‹ Guide de l'immigrant aÌ€ Madagascar (volume 2)Chapitre 68 sur 89 · FORÊTS DU SUD-EST · texte numérisé non relu

FORÊTS DU SUD-EST

Répartition des forêts. — Tout le long de la route de Tananarive à Fianarantsoa, on constate le manque presque absolu de forets. On peut citer cependant les exceptions suivantes :

a) Le massif très élevé de TAnkaratra, dont les premières rampes se trouvent à trois heures à l'ouest du village d'Ambatolampy, est quelque peu boisé.

b) Entre Ambohimanjaka et Ilaka, se trouvent par place des arbres de petite taille, les tapias, qui forment des massifs clairs et irréguliers.

c) Entre Ambositra et Fiadanana, sur le plateau de 1 700 mètres qui sépare les vallées de l lvato et de la Mania, on rencontre les vestiges d'une forêt assez étendue, mais dont les débris sont attaqués de tous côtés par la hache et le feu.

Enfin quelques taches de broussailles se remarquent assez fréquemment le long du chemin entre Ambohimalia et Alakamisy.

Des régions boisées plus importantes se dessinent, il est vrai, à l'Est, aux confins du Betsiléo, sur les montagnes formant la limite des bassins de l'océan Indien et du canal de Mozambique.

Quant à la partie Ouest du Betsiléo, elle semble privée, à peu près complètement, de végétation ligneuse ; aussi loin que la vue peut s étendre des plus

4. Extrait du rapport de M. Cliapotte, gouverneur général des forêts.

FORÊTS

hauts sommets de rintériciir, l'on ne distinp^ue aucune forêt de ce côté.

De Fianarantsoa à la haute vallée du Mandraré, pendant dix-huit jours de marche, on ne rencontre nulle part de forêt importante, mais seulement quelques taches de hroussailles sur des versants rocheux et arides, des rubans d"arbres le long des cours d'eau, enfin des arbres épars dans les vallées du ïsimandao, du Fandramanana, du Mangoka et du Mandraré.

A partir de Tamotamo cependant, des massifs assez vastes apparaissent à rOuest et se rattachent par leur nature, à la zone boisée :Ju Sud et du Sud- Ouest.

Ce n'est qu'après avoir traversé la haute vallée du Mandraré que l'on trouve les véritables forêts, occupant les deux chaînes de montagnes parallèles à la vallée d'Ambolo.

La première chaîne, celle qui sépare les vallées dWmbolo et du Mandraré, commence à être boisée sur le versant Nord-Ouest dès l'altitude de GOO mètres, en moyenne, et, sur l'autre versant, la forêt descend jusque vers 400 mètres; la traversée complète dure six heures (cette traversée est beaucoup plus longue que ne le comporte la distance, en raison du mauvais état des chemms) en passant par l'altitude de 1 500 mètres.

La deuxième chaîne, moins élevée et plus étroite, ne dépasse guère 800 mètres, au point du moins où elle a été franchie; la forêt, dont la traversée demande trois heures, descend jusqu'à 250 mètres d'altitude environ, sur les deux versants.

En dehors de ces deux chaînes principales, il existe aux abords du chemin suivi, du côté de Fort-Dauphin, plusieurs massifs détachés, présentant tous les intermédiaires entre la forêt et la brousse.

La région située à l'ouest et au nord-ouest de Fort-Dauphin est très boisée, mais ce sont des forêts d une nature spéciale présentant partout le même aspect, sorte de brousse compacte et impénétrable dans laquelle existe l'arbuste à caoutchouc.

Ce genre de végétation ligneuse a été rencontré partout dans une excursion circulaire de treize jours consacrée à visiter la vallée du Mandraré.

On admet généralement, bien que ces contrées soienj encore très peu connues, que le genre de brousse dont il s'agit occupe toute la région habitée par les Antandroy et les Mahafaly, ne dépassant pas une zone basse dont la limite au Nord est le 24^ degré le latitude et à l'Est le 44*^ degré et demi de longitude.

De Fort-Dauphin à Farafangana, le long du chemin qui suit de très près le littoral, il n'existe pas de forêts étendues; les défrichements, plus nombreux dans cette région que partout ailleurs, les font reculer chaque jour. Il reste cependant, entre Fort-Dauphin et Sainte-Luce, quelques bosquets renfermant de petites pièces de charpente. Plus à l'intérieur et jusqu'à l'embouchure de la Manantena, des massifs encore assez importants, situés à une faible altitude, se trouvent interposés entre le littoral et les chaînes boisées de l'Ouest.

De Farafangana à Ikongo, la région, très accidentée, mais dont l'altitude ne dépasse pas 500 mètres, est un mélange de pâturages et de débris de forêts, celles-ci occupant, généralement, les sommets des mamelons.

GUIDE DE L'niMIGRANT A MADAGASCAH.

A mesure que l'on s'avance dans l'intérieur, la proportion des parties boisées augmente; mais il n'y a nulle part de grand massif. Les défrichements ont entamé partout l'immense zone forestière qui devait exister primitivement.

Enfin, entre Ikongo et Fianarantsoa on franchit la chaîne boisée qui forme la ligne de partage des versants Est et Ouest de l'île. Après avoir traversé des massifs boisés importants, quoique aussi fortement entamés par les défrichements, on entre dans la forêt proprement dite à 800 mètres d'altitude pour monter à 1 200 mètres et franchir ensuite un plateau où les clairières sont fréquentes. La traversée complète de la région boisée dure à peine trois heures.

Nature et emploi des produits des forêts. — Ces forets peuvent se classer en quatre types principaux au point de vue des ressources qui les composent, savoir :

a) Celles qui occupent les hautes régions de l'intérieur;

b) Celles qui couronnent les chaînes de montagnes séparant le versant de l'océan Indien de celui du canal de Mozambique ;

c) Les forets du littoral de la cote Est et des terrains d'une altitude inférieure à 500 mètres ;

d) Celles réparties dans les plaines basses et sèches de la région du Sud et du Sud-Ouest.

a) Les forêts du premier type sont peu nombreuses. Elles comprennent les quelques bois de tapia et les (juelqucs massifs situés entre Antsirabé et Fianarantsoa.

