‹ Guide de l'immigrant aÌ€ Madagascar (volume 2)Chapitre 86 sur 89 · Commo la plupart des peuplades de Madagascar · texte numérisé non relu

Commo la plupart des peuplades de Madagascar

jamais se toucher; quand la danse nécessite un rapprochement, un mouchoir sert de trait d'union entre les danseurs. Les mouvements, les passages, les difTérents pas se font tantôt à la cadence de la marche, tantôt à celle de la polka; le nombre des figures est illimité et le quadrille ne cesse que quand l'imagination du conducteur est épuisée.

Dans tous les pays sakalaves, la décence est de règle dans les danses : aucun geste, aucun mouvement ne peuvent offenser la pudeur, ce qui est surprenant pour un peuple aussi relâché dans ses mœurs. Toutefois, quand des libations trop fréquentes surexcitent l'ardeur des danseurs, quelques femmes se laissent aller à accentuer le mouvement de leurs hanches et se livrent à des gestes impudiques.

Enfin, il existe un genre de danse armée chez les Sakalaves de la Menavava, qui sont un peu fahavalos ou tout au moins exposés aux incursions des fahavalos. Cette danse est pratiquée habituellement à la suite des expéditions ou des coups de main.

Un village, celui d'Ampotakely, venait d'être pillé par une bande de tontakely; appelés au son de la trompe, une quarantaine de guerriers sakalaves se réunirent au village de Mandraty, armés de fusils, et se lancèrent à la poursuite des pillards. Ils revinrent vers le soir ramenant quatre têtes de fahavalos qui furent déposées au centre du village et ils se formèrent en cercle autour d'elles; puis, le chef sortit des rangs, se plaça au centre et, jouant avec son fusil, le lanyant et le rattrapant, le faisant tourner autour de sa tête, frappant la terre de la crosse et simulant toute une série de gestes guerriers, il se mit à danser en racontant les exploits de la journée; les guerriers soulignaient chacun de ses gestes et chacune de ses phrases en poussant des cris féroces et en frappant le sol de la crosse de leurs fusils; c'était une vraie danse guerrière.

Famille. — Dans un des chapitres précédents, nous avons dit que, pour être valable, le mariage n'exigeait aucune des formalités rigoristes des lois qui régissent les peuples civilisés; m.ais, de même qu'aucune formalité légale n'est nécessaire pour consacrer le mariage, de même aussi aucune loi ne le protège. Or, la stabilité du mariage étant la base constitutive de la famille, on devrait conclure que, chez le Sakalave, la famille n'existe pas; ce serait une erreur, car elle est, au contraire, constituée régulièrement; elle comprend le père qui en est le chef et qui exploite les biens, la mère qui en est pour ainsi dire le régisseur, et les enfants, de quelque lit qu'ils proviennent.

On sait que, dans le mariage, la virginité de la femme ne préoccupe pas son futur; la femme se marie après avoir usé de son corps à sa guise, quitté un ami pour en prendre un autre, et cela, plusieurs fois en quelques années, si bien qu'elle se met le plus souvent en ménage, en y amenant des enfants, qui sont toujours bien reçus et font partie de la famille dans laquelle ils entrent. Le nouveau père les élève généralement h la qualité de fils par le fanangan-jaza (adoption).

Dans une famille sakalave, les hommes (le père et les fils) s'occupent

ETHNOGRAPHIE

des travaux pénibles : eonstruction des cases, labour, transport du riz mùr, etc.; ce sont eux qui vont au marclié acheter ou vendre le bétail et qui chargent dans les pirogues les lourds fardeaux.

Mnis, quel que soit le travail fait, s'il en est résulté, pour \o père de famille, une rémunération ou un profit en argent, c'est la fenmie qui l'encaisse; car, en dehors des travaux pénibles dont je viens de parler, la femme est tout et fait tout, sans le mari.

Si l'argent est enfermé dans une caisse, la clef est entre les mains de la maîtresse de maison; s'il est enterré ou caché, elle seule a le droit d'aller ouvrir la cachette. C'est elle qui règle toutes les dépenses du ménage et qui en organise le régime économique. Au moment du repas, c'est elle qui distribue les parts, en ayant soin toutefois de mettre dans un plat spécial le déjeuner du maître de la maison.

Quand les hommes vont aux champs, au moment du travail des rizières, la femme s'occupe de faire piler et cuire le riz nécessaire au repas de tous les travailleurs.

Rien ne doit lui échapper de tous les détails de l'intérieur : la conservation des nattes, la propreté de la maison ou du linge, la nourriture et l'entretien des volailles, leur rentrée et leur sortie du poulailler. Quand la femme est vaillante, elle doit passer les heures que ses occupations lui laissent libres à faire séchci- des joncs, à les préparer et à les tresseï' pour en faire des paniers ou des nattes.

Les enfants sont toujours sous la surveillance de la mère, c'est elle qui les soigne et les élève, si l'on peut appeler éducation l'ignorance absolue de toutes choses dans laquelle les enfants sont entretenus.

Si la femme réclame pour elle tous les droits de l'homme ; elle en prend également tous les vices; elle chique, elle boit du rhum, elle s'enivre h l'occasion sans que l'homme ait le droit de crier au scandale.

