TABLEAU GÉNÉALOGIQUE
des Souverains de l'Emyrne.
Rafohy, reine à Merimanjaka. 1527?
Rangitra, reine à Merimanjaka. 1547?
Andriamanelo, roi, 1567, Alasora. — Andriamananitany, Ambohitrandriananaharv.
Ralambo, 1587, à Alasora.
Andriantompokoindrindra. dcsliénlé du frône, à Aml)oliimalaza.
Andrianjaka, 1007, à Tananarivc.
Andriantsitakatrandriana, 1027, à Tananarive.
Andriantsimitoviaminandriandehibé.
1647, à Tananarivc.
Razakatsitakatrandriana, puis sun frcro.
Andriamasinavalona. 1667?
LTmerina est divisé entre les quaîrc fds d'Andriamasinavalona, qui régnèrent à Ambohinianga, Amboliidrabiby, Ambohidratrimo et Anlonaiiando.
Andrianjakanavalomandimby. 1087 ?
Andriamponimerina, 1707? Tananarivc.
Andrianavalobemihisatra. 1727?
Andriambalohery. 1747?
Andrianamboatsimarofy. 1707?
Dynastie d'Andrianampoinimerina. roi d'Am- Ijoliimanga et cousin du roi de Tananarivc Andrianamboatsimarofy. règne à Tananarive après la conquête de l'Imerina ; est né on 1745 et règne de 1787 à 1810.
Radama I", 1810-18L'8. né vers 1792.
Rabodonandrianampoinimerina ou Ranavalona V\ iemme et cousine de Uadarna, 1828-1801.
Radama II, 1801-1865. né vers 1829.
Rasoherina. 1805-1808, leiumc et cousine du précédent, née vers 1817.
Ranavalona II, cousine de la précédente, 1808-1885, née vers 1829.
Ranavalona III, 1885-1897, cousine de la précédente.
Betsileos. — Les Betsilcos, qui habitent la province de Fianarantsoa, ne sont connus sous ce nom que depuis moins d un siècle. Du temps de Flacourt, vers le milieu du xyu*" siècle, les Antanosy les lui désignèrent sous celui d' « Arindrano » du nom du district Sud de la province. On les appelait encore du nom d'Ambatra, c'est-à-dire habitants des hauts plateaux (anibatra, étage supérieur en dialecte betsileo et antanosy).
Les Betsileos sont robustes, assez grands et bien musclés; leur taille moyenne est d'environ P'66. Les femmes sont, au contraire, petites : leur taille ne dépasse pas, en général, l'^o'i. Le teint est brun foncé, plutôt que noir, surtout chez les femmes et les enfants ; la peau est lisse, souvent ternie par des affections cutanées.
etiino(;i;apiiii:.
Castes. — On ne connaît, ou })lul6t on ne coiniaissait que deux castes chez les Betsileos, les nobles ou « zanak'andriana », encore appelés Hovas et tompomenakely (possesseurs de fiefs), et les libres, appelés « vahoaka » (peuple) ou « oloinpotsy » (hommes libres). Nous ne parlerons que pour mémoire de la caste si mélangée des esclaves.
Hiérarchie. Autorité. Organisation locale. — Avant la domination hova, la province betsileo, partagée entre un grand nombre de seigneurs ou tompomenakely, vivait dans nn état d'anarchie presque permanent, par suite des guerres perpétuelles que se faisaient entre eux les divers chefs du pays et dont les résultats étaient des razzias de bœufs et aussi d'habitants que le vainqueur réduisait en esclavage.
Ces tompomenakely administraient et pressuraient leurs sujets avec l'aide de chefs secondaires appelés « andevohova » mot à mot : esclaves du Hova ou prince (en dialecte betsileo). Les andevohovas étaient et sont restés la cheville ouvrière de toute l'administration. Après leur conquête, les Merinas ou Hovas s'en sont servis pour administrer le pays, transmettre partout leurs ordres et les faire exécuter.
Les seigneurs et les juges, « tompomenakely et andriambaventy », n'étaient, aux yeux des Hovas, qu'un rouage secondaire destiné à contrôler ou assurer le bon fonctionnement des andevohovas, qui exerçaient directement leur autorité sur le peuple, surtout en ce qui concernait la corvée; celle-ci, en effet, résumait autrefois toute l'administration : corvées de rizières, du service militaire, des écoles, des églises, des « Zatolahimonina » ou sédentaires, des « Yoromahery », des prisons et de la police, des transports, des courriers, des ouvriers d'art, des bûcherons, etc.
Les andevohovas n'avaient pas tous une autorité égale. Ils étaient, d'ailleurs, très nombreux et leur « fanabiana » ou juridiction était parfois très restreinte; elle se comptait par « betra ». Le hetra, ou mesure de rizière imposée, peut être approximativement évalué à un demi-hectare, et ce demihectare de rizière supposait une soixantaine d'hectares de terres vagues et une population de 6 à 8 habitants.
C'est ainsi que certains andevohovas comptaient à peine quelques hetras sous leur domination, tandis que d'autres en comptaient des centaines.