Le tapia (Chrysopia), petit arbre à l'aspect tourmenté, ne dépasse guère 8 à 10 mètres de hauteur maxima, sur 1 mètre de ciiconférence. La cime, arrondie et très développée, atteint, lorsque le sujet est isolé, un diamètre égal à la hauteur de Larbre. Le feuillage, d'un vert sombre, est abondant, il sert de nourriture à un ver à soie indigène, le Landintapia. Le fruit, de la grosseur d'une cerise, est comestible; le bois, par suite de la torsion du tronc, ne peut guère servir qu'au cliaulïage.

L'essence repousse de souche, résiste assez bien aux incendies et prospère dans les sols rocheux et arides. Elles peut donc être précieuse, tant au point de vue du l)oisement qu'au point de vue industriel.

Les petits massifs isolés que l'on rencontre entre Ambo.-itra et Fiadanana sont peuplés d'essences mélangées, bois communs pour la plupart. On y retrouve notamment le lalona [Weinmannia bojcrania), l'hazondrano [FAœodc7idron), le varongy (Ocotca tricopJilebia), Fangavodiana (Agaiiria salicifolia), le falamborona, l'ambora, le ranjo (Dracœna reflexa), Fharongana (Haronga madacjascariensis), le ramanjavona, qui surmontent un sous-bois fourré dans lequel le petit bambou domine.

Les beaux et gros arbres sont peu nombreux; mais, tels quels, ils peuvent servir néanmoins aux usages locaux, charpente, planches et chauiïage et, à ce titre, la conservation de ce qui reste s'impose dans une région complètement déboisée, abstraction faite de toute autre considération.

FORKTS.

b) Dans cette catégorie, se ranj^eiU les zones forestières qui limitent la vallée d'Anibolo et se prolongent au .Nord-Est, en se rattachant à la ligne de partage des eaux de Tile.

Le sol est partout gi'anitique et assez fertile; on y rencontre de nondjreux ruisseaux et une humidité constante, grâce à la fréquence des pluies.

La première chaîne boisée, qui sépare les vallées du Mandraré et d And)ol(), présente une belle végétation, mais, d'une façon générale, le sous-bois y est très développé.

Dans plusieurs parties, les fourrés de i)aiid)ous occupent une très large place, surmontés par de vieux arbres assez clairsemés, et qui atteignent 5", 50 de tour.

Les jeunes bois et surtout les bois moyens semblent faire défaut; les essences précieuses, Tébène et le palissandre, ne sont pas très répanduc^s, et Ton trouve principalement des bois communs : le lalona, le rotra ou fauxacajou iEuçjenia), le ramy, le kind)a ou kijy, le varongy, Thazomena ( Weinnianiiia Rutenbergii], le voanana {Elœocarpus), Thalopotsy, Thalampona [Dombeya], etc.

Depuis la disparition à peu près complète du caoutchouc dans les régions soumises, le commerce de la province, particulièrement celui de Fort-Dauphin, périclite malgré les efforts faits par Tadministration pour amener les indigènes à cultiver les terres et à soigner, dans leur intérêt même, les végétaux précieux des forêts. Cette dernière reconmiandation, c[u"ils ont fini par comprendre, commence cependant <à être mise en pratique par eux.

La deuxième chaîne, située à l'est de la vallée d'Ambolo, est mieux constituée, et la forêt, moins encombrée de sous-bois, est plus pénétrable ; les arbres, dont la plupart sont jeunes, sont serrés, élancés, à fiit rectiligne : les plus gros sujets atteignent 2'", 50 de tour. Comme essences, ce sont les mêmes que celles de la zone précédente avec une proportioii plus grande, mais toujours assez faible, de palissandre et surtout d ébène.

Les mêmes caractères généraux se retrouvent au sommet de l'arête faîtière entre Ikongo et Vinanitelo. C'est dans cette partie que se rencontrent les plus beaux et les plus gros arbres.

Parmi les bois communs, le lalona, le varongy, l'hazondrano, le nato [Imbricaria madagaHcariensis). l'hazomena, le vintanina [Calophyllum spurium), qui atteignent et même dépassent ô mètres de tour, le kaboka, le sana (Elœocarpus), I harongana, l'hafopotsy, le vantsilana, plus petits. Enfin, comme bois d'ébénisterie, des palissandres assez nombreux et élancés, de '2'". 50 à 5 mètres de tour, des ébéniers et des bois de rose, moins répandus et de plus faibles dimensions.

Dès qu'on atteint le plateau de 1 '200 mètres qui fait suite au versant Est de la chaîne, la végétation devient beaucoup moins vigoureuse : ce ne sont plus guère que des perchis situés en sol argileux, compact et facilement envahi par les bruyères et les fougères dès qu'on vient à le découvrir.

Les forêts du type considéré renferment aussi différentes espèces de lianes <à caoutchouc, très peu exploitées jusqu'ici, au moins dans les régions de Fort-Dauphin et d'Ikongo.

Il semble permis de conclure des faits qui précédent, quoique résultant d'observations incomplètes, que la région forestière de l'est de l'île présente, sur de vastes étendues, une grande uniformité d'aspect et de consistance. Les mêmes essences, reconnues sur la route de Tamatave à Tananarive, dans les régions d'Analamazaotra et d'Ankeramadinika, se retrouvent à l'Extrême Sud aux altitudes correspondantes.