Si 1 homme lui fait des inlidélités, elle en sera rarement fâchée; ce sera pour elle une occasion toute trouvée de quitter de temps en temps le lit conjugal pour prendre une revanche. Du reste, à ce jeu dangereux, la femme est toujours victorieuse et elle en connaît d'avance l'issue. Il arrive que le mari se fâche, frappe sa femme et la jette dehors ; mais généralement, quelques jours après, il revient la supplier de rentrer au domicile conjugal, et alors la femme n'accorde son pardon qu'après plusieurs semaines d'attente et lorsque son mari lui a fait cadeau d'un lamba neuf et d'une pièce de 5 francs.

La séparation définitive est plus rare et ne survient qu après quelques escarmouches comme celle dont nous venons de parler. Il existe des familles sakalaves où de semblables faits ne se produisent pas, mais il est excessivement rare de trouver un homme ou une femme qui n'ait été marié qu'une fois.

Les ménages commencent à être tranquilles lorsque les intérêts des époux sont tellement unis que la séparation entraînerait un préjudice considérable pour les deux parties; î\ ce moment, d'ailleurs, les époux ont vieilli ensemble et l'tàge des ardeurs juvéniles est passé. Nous avons dit plus haut que les biens des époux étaient mis en commun ; après quelques années de mariage

OriDE !)E L'IMMIGRANT A MADAGASCAR.

toute espèce de partage devient impossible ; les biens ont augmenté ou dépéri; les rizières n'ont plus la même valeur; le nombre des bœufs a changé, des esclaves ont été vendus, d'autres achetés, et, de ces changements, pas un n'est régulièrement inscrit sur les livres du gouvernement; les époux pourraient-ils dès lors se séparer?

Si nous avons parlé d'esclaves vendus ou achetés, c'est que, malgré la loi de l'abolition de l'esclavage, les Sakalaves soumis ont, seuls, libéré les leurs; les autres, les Sakalaves du désert, ceux des côtes, ceux de l'Ambongo, du Mailaka, du Menabé, etc., où nous n'avons pas encore pénétré, n'en ont libéré aucun.

Dans le Bouéni, l'esclave était toujours bien traité et faisait partie de la famille à laquelle il appartenait.

Ptchitions avec les autres peuples, avec les Hovas. — Les Sakalaves eussent été fort heureux de vivre chez eux, sans relations, sans commerce avec d'autres peuples ou même avec les races voisines.

Li^s étrangers qui semblent s'être les premiers introduits chez eux sont k's Arabes, venus, soit des îles Comores, soit de la côte d'Afrique, soit de Zanzibar. Ces musulmans ont depuis fort longtemps accaparé la côte Nord-Oiiest de Madagascar, où ils se sont installés en maitres.

11 est pi'obable que, plus intelligents que les Sakalaves, mais de peau noire connue eux, leur arrivée n'a pas, dès le début, effrayé les indigènes; les Sakalaves ont eu du reste besoin d'eux, pour se procurer- des esclaves, des fusils et (le la poudre. Peut-être aussi les ont-ils éblouis par leurs connaissances supérieures, et, par là, se sont-ils imposés à eux; en tout cas, les musulmans n'ont eu à livi er aucun cond)at : ils sont venus et ils ont régné.

Les noms des villes de la côte, Majunga, lîaly, etc., sont des preuves irréfutables de la domination musulmane.

Aujourd'hui encore, les villes de la côte Nord-Ouest et même de l'Ouest appartiennent réellement, soit aux Indiens, soit aux Arabes, et, si les rois ou les reines sont d'origine sakalave, ils ont uniformément pris les mœurs et les habitudes de ces étrangers, dont ils subissent manifestement l'inlluence.

Les Ilovas avaient moins bien réussi, et cela s'explique facilement, car ils sont venus en conquérants, mais n'avaient pas les forces nécessaires pour affermir leur conquête. Les Sakalaves qui ont voulu rester indépendants se sont retirés dans les vastes solitudes où les Hovas n'ont pas })u les poursuivre.

11 faut cependant constater que, dans leur (ruvre de conquête, les lïovas n ont pas omis, lorsqu'ils l'ont pu, d'occuper les points qu'ils ont jugés indispensables à leurs intérêts et à leur domination et d'y installer des postes militaires reliés à Tananarive. La route de Majunga à Tananarive leur appartenait, et les Sakalaves qui occupaient cette partie du Bouéni leur obéissaient. Les riches vallées de la Mahajamba, du Bemarivo et de la Sofia étaient à eux ; par Analalava, Maevarano et Anorontsangana, que reliaientà l'Imerina des postes intermédiaires, ils possédaient tous les points importants de la côte Nord-Ouest de Madagascar.

ETIINOr.RA PIIIE.

Les Sakalavos soumis aux lïovas u'ont jauiais aimé lours ronfjuérauts ; mais ils les erai«;naieut et hnu' obéissaient. Il faut ajouter que la plus «iiaude partie du territoire sakalave, la moitié du Houéni, rAml)on<ro, le Mailaka et le Menahé sont toujours restés insoumis et ([uc les Hovas n'ont jamais réussi tà s'y établir.

Il nous est impossil)le de tolérer eet état de choses et de laisser des peuplades entières se croire indépendantes dans une île qui est devenue française. En outre, il est de notre devoir d'ouvrir à l'industrie ces contrées où se cachent d'importantes richesses agricoles et minières. Ces peuplades insoumises sont très jalouses de leur indépendance, elles n'ont pas accepté la domination hova et elles ne reconnaîtront pas davantage la nôtre jusqu'au jour où, persuadées que nous sommes les plus forts, elles se résigneront à vivre sous notre protection : c'est un résultat qu'on n'obtiendra probablement que par la force des armes.