C'est parmi les andevohovas que l'on choisissait les « tompon'arivo » et les « andriambaventys », dont le choix, en principe, était laissé au tompomenakely et sanctionné par les « fokon'olona », ou population màle, adulte et libre des villages. Plus tard, ces charges sont devenues pour ainsi dire héréditaires.
Limites du territoire. — La province des Betsileos, comprise entre le W et le 22*^50' de latitude Sud d'une part, et les 44" et 45" de longitude Est d'autre part, revêt vaguement les formes d'un rectangle allongé du Nord au Sud et présentant une longueur d'environ 270 kilomètres sur une largeur de 110 kilomètres, ce qui fait une superficie d'environ 50 000 kilomètres carrés. Elle est limitée : au Nord, par l'Imerina, à l'Est par le pays tanala, au Sud et à l'Ouest par le pays bara.
La population totale est d'environ 280000 ou 500000 habitants, ce qui fait 10 habitants par kilomètre carré.
Sur les 5 millions d'hectares que comprend la province, en chiffre rond, on peut estimer à environ 2 millions d'hectares les surfaces cultivables.
Celles réellement mises en valeur n'atteignent pas le centième de ce chiffre, soit moins de 20 000 hectares sur 2 millions. Certaines vallées très fertiles sont presque entièrement cultivées : telles sont les vallées du Mandranofotsy et du Tsiandanitra, près de Fianarantsoa ; celle du Mananantanana, près d'Ambohimandroso, celle du Fanindrona à Ambohinamboarina, et celles de l'fmania, du Sandrandahy, du Yazambé et du Sahamadio, près d'Ambositra. Mais les plateaux et les massifs que fouettent les vents froids de la saison sèche, sont généralement déserts et à peine utilisés comme pâturages.
Dans les vallées fertiles que nous avons citées, les villages et surtout les fermes et les hameaux sont très nombreux, mais peu peuplés. Seuls, les Hovas construisent d'importants villages ; le Betsiloo, au contraire, redoute et semble fuir les centres populeux; il s'isole dans son « vala ou ferme, qu'il établit près de sa rizière et où il vit, en famille, à l'état patriarcal.
Emigration. — Les Betsileos sont essentiellement sédentaires et redoutent par-dessus tout l'exil ou l'éloignement de leur pays. C'est ainsi que les pires abus de l'administration hova n'ont déterminé, dans cette province, qu'un nombre relativement très restreint d'émigrations.
Distribution de la population. — Certaines contrées, de préférence les vallées, telles que celles déjà citées, sont très peuplées, alors que, dans l'ensemble, la densité moyenne de la population n'est, comme on Ta dit plus haut, que d'environ 10 habitants par kilomètre carré.
Les femmes sont plus nombreuses que les hommes, les vieillards sont assez rares, les enfants sont en nombre proportionné au chiffre de la population, qui ne semble pas s'accroître sensiblement, à cause du grand nombre de cas de stérilité, de syphilis, de certaines épidémies de fièvre pernicieuse et aussi de l'insécurité quia régné longtemps sur les confins de l'Ouest et du Sud de la province. Depuis l'an dernier, le chiffre de la population paraît suivre un mouvement régulièrement ascendant qui semble dù surtout à la pacification du pays.
Routes les plus fréquentées. — Par suite de la nature accidentée du pays, les cours d'eau ne peuvent être utilisés comme moyens de transport ou de communication que dans des limites extrêmement restreintes (transport de bois ou de riz, par pirogue). En l'état actuel, tous les transports se font à dos d'homme par des sentiers, autrefois très difficiles et nullement entretenus, mais devenus plus larges et plus praticables depuis la prise de possession du pays par la France. Des chaussées de deux mètres de large et des ponts ou ponceaux ont été aménagés partout, excepté sur les grands cours d'eau, tels que la Matsiatfa et le Mandranofotsy; tous les territoires ou cantons de la province sont actuellement reliés entre eux par ces sortes de routes muletières très praticables aux bêtes de somme, qui ont avantageuse-
i'i. \\ . - TiI'L.S liL L l.\lLi;lNA I. I L.MME NOBLE (aNDHIANa). — 2. MUSICIEN HOVA. '3. IIOVAS. — 4. FEMME HOVA EN DEUIL.
ETHNOGRAPHIE
ment remplacé les anciennes pistes et les étroites chaussées des rizières et des marais.
Caractères dislinctifs. — Le caractère distinctif du Betsileo est sa patience, sa docilité et aussi sa lenteur, son indolence, son apathie. Comme usages sociaux, le « fokon'olona », ou assemblée de la population màle adulte, sous la présidence des vieillards de chaque localité, joue un très grand rôle dans la vie sociale de cette peuplade. Les conflits, les intérêts généraux, sont discutés devant le fokon'olona, dont les avis ou la décision sont généralement respectés.