Nulle part on ne rencontre de massifs purs, mais partout, au contraire, un mélange confus d'espèces aussi variées dans leurs qualités que dans leurs emplois, sans qu'il soit possible de remarquer, en un seul point, la prédominance accentuée d'aucune d'elles.

c) Il y a peu de choses à dire des forêts du littoral, sinon qu'elles sont en voie complète de destruction. Il en est de même pour celles qui peuvent encore exister dans les parties basses qui précèdent la cbaîne faîtière.

Au bord immédiat du rivage, on trouve quelques essences spéciales : le nato de la côte {Imbricaria), au port généralement tourmenté et d'une faible hauteur, l'atafanaou badamier {TenninaUa Catappa), lefotatra, arbre assez rare, aux gros fruits en forme de trièdre, le varikandra, aux fruits comestibles, le ravinala, le vakoa et le fandrana (Pandanus), aux nombreuses racines adventives, qui existent surtout au bord des rivières et des lagunes; enfin quelques très rares bouquets de filaos [Casuarina equisitifolla).

Au delà, assez loin dans l'intérieur, les quelques massifs détachés qui se rencontrent, surtout au sud du Manantena, renferment d'assez beaux arbres pouvant atteindre trois mètres de tour. C'est là (pie Ton trouve quelques bois durs spéciaux tels que l'indranindrana ou hintsina (Afzelia madagascariensis)y le zambé ou zabana (Phyllarfron hojeriamnn). A ces essences, il faut ajouter le takamahaka (Calopliylhim inoplnjllinn), très voisin du vintanina, et dont on se sert pour la confection des pirogues, le nato, à grandes feuilles (Imbricaria), le fotona, aux feuilles petites et au bois jaune, très répandu, le voapaka, aux fruits comestibles, le voatalana, aux fruits à coque allongée, pointue, creusée de sillons et renfermant de nombreuses graines, plusieurs variétés d'ébéniers, le palissandre, l'hazondrano, exploité comme arbre à caoutchouc et qui diffère un peu de celui connu sous le même nom à Tananarive, aux feuilles opposées et aux fleurs analogues à celles de la famille des Solanées, enfin plusieurs espèces de lianes à caoutchouc, pouvant être rangées dans les deux genres voisins des Vahea et des Landolphia qui appartiennent à la même famille des Apocynacées. Parmi deux espèces reconnues à Vohitokana, l'une est très certainement le Landolphia madagascariensis, pouvant atteindre 0",50 de tour, et l'autre probablement le Landolphia comoriensis.

Les vestiges d'anciennes forêts, que l'on voit surtout entre Mahamanina et Ikongo, sont peu intéressants comme ressources. Le lalona y domine; mais les gros sujets y sont très rares, fortement mélangés aux ravinala et aux bambous. Le ravinala est excessivement répandu dans toute la zone comprise entre Fort-Dauphin et Ikongo ; il va du bord de la mer à la chaîne faîtière, formant parfois de véritables forêts. Le rafia, par contre, est beaucoup plus rare.

FORÊTS

Il convient de signaler enfin, dans cette même région de Farafangana à Ikongo, Taviavindrano [Ficus Iricliopoda), qui se rencontre assez fré(juemmenl à l'état isolé dans les parties basses et humides, et qui paraît avoir été exploité, sur quelques points, comme arbre à caoutchouc. Comme cette première espèce, le nonoka (Ficus Melleri), arbre du même genre, existe également, à l'état isolé, dans la même zone, mais il est beaucoup plus rare.

(1) Les forêts de ce type, qui occupent tout Touest et le nord-ouest de Fort- Dauphin, ne renferment aucun arbre au sens propre du mot, sauf ceux qui bordent les com^s d'eau; ce sont partout des arbustes et des arbrisseaux.

Les végétaux ligneux y revêtent, pour la plupart, des formes particulières. On y trouve tout d'abord les nopals, qui ne manquent nulle part et sont très abondants sur certains points, de nombreux buissons épineux du genre Mimosa, des euphorbiacées, d'aspects variables, toutes caractérisées par l'absence de feuilles et par la présence de vaisseaux laticifères sécrétant un suc blanchâtre.

L'une des plus grandes espèces [Euphorbia tirucalli), qui atteint 5 à 4 mètres de haut, présente une écorce unie, s exfoliant en larges plaques minces, comme celle du bouleau, laissant apparaître en dessous l'enveloppe cellulaire verte; les ramifications du tronc sont terminées par des touffes serrées de petits rameaux verts cylindriques, analogues, comme aspect, à ceux du gui ; le latex, acre et très caustique, poisse entre les doigts sans se coaguler.

Une autre espèce [Euphorbia stenoclada) a un tronc droit, nu et non ramifié, couvert d'un rhytidome gerçuré rappelant celui du sapin. Tous les rameaux plus ou moins arrondis et subdivisés sont rassemblés au sommet du tronc, formant ainsi une grosse couronne vert blanchâtre, très touffue et épineuse. Le latex, épais et jaunâtre, se coagule à l'air, donnant ainsi une sorte de résine qui acquiert, en se solidifiant, une certaine dureté.

La troisième espèce d'euphorbiacées est celle qui donne le caoutchouc; elle est connue sous le nom local d'intisy. De moindres dimensions que les espèces déjà citées, l'intisy ne dépasse pas 60 centimètres de circonférence sur 5'",d0 de hauteur maxima. Il se maintient droit dans sa jeunesse, mais contracte en vieillissant la forme légèrement pleureuse. Les ramifications, très grêles, passent par gradations insensibles, de la tige aux plus menues branches, celles-ci cylindriques et d'un vert accentué. A défaut de feuilles véritables, il convient de mentionner cependant quelques stipules herbacées, linéaires, allongées de 5 à 6 centimètres, qui ont été remarquées aux nœuds, près des bourgeons latéraux. La ramification n'est ni nettement opposée, ni nettement alterne, mais assez irrégulièrement verticillée, chaque bourgeon terminal donnant naissance à trois pousses au plus.

