CHIRURGIE
On ne peut contester à la France une supériorité en chirurgie , que les étrangers même se plaisent à lui accorder. C'est aux mémoires publiés par l'Académie royale de chirurgie , qu'elle doit en grande partie cet avantage. Mais ces mémoires étant très-rares aujourd'hui, et leur cherté d'ailleurs les mettant au-dessus des facultés de la plupart des élèves , ils trouveront d'amples dédommagemens dans les ouvrages suivans qui , publiés en partie par des membres de cette illustre Société, joignent à l'excellente doctrine professée par l'Académie royale de chirurgie, le tableau des progrès que l'art a faits depuis trente ans.
Sabatier. — De la médecine opératoire j 3 vol. in-S'', 2^ édition.
L'ouvrage de Sabatier n'est point un simple traité des opérations chirurgicales ; c'est un cours complet et dogmatique de médecine opératoire ; il renferme l'état exac t de tout ce que les anciens et les modernes ont fait pour l'avancement de la science; c'est une exposition judicieuse et pleine d'intérêt des progrès de l'art et
de l'état actuel de la clilrurgîe en France. L'auteur ne s'est point assujetti à un plan particulier ; mais il expose pour chaque opération, et d'une manière aussi savante que lumineuse , les divers procédés mis en pratique par les plus habiles chirurgiens , tant anciens que modernes ; et , sans indiquer précisément celui qu'il adopte de préférence , il laisse à la sagacité du lecteur à choisir celui qui lui paraît préférable. Sous ce rapport , il est nécessaire que l'élève soit préparé , pour ainsi dire , à la lecture de Fouvrage de Sabatier , par celle d'un autre ouvrage d'une forme plus classique, et dans lequel l'art soit exposé d'une manière plus scolastique , tel que celui du professeur Richerand , dont il sera fait mention plus bas.
Lassus. — B. Pathologie chirurgicale ; 2 vol. in - 8° , 2^ édition. — Traité d'opérations chirurgicales; 2 vol. in -8°.
Des deux ouvrages du professeur Lassus , lé premier est plus nécessaire à l'élève , qui a surtout besoin de préceptes , et qu'il faut familiariser de bonne heure avec la description des maladies , soit médicales , soit chirurgicales. Les traités d'opérations ne doivent point se lire
dans le silence du cabinet , mais auprès des cadavres , sur lesquels on pratique les opérations dont ces ouvrages doivent offrir des descriptions claires et fidèles. C'est pour cette raison que nous conseillons à Félève de s'en tenir à la pathologie chirurgicale de Lassus , qui lui offrira des préceptes aussi sages que bien écrits, sur les différentes matières qui composent ce qu'on appelle la pathologie externe.
Le plan que l'auteur a suivi est très - arbitraire ; il serait même assez difficile d'en donner une id^e précise , la distribution des matières ne reposant sur aucune classification méthodique ; seulement l'ouvrage commence par l'exposition de l'inflammation et de toutes les maladies qui en présentent des traces plus ou moins évidentes ; ensuite l'auteur trace à son gré le tableau des autres maladies chirurgicales, telles qu elles se présentent à sa plume. Cependant , malgré cette irrégularité du plan , la pathologie chirurgicale de Lassus n'en est pas moins un livre bien pensé et bien écrit , et dont la lecture ne peut être que très - instructive pour les élèves.
RiCHERAND. — C. NosograpJlie chirurgicale ^ 4 vol. in-8°, 4" édition.
Cet ouvrage ne ressemble en rien , quant au plan et à la classification , à ceux dont nous venons d'esquisser Tanalyse. Le but du professeur Richerand a été , comme il le dit luimême , d'appliquer à renseignement de la chirurgie cet esprit d* analyse récemment îu" traduit avec tant d* avantage dans V étude de la médecine. Il a voulu surtout offrir un ta^ bleau oîi se trouverait méthodiquement exposée la pratique de V art présentée dans toute sa pureté. En effet , que sont les plus magnifiques descriptions des maladies, sans la méthode qui les classe , sans l'ordre qui les distribue? Ce n'est pas trop avancer, sans doute* que de dire que l'ouvrage du professeur Richerand , par rexcellente méthode qui en coordonne toutes lôs parties , a vraiment reculé les bornes de l'art.
