‹ Guide de l'immigrant aÌ€ Madagascar (volume 2)Chapitre 85 sur 89 · Transcription malgache du mot Islam · texte numérisé non relu

Transcription malgache du mot Islam

ETHNOfiHAPHIE.

réservés an culte des Vaziiiihns ou des ancêtres. Tne fois par an, les Sakalaves de tout le Bouéni se réunissent à Majun^^a pour la promenade des reliques sacrées; de plus, dans chaque village où il existe des « doany » ou « ninliaho », il y a des jours consacrés au culte des tond)eaux; ces jours de vénération sont en même temps jours de réjouissances. Dans le Houéni soumis aux Ho vas, les Sakalaves célébraient é^^alement le « fandroana » ou bain de la reine.

Il est d'usage, chacpie jour de fétc, que le Sakalave poi te un peu d argent au chef du village. Puis, il est procédé à l'abatage d un ou plusieurs bœufs.

L abatage d'un bœuf, un jour de fête, donne toujours lieu à une sorte de jeu préparatoire qui consiste à taquiner et à exciter l animal, à la façon de nos toréadors landais. La joute n"a pas lieu dans une enceinte spéciale, mais sur la place ou même au milieu des maisons du village. L'animal, taureau, b(euf ou vache, est solidement attaché par les cornes avec une longue corde et l'un des pieds de derrière est tenu par une autre corde. Tiré par devant et retenu par derrière, le bœuf a peu de liberté de mouvement et les jouteurs ne courent pas de bien grands dangers; il arrive, en effet, peu d'accidents. Quelquefois cependant, les hommes qui tiennent l'animal par le pied de derrière, surpris par la violence du départ, lâchent trop rapidement la corde et, si les jouteurs de devant ne sont pas sur le qui-vive, ils reç^'oivent des coups de tète et des coups de corne. Quelquefois aussi, la corde se rouq:)t et c'est alors un sauve-(pii-peut général, un tohu-bohu épouvantable, une fuite désordonnée devant un combat inégal où l'animal est toujours le vainqueur.

Les animaux qui doivent entrer dans la lice ne sont pas excités artificiellement avant le condjat: aussi le jeu manque-t-il absolument d'intérêt au début. Mais, bientôt, les vociférations des jouteurs et de l'assemblée deviennent telles, que la bête, même la plus douce, finit par perdre la tète et devient furieuse; c'est le moment intéressant du jeu, celui que les audacieux choisissent pour se mesurer; mais bientôt la béte épuisée devient inerte et, quelquefois même, se couche sans plus se soucier de ses insulteurs. Du reste, épuisé ou non, le sort de l'animal est réglé d'avance; il finit sous le couteau du boucher.

Ces jours de fête, le Sakalave se gorge de rhum et d'absinthe; il devient alors bruyant, insolent et méchant; il provoque ses camarades et leur cherche des querelles qui tournent quelquefois au tragique, ses provocations ne restant pas toujours sans écho, et il n'est pas rare d'assister à des scènes de pugilat.

Dans tous les cas, quand les cerveaux sont surchauffés, si aucune bagarre n'a lieu à la suite de provocations ou de querelles, une lutte est toujours oi ganisée à titre de divertissement.

Le jeu de la boxe sakalave s'appelle le « morengy ». Le morengy est un instrument rappelant beaucoup le tambour; la caisse proprement dite est creusée dans un tronc d'adabo {ficus) et les parties résonnantes sont faites de peau de chèvre ou de mouton; les cordes de tension de ces peaux sont en (ils de rafia ou de coco. Pour faire résonner cet instrument, on le frappe

(les deux côtés à la fois avec les mains, à plat, ou quelquefois avec une baguette; le son est mat et ressemble à celui des tam-tams.

Ce tambour a donné son nom au jeu de morengy, parce que, pendant la lutte, on l'emploie pour exciter les combattants.

Deux jeunes gens se mettent face à face au centre d'un cercle formé par le public; ils vont essayer leur force à grands coups de poing. Pendant le combat, le morengy mêle son bruit aux cris sauvages de l'assemblée; chaque coup qui porte est signalé par une ovation stridente, par des vociférations qui n'ont rien d'humain. Quand les adversaires sont épuisés, deux autres les remplacent et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de combattants.

Ce jeu, à première vue, semble cruel; mais, en voyant les Sakalaves à l'œuvre, on revient rapidement sur ces sentiments.

Le Sakalave, en effet, ne risque pas un mauvais coup pour le simple amusement de la galerie, et la joute se termine généralement sans que les adversaires se soient rapprochés suffisamment pour que les coups portent; c'est, en somme, un simulacre de combat. Quelquefois, quand les cerveaux sont par trop échauffés, les passions peuvent s'exciter au point de rendre le jeu dangereux. Nous avons vu, à Marovoay, une partie de morengy qui a duré plus de deux heures; à chaque instant, de nouveaux adversaires entraient en lice pour appuyer tel ou tel parti, et la lutte a fini par devenir générale; ce n'était plus un jeu, mais un véritable combat. Les simples spectateurs recevaient des coups comme les autres et, à un moment donné, il devint prudent de faire rentrer dans les maisons les femmes et les enfants; les portes des maisons fermées furent défoncées et il y eut du sang versé.

