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LA CHASSE AU PARASOL

Voici, dans la plupart des régions, le procédé le plus fructueux. Vous prenez un parasol quelconque, de préférence de grande taille et de couleur claire (Q, et le tenez de la main gauche renversé au-dessous des broussailles ou des branches basses des arbres que vous battez fortement avec un long bâton dont est armée votre main droite. Tout ce qui se trouve sur les branches, sur et sous les feuilles, sur les fleurs ou dans leur calice, tombe dans votre parasol. Mais en examinant le résultat de votre

(i) On fabrique des parasols spéciaux, doublés pour que les Insectes ne puissent se réfugier sous les baleines . et avec une brisure articulée qui permet de tenir le manche- horizontalement.

battue ouvrez l’œil ! Vous ne sauriez croire combien d'insectes bizarres échappent à un œil non prévenu par leur ressemblance avec des brindilles de bois, des crottes de Chenilles, des Fourmis, des bouts de feuilles, des graines, etc. En voici quelques exemples :

Fig. )]. Fig. 56.

Les fig. 51 et 52 représentent deux Clérides du genre Mvrmecomœa imitant des Fourmis. Chez le premier (fig. 51) l'étranglement de l’abdomen n’est qu’apparent et dû à la présence de deux taches claires qui semblent faire suite aux cuisses postérieures également claires.

La fig. 53 représente une Casside, Hoplionota pennira Fairm. dont le centre est vert et le pourtour brun ; on dirait un fragmènt de feuille tombé sur un morceau d'écorce.

La fig. 54 représente un Syrmnnostes qui, comme beaucoup d’autres Infectes, a la faculté de se rouler en boule dès qu'il est inquiété. La fig. 55 le montre déroulé et en marche.

Enfin la fig, 56 représente un Hémiptère étrange la

Pbyllomorpba madagascariensis Coq. dont la ressemblance avec un vieux morceau de feuille desséchée est frappante.

L'experience et l’observation vous révéleront une quantité de faits de cette nature.

La chasse au parasol m a toujours donné de bons résultats, parfois des résultats fantastiques : par exemple à la lisière de la grande forêt sur le massif d'Ambre, au Nord de Madagascar.

Ce procédé ne donne pas grand chose en plein jour, tout au moins en plein soleil ; car alors beaucoup d’espèces s’envolent au lieu de tomber, et même celles qui ne volent pas sont d’une telle vivacité qu’elles se sauvent hors du parasol avant qu’on ait pu les saisir. Le moment par excellence pour pratiquer cette chasse, c’est le soir, un peu avant le coucher du soleil, entre 4 heures et 6 heures. On peut aussi l’utiliser avec succès le matin de bonne heure quand il n’y a pas de rosée.

Les broussailles, les haies, les arbustes en fleur, même les branches mortes, doivent être battus avec soin. Je me rappelle certaines branches particulièrement bonnes que je battais tous les soirs en rentrant au campement et qui tous les soirs me donnaient quelques exemplaires de rares espèces que je r.e trouvais pas ailleurs. Un arbuste à très larges feuilles, mais de consistance molle, m’avait procuré un soir deux ou trois exemplaires d’une magnifique espèce nouvelle de Bupreste du genre Polybothris. Le lendemain et les deux jours suivants, j’en pris encore quelques spécimens, mais à chaque battue, malgré mes précautions, mon arbuste, de contexture aqueuse s’affaissait d’une façon inquiétante. Je prolongeai son existence de deuxjours en lui mettant un tuteur. Je ne pus jamais retrouver la même plante ni mon magnifique Polybothis. Moralité : Quand vous avez une bonne localité, soignez-là, et une bonne plante, cultivez-la si vous en avez le loisir.

La lisière des forêts est toujours très riche et l’intérieur au contraire est pauvre ; les bouquets cf’arbres isolés et les bandes forestières des ravins le’ long des cours d’eau doivent être visités au parasol — un bon résultat est as¬

sure.

LA VISITE DES PIERRES. DES TRONCS D’ARBRES ET DES MATIÈRES NAUSÉABONDES

L’entomologiste est avant tout un homme qui ne peut voir une pierre sans la retourner. Si, au cours d’une excursion, je trouve des pierres retournées, je sais immédiatement qu’un collègue m'a précédé et que ce collègue a manqué de délicatesse... Le chercheur prévoyant et scrupuleux remet ses pierres en place. Il faut, en effet, un temps considérable pour que le sous-sol recouvert d’une pierre acquière les qualités voulues pour servir d’abri aux Insectes qui se cachent pendant la journée, attendant le soir pour se mettre en chasse. Une bonne pierre bien placée est un trésor pour l’entomologiste ; les meilleures sont de taille moyenne et de préférence au pied d'un gros arbre et dans un endroit humide.