Pour parvenir à ce but , il était surtout essentiel , dans un ouvrage de la nature dç celui de ce professeur , de dire ^ non ce qu^on faisait autrefois , mais ce qu\on fait aujçiir^
d hui; non de discourir longuement sur des procédés ignorés ou peu connus, mais de tracer les règles adoptées , et de fixer V époque actuelle de la science , afin de mieux aper^ cepoir de quels noweaux progrès elle est susceptible.
Voilà les idées principales qui ont présidé à la publication de la Noso graphie chirurgicale ; Tojons maintenant quelle est la marche générale que Fauteur a suivie , et le plan qu'il a adopté.
La médecine et la chirurgie, ou la pathologie luterne et la pathologie externe , sont dans des rapports continuels , et ne peuvent pas être séparées. Si l'usage a prévalu jusqu'ici , si l'enseignement exige cette séparation , la science reste une , indivisible. En partant de cette idée principale , toutes les maladies auxquelles le corps humain est sujet se rapportent à trois grandes classes, toutes consistent en des dérangemens physiques , en des achetions organiques , ou dans des lésions des propriétés vitales.
Les lésions physiques sont essentiellement du domaine de la chirurgie j mais elle étend son domaine sur les deux autres grandes classes,
et il n^est point de maladie médicale contre laquelle elle ne puisse prêter son secours.
Ce qu'il y a de plus difficile , en général , dans la composition d'un ouvrage qui a pour but la description des diverses altérations dont notre économie peut être affectée , c'est la classification ou l'arrangement méthodique de ces maladies. Relativement à l'objet qui nous occupe , les anciens se bornaient à décrire toutes les maladies chirurgicales a capite ad calcem. Plus tard, on les partagea en cinq classes ou divisions. Les classifications même les plus modernes reposent sur les mêmes fondemens et présentent le même défaut. Frappé de ces graves inconvéniens , le professeur Riclierand, marchant sur les traces de Pillustre Pinel, a disposé son plan de la manière suivante. ' "
Il range en huit classes toutes les maladies chirurgicales auxquelles le corps humain est sujet. La première classe réunit, sous le nom de plaies et d'ulcères, les maladies qui affectent tous les systèmes organiques j la seconde classe comprend , sous trois ordres , les maladies de l'appareil sensitif , formé par les organes des sens , les nerfs et le cerveau ; la troisième classe présente les maladies de l'appareil locomoteur ,
partage en deux ordres : le premier pour le système osseux , le second pour le système musculaire j dans la quatrième classe sont rangées les nombreuses affections de l'appareil digestif j quatre ordres la composent ; c'est dans le quatrième que se trouvent les maladies des voies urinaires : la cinquième classe embrasse , sous trois ordres , les maladies de l'appareil circulatoire, c'est-à-dire, les lésions du cœur, des artères et des veines j la sixième classe contient, sous le titre de maladies de l'appareil respiratoire , toutes les lésions mécaniques des organes de la respiration ; les maladies du tissu cellulaire , telles que les abcès chauds et froids , les abcès par congestion, les loupes et les infiltrations de diverses espèces , forment la séptième classe ; la huitième et dernière se compose des maladies de l'appareil reproducteur.
Tel est le plan suivi par le professeur Richerand , dans sa Nosographie chirurgicale» Les progrès que l'anatomie et la physiologie ont faits depuis quelques années ne permettent plus d'adopter servilement les divisions des anciens. Il faut que chaque génération marche avec les lumières de son siècle. Tout démontre aujourd'hui la nécessité de porter le flambeau
de l'analyse dans le sanctuaire des sciences médicales j et la chirurgie , plus qu'aucune autre branche , avait besoin qu'une main hardie et habile en même temps , se chargeât de cette tâche difficile : l'ouvrage que nous venons d'analyser ne laisse point de doute qu'elle est en grande partie remplie.
BoYER. — Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent, (*)
Depuis vingt ans le professeur Boyer n'a point cessé de faire des cours de pathologie externe et d'opérations chirurgicales. L'empressement que les élèves ont toujours mis à les suivre , et la véritable instruction qu'ils en ont retirée attestent leur excellence ; mais on désirait depuis long-temps que M, Boyer publiât l'ouvrage qu'il avait promis sur cet objet. Les avantages de lart, l'instruction des élèves, et sans doute aussi l'intérêt de l'humanité ont vaincu la répugnance et la modestie de l'au" leur ; l'ouvrage a paru et justifie pleinement les vœux etl'impatience des gens de l'art. Il ne faut
(*) L'ouvrage doit être porte à huit Yolmnesi cinq seulement ont paru jusqu'à ce jour.
