‹ Guide de l'immigrant aÌ€ Madagascar (volume 2)Chapitre 38 sur 89 · COTE EST DE MADAGASCAR · texte numérisé non relu

COTE EST DE MADAGASCAR

La côte Est de Madagascar est dominée dans toute son étendue par de hautes montagnes escarpées. Entre le cap d'Ambre et Tamatave, un récif de corail longe la côte à des distances variables, avec des coupures qui foruient avec la terre des ports ou mouillages : tels sont Diego-Suarez, Vohémar,

Tamatave. D'autres ports, comme la baie de Mangerivy ou Port-Leven, sont compris entre le récif et des îles du large.

Les bons ports sont rares. Exposée aux vents frais et réguliers qui soufflent presque toute l'année, la côte Est n'offre généralement que des rades foraines où les navires roulent beaucoup. Pourtant elle a été jusqu'ici préférée par le commerce à cause du voisinage de la Réunion et de Maurice et des facilités de communication avec l'Inde.

Les rivières y sont peu importantes et leur embouchure, souvent peu profonde, est obstruée par des bancs de sable qui forment des barres dangereuses.

Traversées. — Suivant qu'on va du cap d'Ambre à Tamatave en mousson de Sud-Est (avril à novembre) ou en mousson de Nord-Est (le reste de Tannée), les traversées sont bien différentes.

Dans le premier cas, un navire à vapeur venant de l'Ouest, de Zanzibar ou des Comores, aura de la difficulté à doubler le cap d'Ambre, surtout à cause du vent, de la mer et du courant; il sera un peu gêné jusqu'à Vohémar, puis il aura beau temps jusqu'à Tamatave. Pendant la traversée, le ciel sera clair.

En mousson de Nord-Est, la mer est belle, le courant au Nord bien diminué et même favorable près de Tamatave; le ciel est toujours couvert avec de forts grains de pluie.

Cyclones. — De décembre à avril on est dans la saison des cyclones. En 1895, Diego-Suarez a été éprouvé par un de ces phénomènes météorologiques. Cependant le fait est rare et ce n'est guère qu'au sud de Vohémar qu'il y a lieu d'avoir des craintes; on peut alors se réfugier à Antongil, à Tintingue et au grand mouillage de Tamatave.

Pluies. — 11 ne pleut pas d'avril à novembre, du cap d'Ambre à Vohémar; c'est tout le contraire pendant le reste de l'année.

De Vohémar à Tamatave, il pleut en toute saison, en juillet et en août.

Marées et courants. — Sur la côte Est, le marnage no dépasse jamais 2"", 50 et les courants de marée sont assez faibles à Diego-Suarez et Vohémar ainsi qu'à Sainte-Marie; ils atteignent, quand la mer baisse, une vitesse de 2 nœuds, sans la dépasser; à Tamatave, ils sont moins forts. L'établissement du j)ort, c'est-à-dire Theure de la pleine mer, le jour de la pleine lune d'équinoxe, varie beaucoup; il est :

à Diego-Suarez, de quatre heures ; à Vohémar, de trois heures et demie; à Sainte-Marie, de deux heures et quart; à Tamatave, de une heure et demie.

Diego-Suarez. — La rade de Diego-Suarez, formée par la presqu'île du cap d'Ambre, est l'une des plus belles du monde. Très profonde jusque près

GÉOGRAPHIE

de la côte, elle présente un véritable port naturel divisé en sept petites haies parfaitement sûres et accessibles à tous les navires. Elle ne communique avec la mer que par un étroit chenal, coupé en son milieu par l'île de la Lune (Nosy Yolana).

L'entrée est toujours facile quand on a doublé le cap d'Ambre. En mousson de Sud-Est, la sortie est un peu plus difficile, à cause de la grosse brise, et les voiliers attendent souvent longtemps avant d'avoir des conditions favorables.

L'entrée et la sortie de nuit sont favorisées par les deux feux de Moronjia et des Aigrettes.

Le mouillage principal de Diego-Suarez est dans la baie de la Nièvre : c'est là qu est située la ville d'Antsirane, centre de nos anciens établissements militaires. Le fond, de vase demi-molle, y est excellent et la sécurité absolue.

En mousson de Sud-Est, il y a quelquefois des brises très fraîches; mais, le courant n'étant jamais très fort, les embarcations peuvent toujours accoster la terre. Le déchargement des marchandises et Faccostage des passagers se font au moyen d'appontements accessibles à toute heure de la marée. En face d'Antsirane, au cap Diego, est installé un bel hôpital militaire.

Dans la baie de la Nièvre débouchent plusieurs rivières; sur l'une d'elles, la rivière des Maques, on a établi une fabrique de conserves de bœuf.