Mais laissons là ces plaisirs violents. Le Sakalave sait aussi faire de la musique, chanter, danser, et il n'est pas de chef, de roi ou de reine qui oserait sortir en cérémonie, sans être précédé de ses musiciens et de ses danseuses.

La revue des instruments de musique est vite passée ; il n'y en a que trois : la grosse caisse, le morengy et la lokanga.

La grosse caisse est un article d'importation qu'il est inutile de décrire.

Le morengy est le tambour sakalave dont nous venons de parler.

La lokanga, seule, mérite d'attirer notre attention; c'est un instrument à cordes dans le genre de nos mandolines; la caisse résonnante est formée d'une moitié de courge vide, attachée par son extrémité convexe au-dessous des cordes, qui sont en fil de rafia, fixées par les deux bouts à un manche en bois travaillé au couteau et tendues par de petits chevalets en corne. Ces instruments, que les Sakalaves fabriquent eux-mêmes, sont à une, deux ou trois cordes; leur son est mat et faible; les notes qu'ils rendent sont peu nombreuses, mais très suffisantes pour la musique monotone dont les indigènes se contentent.

Pour se servir de cet instrument, l'artiste appuie la courge contre sa poitrine, de façon à en augmenter la résonance; de la main droite, il pince les cordes pendant qu'avec les doigts de la main gauche il en augmente ou diminue la longueur, à la façon des violonistes. Il obtient ainsi des sons qui forment plutôt une cadence musicale que de la musique proprement dite.

ETIINOr.HAPlIIE.

Au point de vue musical, \c Sakalave n'est pas exclusif; il accepte volontiers tous les instruments étrangers; il» a même une passion pour l'accordéon* et il écoute volontiers jouer du violon; le clairon et le cor de chasse le ravissent et le cornet à piston Tenthousiasme.

Comme partout, les chants sont raccompagnement ohligatoire de la musique, ils sont la spécialité des femmes. Jl est difficile de définir leur caractère particulier; nous allons, toutefois, essayer d'en donner un aperç^u.

Les femmes sont assises à terre; elles frappent toutes dans leurs mains, accompagnant ainsi le rythme du tamhour; puis, l une d'elles commence non à chanter, mais à parler sa chanson; elle raconte tout ce qui lui passe par la téte et, après chaque phrase, un refvain repris en chœur lui donne le temps de réfléchir à ce qu elle doit dire. Et cela dure ainsi, dans une monotonie désespérante, jusqu'à ce que la fantaisie imaginalive de la chanteuse soit épuisée.

Tout est hon à mettre en chanson; la poésie du sujet importe peu et l'auditeur, s'il est étranger, est souvent lui-même l'ohjet des railleries. On lui fera comprendre, par exemple, qu'au lieu de rester là à écouter le chant des autres, il serait bien mieux considéré, s'il fournissait le rhum destiné à ramoner les gosiers et, s'il s'exécute, il deviendra le héros auquel l artiste s'empressera de dédier sa prochaine chanson.

Les hommes savent aussi chanter, mais ils dédaignent généralement ce genre d'amusement ; ils se réservent pour le moment où la musique et les chants ne suffiront plus au divertissement de l'assemblée et où il faudra y ajouter la danse.

La danse est pratiquée par les hommes et par les femmes, mais toujours séparément; les danseurs de sexe différent ne s'accouplent pas et se font même rarement vis-à-vis ; les hommes dansent avec les hommes, les femmes avec les femmes.

Les danses se font toujours au son du tambour et de la grosse caisse, pendant que les assistants frappent dans leurs mains et accentuent la cadence.

Le caractère de la danse sakalave est le même pour les deux sexes, avec la différence qu'il y a entre la lourdeur des gestes d'un houune et la douceur de ceux d'une feunne; les pieds battent la terre, tantôt lentement, tantôt plus vite, suivant la cadence de la musique ; les hanches prennent un mouvement de balancement gracieux, surtout chez certaines femmes qui maintiennent leur buste droit et iunnobile, pendant que le bas du corps suit la cadence. Les bras étendus horizontalement marquent la mesure, s'élevant et s'abaissant, tantôt ensemble, tantôt séparément, et, quelquefois, se remuant dans une trépidation finale qui n'est pas sans charme.

C'est moins une danse qu'un exercice physique, un mouvement cadence de toutes les parties du corps.

Chez les Sakalaves Marofotsy, qui habitent la rive droite de la haute Betsiboka, il existe un genre de danse très distinct des autres; c'est une sorte de quadrille où les danseurs des deux sexes se font vis-à-vis, sans

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