11 ne laut pas, du reste, nous cacher que, même soumis, les Sakalaves nous considéreront longtemps comme des étrangers venus pour les déposséder de leur sol et non comme des protecteurs leur apportant les bienfaits de la civilisation.

Sihanakas. — S'il est un peuple qui, à première vue, semble peu intéressant, s'il est des hommes qui paraissent dénués de toute originalité, s'il est un pays qui ne montre, à l'étranger (jui arrive, ni des usages, ni des coutumes,* ni des caractères particuliers, c'est bien le peuple sihanaka. Timides, effrayés par le blanc, les habitants de l'Antsilianaka se montrent à lui comme eîïarouchés, et cependant, si l'on pénètre plus avant dans la vie de ces indigènes, on y trouve une série de coutumes et d'usages fort curieux, on découvre quelque chose d'original à tout ce peuple que la domination hova avait éci'asé, annihilé par un régime de suspicion, de cruauté, de vol et de terreur.

Historique. — Avant d'entreprendre l'étude ethnologique proprement dite de ce pays, il ne semble pas inutile de tracer les grandes lignes de l'histoire sihanaka, surtout au moment de la conquête des Hovas.

Autrefois, chaque ville de l'Antsilianaka avait son roi, et les guerres de ville à ville étaient fréquentes; le parti vaincu était emmené en esclavage par le vainqueur. C'est l'éternelle histoire des peuples au début de leur civilisation î Ces luttes fréquentes, souvent meurtrières, exigeaient des moyens de défense puissants, des fortifications, et c'est pour cette raison que l'on y trouve des villages aussi bien fortifiés que les plus beaux de l'Imerina.

Ambohitromby, qui, il y a quelques mois, servait de repaire aux rebelles, est un îlot dans la rizière, qu'entoure une triple haie de nopals géants. Le village d'Amboavory au nord du lac Alaotra est superbe, avec son chemin de ronde sous une voûte de nopals et sa triple porte.

La désorganisation de cette féodalité sihanaka eut lieu sous Radama P% le grand envahisseur de Madagascar. Le roi suzerain des nombreux fiefs siha-

r,riI)E DE L'IMMIGRANT A MADAGASCAR.

nakas s'appelait alors Ratohana; il vivait à Antanambé, à l'ouest du lac Alaotra, village qui, après avoir été détruit, vient d étre reconstruit, il y a quelques mois, par le grand sorcier des Sihanakas, parce qu'il pensait attirer du monde à l'insurrection en s'établissant dans l'ancienne résidence du dernier de leurs rois.

Le premier village qui essaya de se rallier à la cause ho va fut le village d'Ambohidehilahy, situé à Sou 10 kilomètres à l'ouest d'Ambatondrazaka, au milieu des zozoro. Le roi Ratohana partit avec ses guerriers pour châtier la ville rebelle. Mais quarante soldats de Tananarive suffirent pour mettre en déroute toute l'armée sihanaka. Les gens de Tlmerina, prévovant une conquête facile, vinrent en plus grand nombre et s'établirent à Andranomarivo.

Ils reçurent alors un certain nombre de soumissions, notamment celle des trois sœurs qui régnaient dans la région de l'Est ; l'aînée Rasaheno avait son royaume à Amboliitrahena, la seconde Ramiangaly à Ambohimiangaly, où se trouve maintenant le fort « Antony » ; la plus jeune Razaka régnait en un point qui. à cause d'elle, s'appela Ambatondrazaka (où est la pierre de Razaka). Cette pierre existe encore, elle 'est au milieu du rova. D'aucuns disent que c'est une pierre funéraire et d'autres prétendent que Razaka aimait à s'y reposer et haranguait de là son peuple. 11 semble que c'est une pierre funéraire, plutôt qu'un siège commode; aiguë, à bords tranchants, elle ne parait réunir aucune des qualités nécessaires à un siège d'orateur.

Comme la région de l'Ouest du lac ne se soumettait pas et que le village d'Ambohitsimenaloha notamment voulait résister, les Hovas tendirent une embuscade à ses habitants et en massacrèrent un grand nombre ; les survivants et leurs esclaves, sous la conduite du chef Rasola, allèrent s'abriter à Antanambé.

Ratohana était vieux. Son fils Andrianombelaza, fatigué d'attendre la succession de son père, voulut se tailler un royaume en pays sakalave et profita de l'arrivée de Rasola et de ses réfugiés pour partir dans l'Ouest. En vain, le vieux roi le supplia de rester, lui disant ([u il était « mal de laisser ainsi son pays aux mains des Hovas », le fils persista dans sa décision. C'est alors que son père le maudit en lui disant : « Tu ne re verras pas la terre de tes ancêtres, tes restes ne viendront pas reposer dans le tombeau de tes aïeux; le vent du Nord te chassera au Sud, le vent du Sud te chassera au Nord ; les hommes qui te suivent vivront comme des bétes sauvages, sans famille et sans foyer. »

Telle est, dit la légende, l'origine des Marofotsy qui n'ont jamais de demeure fixe et qui. nomades, vivent toujours de rapines et de vols.

En résumé, à ce moment-là, trois villes restaient libres, fidèles à leurs traditions, Antanambé, Anosimboaliangy et l'île d'Anosy située au milieu du lac.