Diego-Suarez est un des plus beaux points stratégiques du monde, malheureusement disproportionné jusqu'ici avec la faible importance des différentes forces navales dans la mer des hides. On pourrait y créer, aussi bien qu"à Brest et au Ferrol, avec lesquels il a beaucoup d'analogie, un arsenal maritime inexpugnable. Pour l'instant, il suffit de le défendre, d'y créer un entrepôt de charbon et des bassins de radoub, absolument indispensables pour la guerre de course et pour le commerce.

11 faut avant tout éviter que, dans la prochaine guerre, cette position admirable ne soit enlevée par surprise et ne devienne un autre Gibraltar aux mains de l'ennemi.

Diego-Suarez, malgré son importance militaire, est malheureusement menacé, même s'il était port franc, de ne jamais devenir un centre commercial important, à cause de sa situation excentrique et des difficultés de communication que lui impose sa configuration orographique.

Il est déjà abandonné pour Majunga, depuis la conquête de Madagascar.

De Diego-Suarez à Yohémar la côte est élevée, bordée de nombreux îlots et bancs de sable. On y rencontre quelques mouillages assez sûrs : la baie de Rigny, Port-Louquez ou Lokia, Port-Leven ou Mangerivy et baie d'Andravina.

Port-Louquez (Lokia). — Le chenal de Port-Louquez est très profond, la sonde y donne des profondeurs de 52 à 64 mètres près du rivage; malheureusement, outre qu il est resserré (entre 500 et 1 800 mètres), il est de plus très difficile, par suite des nombreux bancs de corail qui le bordent.

Port-Leven (Mongerivy). — Port-Leven est un mouillage d'occasion; on y est relativement à l'abri de tous les vents ; mais les deux entrées qui y

donnent accès sont difficiles; il y règne des courants très violents et les îles, qui la protègent du côté du large, sont souvent enveloppées de brunfie.

Baie d'Andravina. — La baie d'Andravina, à environ 110 kilomètres au sud du cap dWmbre et à 50 kilomètres au sud de Port-Louquez, présente une forme circulaire; elle est fermée par une petite île, qui ne laisse de chaque côté qu'un étroit passage pour les navires.

On trouve au sud de cette baie un bon mouillage, par 8 et 9 mètres de fond, à proximité de la côte.

Toute cette partie de la côte est d'ailleurs très découpée. On y rencontre successivement la baie d'Ambodivahibé, l'ile Nosy Antendro, en face l'île de Rigny, la baie de Rodo et la baie de Port-Louquez (Lokia) entre lesquelles on trouve l'île Nosy Falazana; les îles Nosy Komba et Nosy Hao, au sud de la baie de Port-Louquez; la côte moins accidentée, au sud de la baie d'Andravina, est longée par un banc de sable jusqu'à l'embouchure du Manambato.

Vohémar. — La baie de Vohémar, au nord de la ville du même nom, était depuis 1841 la limite de notre protectorat nominal sur la côte Nord, et fut occupée par les Français en 1885. Le gouvernement de la République voulait en faire d'abord la limite de nos possessions au nord de Madagascar.

Un vaste banc de corail, sur lequel s'élèvent les Chats- Noirs et l'île Verte, laisse au Sud, entre la terre et lui, un petit chenal qui conduit à un mouillage forain assez bon pour les petits navires devant la ville.

Ce mouillage est sûr par n'importe quel temps, malheureusement étroit et encombré de petits fonds. L'entrée en est balisée, mais on ne doit pas compter sur les bornes, qui sont souvent enq)ortécs par la mer; on n'a alors, pour entrer dans le chenal de 200 mètres de large, que les points remarquables à terre, et la manœuvre n'est pas toujours facile.

Autrefois, Vohémar était un centre commercial avec la Réunion et Maurice; c'était le centre principal d'exportation pour les bœufs et les cuirs de l'Ankarana. Depuis l'établissement des Hovas, ce mouvement a été sensiblement ralenti. Aujourd'hui le commerce avec le nord et le sud de la côte ne peut se faire en tout temps à cause de la violence du vent du Sud-Est, qui souffle presque constamment. Du mois d'avril au mois de novembre, ce vent enq)éche le cabotage au nord du cap Est (Angontsy) et, pendant le reste de l'année, le cabotage, entre ce même point et Diego, est subordonné aux variations du vent, qui retient souvent les caboteurs des semaines entières avant qu'ils n'aient un vent favorable pour le retour.

Toutefois, Vohémar est encore fréquenté par des voiliers qui y chargent du caoutchouc et surtout des bœufs pour les Mascareignes. Les courants y sont faibles, la communication avec la terre facile; mais l'eau douce manque presque constamment.

Sahambavany. — Dans le sud de Vohémar, à l'extrémité de la rivière Sahambavany, est un mauvais mouillage exposé à la houle du large ; quelques goélettes de Maurice y viennent assez souvent ; la rivière n'est pas navigable.