J)omt qu'ils cherchent dans Ce nouvel ouvrage du professeur Boyer le vain appareil des phrases arrondies ou des périodes ambitieuses. Un plus noble but l'animait eU le composant.
Son travail , fruit d'une expérience consommée et d'une pratique étendue et des plus heureuses, est un vaste et liche recueil des préceptes les plus sages et les plus lumineux, sur tous les points de la chirurgie-
Le plan de l'ouvrage du professeur Boyer esta peu près celui des anciens. Ce grand praticien a cm inutile d'en présenter un plus conforme peut-être à l'état actuel des sciences physiologiques. Nous respectons les raisons qui l'ont engagé à en agir ainsi, et nous ne nous permettrons point de donner des conseils à un homme d'un savoir aussi étendu et d'une habileté aussi reconnue.
Quoi qu'il en soit, voici l'ordre d'après lequel il a distribué ses matières. Il divise la pathologie chirurgicale en deux parties ; la première est consacrée aux maladies qui peuvent se monlrer dans toutes les régions du corps j quant à la seconde, elle est purement anatomique. Cette partie embrasse tout ce qui est relatif aux maladies que l'on peut considérer comme propres a tel ou tel organe. Ainsi, il parcourt
les diverses régions du corps , et traite successivement des maladies chirurgicales de la tete, du cou, de la poitrine, de l'abdomen, et des extrémités. C'est dans cette seconde partie que se trouvent les maladies qui exigent l'application de la main , seule ou aidée de quelqu instrument j mais comme Touvrage du professeur Boyer n'est point un traité spécial d'opérations, elles ne s'y trouvent décrites que comme un moyen ajouté à tous ceux que le chirurgien doit employer pour la guérison des maladies chirurgicales. M. Boyer est tellement pénétré de cette vérité, qu'il a cru devoir renvoyer X l'ouvrage de M. Roux, son gendre et son adjoint à la Charité, pour les détails opératoires qu'il a omis à dessein dans son grand ouvrage,
Le style de l'auteur est tel que le comporte la nature des matières qu'il a traitées.
Sans vouloir établir de parallèle entre la pathologie de M. Boyer et la nosographie de M. Richerand, on ne peut se dissimuler cependant qu'il existe une différence quelconque entre ces deux ouvrages, et les élèves désirent sans doute qu'on leur fasse connaître comment ils doivent les lire et quelles sont au moins les nuances qui les distinguent.
La nosographie du professeur Richerand
convient davantage peut-être à l'élève qui commence, à cause de l'excellente méthode qui y règne et des vues nouvelles qu'a présentées l'auteur pour le perfectionnement de la classification. La pathologie de M. Boyer sera plus profitable à celui qui possède déjà une certaine somme de connaissances, et dont les études sont un peu avancées ; qui , par conséquent , ayant beaucoup vu , est plus à même de comparer entr elles la marche et la terminaison de plusieurs maladies chirurgicales, semblables en apparence ; mais qui présentent réellement des différences remarquables.
L'une est une excellente introduction à la méthode d'étudier en médecine, en général, et en chirurgie, en particulier. L'autre est. l'instruction pratique elle-même. M. Richerand brille davantage par l'esprit d'analyse et de critique ; son style est aussi plus élégant et plus précis. M. Boyer écrit en praticien consommé, qui ne laisse rien à désirer pour les détails et l'exactitude des descriptions; enfin, quoique l'un et l'autre procèdent par des mayens différens , les deux ouvrages n'eu fixent pas moins les limites où sont arrivés de nos jours les progrès de la chirurgie en France.
Callisen. — Sjstema chirurgiœ hodiernœ , editio nova , aiiciior et emeiidatior. Hafnixe ; 2 vol. in -8". — Bell. Cours complet de chirurgie , théorique et pratique , traduit de l'anglais, sur la 4^ édition , parBosquillon; 6 vol. in-S" , avec 99 planches. — Desault, Œuvres chirurgicales , recueillies et mises au jour par Bichat j 2 vol. in-8" , 3^ édition. — Delpecii. Des maladies réputées chirurgicales ^ 5 vol. in-8^. — Pelletan. Clinique chirurgicale , ou Mémoires et observations de chirurgie clinique ; 2 vol. in-8*'.