Combien de procès ruineux sont ainsi évités! Les procès étaient, en effet, sous l'administration hova une des causes de ruine pour les Betsileos, qui sont têtus et très processifs. Certains individus, très forts en chicane, faisaient même profession de citer sans cesse en justice leurs concitoyens et de les assigner devant les autorités sans passer par l'arbitrage des fokon'olona. C'étaient les « mpitory », qui, n'ignorant pas combien vénale était la justice hova, n'hésitaient pas à rechercher la ruine d'un de leurs compatriotes, mus par le coupable espoir de glaner quelques piastres dans la curée des biens de leur victime, et les Hovas n'avaient garde de mettre un frein à cette industrie abominable, dont ils tiraient eux-mêmes le plus clair de leurs revenus. Depuis un an, les mpitory, frappés avec une juste sévérité, semblent avoir renoncé à leurs procédés habituels, et, de ce fait, le nombre des procès a considérablement diminué. Il y a quelques années, la justice était au plus offrant, et le grand juge de Fianarantsoa, qui était le fds du gouverneur de l'époque et ancien chef de cambrioleurs à Tananarive, était lui-même le chef secret et l'inspirateur des ravisseurs d'enfants et des voleurs de nuit; ce qui n'empêchait pas ce personnage de prêcher dévotement tous les dimanches et de conunenter la morale de l'Evangile à Andranobirika, le plus grand temple de Fianarantsoa! Comment les malheureux Betsileos n'auraient-ils pas tremblé devant lui et accepté sans murmure ses plus iniques décisions !
Il est une coutume pieuse chez les Betsileos, c'est le grand respect qu'ils ont pour les vieillards, les « rangahibé », et, comme suite et conséquence de ce respect, le culte qu'ils professent pour les morts, qui sont toujours ensevelis avec une grande solennité et au milieu d'une affluence considérable.
Non seulement les parents, mais encore tous les habitiints du village, des bourgs et hameaux voisins, sont convoqués aux funérailles, qui se prolongeaient autrefois très longtemps, selon la fortune du défunt. Jusqu'au jour de l'ensevelissement du corps, les parents du défunt étaient tenus d'offrir d'interminables agapes aux invités, qui s'enivraient, chantaient et dansaient au son des fifres et des tambours, tandis que les proches parents veillaient le corps et sanglotaient à grand fracas, à intervalles réguliers, dans la chambre mortuaire, d'où s'exhalait, au bout de quelques jours, une odeur pestilentielle. Les orgies auxquelles donnaient lieu les enterrements se complétaient naturellement par des saturnales dont la licence dépassait toutes bornes.
Il était aussi d'usage de promener le corps du défunt dans tous les villages de son menakely (seigneurie), lorsque c'était un noble. On immo-
lait partout beaucoup de bœufs, et ces fêtes perpétuelles ne contribuaient pas peu à propa^^er, parmi les Betsileos, les habitudes de débauche et de paresse.
C'est ainsi que le prince Rajaoka, tompomenakely de la province d'Jsandra et oncle du gouverneur général actuel, décédé en février 1892, ne fut enseveli qu'à la fin du mois d'octobre de la même année.
Grâce à des mesures sévères, ces mœurs déplorables tendent à disparaître. Les tompomenakely, dont les droits et les abus ont été supprimés, encourageaient ces coutumes dans un esprit de lucre et de cupidité. Nul, en effet, ne pouvait ensevelir ses morts sans l'autorisation du tompomenakely dont il relevait, et ces derniers n'accordaient l'autorisation qu'à prix d'or, surtout si les héritiers du défunt étaient riches; et ceux-ci, après un délai plus ou moins long, acceptaient toujours de payer une forte rançon, pour éviter la ruine complète qui devait naturellement résulter d'un interminable festin, dont la coutume voulait qu'ils fissent tous les frais. Ce droit monstrueux du tompomenakely portait le nom de « tandra lova ».
Par suite de leur culte et de leur vénération pour les morts, presque toutes les familles betsileos, même les plus humbles, ont des caveaux de famille établis un peu partout dans le pays et recouverts d'un massif en pierres sèches, de forme rectangulaire, d'environ 5 mètres de côté sur l'^.SO de hauteur. La description de ces tombeaux, de leur entretien et des rites funéraires exigerait une description trop longue pour cette étude."
Les Betsileos s'adonnent volontiers à la paresse, à l'ivrognerie et à la luxure. Leur sol, généralement assez fertile, favorisé par un climat exceptionnel, leur permet de vivre presque sans travail. Quant à leurs mœurs, elles ne sont pas meilleures que dans le reste de File.
Le ménage n'est qu'une sorte de concubinage dont la dislocation n'embarrasse aucun des conjoints. 11 est d'usage de pratiquer un essai loyal et assez prolongé de Fétat conjugal avant de procéder au semblant de cérémonie qui consacre l'union, cérémonie appelée « vodiondry », sorte de repas ou festin auquel assistent les familles et les amis des deux conjoints. 11 est rare que les unions soient inscrites sur les registres de l'état civil (bokimpanjakana), moins rare qu'elles soient consacrées par l'un des cultes qui se disputent le cœur ou l'àme des indigènes.
Cette facilité toute spéciale dont font preuve les Betsileos nous montre le peu de fondement de leurs prétendues croyances chrétiennes, toutes de surface, et autrefois imposées par le tout-puissant bras séculier de feu Rainilaiarivony.