GÉOGRAPHIE

Antalaha. — (14" 55' Sud) à rembouchure de la rivière Mananarabé, est un mauvais mouillage comme Sabambavany.

Angontsy. — Angontsy est un mouillage difficile où I on roule énormément. C'est néanmoins le centre d'une grande exploitation forestière faite par des Européens.

Au sud du cap Est (Angontsy) la côte change de direction jusqu'au cap Masoala, extrémité est de la baie d Antongil. Cette côte, bordée de récifs, est une bonne voie de communication, la seule en réalité qui desserve la presqu'île au sud du cap Vert: c'est par cette voie que l'exploitation Maigrot centralisait tousses produits à Angontsy pour, de là, les expédier à Tamatave.

De Yohémar à la baie d'Antongil, il y a environ 250 kilomètres de côte, généralement rocheuse, élevée au-dessus de la mer ; pas de baies propices pour un mouillage ; les embouchures des petites rivières qui se jettent à la mer, sont libres, mais néanmoins pas navigables.

Baie d'Antongil. — La baie d'Antongil a 50 milles de longueur dans le sens Nord-Sud et "22 milles de largeur dans le sens Est-Ouest. On y entre et on en sort facilement, en se défiant pourtant des courants qui portent sur la pointe de l'entrée.

11 y a partout bon mouillage. On y est à l'abri de presque tous les vents et la mer n'y est jamais forte. Le meilleur mouillage est dans le nord de l'Ile Marosy où l'on peut résister à tout cyclone. A l'ouest de Marosy, se trouve la rivière Antanambalana, navigable pour de grosses embarcations, et, dans Lintervalle, le Port-Choiseul, un de nos premiers établissements à Madagascar.

Ile Marosy. — L ile Marosy, située au fond de la baie d'Antongil, à environ 5 milles de la côte, présente une superficie d'environ 1 500 hectares et jouit d'un climat d'une salubrité exceptionnelle.

Le terrain, très mouvementé, est couvert de beaux arbres dont les ombrages contribuent, avec la brise de mer, à égaliser la température. On y trouve de nombreuses sources, dont quelques-unes paraissent, dit-on, présenter de précieuses propriétés curatives.

La réputation de l ile Marosy ne date pas d'hier, et, 'suivant une tradition du pays, elle fut autrefois fréquentée par Benyowski, Tun des explorateurs qui, au siècle dernier, ont contribué à établir l'influence française à Madagascar.

La baie d'Antongil est de tous côtés entourée de grandes forêts qui lui forment une ceinture admirable et qui, il y a un siècle et demi, ont fourni le bois nécessaire à La Bourdonnais pour réparer sa flottille des Indes.

La baie d'Antongil a longtemps appartenu à la France.

Rivière de Tanjona. — La rivière de Tanjona se jette sur le bord oue^t de la baie d Antongil, auprès du village du même nom, qui a été visité, en 1894, par le Hugon.

Cet endroit, inconnu jusqu'à cette date, a quelque importance.

Sur la rivière, une Compagnie française a installé une scierie à vapeur et débite du bois pour l'Europe et pour Maurice ; les expéditions se font par voiliers réguliers de 400 à 500 tonneaux.

On accoste très facilement à un warf, malheureusement les navires doivent mouiller un peu au large et sont exposés à la houle du large.

De Tanjona (15" 50') à la Pointe-à-Larrée (16*^50'), le récif longe la côte à petite distance; il faut signaler la rivière Mananara quia une barre à l'entrée.

La Pointe-à-Larrée fournit un bon refuge par temps de cyclone. Le port de Tintingue, qui est au Nord, n'a jamais été complètement exploré; on dit qu'il est bon; le fait demande à être contrôlé.

Sainte-Marie de Madagascar. — A 90 kilomètres au sud de la baie d'Antongil, s'étend, parallèlement à la côte, l'île Sainte-Marie, entre les pointes Albrand et Blevec qui la terminent au Nord et au Sud; le milieu de Pile correspondant à peu près à la Pointe-à-Larrée.

Sainte-Marie nous fut cédée, en 1750, par la reine Béty, femme du caporal Labigorne, et depuis, malgré la malveillance anglaise, elle nous a presque constamment appartenu.

Dépendance d'abord de Maurice, puis de la Réunion, elle dépend aujourd'hui du gouvernement de Madagascar.

L'île de Sainte-Marie, très boisée, s'étend sur une longueur de 44 km. 500 et une largeur de 3 à 4 kilomètres. Les paquebots des Messageries maritimes y font escale à Ambodifototra, sur la côte Sud-Ouest, en face de la Grande île.

Ce port est protégé par deux îles, l'île aux Forbans et l'île Madame, cette dernière reliée par un pont magnifique à la terre ferme.