Il semblerait résulter de l examcn de la section de certaines tiges que l'accroissement du diamètre est très lent (5 millimètres par année). Le fruit examiné en état imparfait de maturité est une capsule ovoïde de la grosseur d'une cerise, atténuée à la base, étranglée vers le milieu suivant la cloison qui la divise en deux loges, à péricarpe lisse et mince. Chaque loge contient une graine h épispermc également mince et paraissant peu résistant.

L'intisy, lorsqu'il est jeune, a l'écorce verdàtre, assez luisante; elle tire

sur le gris jaunâtre avec l'âge. L'arbuste, assez peu groupé, est d'autant moins apparent qu'il a une ramification grêle et se trouve en sous-étage dominé par les autres végétaux de la brousse et qu'il forme à peine le dixième du peuplement dans les parties oii il est le plus abondant.

Il y a encore, dans cette brousse, certaines autres espèces d'euphorbiacées, petites et moins abondantes que celles qui viennent d'être décrites.

Enfin, il convient de citer, pour clore la série de ces végétaux particuliers, une essence, peut-être la plus répandue, désignée sous les noms de fatsiholitra et de raotsy (c'est sans doute un Didierea, genre très curieux, découvert par M. Grandidier, et classé par Bâillon dans la famille des Sapindacées). Elle se signale de loin tant par son aspect dominant que par sa forme étrange.

Le tronc se divise, une fois pour toutes, à une hauteur variable, en plusieurs grosses branches qui s'écartent plus ou moins de la verticale et se recourbent au dehors vers leur extrémité. Il n'y a aucune ramification secondaire ; les branches et le tronc sont garnis circulairement de très petites feuilles sessiles et de nombreuses épines, de telle sorte que l'ensemble imite assez bien un gigantesque lycopode. Certains sujets atteignent 8 mètres de hauteur sur 40 centimètres de diamètre, mais la plupart ne dépassent pas 4 mètres. A Tsilamatsa, les plus gros sont débités en planches d'un grain blanc et tendre.

Dans les parties de la brousse un | eu plus claires, il existe quelques essences, toujours très rares, atteignant la taille de petits arbres, notamment le fingotra aux grandes feuilles décomposées et l'halomborona, aux fleurs en ombelle et aux feuilles découpées en très jietitcs folioles, enfin, comme arbuste, le mandrika, aux fleurs jaunes et aux feuilles compo.^ces.

En dehors des catégories de forêts ci-dessus décrites, il convient de signaler les essences qui, sans former de massifs propres, se rencontrent en diverses régions, soit à l'état isolé, soit en bordure des cours d'eau.

a) Arbres isolés. — Parmi ceux-ci, l'amontana {Ficus Baroni) se trouve, à la fois, dans le Betsiléo, dans l'intérieur et aussi, quoique plus rarement, sur le littoral.

On rencontre dans tout l'intérieur, depuis la vallée du Tsimandao, ainsi qu'au Sud et au Sud-Ouest, aux altitudes inférieures à 800 mètres, savoir :

L'ara (Ficus), aux fruits comestibles, plus petits que la figue ordinaire;

Le fano, espèce d'acacia aux feuilles décomposées ;

Le sakoa ou arbre de Cythère [Spondias cytherea), très commun dans toutes les plaines ;

Le vandrika [Craspidospermum verticillatum) , qui reste partout à l'état de grand buisson ;

Le \ olombovo^di {Albizzia fastigiata), ordinairement en compagnie du sakoa et aussi très abondant ;

L'harongana, très coumum à mesure que l'on descend au Sud, etc.

D'autres espèces plus rares n'existent qu'en des points déterminés savoir :

Le fatora ([)laine du Tsimandao), aux feuilles composées, trifoliolées, aux jeunes pousses, bourgeons et feuilles velus, jaunâtres;

FUKÈTS.

Le mandoavata (en avant d'ihosy), aux feuilles composées à folioles très acuminées ;

Le mangarahara (vallée de Fandramanana), aux: feuilles composées et aux fleurs blanches odorantes ;

Le taratana (vallée du Tsimandao), aux fleurs petites en panicules et aux feuilles alIonji;ées, à long pétiole et groupées aux extrémités des pousses ;

L aviavy (Ficus), aux fruits de la grosseur d'un pois, rencontré dans la plaine d"lhos\ , et dans la haute vallée d'Amholo ;

L hafopotsy [Ahutilon ancjulatum, Mast.) et le fopohana (Ficw^j, aux fruits comestibles, reconnu sur le plateau de i'Horomhé :

Le tsaramadina {Ficus), dont un sujet superbe et unique a été vu dans la haute vallée du Mandraré.

Les baobabs, spéciaux au Sud-Ouest, sont représentés par deux espèces :

1" Lesbontona ou renibeala [Adansonia madagascariensis et A. Grandidieri), qui apparaissent dès la haute vallée du Mandraré à l'altitude de ÔOO mètres et se trouvent ordinairement isolés en conqwgnie du sakoa; ils atteignent jusqu'à 8 mètres de tour sur une hauteur restreinte (20 mètres au maximum) ;

2° L hazomalemy [Adansonia Zal), de beaucoup plus petite taille et sécrétant une sorte de gomme, n'a été vu qu'en un seul endroit, à Ranofotsy,

b) Arbres bordant les cours d'eau. — Parmi ceux qui se rencontrent, tant à l'intérieur qu'au Sud-Ouest, on peut citer :

Le lalona et le rotsa, dans le Sud {Eugenia), qui apparaissent dès le Betsiléo et descendent jusqu'à la mer;

L adabo (Ficus), aux fruits gros comme une orange, non comeslibles ;

Le soaravina, bel arbre aux feuilles allongées et verticillées, très répandu :

Le sohihy, aux feuilles simples, alternes, et aux fleurs en grappes ;

Le vakoa, qui existe seulement dans les bas-fonds marécageux.