Au fond, les Betsileos, comme tous les Malgaches, sont restés fétichistes et adorateurs secrets des anciens « sampy » ou idoles nationales. Ils sont le jouet d'une foule de superstitions, croient sincèrement aux devins, aux sorciers, aux jeteurs de sorts et à une foule d'ody ou amulettes. Les plus malins d'entre eux, les mpisikidy, prédisent l'avenir à l'aide des manipulations du jeu de « sikidy », emprunté aux Arabes. Ils fabriquent aussi et vendent toutes sortes d'ody, commerce très lucratif et non encore patenté.
Les enfants sont élevés à la grâce de Dieu ou plutôt... à la diable. Les
ETHNOGRAPHIE
Botsileos i«^norent lo beau vers du poète latin : Maxima debelur puera révèrent la.
Dans les cases étroites où ils sont entassés, les petits assistent philosophiquement aux éhats naturels de leurs aînés ou de leurs parents. Ils se marient ou s accouplent fort jeunes et beaucoup n attendent pas, pour cela, d avoir atteint l'âge de puberté. 11 en résulte, entre autres inconvénients, de nombreux cas de stérilité chez les femmes et aussi, très souvent, des produits chétifs, condamnés à une mort prématurée. Les Betsileos sont, d'autre part, pleins d indulgence pour leurs enfants, contre lesquels ils ne s'irritent ou ne sévissent jamais. Le rôle de la fenune dans la peuplade est très restreint. Très bonne mère, très attachée à ses enfants, elle n est, aux yeux du mari, qu'une sorte de concubine destinée à la joie du foyer. Le Betsileo croit ne lui devoir aucune fidélité et ne lui en demande guère en échange. C'est l union libre, avec toutes ses conséquences les plus illimitées. En cas de dissolution de ces unions par trop éphémères, les. enfants vont où il leur plaît d'aller; la loi n'a rien à y faire et n'a rien prévu à cet égard. Généralement, ils restent avec la mère, car le père qui répudie une épouse montre, par cela même, qu'il n'a plus aucune affection pour les enfants nés d'elle; sinon, il la garderait chez lui, se bornant à la tromper plus ou moins ouvertement, ou à lui imposer, s'il est riche, une seconde et une troisième épouse, car la polygamie, autrefois en honneur dans le pays, est encore pratiquée par presque tous les chefs. Les esclaves jeunes et jolies étaient aussi, pour ainsi dire de droit, les concubines du maître. Elles portaient le nom de « Tsindry fé ». La première épouse, comme les nouvelles venues, s'accommode d'ailleurs très bien de cet usage ancestral, indice de richesse et de puissance.
La femme betsileo est, en somme, peu digne de sympathie. Très paresseuse, très négligente, on ne la voit pour ainsi dire jamais se livrer aux travaux des champs. Elle passe sa journée à cueillir quelques brèdes, à piler un peu de riz et à apprêter le repas commun. Elle coud ou tisse rarement, et, si elle entreprend la confection d'un lamba, elle ne met pas moins d'une année pour le terminer. Aussi infidèle que son époux, elle le trompe pour son plaisir ou, plus volontiers, pour un peu d'argent. Très avide d'alcool, elle s'enivre quand les circonstances s'y prêtent (enterrements, naissances, mariages ou circoncision). Les hommes encouragent d'ailleurs ce vice chez leurs femmes et déclarent que le rhum les rend plus... aimables.
Un usage toujours en honneur chez les Betsileos est celui de la circoncision. Cette opération se pratique généralement en hiver ou au printemps et l'on n'y soumet que les enfants ayant atteint l'âge de quatre ou cinq ans au plus. C'est l'occasion d'une fête de famille. Parfois, un vieillard se livre à des incantations ou à des prophéties, le tout acconqiagné du jeu de la sagaie et du bouclier. Un usage bizarre exige que le père ou l'oncle du petit opéré ingurgite le prépuce enroulé dans la pulpe d'une banane.
Une autre coutume des plus déplorables consiste dans la pratique de l'usure, à laquelle tous les Betsileos sont adonnés.
Les facultés intellectuelles du Betsileo sont généralement peu développées,
non que cet indigène manque d'intelligence, mais simplement par suite d'une sorte de paresse, d'inertie intellectuelle, qui fait que cette faculté se développe peu ou mal. On constate, en effet, que, lorsqu'ils s'appliquent à vaincre leur paresse originelle, ils ne sont pas moins ingénieux et moins intelligents que les Hovas et qu'ils arrivent à conquérir un degré à peu près égal de culture intellectuelle et de savoir scientifique. Les cas, malheureusement, sont rares, car le Betsileo, doux, docile, mais lent et paresseux comme le bœuf, aime à somnoler comme lui et à ruminer son maigre repas ou à cuver ses libations, quand sa bourse est bien garnie.
Le dialecte des Betsileos diffère assez sensiblement de celui de Tlmerina, principalement dans les campagnes. Leur prononciation surtout est différente et affecte un ton traînard et chantant ; ils tendent aussi à supprimer la dernière syllabe de certains mots, tels que : fanjaka pour fanjakana, laka pour lakana, etc. et ils prononcent ts pour tr, qui est d'une prononciation si difficile dans le dialecte hova, et disent tsatsa, pour tratra, manambotsa pour manamholra, etc.