Ce mouillage est bon et facile à prendre, abrité et sûr, par 8 à 9 mètres, à 500 mètres de l'îlot Madame.

Le récent naufrage du La Bourdonnais semblerait pourtant diminuer la confiance qu'on doit avoir dans la qualité de ce port ; les courants y sont faibles, les vents rarement frais; il y pleut toute l'année.

A l'îlot Madame, les navires de 500 tonneaux peuvent s'accoster à quai pour faire du charbon.

Les paquebots passent dans le chenal, de 6 à 10 kilomètres, qui sépare Sainte-Marie de la Grande île et dont l'entrée est éclairée au Sud par un fcu à la pointe Blevec, feu qu'on doit améliorer, en même temps qu'on doit en installer un autre au Nord, à la pointe Albrand.

Fénerive et Foulepointe. — De Sainte-Marie à Tamatave, la côte, dirigée Nord-Est Sud-Ouest, ne présente que deux rades où accostent les navires de commerce, Fénerive et Foulepointe.

Fénerive a une rade ouverte, à l'est du fort hova de Yohimasina, rade peu sûre, quoique fréquentée par de nombreux bateaux de commerce. On y apportait autrefois beaucoup de riz, qui vient en abondance dans ces régions et qui était réputé le meilleur de Madagascar.

La côte, basse et marécageuse entre Fénerive et Tamatave, est insalubre.

GÉOGRAPHIE

De nombreux roseaux, clos herbes aquatiques, poussant le long des rives (les différents cours d'eau, contribuent beaucoup à son insalubrité.

Les divers fleuves coulent très lentouient sur cette côte sablonneuse ; leur estuaire est barré par des bancs de sable et est divisé en un grand noud)re de bras sablonneux; la navigation y est impossible. Fénerive est à 100 kilomètres de Tamatave.

A 40 kilomètres au Sud, se trouve Foulepointe, autrefois notre principal établissement à l ile de Madagascar et où nous avions un petit fort appelé la Palissade.

Foulepointe, ville de 1500 âmes, est entourée de marais et d'eau stagnante qui en rendent le climat insalubre. Elle est habitée par des Ho vas, des Betsimisarakas et quelques étrangers. Son commerce est actif, son port relativement sûr, quoique peu profond. Pendant la belle saison, quand les ouragans sont rares, les navires peuvent mouiller devant la douane Un grand récif, découvert à marée basse, s'étend à un mille au large, parallèlement à la côte, et c'est au nord de ce récif que mouillent les grands navires.

Fénerive et Foulepointe ne sont fréquentables qu'en mousson de Sud-Est et on y roule énormément. En mousson de Xord-Est, on y est trop exposé aux cyclones qui infailliblement jetteraient le navire à la côte.

Entre Foulepointe et Tamatave, la côte se continue, basse et marécageuse .

Tamatave. — Tamatave est le seul bon port avec Diego-Suarez, on y trouve deux mouillages: celui du >'ord ou de Tanio, abrité de la houle du large et de la mer par le grand récif qui découvre à mer basse, fond excellent par J9 mètres de vase, permettant de résister aux cyclones; peu de courants. Malheureusement la grande distance de Tamatave, 1 mille et demi, fait que les navires de commerce ne peuvent y séjourner. Ils vont h l'autre mouillage, dit petit mouillage, par 15 mètres de vase beaucoup trop molle, où les ancres tiennent très mal: la houle du large est énorme et, en temps de cyclones, les navires chassent et vont se jeter à la côte.

L'accès de Tamatave est facile ainsi que la sortie. Pourtant, il est nécessaire, pour entrer de nuit, d'y installer un système de feux de direction.

Il est question de creuser des bassins près du mouillage Xord de Tamatave. Ce serait là une spéculation des plus hasardeuses à cause de la nature sablonneuse et mobile du sol.

Il semble que les bassins de Diego, beaucoup mieux placés, seraient largement suffisants pour les besoins de la navigation.

Aujourd'hui Tamatave est de beaucoup le port le plus important de Madagascar; il ne peut manquer de se développer encore, grâce à sa proximité des Mascareignes et à sa belle position géographique, au centre de la côte Est, sur la route du Cap aux Indes.

On pourrait améliorer considérablement le port, en construisant sur pilotis des débarcadères et des appontements.

Au sud de Tamatave, la côte se dirige presque en ligne droite au Sud-Sud- Ouest, généralement basse et boisée; elle sépare de la mer une suite de

lagunes dans lesquelles débouchent plusieurs cours d'eau; le premier plan de collines se trouve à une quinzaine de milles dans les terres.

De Tamatave à la baie de Sainte-Luce, située à 540 milles environ dans le Sud, la cote est inhospitalière; les navires sont réduits à mouiller au large ou sur des rades foraines peu sûres, à 2 ou 5 milles de la terre.

