteur
(1) Recherches géologiques , botaniques et statistiques sur l’impaludisme ■dans la Bombes et le miasme paludéen . Paris, 1876.
GUIDE DE MICROGRAPHIE.
Magnin le fait observer, pour que l’observation soit complète, il faut, outre l’examen microscopique et chimique, faire des inoculations ou des cultures. L’examen chimique n’a pas donné de résultats ; quant à l’analyse microscopique, elle a donné lieu à des interprétations diverses. Le docteur Magnin a soumis les différents résultats obtenus à une critique scientifique très approfondie et qui dénote, de la part de. cet auteur, un esprit très droit et des connaissances très étendues. Des auteurs anciens admettent l’existence d’insectes invisibles qui, s’introduisant dans les poumons par la respiration, déterminaient l’apparition de la fièvre paludéenne. De nos jours, le mode d’action de ces organismes inférieurs, animaux ou végétaux, a été interprété différemment: pour Bouchardat, ils agiraient en sécrétant une sorte de venin ; d’après Berthelot, ils produiraient un ferment, ou bien ils constitueraient le ferment lui-même, d’après Lemaire ; Salisbury, Balestra, Salmi, en font de véritables parasites. M. Gigot-Suard, ayant fait passer, en 1859, l’air des marais dans des tubes remplis d’acide sulfurique, a constaté la présence de nombreux fragments de feuilles, de fibres, de cellules, de débris d’insectes, de Tardigrades, et même d’infusoires entiers.
Les partisans d’un miasme de nature végétale ont fait intervenir :
1° Des spores de Champignons (Mitchell, Massy);
2° Des Algues du groupe des Palmelles (Salisbury);
3° Des Algues du groupe des Oscillaires (Hallier, Schurtz);
4° Des Algues indéterminées (Yan der Corput, Balestra, Selmi, Hannon, etc.).
Nous allons suivre le docteur Magnin dans la discussion de ces différentes hypothèses ( loc . cit., p. 92).
1° Spores de Champignons. — En 1849, J. -R. Mitchell aurait observé des cas de fièvre intermittente chez des individus qui avaient respiré un air chargé de spores de Champignons, qu’il aurait retrouvés dans les bronches et dans les mucosités des poumons. Toutefois, l’auteur ne donne pas des caractères qui puissent permettre de savoir, quel est le genre de cryptogame qu’il a observé. W.-A. Hammond s’est rallié à la théorie de Mitchell, et le docteur Massy, deCeylan, aurait observé, enl 865, que la présence dans l’atmosphère d’un grand nombre de Champignons microscopiques, ainsi