Enfin, un certain nombre de mots diffèrent complètement d'un dialecte à l'autre :
Mesa pour antsy couteau.
Kidona — tetezana pont.
Don go — laona mortier à riz.
Ampela — vehivavy femme.
Panda — momba stérile.
Troka — kibo ventre.
Betroka — bekibo enceinte, pleine.
Amboa — alika chien.
Atoy — aty ici.
Pour beaucoup de mots, le dialecte betsileo se rapproche du dialecte saka lave, ce qui semblerait indiquer une communauté d'origine, fort reculée d'ailleurs.
Il diffère, au contraire, beaucoup du dialecte des Betsimisarakas, mais beaucoup moins de celui des Antanalas et des Antanosy.
Nature du sol et culture. — Le sol est à peu près partout fertile ou susceptible d'être fertilisé et cultivé. En estimant les surfaces fertiles à deux millions sur trois millions d'hectares, on est plutôt au-dessous de la vérité. Il est cependant des régions froides, pierreuses et dépouillées de tout humus, dont l'exploitation serait particulièrement ingrate et coûteuse, quoique non impossible. Ce sont ces régions qui peuvent être évaluées à un million d'hectares environ. Partout ailleurs, avec du travail et des fumures et des amendements, on peut obtenir d'abondantes récoltes. Un exemple suffira pour démontrer cette assertion. Un terrain ordinaire et peu humide, un hectare en manioc, même sans fumure et sans autre soin qu'un simple labour à l'angady, rapportera, au bout de 18 mois à 2 ans, de 20 à 40 kilogrammes de racines, selon la nature du sol. Ce dernier est partout très riche en
ETHNOGRAPHIE
potasse, on phosphore et en humus, c'est le calcaire qui y fait presque complètement définit.
La composition du sol est argileuse avec présence de sable (un tiers environ) et de mica. Le mica en excès dénote les plus mauvaises terres. Certains gisements de chaux, récemment découverts, font espérer que la pratique du cliaulage permettra d'amender le sol dès que l'ouverture des voies de communication aura permis d'améliorer les moyens de trnnspoi't actuels. On pourra alors espérer beaucoup du sol et du climat de la province, où viennent également bien les produits des pays chauds et ceux des pavs tempérés. Aujourd'hui, les parties cultivées en riz, manioc, patates, haricots, maïs, sorgho, canne à sucre, tabac, pistaches, arums et pounnes de terre, ne représentent pas le centième des parties cultivables, soit moins de 50000 hectares pour l'ensemble de la province. Le reste du sol est recouvert d'herbes de nature et de qualité diverses, qui servent de pâturage au bétail. Or, la province, avec ses 5 millions d'hectares, dont près de 2 millions constituent d'assez bons pâturages, ne nourrit pas plus de 100000 bœufs et ^20 à 25 000 moutons environ.
La récolte du riz, qui est la base de l'alimentation, se fait en mars, avril et mai : celle du maïs et du sorgho, en février ; celle des patates et des pistaches, en juin et juillet ; celle du manioc et autres produits du sol, en toute saison.
La province était probablement couverte partiellement de bois ou tout au moins de brousses, il y a un ou deux siècles. Les défrichements par l'incendie en ont eu raison et il ne reste plus que la longue bande de grande forêt, courant du Nord au Sud en bordure de la frontière Est, qui sépare les Betsileos des Tanalas. Cette bande forestière est sans cesse assaillie et dévastée par les indigènes, dont la paresse recherche la riche couche d'humus des sous-bois, qui, amendé par les cendres de l'incendie, leur donne, presque sans culture, d'abondantes récoltes de maïs et de patates.
L'épaisseur de la bande boisée n'est plus aujourd'hui que de 10 à 12 kilomètres. Des mesures sévères ont été 'prises pour préserver de la destruction ce précieux lot, d'où les villages tirent encore leurs bois de construction et de chauffage. Ces forêts produisent de très belles essences bien connues et bien cotées. Les principales, à l'aide desquelles il y aurait lieu de boiser une partie de la province sont : le « voamboana », ou palissandre malgache, r « ambora », sorte de santal imputrescible, le « rotra », qui est très dur et très durable, et le « lalona », qui est de qualité encore supérieure. Ces deux derniers arbres sont très communs et d'une croissance relativement rapide, tandis que les deux premiers sont d'une venue plus lente.
Le climat. — Le climat du Betsileo serait d'une douceur remarquable, s'il n'était gâté par des brises souvent très froides qui soufflent de l'Est et sont souvent accompagnées de brouillards. Le thermomètre varie de 5 à 27 degrés, suivant les saisons.
Les indigènes des hauts plateaux divisent Tannée en quatre saisons bien tranchées :
1^ Le « loha-taona », tète de Tannée, ou printemps, qui s'étend approximativement du 15 août au 15 novembre. C'est l'époque de la germination.
!2° Le « fahavaratra » ou saison des grandes pluies (été), du 15 novembre au 15 février.