Un courant de 1/2 à 1 nœud longe la côte vers le Sud; il augmente peu à peu de Mananjary à Fort-Dauphin, où il atteint 2 nœuds 50.

Les vents régnants intluent peu sur les courants. La mousson souflle d'une façon régulière de Tamatave à Matitanana. Elle souffle Nord-Est de novembre à avril, Sud-Est d'avril à novembre.

11 pleut sur la côte pendant toute l'année ; les cyclones ne sont pas à craindre d'avril à septembre. Sur la côte Sud-Est, les vents de INord-Est soufflent de mars à septembre, alors qu'ils sont Sud-Est au nord du 22"^ parallèle Sud. La brise, venant de terre le matin, se fixe habituellement entre le Nord-Est et l'Est, en passant par le Nord vers dix ou onze heures du matin, souffle bon frais dans l'après-midi et tombe dans la nuit. \ers la fin de septembre, la brise passe au Sud, elle souffle avec violence pendant les mois de février et de mars.

Pendant l'hivernage, la mousson souffle du Sud au Sud-Ouest, sur la côte Sud, du Fort-Dauphin au cap Sainte-Marie.

Les instructions nautiques donnent peu de renseignements sur la côte Est, au Sud de Tamatave. Les rapport des bâtiments de la division navale, qui ont visité ces parages, permettent d'ajouter quelques détails présentant de sérieuses garanties d'exactitude ; mais bien des lacunes subsisteront jusqu'au jour où l'hydrographie de cette côte sera achevée.

Les mouillages que l'on rencontre en allant de Tamatave au cap Sainte- Marie sont :

Andévorante. — Andévorante, à 50 milles dans le Sud de Tamatave et à 164 kilomètres de Tananarive à vol d'oiseau, est un grand village bâti sur la rive gauche et près de l'embouchure de la rivière lharoka. Sur la rive droite, et à 9 milles dans l'intérieur, se trouve le village de Maromandia.

Trois rivières d'un débit considérable se rejoignent dans les environs d'Andévorante et forment un vaste estuaire d'une profondeur moyenne de 4 mètres. Ce large réservoir se déverse à la mer par un chenal d'environ 60 mètres de largeur et de 6 à 7 mètres de profondeur. L'immense quantité d'eau apportée par les trois rivières forme, dans cet étroit chenal, un courant parfois très violent, à la suite des grandes pluies de l'hivernage. Ce courant refoule l'eau de la mer et ie sable, à environ 200 mètres de l'embouchure, etforuie, à cet endroit, par sa rencontre avec la longue houle du large, une barre en demicercle dont la violence dépend de la force du courant et do la grosseur do la houle. Dans les plus basses mers, il reste toujours au moins 1"',80 d'eau sur la barre. Cette profondeur peut atteindre 6 mètres. Quoiqu'il existe, paraît-il, dans la partie Sud de la barre, un pâté de corail, celle-ci reste néanmoins très suffisanuncnt large ( 80 à 100 mètres). Le chenal est profond de 5 à 6 mètres» en temps ordinaire; après les grandes pluies, il n'est pas

GÉOGRAPHIE

assez large pour le débit de la rivière. Le courant est alors extrêmement violent et, seule, une embarcation à vapeur, munie d'une puissante machine, pourrait le remonter.

La barre est praticable environ 20 jours par mois, excepté pendant les mois de juin, juillet et août, où les brises du Sud, soufflant avec violence, soulèvent une grosse mer sur la barre et la rendent dangereuse. Il ne faudrait pas, pendant cette saison, compter franchir la barre plus de 10 à 12 jours par mois. Le grand matin est le moment le plus favorable au passage.

La rivière est navigable pour un navire calant 2 mètres jusqu'à Maromandia (1 mètre de marnage).

Plusieurs bâtiments ont place à mouiller dans l'estuaire, par 5 mètres de fond.

Vatomandry. — Vatomandry, à l'embouchure de la rivière de ce nom, est un mouillage d'un accès facile. En venant du large, on aperçoit derrière Vatomandry une montagne située à 14 milles dans l'intérieur, affectant la forme d'une table quand on la voit du Nord et d'une selle quand on la voit de l'Est ou du Sud,

Faisant route en tenant la selle au Nord 47" Ouest, on accède à la passe du Sud, située entre le récif du large et des roches à terre.

La direction de la passe, large de 3/4 de mille, est le Nord 15° Ouest. Les navires mouillent devant la barre par des fonds de 11 à 22 mètres, de tenue médiocre (sable fin). Tous les mouillages de cette zone se valent. La barre de Vatomandry est réputée la plus mauvaise de la côte.