Dans la basse vallée du Mandraré, ces essences, en bordure du fleuve, s'accompagnent du kily ou tamarin {Tamarinus indica) qui se rencontre dès la basse vallée du Fanjahira et dont plusieurs sujets atteignent une très belle taille, et du sovika, à feuilles composées petites.

c) Arbustes et arbrisseaux. — Les arbustes et arbrisseaux rencontrés en cours de tournée sont très variés. Il y en a qui existent partout, il y en a qui sont plus localisés; les uns isolés, ou par taches exclusives: les autres, mélangés et constituant les broussailles de l'intérieur et du littoral.

Sans pouvoir les nommer tous, d'autant plus que pour beaucoup aucun nom indigène n'a pu être recueilli, on peut citer cepiMidant les suivants, en les classant, autant que possible, par lial)itat, savoir :

l'' Ceux employés concurremment avec les cactus ou nopals, aux clôtures des villages, aussi bien dans le Betsiléo qu^ dans le Sud :

Le dingadingana [Psiadia dodonœœfolia) ^ le kinapotsy ou savoa,

pignon ^d'Inde (Jatropha curcas^ L.) qui reprend facilement par plançons et boutures, le tsiafakomby (Cœsalpinia sepiaria) et le roimemy {Mimosa latispinosa) , ces deux derniers épineux.

2° Ceux plus spéciaux au plateau central, savoir :

Le tsiho [Salix madagascariensis) , reconnu sur les bords du Kelilalina ;

Le borona, qui existe près du pic Vohibé, sur le chemin de Fianarantsoa à Ambohimandroso ;

Le fanory [Gomphocarpus fructicosus), aux fleurs jaunes en ombelles et dont les baies cotonneuses servent aux indigènes pour la confection des matelas ;

Le kandafotsy et le rambiazina, deux arbrisseaux.

5° Ceux des vallées du Tsimandao et du Fandramanana :

Le fandrio, aux fleurs roses ;

Le fandevo, arbrisseau euphorbiacé aux fruits à piquants ;

Le fanerana, bel arbuste aux fleurs en ombelles, avec des feuilles opposées vert sombre et de petits fruits cylindriques ;

Le fatsimainty, abondant par taches, aux feuilles très petites, aux rameaux épineux, grêles et pleureurs, ressemblant de loin au tamarix ;

L'hazombato, aux feuilles composées et à pétiole ailé ;

L'hazopapango, aux feuilles petites, dressées ;

L'hosandahy [Xeropltyta sessiliflora), petite plante des roches, à fleurs bleues ;

Le kivozo (Ficus claoxyloides), à fruits amers ; Le limena, aux feuilles opposées dressées et aux fleurs roses; Le mananotsa (Vernonia sp.), aux feuilles composées, groupées en bouquets très denses ;

Le rafy [Mœsa trichophlebia, Baker), aux fleurs petites en panicules; Le salotsa, aux fleurs jaunes papilionacées ;

Le somana, petite plante des rochers, à épines et à feuilles en couronne à la base, et aux tleuis jaunes groupées au sommet d'une longue tige nue; Le somotsohy, à gr.indes feuilles composées ; Le tandrokosy, à fleurs roses très petites ;

Le vovona, à fleurs petites, en chatons lâches, et le torovoka, qui donne un suc blanc laiteux et poissant les mains, et à petits fruits cylindriques.

î° Ceux des environs dllwsy :

L'aimboambo, aux feuilles composées, petites et blanchâtres et à l'inflorescence en chatons ;

L'hazotana, aux fleurs roses, petites, en grappes ;

Le kipoapoaka, papilionacée aux fleurs jaune rose en grappes ;

Le rabonanondry, mimosée aux feuilles surdécomposées, à folioles linéaires, ne dépassant pas deux millimètres de long ;

Le talio, grand arbuste épineux ;

Le pisopiso ;

Le tsingilofilo, arbrisseau épineux, aux feuilles petites ; Le tohiravina ;

FORKTS.

mandravasarotra :

Le fanalalahy, IVuilles petites ; Le dara et l anaketona.

5" Quelques espèces reconnues entre Ihosij et Fort -Dauphin :

Le sanadriaka, arbrisseau à fleurs jaune rougeàtre, reneontré en quittant le plateau de rilorombé ;

L ahipotsy, à écorce «ierrurée, épaisse, résistant assez bien aux incendies, trouvé dans la vallée du Mangoka, au delà de Bétroky ;

Le kimaotsa, ai brisseau, dans la même vallée ;

Le sofinondry, aux feuilles petites, l'asciculées, reconnu dans la vallée du Tamotamo.

Les espèces communes à la fois à Vintérieur et à la côte, savoir :

Le lamoty ou prunier de Madagascar {Flacourtia ramontchi), commun dans la région basse du littoral, tant à FOuest qu'au Nord-Est de Fort- Dauphin, et remontant jusqu'à Ihosy ;

Le kidroa, à fleur de caprifoliacée et à silique cylindrique de cinq centimètres contenant d'assez nombreuses graines à aigrette; il existe depuis Mafaitra jusque dans la vallée du Fanjaliira, toujours abondant dans les terrains médiocres ;

Enfin, le voafotsy ou fandramanana [ Aphloia theœformis), arbuste à thé malgache, qui se trouve depuis le plateau central jusqu'à la côte.

7^ Les espèces de la région basse du littoral :

Le citronnier et le voavontaka {Brehmia spinosa), qui apparaissent dès la vallée d'Ambolo, à '200 mètres d'altitude, et sont partout abondants au Nord, au Nord-Est et à FOuest de Fort-Dauphin ;

Le tokambahatra, arbuste à feuilles composées et à fruits rouges en grappes, assez commun dans les mêmes régions ;

Le satrana ou latanier (Hijphœne madagascariensis), qui existe seulement à FOuest de Fort-Dauphin, dans une partie de la vallée du Ranofotsy.

