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LA RECHERCHE SOUS LES ÉCORCES ET LE TAMISAGE

C’est une chasse délicate, qui procure beaucoup d’espèces intéressantes et nouvelles. Il faut d’abord trouver un tronc d’arbre mort depuis un temps suffisant pour qu'on en puisse soulever f écorce au moyen d’un outil de fer nommé « écorçoir ». Partout où il y a un semblant de forgeron on peut se faire faire un écorçoir. C’est un morceau de fer rond de 30 à 35 centimètres de long et de 3 centimètres de diamètre ; le manche reste rond et l’autre extrémité est aplatie et terminée en pointe avec les bords assez tranchants. Le manche peut avantageusement être entouré de cuir ou de corde. A défaut de cet instrument, une petite hache, un ciseau à froid, voire même un vieux sabre cassé, pourront le remplacer.

Avant de soulever une écorce, je prends la précaution de mettre au-dessous de la partie que j’explore la nappe ou le parasol ouvert. Cette précaution est indispensable à Madagascar, où il y a des Carabiques plats fort intéres-

sants. qui vivent sous les écorces lâches et se laissent tomber à terre avec vivacité dès qu’ils sentent qu'on vient les inquiéter. Ces insectes appartiennent au genre Etirvdc'ta : il v en a beaucoup d’espèces, mais peu de personnes savent les prendre.

Après avoir saisi tout d’abord les espèces vives on examine l’écorce que l’on vient de soulever, puis la partie de l'arbre qui était recouverte. Il ne faut pas négliger de fouiller au couteau les galeries que font certaines espèces pour les découvrir. Une petite espèce de forme étrange HolocepbaJa cblorotica se prend ainsi dans le bois dur : c'est un vrai travail pour s’en procurer quelques exemplaires. Dans ce cas. un sabre d’abatis ou une petite hache peuvent rendre de grands services.

Inutile de dire qu’avant de soulever les écorces on doit examiner leur surface extérieure ; on y verra généralement des Brenthides au museau allongé (fig. 41, p. 37) et des Rbecbodes qui imitent tellement la couleur et la forme d'un débris d’écorce qu’on ne peut les apercevoir que s'ils remuent. D’ailleurs, il en est ainsi de beaucoup d’espèces, et pour ne rien laisser échapper, il convient d'emporter dans un sac les morceaux d'écorces, le terreau, les moisissures et des morceaux de bois attaqués. Je me sers pour cet usage de petits sacs de 30 à 40 centimètres de profondeur en toile fine et bien cousus. Rentré à la case ou au campement, le soir (ou même le lendemain ou le surlendemain) j'étends ma nappe sur une table et tout tranquillement j'étale et j'enfume par petits paquets le contenu de mon sac. Activés par la fumée du tabac, les insectes les plus lents sont forcés de remuer et aucun ne peut m’échapper.

A certains jours de fatigue ou de mauvais temps il

m’est arrivé d’envoyer mes « boys » remplir ainsi des sacs de morceaux d’écorces, de feuilles mortes, de mousses, de champignons, etc., que j’examinais ensuite confortablement installé en fumant ma pipe. J’estime qu’il est impossible d’employer ce procédé sans trouver du nouveau : parfois on trouve peu, mais c’est toujours excellent.

Un raffinement utile, qui permet d’économiser du temps et de débarrasser la nappe des morceaux inutiles et gênants, consiste à se servir d’un tamis à mailles d’au moins 3 millimètres de côté. La nappe doit être assez grande, en toile-coton, tissu un peu poilu sur lequel les petits Insectes les plus rapides marchent difficilement et sont plus faciles à saisir. Pour ces tamisages où l’on prend des espèces minuscules et délicates, au lieu de la pince, je me sers d’un pinceau imbibé d’alcool et je plonge les Insectes dans un petit flacon d’alcool ; dans le flacon à sciure on les retrouverait difficilement et ils risqueraient fort d'être endommagés.

On trouve parfois des arbres morts encore debout ; c’est sous leurs écorces que j’ai pris habituellement les gros Trogositides du genre Alindria. Pour ne pas les manquer, avant de soulever les écorces, il faut appliquer au pied de l'arbre le parasol, en lui faisant bien épouser la convexité du tronc entre deux baleines.

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