L'entrée de la rivière est quelquefois obstruée par les sables et l'embouchure se déplace. En juin, juillet et août, les vents frais du Sud-Est rendent la barre très dangereuse et les goélettes attendent souvent pendant huit et même quinze jours une embellie qui leur permette d'effectuer leur déchargement. Le courant porte au Sud avec une vitesse moyenne de 0 nœud 8. La rivière Vatomandry s'étend parallèlement à la côte vers le Nord, pendant 6 ou 8 milles, avec 2 ou 3 mètres de profondeur au moins. On pourrait probablement éviter aux porteurs huit à dix heures de marche en faisant reuionter les chalands jusqu'à Matavina.

L'importance de Vatomandry est considérable, et jusqu'ici c'est un des ports les plus importants de la côte Est, après Tamatave.

C'est là en effet qu'aboutit la route la plus courte de Tananarive à un port, car, si médiocre que soit la rade de Vatomandry, il y a encore un semblant d'abri, tandis qu'à Andévorante il n'y en a aucun ; enfin le commerce y est considérable et la colonie européenne nombreuse. Les paquebots de la Compagnie havraise péninsulaire, se rendant du Havre à Tamatave, font escale à Vatomandry.

Mahanoro. — Mahanoro est un port à environ 35 milles de Vatomandry. Le village s'élève sur une presqu'île boisée dont le point culminant, situé à l'Ouest, à environ 40 mètres d'altitude, est un excellent repère pour atterrir.

Les établissements européens sont sur la plage.

Une chaîne de récifs s'étend de la pointe Est de la presqu'île vers le Nord- Nord Est, à 4 milles environ.

En dedans de l'entrée, se trouve une lagune où débouchent deux rivières: à l'Ouest la Tantamo, au Nord la Sahasaka. Après avoir doublé le récif, par le Nord si l'on vient du Sud, ou bien en suivant la côte d'assez près, si Ton vient du Nord, on amène le màt de pavillon du rova par le point le plus élevé de la presqu'île au Sud 20° Ouest et l'on suit ce relèvement sur lequel on mouille par 9 mètres de fond.

L'embouchure de la rivière change souvent de place.

Déviation de l'aiguille aimantée. — Au Nord et près de Mahanoro, une influence locale détermine une déviation notable de Taiguille aimantée.

La déclinaison Nord-Ouest paraît plus forte qu'au large de 5 à 4 degrés. Au Sud de Mahanoro, la côte se poursuit jusqu\à Mananjary, basse et sablonneuse,remplie d'étangs et de marécages dont Teau est stagnante.

Mangoro. — Le Mangoro, une des plus grandes rivières de la côte Est, se jette à la mer à 5 milles environ au Sud de Mahanoro.

Jusqu'à l'embouchure, son lit est coupé de rapides et semé de roches et de brisants.

Mahela. — Située à l'embouchure de la lagune de Rangazava, Mahela est une rade foraine impraticable pendant la mousson de Sud-Est; mouillage par 22 ou 24 mètres (sable et corail), par le travers du village. Les opérations se font à l'aide des chalands pontés que les maisons européennes possèdent partout où elles ont des comptoirs ; malgré le voisinage de Mananjary, Mahela a un certain mouvement d'aiîaires.

Mananjary. — Mananjary ou Masindrano, à 15 milles au sud de Mahela, est un village bâti sur une pointe de sable, sur la rive gauche de la rivière Mananjary. Les maisons européennes y sont nombreuses, car ce port, où aboutit la route du Betsileo, est l'un des plus commerçants de la côte Est.

La rivière est assez profonde pour permettre à des bateaux: d'un certain tonnage de remonter à 15 milles en amont, au village de Tsiatosika, où les traitants ont établi leurs magasins. Elle est navigable pour des pirogues pendant une soixantaine de kilomètres. De ce point extrême il faut 5 ou 6 jours de marche pour se rendre à Fianarantsoa, la capitale du pays betsileo.

Si le mouillage de Mananjary était suffisamment siîr, comme il est lelié par la rivière à un centre de production important, les transactions commerciales y prendraient un grand développement. Il n'y a malheureusement qu'une rade foraine, dépourvue d'abri. Les vents du Nord au Sud, en passant à l'Est, la battent en plein. Le fond est de sable gris, de tenue médiocre. La rade est caractérisée par une grande régularité dans le brassiage ; il y a encore 12 mètres d'eau à 600 mètres de la plage, qui est accore et où le ressac est violent. La plage est défendue, sur une longueur de 2 milles, par

l'I. — 1. M.VNANJAIIY ; ENTRÉE DE LA lilVlÈisE. VILLE Ij'aNTSIRANE (DIECU SLaLEZ).