En remontant de Fort-Dauphin à Farafangana, on rencontre sur cette partie du littoral, savoir :

Le tangena ou tanguin (Tanghinia venenifera), assez commun sur le bord du rivage :

Le tamenaka, le falafa, palmier dont Fécorce sert à la confection des parois et du plancher des cases.

Au delà de Farafangana, toujours dans la région côtière, on trouve :

Le noto, ressemblant au lamoty, mais plus petit; il a les feuilles presque orbiculaires: ses fruits, jaunâtres, à deux noyaux, sont comestibles; leur goût rappelle celui des mangues;

Enfin Fambia, arbuste qui présente une écorce subéreuse assez développée, mais paraissant inutilisable dans l'industrie.

Sans vouloir tirer de conclusions trop absolues de la répartition des arbres et arbustes qui vient d'être esquissée, on est amené à faire cette

remarque très naturelle, qu'à des zones différentes par le climat, l'altitude ou le sol, correspondent des flores forestières spéciales, et que celles-ci peuvent à leur tour servir à fixer les limites de ces zones.

La région élevée de l'intérieur, comprise entre Fianarantsoa et le 24^ degré de latitude Sud, tout en restant assez voisine de celle du Betsileo, s'en différencie, aux altitudes inférieures à 800 mètres par l'abondance du sakoa.

Au delà du 24"" degré, les différences deviennent absolument tranchées, et, sauf en ce qui concerne les hautes chaînes de la vallée d'Ambolo qui se prolongent assez loin au Sud-Ouest, le 44*" degré et demi de longitude partagerait assez bien le Sud en deux régions complètement dissemblables, celle de l'Ouest basse et sèche où apparaît le calcaire en même temps que les baobabs, les euphorbiacées, les lataniers, les didiereas, les tamariniers, etc. ; celles de l'Est, plus élevée, plus humide, essentiellement granitique, où les mêmes essences font absolument défaut. Cette dernière région pourrait se subdiviser à son tour en trois zones : la première, celle du littoral, qui est sablonneuse, caractérisée par le citronnier et le voavontaka; la seconde, intermédiaire, où le ravinala est particulièrement abondant; enfin In troisième, celle de la chaîne faîtière, où aucune de ces essences n'est représentée.

S'' Exploitation et commerce des produits des forêts.

11 convient de distinguer, sous ce rapport, les produits ligneux proprement dits et ceux autres que le bois.

Bois. — Toutes les forêts reconnues ont été jusqu'ici plutôt détruites que réellement exploitées. Les besoins de la consommation locale sont, en effet, insignifiants et le commerce d'exportation n'existe nulle part.

Une seule exploitation sérieuse a été tentée dans le Sud par M. Marchai, qui avait obtenu de l'ancien premier ministre hova, Rainilaiarivony, à la date du P' novembre 1889 et pour une durée de dix années, une concession territoriale d'environ 205 000 hectares s'étendant depuis la baie d'iavibola, au Nord, jusqu'à Fort-Dauphin.

Le concessionnaire, qui avait installé ses chantiers de façonnage et ses magasins de dépôt à Sainte-Luce, a fait de très mauvaises affaires. Après une seule année du commerce des bois et une perle d'argent assez considérable, il a dû abandonner complètement l'exploitation qu'il n'a pas reprise depuis 1890, et qu'il ne songe nullement à reprendre.

Le concessionnaire, aux termes de son contrat, versait 20 pour 100 des produits bruts ou façonnés au gouvernement malgache et subissait une nouvelle retenue de 10 pour 100 sur le reste comme taxe douanière d'exportation.

L'ébène, expédié en Europe, généralement de trop faibles dimensions, n'a pu être placé à des prix rémunérateurs ; il en a été de même du palissandre, peu coloré, et dont les plus grosses billes ne dépassaient pas l'",20 de tour. Certains chargements ont à peine payé le fret.

Outre les bois d'ébénisterie, M. Marchai a aussi exploité quelques bois

FORÊTS

communs : lalona, teza, faiix-gaiac, avec lesquels il a confectionné des traverses de chemin de fer expédiées à la Réunion. Les résultats de ce côté, sans être négatifs, n'ont donné que des bénéfices médiocres, en raison du bas prix des traverses à cette époi[ue (2 fr. 50 l'unité).

On peut tirer de cette expérience d'exploitation des forêts à Madagascar un premier enseignement : c'est qu'il ne suffit pas d'exporter des bois sans discernement, avant de s'être assuré des préférences du marché pour telle ou telle essence présentée sous telle ou telle forme. Les bois peu connus ne doivent guère être expédiés, au début, qu'à titre d'échantillon, de façon à en développer progressivement l'usage, qui tient souvent plus aux caprices de la mode qu'aux qualités spéciales des bois.

Il faut bien reconnaître, d'autre part, que M. Marchai, en raison de sa concession de courte durée, n'a fait aucune grosse dépense de première installation; il n'a construit ni scieries, ni chemins, et a exploité ainsi dans des conditions très défavorables. Il se faisait simplement livrer des bois bruts à Sainte-Luce, laissant la coupe et les transports aux soins des indigènes et se réservant seulement le façonnage et le débit.

Le transport des pièces en grume était très pénible en raison des marécages et des lagunes qui coupent cette partie du littoral; il devenait de plus fort dispendieux dès qu'on allait à l'Ouest, dans les forêts mieux constituées sous le rapport de la grosseur et de la qualité des bois.

Le principe de l'exploitation des forêts basses, comme a tenté de le mettre en pratique M. Marchai, est évidemment aussi naturel que séduisant, puisqu'il économise la main-d'œuvre des transports; mais il perd tous ses avantages, du moment que les forêts de cette catégorie, en partie détruites, ne renferment plus que des produits de qualité secondaire.

Toute exploitation dans ces régions devra débuter forcément par des installations en plein massif encore vierge notamment par la création de scieries hydrauliques, qui devront être rattachées au point d'embarquement, soit par des chemins propres au transport des bois, soit par des moyens de traction mécanique.