Antanambé se soumit à la mort de Ratohana. Anosimboaliangy fut soumis un peu plus tard. Quant à l'île d'Anosy, ses habitants se défendirent vaillamment et les Hovas furent repoussés. Radama fit brûler vif son général qui avait été vaincu, disant que « la loi n'avait pas de considérations pour les

ETHNOGRAI'HIE.

grands ». D aillcurs il ne (it plus aucune tentative contre Tile d Anosy, })as plus que contre Anosiuiboahangy, et il installa la capitale de TAntsilianaka à Ambatondrazaka.

Les nobles se réunirent alors et lui prêtèrent serment de fidélité. Radauia leur demanda s'ils voulaient des 'M)uverneurs de leur race ou bien des <(ens d'Imerina. Voici la réponse que lui lit un des chefs sihanakas :

c( Instruis-nous ! Nous ne sommes pas assez versés dans l'art de «rouverner pour nous diriger nous-mêmes. Écoute, ô roi! écoute plutôt cette histoire. A Mahakary, il existe un homme très riche qui ne connaît pas la plante qui donne le riz et qui demande à en voir la feuille. Mieux encore, à Anororo, les habitants disent ([u*un homme très grand est fait de deux hommes, et ils en ont fait couper un en deux; ils s'étonnent de voir les étrangers manger du manioc qu ils appellent « bouse de vache » : ils croient que le miel est le fruit d une plante et ils ne veulent pas admettre que c'est une mouche qui le produit. Tu vois que ces gens-fi seraient incapables de se gouverner eux-mêmes. Gouverne-nous, grand roi, instruis-nous. »

Ainsi eut lieu l'introduction de l'élément hova chez les Sihanakas, qui formèrent cependant des soldats dont la reine « daigna » se montrer satisfaite.

• Que ressort-il de ces quelques anecdotes, en souune ? La conclusion à en tirer, c'est que les Hovas pour s'introduire dans LAntsibanaka surent proQter de la division de l'autorité qui existait dans tout ce vaste territoire. Ils firent un tout de ces petits royaumes, et y laissèrent des soldats de Tananarive, des gouverneurs, des officiers, des commerçants qui contractèrent des unions dans le pays et peu à peu s'identifièrent à peu près complètement ce peuple docile et craintif.

Étude ethnologique. — Races — Limite.'^ du pays des Sihanakas. L'Antsihanaka a pour limites Mangatany et Anjiro au Sud, Anosimboahangy au Nord, la forêt à LEst et Anq3arafaravola à l'Ouest.

Il est peuplé par une série, je ne dirai pas de races distinctes, mais en quelque sorte de familles issues de croisements divers. C'est ainsi que nous avons :

1° Les Sihanakas purs, qui sont de plus en plus rares. Il en existe encore dans LAnororo, pays dont le niveau est inférieur à celui du lac Alaotra. On en trouve également à Mahakary, Ivohitraivo, Amboanato, Ampilahoana.

'i*' Les Sihanakas-IIovas, les plus nombreux. Ils existent à Imerimandroso, à Ambatondrazaka et dans leurs environs, ainsi que dans les colonies mihtaires, comme Amparafaravola, Ambohijanahary, Ambohitromby.

5° Les Tanosimboahangy ou Sihanakas-Sakalaves. Ils peuplent Miarinarivo et Anosind)oahangy.

4" Les Zalimpanotany ou Sihanakas-Betsimisarakas. Ils vivent à l'est d'Ambatondrazaka, sur les bords de la forêt.

5° Les Mpiandromby sont, comme l'indique leur nom, des bergers. Ils vivent autour de Mangatany.

6° Les Mpanazary, espèces de devins qui vivent à l'ouest de Marosalazana ; c'est une caste plutôt qu'une tribu proprement dite.

7^ Les Marofotsy, nomades dissidents qui habitent certains villages à l'Ouest du lac.

Caractère, Mœurs, Coutumes. — Ces différents groupes d'individus n'ont pas le même type; leur teinte, leurs cheveux, leur taille sont très variables, suivant que l'on considère un individu métissé de Ho va, de Sakalave, etc....

Le Sihanaka pur, celui de Mahakary par exemple, est noir, ses cheveux sont crêpés, son front est bas et son nez épaté, ses lèvres sont grosses, sa barbe est irrégulière. Il est, en général, bien bâti; il y a cependant peu d'exemples de gens très grands, peu de types de « colosses ». La femme, de taille moyenne, est noire également, les cheveux coiffés avec une série de petites tresses qui pendent autour de la téte.

Hommes et femmes ont un caractère commun, leur saleté repoussante. Tout bon Sihanaka, quand il achète un laniba de toile blanche, le met sur lui, se garde bien de le laver jamais et ne le quitte que lorsqu'il est en loques. Jusqu'à l'âge de 5 ou G ans, l'enfant court tout nu dans les rues immondes de villages infects, se vautrant avec les familiers habituels de la case, les chiens, les cochons, les poules.

La fille est réglée de bonne heure et se livre très jeune à ses instincts, sous Tœil bienveillant des parents qui savent « qu une fille est maîtresse de son corps » ; elle est souvent mère à 15 ans! Et le pauvre petit qui naît, mal soigné, gorgé de viande, de riz et de fruits pas mûrs, s'étiole bien vite et va grossir le chiffre de la mortalité infantile, déjà considérable dans ce pays. Et puisque je parle de l'enfant, je crois que la façon la plus simple d'étudier d'un peu près le Sihanaka, c'est de le prendre tout petit, quand il vient au monde, de le suivre dans sa vie et de ne le (piitter qu'après les orgies qui bonoreront ses obsèques.