GÉOGRAPHIE

un récif de corail qui s'amorce à la côte à 1 mille environ du sud de l'embouchure de la rivièi'e et qui se termine au Nord par un chapelet de petits fonds, de 9 tà 10 mètres, sur lesquels la mer est toujours grosse.

L'embouchure est fermée par une barre qui, légèi'ement protégée par le récif, est praticable pour les chalands pontés du pays. Il y a de 4 à 600 mètres entre la plage et le récif, et la mer y est toujours grosse. On ne peut songer à accoster à la plage, il faut franchir la barre et courir entre le récif et la terre jusqu'à la fin du brisant. La barre est presque toujours accessible; elle devient impraticable avec les vents d'Ouest à Sud-Ouest.

On aperçoit à l'intérieur, derrière Mananjary, une montagne isolée qui rend l'atterrissage facile. La Meurtiic a mouillé par 17 mètres de fond (sable gris), en prenant le màt de pavillon du Comptoir d'escompte par la montagne isolée, au vSud 60'' Ouest, à un peu plus de i 200 mètres du récif. Il est préférable de ne pas mouiller plus près de terre, où la houle est dure et forte.

Au delà de Mananjary, la côte se continue toujours basse et marécageuse.

Le Faraony. — Le Faraony se trouve tà environ 55 milles plus au Sud, et quelques personnes ont cru trouver à son embouchure une rade plus propice aux transactions que celle de Mananjary, dont Finsécurité. jointe à la difficulté des communications avec la terre, est une grande entrave pour le commerce, qui ne peut s'y faire qu à l'aide de chalands pontés. A la suite d'accidents survenus dans des tentatives faites pour franchir la barre, le Faraony reste très discrédité auprès des patrons indigènes. Le Faberl a eu. Fan passé, l'occasion de faire une reconnaissance rapide de la rade et de la barre. 11 était mouillé à environ 1 000 mètres des brisants par 18 mètres de fond (sable vaseux), dans les relèvements suivants :

Piton du Sud Nord 88° Ouest

Village Nord 70*^ Ouest

Arbre parasol Nord 66° Ouest

Piton du Nord Nord 47° Ouest

11 résulte des sondages effectués par les officiers de ce navire que les deux passes extérieures du Faraony ont environ 5 mètres de profondeur et ne sont praticables, par beau temps, qu'aux chalands pontés et bien manœuvrés. Le cours de la rivière est encombré de bancs qui en rendent la navigation difficile, même pour les pirogues.

La rade intérieure formée par une longue ligne de récifs n'a pas plus de 5 à 6 mètres de profondeur.

La rade extérieure ne possède aucun abri et la tenue y est médiocre, sur un fond de sable vaseux et de corail. En somme, ce point paraît inférieur à Mananjary pour les besoins du commerce et de la navigation.

Rivière Matitanana. — Par 22^25' Sud, la Matitanana forme un large estuaire où aboutissent deux cours d'eau, l'Anolaka au Nord, le Mainty au Sud. Les points importants que baigne la Matitanana sont à 5 ou 6 milles dans l'intérieur; sur la rive gauche, la ville d'Ambatomasina et le fort

d'Ambohipeno. A 1 mille 1/4 de terre, la sonde accuse de 23 à 24 mètres, mais les brisants semblent barrer entièrement l'embouchure à i/2 mille au large.

Ranambo. — A 5 milles au sud de la Matitanana, à Ranambo, un récif de 7 milles de long, parallèle à la côte et soudé à elle au Nord, presque accore au large, forme avec la côte une rade intérieure de 1 000 mètres de large environ ; s'il existait dans le récif une passe en tout temps praticable, on aurait là un abri sûr et précieux. Il se faisait autrefois à Ranambo un trafic de bœufs assez considérable; il existe, paraît-il, deux passes dans le récif.

Ce point est aujourd'hui abandonné par le commerce.

Farafangana. — Large estuaire à l'embouchure commune de plusieurs rivières : Manambavana, Manampatrana, Manambato. Sur la rive droite, près de l'embouchure, se trouve le village de Farafangana, plus connu des Malgaches sous le nom d'Ambahy. Mouillage par 58 mètres, fond de sable vaseux, en tenant la rivière à l'Ouest. Les communications avec la terre sont difficiles quand on ne peut pas pénétrer dans la rivière, car il n'y a pas de point de débarquement accessible sur la côte.

Le service de transbordement ou de débarquement est effectué par une dizaine de chalands de 4 à 5 tonnes.

Farafangana concentre tout le commerce de cetle région. Un de ses principaux centres de transit est Yangaindrano, à une journée de marche au Sud, sur la rive droite de la rivière Mananara, à 2 heures de la mer.

Considérée comme l'une des villes les plus malsaines de la côte Est, à cause de sa position au milieu des marais, et possédant néanmoins des succursales de quelques grandes maisons de commerce, Yangaindrano verra se développer son trafic lorsque les voies de communication intérieures seront ouvertes.