On continue à exploiter, aux environs de Fort-Dauphin et de Farafangana, les quelques arbres nécessaires aux besoins locaux, surtout à ceux des Européens qui se fixent dans ces régions. A Fort -Dauphin, la main-d'œuvre indigène est si chère et si difficile à recruter que les bois du pays reviennent à des prix élevés. Du reste, bien que l'usage de la scie de long y soit connu, beaucoup de planches sont encore fabriquées à la hache et leur mise en œuvre ultérieure demande beaucoup de temps, tant à cause des profondes rugosités des planches qu'à cause de leur grande dureté. Aussi, pour les bâtiments de l'administration récemment édifiés à Fort- Dauphin et construits entièrement en bois, a-t-on surtout employé des bois étrangers : le lilas de Singapour et le sapin.

A Farafangana, au contraire, on a construit plusieurs maisons entièrement en bois du pays et qui reviennent à des prix modérés, grâce à la population laborieuse qui habite cette région.

GUIDE DE i niMIGRANT A MADAGASCAR.

LES PANGALANES ENTRE TAMATAVE ET ANDÉVORANTE

Toute la partie de la côte Est de Madagascar, comprise entre le petit port de Fénerive (au Nord-Esl de Tamatave) et Mananjary (au Sud-Ouest), est sillonnée de fleuves, de rivières et de ruisseaux qui, descendus des montagnes et collines parallèles à la côte, vont se jeter à la mer en formant, dans la zone basse des terrains, des épaulements marécageux et des rizières. En certains endroits, ces cours d'eau sont navigables et les indigènes les utilisent pour les communications entre villages. Ils sont généralement très rapprochés les uns des autres et les marais qu ils alimentent forment, à la saison des pluies principalement, comme une immense nappe d'eau coupée de loin en loin par des monticules sablonneux et quelquefois boisés. Ce sont ces monticules que la langue malgache appelle pangalanes Ce système lagunaire, qui est commun sur les côtes de l'ile, doit provenir des différents soulèvements coralliens enserrant la côte primitive. Le corail, cessant de croître dès qu'il a atteint la surface de la mer, était tout destiné à endiguer et à arrêter, d'une part, le produit des érosions provenant des hauts plateaux de l'intérieur et, d'autre part, à faciliter l'ensablement du rivage en retenant les sables déposés par les mouvements de flux et de reflux de l'Océan.

L'absence totale de routes, non pas seulement carrossables, mais môme charretières, et les difficultés considérables qu'éprouvent les voyageurs à marcher dans le sable épais des grèves, à pénétrer dans les halliers, à traverser les terrains marécageux, ont depuis longtemps fait naître, dans tous les esprits, l'idée d'utiliser la voie d'eau si curieusement préparée par la nature. Comme les pangalanes constituent, à première vue, le seul obstacle réel à une navigation ininterrompue le long de la côte et que, d'autre part, l'abaissement du sol au niveau de la mer paraît être le même partout, le projet de couper ces pangalanes, de créer un canal de navigation à travers les marais et les sables, en passant par les lacs et les fleuves, est entré peu à peu dans l'opinion publique.

En raison de la formation géologique exposée ci-dessus, il était à craindre que le percement des pangalanes ne se fît qu'avec de grandes difficultés, si l'on devait rencontrer des seuils de coraux. Mais le travail agencé par la nature remontant à de longs siècles, on peut supposer que, pour atteindre la profondeur nécessaire à la navigation, une fois le canal bien déterminé, il sera facile de draguer sur ces seuils la quantité de sable qui s'y est déposée, le corail devant être enfoui dans les couches profondes du sol.

1. Ou plutôt ampanalana (litt. : où il faut enlever [les pirogues de l'eau et les traîner sur le sable]).

PANGALANES.

La roirte do Tamatnve à Aiulévoraiito, sur une lon^Mieiir de 102 kilomètres, suit constaniuient une langue de terrain sablonneux (jui séjunc comme une vaste digue naturelle, l'Océan et le système de lacs et d(î mai mis qui lui est parrallèle. Dans celte région, le ti'avail de canalisation a|)j);iiail à première vue si facile qu'on s'étonne qu'il n'ait pas été lait lentement dans la suite des années par la main-d'œuvre indigène, agissant d'elle-même et pour sa propre commodité. En effet, du village d'ivondiona, situé à 12 kilomètres au Sud de Tamatave, juscju'à Andévorante, la nappe d'eau n'est coupée que par cinq langues de terre, dont la plus étroite mesure iOO mètres de largeur et la plus importante ne dp})asse pas 1 020 mètres. De plus, sauf la section marécageuse de 8 à 10 kilomètres d'étendue qui précède Andévorante et que traverse d'ailleurs, comme un canal naturel, la petite rivière Ranomainty, toutes les autres parties de cette nappe d eau sont formées par des lacs vastes et profonds, dont quelques-uns rappellent les dimensions de ceux d'Annecy ou du Bourget.

Bien avant l'occupation de Madagascar par la France, les Hovas, comprenant les avantages considérables qu'ils retireraient de ce canal, avaient commencé des travaux au pangalane de Tanifotsy, près du village de ce nom. Avec les moyens très primitifs dont ils disposaient, ils avaient ouvert dans le coteau de Tanifotsy une saignée de plusieurs milliers de mètres cubes. Quels motifs les ont arrêtés dans leurs travaux? La légende prétend que les travailleurs, d'abord ravis d'enfoncer l'angady dans le sable blanc, s'enfuirent épouvantés quand ils atteignirent les rocbes argileuses rouges et bleues qui forment le sous-sol du coteau. Ils crurent que le sang des ancêtres jaillissait de la terre pour leur reprocber leur sacrilège.

Il est plus probable, si l'on observe le caractère défiant des Hovas, que ceux-ci hésitèrent à poursuivre un travail dont le résultat eût été de faciliter aux étrangers la route de la capitale.