Nous étudierons successivement : l'accouchement, la circoncision, le mariage et la mort, qu'accompagnent des coutumes curieuses.

Accouchement. — On a peu de renseignements sur l'accouchement chez les Silianakas. Fne chose est à noter cependant : dès que la femme sent les premières douleurs, elle se couche et aussitôt, sous son lit, on allume un feu qui doit durer pendant tout l'accouchement et pendant les huit jours suivants. Cette coutume est probablement une forme de cette croyance que l'on retrouve chez tous les peuples, et qui veut que la femme soit purifiée après ses couches.

Les manœuvres qui accompagnent l'accouchement se bornent à des massages et à des pressions violentes sur l'abdomen. La ligature du cordon se fait assez bien et les cas de hernie ombilicale sont assez rares chez les enfants.

Circoncision. — La cérémonie a lieu (juand l enfaiU a i ou o ans. La veille du jour fixé, les parents et les amis de hi famille arrivent, portant leur cadeau de féte au chef de famille, quelquefois de l'argent, souvent des bœufs,

ETUNOCRAIMIIE.

mais toujours du toaka (rlunn indifjlnie). Après les kahary, ou salutations d'usage, on sort en procession de la ujaison du chef de raiiiille et on se rend devant la case qu hahite l'enfant à circoncire, portant un bananier avec ses feuilles, de la canne à sucre et du rhum. Oublier la cruche de rhum serait, paraît-il, un manque de déférence très grave.

Le chef de famille prend alors la parole et dans une allocution, qui est toujours la même d'ailleurs, il remercie « ses amis d'avoir ([uitté leui s travaux pour venir le visiter ». 11 leur dit que « Dieu leur rendra ce qu'ils ont fait pour lui, etc., etc. » Les danses commencent alors, et les cruches de toaka sont mises largement à contribution.

Vers neuf heures du soir, on prend l'enfant qui doit être circoncis et un des invités le porte sur son épaule, en chantant une sorte de cantique dont voici le sens, et qui doit se dire trois fois avant le chant du coq : « Que cet enfant ne souflre pas de l'opération qu'il va subir ! qu'il ne saigne pas trop, et que sa plaie ne se referme pas trop vite î »

La nuit se passe en chants et danses et, au le\er du jour, on procède à la cérémonie.

Au premier chant du coq, un des invités pousse un cri : « Venez, les chercheurs d'eau mahery » (de Veau forte vigoureuse). A cet appel, trois hommes arrivent, deux d'entre eux portant une cruche, le troisième, une sagaie et un bouclier, et ils partent tous trois vers la source sainte, la source qui donne la « rano mahery » .

Dès qu'ils sont sortis, tous les invités, toutes les personnes de la famille se placent à la porte du village; on s'arme de pierres, de mottes de terre, de morceaux de bois, et, quand ils reviennent, on essaye de les en frapper ; c'est à celui qui a le bouclier de parer les coups et de se protéger, lui et ses compagnons. On choisit toujours, pour remplir ce rôle, un homme habitué à ce jeu-là ; il y en a de très habiles. Dès qu'ils ont franchi la porte du village, on cesse le jeu, et on va en j)rocession vers la case où doit se faire la circoncision, et dont les porteurs d'eau font sept fois le tour en courant. Les préparatifs faits, l'opérateur, le « rainizaza », pénètre dans la case avec la famille. La mère de l'enfant se couche au pied de la fenêtre de l'Est, sur le bord de laquelle une femme tient l'enfant. A côté, on met une sobika de riz cuit par un homme et des bananes mures. L'opérateur s'avance, se purifie avec l'eau sainte, purifie l'enfant et l'opère simplement, avec un couteau ordinaire.

L'oncle de l'enfant prend alors le prépuce, le roule dans un morceau de banane et l'avale. Aussitôt opéré, l'enfant sort de la case, sa mère se lève, le suit, et une femme jette la sobika de riz sur la famille du nouveau circoncis.

Le repas ou plutôt l'orgie commence alors. On amène les bœufs et on les excite jusqu'à les rendre furieux. « Ceux qui ont peur ne sont pas des honunes », disent les assistants, et ils sautent sur le bteuf. 11 y a des Malgaches qui sont de vrais toréadors. Pour la cérémonie do la circoncision, les riches tuent parfois vingt ou trente bœufs. Le toaka est distribué avec largesse, et, au moment où les têtes sont un peu échautfées, les « mpisaotra » (évocateurs des dieux, des ancêtres) viennent faire leurs évocations. Quand

ils ont fini de prier, ils conduisent l'enfant circoncis à côté du bœuf, lui font passer un couteau sur le cou de l'animal.

Une fois le repas fini, les cruches de toaka vides et les bœufs partagés, on rentre. Quelques jours après, a lieu la purification de la case où a été opéré l'enfant.

C'est la fête du « fafalapa » (balayage du lapa de la grande case). On se réunit et, comme dans toutes les fêtes, les bœufs et les cruches de toaka sont encore mis à contribution.

Mariage. — Le mariage est toujours précédé d'un essai. Les jeunes gens doivent se bien connaître, avant de se marier, et pour cela ils cohabitent pendant un temps assez long. 11 n'est pas besoin de dire que beaucoup s'en tiennent à cette première formalité. Lorsqu'après dix mois, un an d'essai, le désir de s'unir officiellement persiste chez les jeunes gens, le jeune homme, accompagné de sa famille, va rendre visite à la famille de sa future et il dit au père que sa fdle consent à l'épouser. Après cette visite première, l'essai continue et, un ou deux mois plus lard, le mariage se fait.