La côte, de très basse qu'elle était depuis Foulepointe, commence à s'accidenter des contreforts extrêmes du grand plateau betsileo. Les marécages tendent à disparaître; mais la côte est dépourvue de baies ou de rades où l'on puisse s'abriter. Pour trouver un bon mouillage, il faut aller jusqu'à Ambatobé.

Roches d'Ambatobé. — Ces roches, par 24^^25' Sud, sont devant une rivière dont l'embouchure est facilement reconnaissable, défendue par des brisants.

Tout auprès, dans le Sud, il y a un bon débarcadère formé par un contour de la plage avec des roches qui s'étendent au large.

Pour se rendre au mouillage, gouverner au Nord 28° Ouest sur une montagne en forme de pouce qui est située à 10 milles à l'intérieur.

Mouiller par 58 mètres devant le débarcadère. La tenue est bonne, le fond est de sable et de roches.

GfiOGRAI>IIIK.

Sainte-Luce. — Sainte-Luce ou ManafiafV, à 40 kilomètres Siid-Oiicst, oîTre un très bon abri aux petits bâtiments dans l'ouest des îles Sainte-Luce.

Cette baie est formée par la côte et par quatre îles principabîs, entourées de roches et de brisants, qui s'étendent vers le Nord; elle a 1 mille de longueur à Feutrée, sur 1 mille 1/2 de profondeur. Les vents de Nord-Est donnent en plein dans la baie, mais n'y soulèvent pas de grosse mer. Les vents de Sud-Est, au contraire, malgré l'abri des îles, rendent la mer très clapoteuse.

Le débarcadère est au fond de la baie.

Pour entrer dans la baie de Sainte-Luce, en venant du Nord, il faut gouverner au Sud-Sud-Ouest sur Tîle du Nord (île Souillac), en passant à une encàblure au moins, et, dès que Ton aperçoit au fond de la baie une pointe saillante près de laquelle gît une petite ville, gouverner dessus pour aller au mouillage que Ton prend par 15 mètres (sable et corail), en relevant Tile du Nord au Sud-Est.

C'est à Sainte-Luce que Pronis fonda le premier établissement français, en 1644.

Baie de Fort-Dauphin. — La baie de Fort-Dauphin s'étend entre la pointe d'itaperina et une presqu'île rattachée à la terre par un isthme étroit. Le fond est bordé d'une plage de sable, devant laquelle il y a quelques roches.

Fort-Dauphin est le port le plus Sud de la côte Est de .Madagascar.

C'est un de nos premiers comptoirs, avec Sainte-Luce, et la ville elle-même a été fondée par Pronis, premier explorateur français h Madagascar. Cet établissement fut abandonné à cause de son insalubrité, et le fort que les Français avaient construit dans la partie Nord de la prescju'île est maintenant en ruines; il n'en reste qu'une muraille semi-circulaire qui sert d'amers pour gagner le mouillage.

Depuis quelques années, Fort-Dauphin a repris une grande iuq)ortance, par suite de la découverte et de l'exploitation du caoutchouc dans la région australe.

La presqu'île forme avec la côte Ouest l'anse Daupliine, dans laquelle on mouille par 10 mètres en relevant la pointe de la pres(]u'ile du fort entre l'Est et l'Est-Sud-Est, à une encàblure et demie environ; la tenue est bonne à ce mouillage; mais, si l'on doit y séjourner, il faut aft'ourcher Nord-Est, Nord- Ouest, atterrir à 50 ou 55 milles au nord de Fort-Dauphin à cause des fortes brises de Nord-Est qui soufflent souvent dans ces parages et produisent de violents courants portant au Sud, ranger la côte à 10 milles, passer à 1 mille de la roche d'Itaperina, gouverner sur la pointe du fort, la doubler h deux encablures au moins, mettre le cap sur le fond de la baie et mouiller comme il est dit ci-dessus.

Ranofotsy. — Ranofotsy ou baie des Galions est à 15 milles de Fort-Daupliin. La baie, de forme ovale, de 1 mille '1/2 sur 2, est fermée par un banc de corail qui laisse une passe de chaque côté. Mouiller, soit h l'Est, soit à l'Ouest, près du récif, par 7 mètres de fond.

Andrahomanana. — Petite anse accessible aux bâtiments d'un faible onnage par des temps maniables et belle mer. Bon abri, mais beaucoup de ressac.

Au sud d' Andrahomanana, et jusqu'au cap Sainte-Marie, il n'y a plus de mouillage qui mérite d'être mentionné. La côte est accore et on trouve en général une profondeur de 70 à 90 mètres, à 4 ou 5 milles au large sur un banc de sondes qui entoure la partie Sud de Madagascar.

Page 1