CHAPITRE XXI. — CORPUSCULES ET MIASMES DE L’AIR
été regardées comme étant la véritable origine du miasme paludéen. Cette hypothèse a été émise et défenduepour lapremière fois en 1867 par Hallier. Les recherches de Schurtz et de' Lemaire viennent également à l’appui de cette opinion. M. Lemaire a observé, dans l’air des contrées à fièvre, de nombreux Bactéridiens que l’on considère aujourd’hui comme des Algues voisines des Oscillaires. Cet observateur ayant recueilli et examiné les particules contenues dans la vapeur d’eau, condensée à plus d’un mètre de distance de la surface de deux étangs, au moment de sa condensation, le liquide était incolore, limpide, son odeur et sa saveur rappelaient celle de l’eau des étangs. Elle était sans action sur les papiers réactifs. Elle contenait des corps sphériques, ovoïdes et fusiformes ; puis un grand nombre de cellules pâles de diverses dimensions. M. Lemaire trouva en outre une quantité considérable de très petits corps semi-transparents, de forme diverse, sphérique, ovoïdale, cylindrique, régulière ou irrégulière ; ces corps lui ont paru être des microphytes et des microzoaires ; enfin quelques corps bruns, qui lui parurent d’origine végétale, des grains d’amidon, de la poussière et des cristaux cubiques. La liqueur condensée fut abandonnée à la température ambiante (23° à 30° cent.) en présence d’un égal volume d’air, dans un flacon bouché.
Ce liquide, ayant été examiné au microscope treize heures après, avait une odeur marécageuse prononcée ; de petites cellules étaient en voie de bourgeonnement; dans une seule goutte, on y constata la présence de 200 Bacterium termo.
Au bout de quarante heures, on observait dans ce liquide des cellules bijuguées: Bacterium , Vibrio, Spirillum , monades très nombreuses et une diminution de petits corps semi-transparents.
L’auteur est d’avis qu’il y a un rapport certain entre la diminution de ces petits corps et l’augmentation des microphytes et des microzoaires ; soixante heures après, le liquide était troublé par des nuages blanchâtres, d’odeur putride, le dépôt est entièrement formé par des Bactéries, des Vibrions et des Spirillums immobiles. Plus tard les microphytes diminuent et sont remplacés par des animalcules.
M. Lemaire conclut ainsi : Ces recherches paraissent prouver qu’en Sologne, où régnent les fièvres paludéennes, l’air contient une quantité considérable de microphytes et de microzoaires , tandis que celui de Romainville, pays très sain, n’offre qu’une minime proportion de ces petits êtres. L’air du Jardin des Plantes diffère de celui de ces deux localités, mais il se rapproche beaucoup de celui de la Sologne. La position particulière du Jardin des Plantes, qui est voisin de la rivière de Bièvre, de deux amphithéâtres d’anatomie, d’un hôpital, explique ce résultat (1).
Le docteur Schurtz, de Zwickau, a publié une observation de la-
(1) Magnin, loc. cit., p. 105 et Comptes rendus , 17 août 1864,
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quelle il semble résulter que des Oscillariées auraient donné la fièvre intermittente.
Dans l’hypothèse de la nature végétale du miasme paludéen, dit sagement le docteur Magnin, les Oscillariées semblent être les seuls organismes pouvant remplir ce rôle. Mais il ne faut pas se dissimuler qu’il n’y a que des présomptions et nulles preuves certaines.
M. le professeur Edwin Klebs (de Prague) et M. le professeur Conrcird Tommasi-Crudeli (de Rome) viennent d’étudier récemment [J. d'ilygiène , il juillet i SI 9) la malaria de la campagne romaine. Le professeur Tommasi-Crudeli avait établi par des travaux antérieurs que la malaria de Rome et de l’AVer Romanus qui entoure la ville, n’avait pas pour origine des émanations des marais, mais bien d’un très grand nombre de petites flaques d’eau ( acquitrini ) qui, par l’effet de la structure du sol, se produisent sur les nombreuses collines des campagnes romaines et dont l’eau devient rapidement croupissante. Les Romains avaient autrefois assaini la campagne de Rome en la drainant. Voici quel est le procédé opératoire suivi par les deux savants: ils ont fait usage d’un puissantaspirateur qui projetait l’air sur une plaque de verre recouverte d’une couche de gélatine renfermée dans une petite boite. L’eau stagnante des régions à malaria ne paraît pas contenir en toute saison le poison morbifique, bien qu’elle puisse être fort riche en organismes inférieurs. D’un autre côté, les recherches entreprises par les auteurs du mémoire démontrent qu’une grande quantité d’eau empêche le développement du poison de la malaria en rendant inactifs les germes qu’elle renferme.
Ce qu’il y a de plus particulièrement intéressant dans les recherches de MM. Ed. Klebs et Tommasi-Crudeli, c’est qu’ils ont fait des expériences physiologiques sur les animaux. Par l’injection des liquides obtenus directement du sol, des cultures artificielles et des résidus de la filtration des liquides de ces cultures, on a produit chez les animaux soumis, à l’expérience une fièvre à marche régulièrement typique, avec intermittences qui, dans certains cas, ont duré jusqu’à soixante heures et avec une élévation de la température pouvant atteindre pendant l’accès fébrile 41°, 8. Chez tous les animaux qui furent soumis à l’injection des liquides à malaria , on trouve un notable gonflement de la rate ; l’organe avait suivi une augmentation de neuf à dix fois son volume.
Les organismes qui, d’après les observations de MM. Ed. Klebs et Tommasi-Crudeli , doivent être considérés comme la cause véritable de la malaria (car ils se retrouvent dans les liquides injectés et dans le corps des animaux infectés) appartiennent au genre Bacdlus. Dans le sol des régions à malaria , on les rencontre sous forme de nombreuses spores qui réfractent fortement la lumière, présentant une figure ovale allongée dont le plus grand diamètre est de 0,95 (x. Ils