Au jour fixé, la famille et les amis du futur se rendent dans la famille de la future et, quand tout le monde est réuni, ils réitèrent la demande en mariage. Le père répond qu'il ne demande pas mieux, mais qu'il doit consulter sa fille et ne pas la marier malgré elle. Après le Oui sacramentel, les parents du marié donnent aux parents de la mariée une somme d'argent. Puis tous s'assoient sur une natte et le plus âgé de la fcimille, après avoir versé de l'eau dans une assiette et y avoir placé une tige de roseau, bénit les époux, demandant à Dieu de les rendre heureux. Ils sont alors mariés et vont prendre part au grand festin, où le bœuf et le toaka seront largement offerts.

Mort. Coutumes funéraires. — Quand un individu est sur le point d'expirer, on l'entoure pour recueillir son dernier souffle. Si l'agonie est trop pénible, on brise sur sa tète une courge, afin « de faciliter le dernier soupir ». Quand il est mort, on le porte dans un coin sombre de la case, et on procède à la dernière toilette : on le lave, on lui tresse les cheveux et on le couche sur une natte, on met dans sa bouche une pièce de monnaie, on entoure ses doigts de perles et on lui passe un collier autour du cou.

Des envoyés partent alors du village pour aller prévenir les parents éloignés. La façon dont ils font part du décès est assez curieuse : « Un tel, votre parent, est bien malade et, si vous recueillez son dernier soupir, cela vous portera bonheur. » Les invités se mettent alors en route et arrivent à la maison mortuaire. Kst-il besoin de dire qu'ils mettent quelquefois deux jours, trois jours démarche!... Le cadavre attend; quelquefois il attend cinq ou six jours. Cette coutume se perd, Dieu merci, dans les grands centres, et, règle générale, les obsèques ont lieu maintenant, au maximum, quarante-huit heures après la mort.

Autrefois, paraît-il, on promenait le défunt sur un filanjana et un pleureur chantait ses vertus ; il terminait invariablement en disant que, malgré leur chagrin, la reine ne perdrait pas son « hasina ».

ETIlNOdlUPIllE.

Quand tous les invités sont réunis, les kaharys (Je condoléance commencent et ils sont nondjieux, puis les cadeaux (bœuf, argent, toaka). On mange, on boit, on pleure, on crie. Les gens riches payent des musiciens, qui, tout le jour, exécutent des mélopées lugubres.

Quand les bœufs sont mangés, quand le toaka est bu, on se décide à porler le défunt dans sa dernière demeure. Le convoi n'a rien de triste, rien de solennel; on cause, on court, on a hâte d'en finir. Une fois arrivé à la fosse, le principal des assistants prononce une oraison funèbre, où il célèbre les vertus du mort, où il rapporte ses dernières paroles. Puis, le cortège rentre, on boit les dernières cruches de toaka, et on se sépare.

Huit jours après, nouvelle réunion, nouvelle orgie pour la purification de la maison mortuaire.

Religion. Morale. Croijances particulières. — Beaucoup de Sihanakas se disent protestants, mais très peu, on peut même dire pas un n'est convaincu. Ils vont au temple pour y chanter, mais se gardent bien de prendre à la religion ses principes de morale. Le mensonge est élevé à la hauteur d'une institution ; la liberté des mœurs est la même qu'en Imerina, et les ministres indigènes du culte, les évangélistes, sont les premiers à laissera leurs filles la liberté entière de leur corps.

Ils ont la plus grande foi dans les sorciers, qui ont été les gros promoteurs de la rébellion.

Ils croient à l'existence de demi-dieux. Les Vazimbas sont des êtres à visage humain dont les pieds sont retournés. Malheur à qui foule leurs tombeaux. Les Zaza ny rano sont des espèces de nymphes qui habitent les bords du lac. LesKalanoro sont les divinités des marais qui volent les enfants.

Ils ont peur des serpents, car ils croient que ces animaux entrent chez les femmes qui allaitent leurs enfants et, après avoir écarté le nourrisson, se substituent à lui pour boire au sein de la mère.

Il y a d'autres croyances, qui n'ont rien de bien curieux; on les rencontre, en effet, un peu partout.

Moyens d'existence. Commerce. — Les bœufs constituent la richesse du Sihanaka. Dès qu'un homme a un peu d'argent, il achète des bœufs. Aussi y a-t-il eu beaucoup de gens ruinés pendant cette période où les fahavalos ont volé des milliers de bœufs.

Il y a, sur les bords du lac, des villages de pêcheurs qui font sécher et fumer le poisson, puis le portent chez les Betsimisarakas. D'autres chassent et prennent au collet des canards, des sarcelles, qu'ils colportent sur les marchés de l'intérieur.

Le Sihanaka est paresseux. Il ne cherche pas à amasser, parce qu'il est encore imbu des idées du temps des Hovas, où, dès qu'un homme possédait quelque chose, les gouverneurs le lui prenaient.

