LA CHASSE AU FILET
Deux filets sont nécessaires à quiconque veut faire une collection sérieuse ; leur fabrication est des plus simples.
i° Le filet léger dit filet à Papillons se compose d’un cercle de 30 centimètres de diamètre en fil de fer galvanisé ou mieux en gros fil de laiton auquel on adapte une poche de gaze oii de mousseline souple ayant un diamètre un peu supérieur à celui du cercle et d’une profondeur d’environ 55 centimètres. La coulisse qui entoure le cercle sera de toile légère, mais assez résistante. Les deux extrémités du cercle ont été coudées et laissées d'une longueur suffisante pour pouvoir être fixées solidement au moyen d’un fil métallique autour d’un bâton léger,de préférence en bambou, et d’environ 1 m. 20 de longueur. C’est l’outil par excellence pour la capture des Papillons, des Nèvroptères, des Hyménoptères, des Diptères. Il est indispensable pour prendre les Cicindèles, ces Coléoptères si vifs qui s’envolent dès qu’on les approche, et les Homoptères, tels que les Cigales et les Sautereaux. Au crépuscule on voit souvent des Insectes voler autour de certains arbustes ; le soir, en surveillant les espèces que la lumière attire ou pour prendre les Lucioles ou Mouchesfeu, il faut avoir sous la main son filer léger.
En résumé, c’est l’ustensile indispensable pour la chasse au vol.
2 0 Le filet fauchoir ou troubleau (fig. 50) se construit de la même façon que le précédent, mais avec des matériaux plus résistants et plus lourds.
Le cercle métallique doit être beaucoup plus fort et la poche est faite de grosse étamine, toile d’emballage ou
toile à sac un peu lâche. Le manche est un bâton plus gros, plus massif. La coulisse qui entoure le cercle doit être de toile à voile résistante et il faut la remplacer assez souvent. Ce filet n'a pas besoin d’être manié avec rapidité comme le précédent, il rend des services tout différents et ne peut servir qu’exceptionnellement à arrêter des Insectes dans leur vol.
On l’emploie de deux façons :
i° Comme « fauchoir » en le passant sur les herbes et les plantes basses avec le geste de quelqu’un qui fauche. Ce procédé, pour donner tous ses résultats, demande quelque pratique. Le point important est de ne pas s’arrêter mal à propos, sinon les Insectes un peu agiles ressortent et s’envolent ; il faut que le mouvement soit continu pour que la force centrifuge les maintienne au fond du filet. Après 12 ou 15 fauchées, on s’arrête et on se précipite sur la poche qui contient des Insectes de tous les ordres ; on prend (1) tout d’abord ceux qui manifestent le plus de vivacité et on donne par intervalles des coups sur le Ftg. 5 o. manche qui font retomber les autres au fond de la poche.
Ce procédé doit être proscrit le matin quand la rosée recouvre les plantes basses ; dans ces conditions, on ob-
(1) Je suppose une fois pour toutes le chasseur armé d’une pince-bruxelle douce dite aussi pince de chasse ou pince La Brûlerie.
tient une bouillie informe dans le tilet. Il faut attendre que la rosée soit évaporée.
Quand on voit un bel Insecte sur une fleur et qu'on cherche à le saisir avec les doigts ou la pince, il arrive bien souvent qu'il se laisse tomber sur le sol où il fait le mort, ou parmi les broussailles où il est impossible de le retrouver. Si on a la précaution de présenter au-dessous de cette fleur la poche du filet, la capture est assurée.
2° Ce filet fort sert aussi de « troubleau » pour la pêche des Insectes aquatiques. A la surface des eaux courantes de Madagascar, les Gyrins foisonnent : les plus gros de ces « Tourniquets » que les créoles de la Réunion appellent « Gardiens de l'eau "(i)appartiennent au genre Dineutss. Recherchez de préférence les petites espèces parmi lesquelles vous pouvez encore trouver du nouveau. En même temps que les Gyrins vous trouverez des Hémiptères des genres Gerris et Velia sur tous les cours d eau , ces Insectes, qu'on appelle Chèvres » dans certaines régions, courent à la surface de l'eau. Sur l'eau de mer. il y a des Insectes voisins des Gerris, ce sont les Halobates, dont la recherche présente le plus grand intérêt. J'en ai découvert une espèce au fond d’une baie de l'Ile Praslin aux Séchelles (2) et une autre (encore inédite) dans la baie de Diego-Suarez, parmi les racines de Palétuviers. J’en ai vu en grand nombre à Aden autour des chalands mouillés dans le port de Steamer-point, mais je n ai pu en capturer un seul exemplaire, n’ayant pas emporté mon troubleau.
Les herbes qui sont au fil des eaux courantes sont peu
(ï) Prononcez ; Gâdien di l’eau.
(a) Halobates Alluaudi Bergr.
riches en général, on y prend pourtant de petits Coléoptères Palpicornes et des Hémiptères de la famille des Bélostomides. Mais là où on est sûr de faire des découvertes au troubleau, c’est dans les mares d’eau dormante ou dans les cuvettes qui restent pleines d’eau le long des rivières après les crues. Examinez avec soin ces mares et ces cuvettes, fouillez les débris végétaux qui sont au fond, faites pénétrer le filet dans les anfractuosités du roc, remuez les pierres mobiles qui sont au fond et tâchez que toute l'eau passe à travers votre étamine. Si le fond est vaseux, évitez cependant de remonter trop de vase dans le filet et étendez cette vase par terre ou sur une pierre plate où vous capturerez plus facilement les Insectes qui en sortiront.
En plus des mares et des cuvettes des rives des cours d'eau — toujours si riches — visitez aussi avec votre troubleau les réservoirs des jardins, les tonneaux contenant l'eau pour l’arrosage. A l’île Maurice, j’ai fait mes plus intéressantes captures de Coléoptères aquatiques dans de vieux cuviers de fonte abandonnés dans la cour d’une usine à rhum et à demi remplis d’eau de pluie.
Le troubleau rend encore des services considérables pour la pêche des Elmides, petits Coléoptères qui s’accrochent sous les pierres submergées des cours d eau rapides. Vous placez l’ouverture du filet dans un courant à un endroit où le torrent est rétréci, et le maintenez solidement de la main gauche, tandis que la main droite armée d’un bâton remue les pierres et les graviers en amont. Ce procédé donne des résultats surprenants dans certains cours d’eau, surtout si l’on est deux pour le pratiquer, l’un maintenant le troubleau pendant que l’autre remue les pierres et les graviers. Les Elmides sont des Insectes
lents et il est souvent nécessaire d’exposer la poche du filet au soleil pour les décider à remuer ; tant qu’ils sont immobiles, il est bien difficile de les distinguer des détritus de toutes sortes. M. Perrier de la Bathie m’informe qu’il a découvert les Elmides dans l’ikopa en arrachant des racines submergées et en les plaçant sur une serviette au soleil.
Quand on retire le troubleau on peut laissser couler l’eau qu’il contient sur la rive et faire sortir ainsi les espèces ripicoles ; on obtiendra le même résultat en piétinant les rives des cours d’eau et des mares et on attendra quelques minutes pour donner aux Insectes le temps de sortir de leurs cachettes.