Après l'expédition de 1884-85 et le traité signé avec le gouvernement hova, autorisant les Français à s'établir dans l'île, à construire des maisons et cà devenir propriétaires de terrains sous le titre de locataires par baux emphytéotiques, un mouvement important de décentralisation se produisit parmi les colons de Tamatave au point de vue commercial et au point de vue agricole. Les plus importantes des maisons de commerce installées à Tamatave créèrent, le long de la côte, des comptoirs de traite destinés à l'écoulement des marchandises fabriquées et à la recherche des produits indigènes : cire, caoutchouc, rafia, etc. Ces comptoirs furent naturellement placés aux têtes de ligne des routes se dirigeant sur Tamatave, c'est-à-dire à Andévorante, Vatomandry, Malianoro et Mananjary, qui est le port naturel de Fianarantsoa. Ce mouvement fit naitro en peu de temps un trafic considérable de marchandises.

C'est alors que les Tamataviens fixèrent leur attention sur la possibilité d'utiliser, pour les transports, la voie des lacs et des lagunes, et, en 188Î), une Société se forma pour l'exploitation des transports par eau de Tamatave à Andévorante; l'hostilité du gouvernement bova l'obligea bientôt à se dissoudre.

Il ne fut plus question officiellement du canal des pangalanes jusqu'après la guerre de 1895. Mais plusieurs colons de Tamatave s'occupaient en secret de cette affaire et, tout en s'en défendant, l 'étudiaient pour l'avenir. Au nombre de ceux-ci, il convient de citer M. Deloute, qui, dès le mois de mai 1894, se rendait en France auprès de certains capitalistes, réussissait à réunir la somme nécessaire à l'entreprise et formulait au gouvernement français une demande de concession.

Après l'occupation, la nécessité de ravitailler rapidement les troupes réparties dans l'intérieur de l'île ou casernées à Tananarive, attira de suite l'attention sur l'urgence d'ouvrir à la colonisation la portion du canal des pangalanes comprise entre Tamatave et Andévorante. M. Palu, conducteur des travaux publics à Tamatave, fut chargé, dès son arrivée dans cette ville, de faire les études définitives. M. Wiart, inspecteur des travaux publics, envoyé en mission par le ministère, conclut à l'urgence de l'exécution des plans de M. Palu, et les travaux de percement furent commencés le 30 mai 1896 par des entrepreneurs soumissionnaires, MM. Dalan et Guiraud, sous la surveillance d'agents des ponts et chaussées. Malheureusement, le budget de la colonie, grevé de trop nombreuses charges, ne permit pas de continuer les travaux commencés.

Le général Gallieni, dès son arrivée à Madagascar, visita les travaux en cours et fit même en pirogue une partie du trajet sur les lacs. Convaincu que le canal des pangalanes serait très utile pour les transports militaires et administratifs, certain aussi de l'immense développement que cette voie navigable donnerait au commerce et à l'agriculture dans la province riche et peuplée d'Andévorante, il étudia sans retard la possibilité d'assurer l'exécution immédiate de ce travail; en présence des charges qui pesaient loiu'dement sur le budget de la colonie, il résolut de s'adresser à l'entreprise particulière. Les lettres qu'il envoya en ce sens au ministère des colonies y parvinrent au moment même oii la Compagnie de Madagascar présentait sa demande de concession. L'accord entre le ministère et la Compagnie se trouvait donc préparé en quelque sorte par l'avis même du Gouverneur général, et, le 6 octobre 1897, fut signée la convention que les lecteurs trouveront dans la Revue mensuelle n° 14 du mois de février 1898 [la Route de Tamatave à Tananarive ^ article qui fournit tout au long les données concernant ces voies de communication et qui a servi à établir les renseignements ci-dessus^).

1. Voir dans l'Atlas la carte des pangalanes entre Tamatave et Andévorante.

CLIMAT

CLIIYIAT - CLIMATOLOGIE

En ne tenant compte que de la situation géographique de Madagascar, et si nous exceptons, d'une })art, son extrémité Nord qui fait partie de la zone équatoriale, d'autre part, son extrémité Sud, qui est en dehors de la zone torridc, le climat de la grande ile africaine doit être compris dans la catégorie des climats tropicaux.

Or, ceux-ci sont caractérisés par deux saisons bien tranchées, l'une sèche et en général fraîche, l'autre chaude et humide, par l'écart quelquefois considérable de la température des deux saisons, par des variations nocturnes très sensibles, par des différences et le manque de corrélation entre la tension de la vapeur d'eau et Fétat de saturation de l'atmosphère, suivant que l'on est dans la saison sèche ou dans Thivernage. par une hauteur barométrique généralement supérieure à 760 millimètres, par des écarts dans les hauteurs normales du baromètre et des dépressions dues aux tempêtes tournantes, par le peu d'amplitude des oscillations diurnes, enfin par une tension électrique considérable.

Ces différents caractères se rencontrent dans la plupart des régions littorales de la colonie ; mais ils sont loin de se retrouver en entier dans les parties intermédiaires aux côtes orientale et occidentale.

Selon l'altitude très variable des chaînes de montagnes, on les voit se modifier plus ou moins, si bien que sur le plateau central, et pour ne parler que de la température, le climat est caractérisé par deux saisons : l'une relativement chaude, l'autre presque froide durant deux ou trois mois de l'année.

Il existe d'ailleurs des dift'érences très sensibles au point de vue en question, non seulement entre les côtes Est et Ouest; mais encore entre les diverses zones de la côte.

Grâce aux observations qui ont été faites par des savants aussi consciencieux que modestes, parmi lesquels le R. P. Colin est le premier à citer, on a des données de haute valeur sur la climatologie de plusieurs régions de Madagascar; mais il faudra encore de nombreuses années pour arriver à une connaissance complète des météores et des autres facteurs climatériques de l'île.

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