0° Le « fara-rano » ou arrière-saison (automne), du 15 février au 15 mai. C'est l'époque des moissons et des principales récoltes, riz, mais, sorgho, patates, haricots, etc.
4" Le « ririnina », ou hiver, du 15 mai au 15 août, saison relativement très froide, pendant laquelle on voit le thermomètre descendre à 2 et 5 degrés, et, parfois, les feuilles se couvrir de givre. L'atmosphère est refroidie par les brises, les bruines et les brouillards glacés de l'Est. Pendant le ririnina, la végétation subit un temps d'arrêt bien marqué et la plupart des arbres se dépouillent de leur feuillage, comme en Europe pendant l'hiver.
L'Européen, n'étant jamais déprimé par la chaleur, se porte généralement bien dans le Betsileo. Le paludisme 'y sévit cependant avec intensité, surtout dans certains districts, tels que ceux de l'Isandra, du Manandriana, d'Ambotofmandrahana. La fièvre typhoïde et la tuberculose y sont rares ; les affections intestinales et thoraciques « a frigore » sont fréquentes chez les indigènes qui se nourrissent et se vêtissent mal.
Le pays abonde en ressources de toute nature ; les qualités du sol et l'excellence du climat se prêtent à toutes sortes de cultures. Tous les légumes et autres produits de l'Europe viennent remarquablement bien sur presque tous les points de la province, ainsi que tous nos arbres fruitiers, et l'on peut voir, dans les jardins, le pommier, le pêcher, le prunier, l'abricotier, le cerisier, le poirier, la vigne, le châtaignier, le bibassier, le jamrosa, le goyavier, etc. Le pommier et le pêcher réussissent particulièrement bien et fournissent d'excellents fruits.
L'élevage pourra donner de bons résultats, surtout le jour où la pratique de l'ensilage des fourrages verts permettra de constituer des approvisionnements pour la saison sèche. Actuellement, par suite de l'imprévoyance, de l'insouciance et de la paresse des indigènes, la grande majorité des fourrages est perdue pour le bétail, qui trouve partout une nourriture abondante pendant la saison des pluies, mais qui maigrit lorsque les herbes se dessèchent et perdent leurs sucs et leurs qualités nutritives. A présent, plus de deux millions d'hectares de terrains herbeux, ou « terrains de parcours », suffisent à peine à la nourriture de moins de 100000 têtes de bétail, ce qui représente vingt hectares par tête ! Autrefois, les chefs du pays, tompomenakely et andevohova, s'attribuaient la possession de tous les terrains herbeux de leurs fiefs ou districts et en prohibaient le parcours aux troupeaux des simples habitants. De nombreux kabary, accompagnés d'ordres sévères, ont déclaré tous les terrains herbeux biens domaniaux et en assurent la jouissance, soit aux colons, soit aux indigènes éleveurs de bétail.
L'élevage du cheval, de l'âne et du mulet donnera certainement d'excellents résultats. Celui du mouton, du porc et de la volaille est déjà très rémunérateur.
Les Betsileos, quoique pasteurs, sont essentiellement sédentaires. Ils
ETIINOGRAIMIIE.
élèvent leurs troupeaux à proxiuiité de leui' ferme ou « vala », y trouvant toujours des pàtura«j;cs assez abondants sans avoir besoin de se transporter au loin.
Habitations. — Les anciennes cases betsileos sont toutes construites en bois et en baui])ous. Les nouvelles habitations, au contraire, sont construites en terre, à l'instar de celle des Ho vas. L'éloignement de la foret et la cherté du bois ont beaucoup contribué à cette transformation.
Quels que soient les matériaux qui entrent dans sa construction, une case betsileo se compose toujours d'un rez-de-chaussée et d'un grenier ; elle est orientée à l'Ouest pour éviter les vents froids et humides qui soufflent de l'Est. Une petite fenêtre, percée au Nord, et une petite porte, qu'on prendrait pour une fenêtre, tournée à l'Ouest, sont les seules ouvertures par lesquelles le Betsileo reçoit l'air et la lumière.
En face de la porte d'entrée, se trouve le foyer ou « fatana » et, en arrière, dans un coin, une énorme cruche qui sert de réservoir pour l'eau douce; cette espèce d'amphore n'est jamais déplacée et son ouverture est recouverte d'une sorte de couvercle en paille tressée. Cette cruche, ainsi que les marmites et assiettes, constitue généralement le seul apport de la femme à la communauté. Si le mari brise cette amphore ou la fait rendre aux parents de l'épouse, c'est un avis de divorce immédiat.
Dans la partie Ouest de la maison, se trouve souvent un lit en bois, très court, où l'on doit dormir les jambes repliées. Le dessous, qui ferme comnie une armoire, est l'abri des poules et des canards pendant la nuit. Souvent, des planches placées autour de la case en forme d'étagères servent d'ornement ou de débarras aux habitants. Une sorte de claie est suspendue audessus du foyer pour le boucanage de la viande, mais c'est surtout un réceptacle pour la suie, car, les cheminées étant inconnues, au bout de quelques mois l'intérieur de la case est tout noir de suie. Le sol, à l'intérieur des cases, est toujours recouvert de nattes. Une ouverture carrée pratiquée dans le plafond permet de monter au grenier par une échelle, qui est souvent remplacée par un poteau de soutien du milieu de la case, dont le pourtour est entaillé de larges encoches qui permettent l'ascension de l'étage.