Aussi ce sol, qui ne demande qu a produire, est- il inculte dans la plupart des endroits'; et, pourtant, le café, la canne h sucre, le maïs, le riz, la vanille, tout pousserait dans l'Antsihanaka aussi bien et mieux que partout ailleurs. On doit croire à l'avenir de cette province, car, quand le Sihanaka

aura complètement compris que le blanc est définitivement installé à Madagascar, quand il verra s'ouvrir des routes, quand les moyens de communication faciles faciliteront les échanges, alors cette province, aujourd'hui miséralde, sera peut-être Tune des plus belles et des plus productives de cette île malgache qui pourrait bien devenir le plus beau fleuron de notre couronne coloniale.

Bezanozanos. — 1. Limites. Esquisse historique. — Les limites du pays bezanozano sont en grande partie naturelles et ont été, pour ainsi dire, imposées par les accidents géographiques représentés par les monts Ifîdiana qui ferment au Nord le bassin du Mangoro et par les monts de Fito, qui séparent le cirque de Didy du bassin de l'Ivondrona.

A l'Ouest, elles sont jalonnées par les pitons de la chaîne montagneuse, couverte d'une épaisse foret, qui forme la corniche circulaire de l'imerina; elles embrassent presque entièrement les vallées de la Sahara, de la Sahanjanjona, de Tlsafotra et coupent la Mandraka et la ligne d'étapes actuelle, au pied du mont Ambolontanina ; puis, laissant à l'imerina les sources de l'Ikopa, elles longent les crêtes de l lharamalaza, qu'elles accompagnent presque dans leurs courbures vers Vohitromby, sur le Mangoro.

A l'Est, elles suivent, à travers la région forestière, une des crêtes les plus élevées du massif montagneux au nord d'Anosibebetsimisaraka, coupent la ligne d'étapes au col d'Amboasary et se prolongent jusque vers Fito. C'est dans ce massif montagneux de Didy-Ifahana que le bassin du Mangoro se noue aux systèmes orographiques du lac Alaotra et des rivières tributaires de l'Ivondrona.

Au Sud, ni les accidents topographiques, cours d'eau, montagnes ou forêts, ni une cause morale, comme la différence de race ou de langue, n'ont imposé de limites; les deux peuples bezanozano et betsimisaraka se sont pénétrés et leur mélange a été si profond qu'il est assez difficile de reconnaître la ligne où commence le pays bezanozano. On peut affirmer, cependant, que la population de Lakata est plutôt bezanozano. tandis que, sur la rive droite du Mangoro, les villages au Sud de Manakana sont vraiment betsimisarakas.

On a donné plusieurs étymologies du mot bezanozano. Certains voyageurs croient que ce nom est dû à la façon dont les hommes et les femmes tressent leurs cheveux, qu'ils arrangent en nattes longues et fines; d'autres en attribuent l'origine à la région même qui est le berceau des Bezanozanos et qui est située entre deux forêts. Mais, si l'on considère la composition du mot bezanozano, on doit écarter cette dernière explication, qui s'appliquerait plutôt au nom « d'Antankay » (habitants des clairières), ancienne dénomination des riverains du Mangoro. Il n'est pas vrai, d'autre part, que bezanozano signifie « qui a de longs cheveux tressés » .

L'explication qui nous paraîtrait la plus judicieuse serait que ce mot vient d'un arbuste appelé « zano », qui s'est multiplié en abondance dans la vallée. C'est donc, en langue malgache, le pays où il y a beaucoup de « zanos », et, par extension, le nom du pays lui-même a été appliqué aux habitants.

ETIINur.RAPHIE.

Nous avons constaté que los Bozanozanos parlaient autrefois un idiome national, car, sur trois cents mots choisis parmi les plus usuels, près de deux cents di lieraient de la langue de l'Imerina. Des recherches linguistiques, non approfondies d'ailleurs, ont été faites chez les peuplades qui ont peu suhi l'influence hova, principalement à Didy et à Antaisaha. L'interprète malgache, qui parlait la langue littéraire de l'Imerina, a eu parfois certaines difficultés pour se faire comprendre. Cependant, les hahitants affirment que les différences de langage sont assez peu sensihles entre les diverses peuplades avoisinantes, Bezanozanos, Sihanakas, Betanimenas et Betsimisarakas, pour qu'elles arrivent à s'entendre facilement, de telle sorte que l'on serait tenté de croire que les conquérants hovas ont renoncé à leur idiome malais, pour adopter en partie la langue du pays; si la différence entre ces dialectes et la langue littéraire de Timerina est assez grande, cela tient sans doute à ce que celle-ci a été perfectionnée ou modifiée, soit par le contact des Hovas avec les Européens, soit par Teffet d'autres circonstances historiques.

Quoi qu'il en soit, grâce à cette similitude du langage, c'est de temps immémorial que des relations se sont établies entre Bezanozanos et Sihanakas par les cols de Mangatanv, au Nord des sources du Mangoro; il est probable aussi qu'il y a affinité de races entre ces deux peuples, car les Bezanozanos de Didy s'identifient tellement avec les Sihanakas par leurs mœurs et leurs habitudes que cette similitude de coutumes corrobore l'opinion d'une origine commune aux deux peuplades ou plutôt à ces deux familles, qui ne se distinguent l'une de l'autre que par quelques détails ethniques.

Les Sihanakas avaient appelé le pays et les habitants du Mangoro « Ranomianalsimovody » (pavs où les eaux coulent vers le Sud), de même que les Bezanozanos avaient dénommé les Sihanakas « Ranomianavarabody » (pays où les eaux coulent vers le Nord). C'étaient là des appellations particulières aux deux peuples, tandis que le surnom général « d'Antankay » (habitants des clairières) a été donné aux Bezanozanos par toutes les peuplades environnantes.

