UTILISATION DES INDIGÈNES
Je signalerai tout d’abord l’utilisation de l’indigène, du négrillon. Il suffit de lui indiquer ce qu’on désire et moyennant un chétif salaire il rapporte souvent des spécimens qu’on trouverait difficilement soi-même. Je me suis toujours beaucoup servi de 1 indigène et m en suis bien trouvé.
A Assinie, sur la côte occidentale d Afrique, j'avais enrôlé une vingtaine de négrillons de tout âge et de tout sexe que j’armais de flacons le matin et qui me rapportaient le soir le résultat de leurs recherches. Comme il n’y a pas de monnaie dans le pays je payais en petits billets de banque d’une fabrication très simple : Je marquais au crayon bleu sur un petit carré de papier quadrille le nombre de sous que chacun avait gagnés. Le samedi on me rapportait mes billets à la factorerie française où chacun choisissait ce qu’il voulait (chapeau, parapluie, couteau, savon ou cosmétique) jusqu’à concurrence de son crédit. Ce système m’a donne des résultats excellents. Une fois la valeur de mon papier bien établie, je m'en servais pour mes menus achats de vivres — j’ai même eu la preuve que les indigènes s’en servaient entre eux ! Au début j’employais des feuilles de tabac (chaque feuille entière représentant environ un sou) mais c’est une monnaie encombrante que je ne tardai pas à abandonner.
Dès les premières chasses, il faut avoir soin de signaler aux enfants les Insectes à ne plus prendre , sinon certaines vulgarités viennent vous encombrer inutilement.
Aux iles Canaries, un de mes regrettés collègues, l’abbé Culliéret, aumônier de division navale, qui a passé une longue escale à faire des recherches avec moi autour de Las Palmas, en 1890, et qui est allé mourir à Melbourne quelques mois après, avait plein ses poches de petites
médailles qu’il distribuait aux muchachos et muchachas qui lui ramassaient des spécimens d’histoire naturelle. L’idée était excellente en pays catholique et je me reproche encore de lui avoir fait un jour une concurrence profane au moyen de cigarettes que gamins et gamines préférèrent rapidement aux saintes médailles du « Padre »...
Aux Iles Séchelles, où je me suis trouvé au moment des plus fortes chaleurs et où je ne pouvais prudemment chasser sous l’ardeur du soleil, je m’installais à l’ombre, sous la véranda de la maison d’école, à l’heure de la classe de l’après-midi et là, ayant sous la main mes flacons, et de la menue monnaie (centièmes de roupie), j’achetais aux enfants les trouvailles qu’ils avaient faites pendant le trajet de leur case à l’école. Le bon Père avait annoncé au catéchisme l’œuvre méritoire que faisaient ainsi tous Ceux qui me rapporteraient des « bébêtes». Pour remercier le digne capucin je jouais de l’harmonium à la messe du dimanche.
A Diego-Suarez, j’avais trouvé deux boys Betsimisarakas qui m’ont fort intelligemment secondé pendant mon séjour au nord de Madagascar. Ils étaient constamment en chasse quand le service de la cuisine ou des chaussures ne les retenait pas au campement.
A l’île Maurice, j’ai remarqué l’intelligence toute particulière des petits Indiens et en ai souvent profité.