Les toitures sont toujours en chaume.
Monnaie. — Les indigènes se servaient uniquement de monnaie d'argent avant la conquête française. L'unité de monnaie était alors notre pièce de 5 francs, mais elle a été originairement la piastre mexicaine de 27 gr. 075. Les indigènes, pour faire de la monnaie divisionnaire, étaient arrivés à couper ou à morceler cette piastre en 7*20 morceaux, dont le plus petit était égal au poids d'un grain de riz, plus les deux cinquièmes d'un grain de riz non décortiqué : c'était le « variraiventy », qui servait de base à la numération indigène, car, du variraiventy dérivaient 1' « eranambatry », le « sikajy » et, enfin, la piastre. Pour les besoins de cette numération monétaire, les indigènes se basaient sur les systèmes ci-dessous, qui suivent une progression arithmétique décroissante de 10 à 8.
1" Le système décimal : 10 variraiventy valent 1 eranambatry.
2° Le système nonal : 9 eranambatry valent 1 sikajy.
0^ Le système octonal : 8 sikajy valent 1 piastre.
C'est sur ce système que repose toute la comptabilité indigène.
Par exemple, la somme de 5 fr. 74 ou « lasitelo sy ariary » s'écrit : « ariary sikajy eranambatry' varidimiventy », ou, en abrégé : 1 a., 1 s., 1 e., 5 v.
Le sikajy équivaut aussi au demi-shilling anglais ou 0 fr. 625 ; l'eranambatry à un peu moins de 0 fr. 07, et le variraiventy à 0 fr. 00694.
11 y a 7 grains de riz dans le varifitoventy et 144 varidimiventy ou 1 008 grains de riz à la piastre. L'eranambatry représente 14 grains de riz, et, comme il est la 12" partie de la piastre, nous trouverons encore dans cette dernière 1 000 grains de riz.
Mais les Malgaches ont d'autres appellations monétaires, qui sont :
Le varidimiventy
variraiventy. . .
, . fr. 0,0547
Le varifitoventy
L'eranambatry
L'ilavoamena
Le voamena
Le lasiray
Le roavoamena
Le lasiroa
Le sikajy
Le lasitelo
Le venty
L'iraiiid)ilanja
Le kirobo
Le sasanangy
Le loso
Les arts divers. — Les Betsileos sont peu artistes. Ils n'ont guère d'aptitude que pour l'agriculture ou l'élevage . Toute leur industrie se borne à la confection de vases d'argile, d'écuelles, de marmites, de cruches, de cuillères en bois, à des ouvrages de sparterie, nattes, bonnets, etc., au tissage de lambas de soie, de chanvre, de coton ou d'hafotra (sorte de fdjre tirée de l'écorce de l'arbre du même nom;. Ces derniers lambas portent le nom de « sarimbo » et sont essentiellement betsileos.
Par suite des tendances exclusivement pastorales ou agricoles des Betsileos, on trouve peu d'ouvriers d'art parmi eux. Les forgerons, les charpentiers et les tailleurs de pierre sont même assez rares; ces professions, dans toute la province, sont généralement l'apanage des Hovas, qui les exercent avec beaucoup de talent.
Chants et danses. — Les Betsileos n'ont, pour ainsi dire, pas de chants vraiment dignes de ce nom. Les plus musiciens d'entre eux ont adopté les chants de l'imerina, si variés et si harmonieux. La plupart des Betsileos des campagnes psalmodient, sur un rythme monotone, un petit nombre de chants nationaux. C'est tantôt « Dombita », l'épouse abandonnée qui supplie
ETHNOGRAPHIE
son mari de la reprendre et meurt de cha<Trin en rentrant chez son père; tantôt « kiionga mendrika f\i mongo », l'enfant au beau visa^je, mais aux cheveux laineux; tantôt « kiionga mangaika », le jeune enfant éloigné de ses père et mère et qui ne cesse de les appeler. Le rythme de tous ces chants est lent, traînard et larmoyant.
Les Oetsileos pratiquent enlin une sorte de danse mystique accompagnée de chants. Les femmes, parées de leurs plus beaux atours, sont seulement admises à danser le « salamanga », qui se pratique pour obtenir la guérison des maux et les faveurs des esprits. Cette danse était autrefois sévèrement prohibée par les autorités hovas, à l'instigation des missionnaires qui y voient comme une sorte d'idolâtrie. Le chant en usage dans le salamanga est intitulé « Yala velo (Maudissons velo) ! » Cette danse se pratique surtout à Tarrière-saison, époque des fièvres, époque aussi des moissons et des réjouissances qu'entraîne la coupe des riz.
Productions du sol. Main-d^œuvve. — Les produits du pays consistent surtout en riz et manioc. Les Betsileos de la foret produisent aussi un peu de cire et de caoutchouc. Parmi les produits européens, ils ne consomment guère que les toiles de coton écru et du sel marin.