J’ai fait une chasse miraculeuse sous les pierres, dans une clairière taillée de main d’homme, dans la forêt de la Montagne d'Ambre. Cette clairière était très humide et envahie de sangsues qui nous suçaient de tous côtés, mais j’avais bien le temps de faire attention à leurs morsures! Ce jour-là, je découvris deux espèces nouvelles de superbes Carabiques du genre Eucamptognathus, des Colpodes dont on n’avait encore découvert aucune espèce à Madagascar (i) et des quantités de Staphylins des genres Stc- 11 us et Pœderus, amis des lieux humides.

(i) Dans un mémoire sur les Carabiques de Madagascar, public dans les Annales de la Société Entomologique de France, 1897, j’ai décrit 24 espèces nouvelles du genre Colpodes

Il n’y a pas partout des pierres à soulever ; alors on soulève ce qu’on trouve : troncs d'arbres abattus, débris végétaux, mottes de terre, etc. On est toujours sur de trouver ainsi des espèces nocturnes qu'on ne verra jamais se promener le jour. Je me souviens que dans la grande forêt de la côte occidentale d’Afrique, où l’on ne trouve pas de pierres* j£ rencontrai un jour des cubes d’argile oubliés au pied d’un arbre par un potier indigène. Je trouvai. cachés sous ces cubes humides, quelques beaux Carabiques du genre Eudema, genre qui existe aussi à Madagascar (fig. 4, 5 et 6, p. 24).

Le dessous des troncs d’arbres abattus est un excellent abri pour les Insectes, mais pour les retourner il faut généralement être en nombre.

Enfin, j’ai classé sous le nom générique de matières nauséabondes divers habitats toujours riches, mais répugnants pour certaines personnes. Le vrai naturaliste, uniquement préoccupé du but à atteindre, n'a pas de ces dégoûts et poursuit ses recherches au cœur d’un excrément ou au sein d’un animal en pleine putréfaction avec la même allégresse que dans le calice d’une fleur au parfum troublant.

Les excréments divers attirent des quantités de Coléoptères : les uns petits comme les Apbodius et divers Staphylins, les autres plus gros et parés parfois de brillantes couleurs, comme les Epilissits et les Onthophagus. Il y a même à Madagascar de vrais Scarabées sacrés du genre Scarabœus ; j’en connais deux espèces trouvées par M. Grandidier dans le sud-ouest de la grande île. Il est probable que ces Scarabées, comme leurs congénères d’Afrique, vivent exclusivement dans les régions sablonneuses et sèches et roulent des boules faites d’excréments. Certains

Coprophages (i) creusent sous les excréments des trous plus ou moins profonds au fond desquels ils se tiennent.

Les fruits pourris attirent une quantité de petites espèces intéressantes. Non seulement il faut visiter avec soin les fruits décomposés que l’on rencontre, mais il est bon d'en faire des pièges. Dans un endroit retiré on fait un tas de débris de fruits divers : Oranges, Bananes, Corossols, Mangues, fruits du Jacquier et de l'Arbre-à-pain, etc., selon les ressources de la région que l’on habite, et de temps en temps on va recueillir les Insectes qu’ils ont attirés.

On recueillera les Champignons et ces gros Bolets que l’on trouve partout collés aux arbres, on les enfermera dans des boîtes à biscuits fermant hermétiquement et que l’on ouvrira tous les 3 ou 4 jours pour recueillir les Insectes éclos. Il est rare, en effet, que les Champignons et Bolets ne contiennent pas des larves d’espèces très spéciales et qu’on ne pourrait pas se procurer autrement que par cet élevage facile.

Il faudra également examiner les cadavres des petits animaux que l’on rencontrera et les laisser en place pour venir les visiter par intervalles. On est souvent obligé de dissimuler les cadavres dont on veut se servir comme pièges pour les soustraire à la voracité de certains Oiseaux ou Mammifères nocturnes. La carcasse desséchée procurera ensuite des espèces différentes de celles de la période de putréfaction proprement dite.

La faune des cadavres de Madagascar est encore fort peu connue.

(1) C’est le terme scientifique pour désigner les Insectes qui vivent d’excréments et que le vulgaire désigne par des noms grossiers que je n’ose citer.

Pour terminer ce paragraphe, je recommanderai aussi de soulever les paquets d'algue plus ou moins décomposées que I on trouve sur les plages sablonneuses et en général tous les détritus au bord de la mer, éponges, etc.

On recueillera ainsi des Pbaleria, des Antbicus, de microscopiques Histérides du genre Halacritus et des Staphvlins très agiles du genre Cafius. A ce point de vue, la plage de Majunga est très riche.

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