L'indigène se contente de peu: les terres abondent, et deux ou trois mois de travail par année suffisent à alimenter un Betsileo et sa famille.
La vie étant d'un bon marché extrême pour l'indigène, il s'est contenté, jusqu'à ce jour, d'un salaire infime : 20 h 25 centimes par jour. La journée de travail est ordinairement de dix heures.
Cependant, la main-d'œuvre est rare, par suite du peu de besoins des indigènes, et ce serait peut-être une erreur que d'espérer se la procurer en abondance en élevant les salaires. En elî'et, dès qu'un Betsileo a gagné quelques francs, il cesse de travailler et vit sans rien faire jusqu'à épuisement complet de son petit pécule.
Les transports sont plus rémunérateurs pour les Betsileos. Le voyage de Fianarantsoa à Mananjary, dont la durée est de 15 à 20jours, aller et retour, leur est payé de 7 fr. 50 à 10 francs, et celui de Tananarive, de 12 fr. 50 à 15 francs. La charge moyenne est de 25 kilogrammes: beaucoup de porteurs acceptent cependant des charges de 40 et même de 50 kilogrammes.
La propriété. — Les Betsileos sont essentiellement éleveurs. Le droit de propriété n'existait pour ainsi dire pas pour eux avant la domination française, la reine étant, en principe, maîtresse de tout, jusques et y compris la vie de ses sujets. Cependant, dans l'application, les rizières et les champs cultivés par les Betsileos étaient toujours respectés. Quant aux forêts et aux terrains herbeux, dont les chefs se prétendaient propriétaires de père en lîls, la loi 91 du Code malgache en attribuait la propriété absolue à la reine, n'abandonnant aux indigènes qu'une sorte de droit de jouissance; c'est ainsi qu'elle frappait de vingt années de fers ceux qui louaient ou vendaient des parcelles de forêt ou des terrains herbeux.
Le droit strict du Betsileo s'étendait donc uniquement sur son « vala » (ferme), ses champs et ses bœufs. Sa liberté était aliénée puisqu'il pouvait
être appelé à faire la corvée du gouvernement, d'un bout de Tannée à Tautre.
Justice. — En ce qui concerne les contestations de peu d'importance, surgies au sein de la famille, le chef du « vala », ou chef de famille, tranchait le différend, et ses décisions étaient presque toujours écoutées. Les procès plus importants étaient soumis aux seigneurs ou tompomenakely, aux andriambaventy ou juges et aux fokon'olona ou assemblées communales : les causes soumises à ces assemblées, que présidaient les chefs énoncés cidessus, étaient généralement réglées sans appel, il y a ^5 ou 50 ans. Dans les dernières années, au contraire, les fonctionnaires hovas appelaient toutes les causes devant leur tribunal, afin de faire argent de leurs arrêts; les mêmes causes revenaient même plusieurs fois, après jugement, devant les mêmes juges, dans le cas où le perdant réussissait à se procurer de nouvelles ressources pécuniaires, à l'aide desquelles il espérait, non souvent sans raison, faire casser les premiers jugements. Les juges hovas n'éprouvaient aucune honte à se déjuger ainsi à quelques mois ou à quelques années d'intervalle.
Le Code édicté à Tananarive en 1881 faisait loi pour toute la province.
Traditions locales. — Le Betsileo manque essentiellement de traditions. Heureux d'une vie purement végétative à laquelle le convient son insouciance naturelle et la douceur du climat et la richesse du sol de son pays, il ne se préoccupe nullement de savoir ce qu'étaient ses ancêtres ni ce qu'ils ont fait. Les souvenirs du peuple ne remontent guère au delà d'un siècle au temps du règne d'Andrianamalina et des conquérants hovas, Andrianampoinimerina et Radama.
Us savent vaguement que les princes de « l'Arindrano » ou « Yohibato » venaient du Sud et appartenaient à la race noble des « Zafimahafanandriana » ou « Zanak'iantara », ce qui semblerait indiquer que le berceau de ces princes était la vallée de l lantaia à l'Est et d'ivohibé. Les princes de l'Isandra, ou les « Zafimaharivo », provenaient, au contraire, des bords de la haute Imania, d'cc Andohamania »; ceux de la Langina, ou les « Zafianarana », du Matitanana ou du Faraony. Les origines de cette peuplade sont donc restées très obscures jusqu'à ce jour.
Remarques sîtr la physionomie et la constitution des habitants. — Les cheveux des Betsileos sont drus, plantés droits et généralement frisés, sans être laineux; ils sont noirs ou châtain foncé; la barbe, peu fournie, est également frisée et noire.
Le front est arrondi, modérément découvert et assez étroit. Les sourcils sont droits, assez bien fournis et de même teinte que la barbe et les cheveux.
Les yeux, brun foncé, sont généralement grands, bien fendus, avec la commissure lacrymale, parfois, à demi-bridée par l'implantation de la paupière supérieure, comme chez les Hovas.
Les cils sont longs et retroussés. Le nez est droit, large sans être épaté, les narines sont largement ouvertes.
l'I. XVl