Si les échanges continuels entre Sihanakas et Bezanozanos sur les marchés d'Ambatondrazaka et de Didy (où, à côté d'une race métisse, existent les deux races pures) ont prouvé que le commerce entre ces tribus remonte à une époque reculée, il n'en a pas été de même vers l'Est, où les Betanimenas se sont confinés chez eux.

C'est qu'entre les Bezanozanos et les Betanimenas s'élève un rempart escarpé et difficile de montagnes qui forment le soubassement oriental du plateau central; c'est que là aussi, vers l'Est, dans cet immense dédale de plateaux, de monts, de ravines enchevêtrées, se dresse la barrière presque infranchissable d'une épaisse forêt vierge, large de 40 kilomètres, longue de plus de 200, entre Didy et Anosibé. Celte forêt et ces murs prodigieux de la montagne n'ont laissé que quelques échancrures ou quelques brèches, et c'est seulement à travers ces défilés étroits et difficiles que les minces infiltrations ont dii se produire réciproquement, soit vers les Betanimenas, soit vers les Bezanozanos. Donc, vers l'Est, dans le pays d'Anevoka et de Befo-

5oG

rona, ou plus au Nord, la fusion a été peu sensible; il est certain, néanmoins, que (les relations sont depuis longtemps établies, relations assez rares sans doute, mais d'où est sortie l'appellation « d'Antaiva » (habitants des pays bas), que les Bezanozanos donnent aux Betanimenas et Betsimisarakas en échange du surnom a d'Antankay » (habitants des clairières), donné par ceux-ci aux Bezanozanos.

Vers le Sud, les rapports furent assez étroits entre Betsimisarakas et Bezanozanos et le croisement des races, dans le moyen Mangoro, paraît avoir été aussi important que dans les régions Didy-Alaotra au Nord.

Le pays de Lakata en particulier et quelques points de la rive droite au sud-est de Beparasy forment des agglomérations mélangées des deux peuples, et tout porte à croire que les Betsimisarakas, race prolifique, remontant lentement le Mangoro, allaient absorber le peuple bezanozano, quand l'arrivée des Ho vas arrêta toute infdtration du wSud vers le Nord.

Il est très difficile d'avoir une idée bien exacte de Tépoque à laquelle les Ho vas ont commencé à envahir la vallée du Mangoro ; le défaut de documents écrits, la rareté des traditions, l'absence totale de monuments, sont un sérieux obstacle à l'étude de cette conquête.

Mais tout tend à prouver que l'invasion, partant de l'Imerina, s'est faite à peu près simultanément de tous les côtés. Il est vraisemblable que les Hovas se sont emparés d'abord des chemins qui les mettaient en communications avec leurs voisins (Sakalaves, Betsileos, Bezanozanos, Betsimisarakas, etc. ) dans l'espoir d'un commerce lucratif. Maîtres de ces voies, ils ont pris possession méthodiquement, et pied à pied, des secteurs compris entre ces différents rayons, le trop plein de la population se déversant de toutes parts au delà des barrières formées par les montagnes et la forêt Est de l'Imerina.

Les nombreux sommets entourés de fossés, d'autant plus nombreux qu'on se rapproche davantage de l'Imerina et, par suite, qu'ils sont plus près du commencement de l'expansion hova, semblent être l'indice certain d'une conquête faite pas à pas, le réseau des postes s'élargissant au fur et à mesure.

Cependant, il n'est point vrai que tous ces villages fortifiés (tananaolo) des régions bezanozanos aient été exclusivement construits par les Hovas, car la tradition rapporte que, lors d'une violente épidémie de petite vérole, la population saine, désertant les montagnes, alla construire des villages dans la plaine. Quant aux contaminés, parqués près de la forêt, afin que le fléau fût circonscrit, ils furent contraints de s'entourer de fossés profonds qu'ils ne pouvaient jamais franchir. En dehors de cette circonstance particulière, d'autres fortifications furent encore construites au Nord de Moramanga, pendant la guerre civile qui suivit immédiatement l'épidémie de petite vérole.

C'est de cette époque de luttes intestines, de pillages et d'incendies, de rapts de femmes et d'enfants, que date vraiment l'occupation du pays par les Hovas. Alarmé de ces désordres croissants, le chef bezanozano Bandrianomoniohena, dontla résidence était à Ambohitrany, près d'Andakana, se rendit

ETHNOGRAPHIE

à Tananarive et, à force d inslances et de prières, obtint du roi Radama T'des ofliciers et des soldats pour réprimer la guerre civile.

11 est probable que des Hovas, armés ou non, avaient déjà fait incursion dans les campagnes bezanozanos, et les anciens du pays racontent encore avec ingénuité combien leuis grands-pères prirent peur quand ils virent arriver pour la première fois, dans la région, des gens coiffés d'un chapeau. A chaque apparition des chapeaux hovas, les Bezanozanos s'enfuyaient et ne revenaient dans leurs villages qu après le départ des étrangers venus d Imerina. C'est dans ces incursions que le trop-plein de la population hova a dù, pour prendre pied prudemment dans le pays, construire ces fortifications étagées sur les paliers du rempart de I fmerina, qui marquent, depuis les hauts sommets jusqu'à la plaine, les étapes successives et les progrès de l'extension de la race conquérante vers la vallée du Mangoro. Il est certain que le commencement de cette conquête n'est pas éloigné de nous, car l'assujettissement de ce peuple, en 1896, n'était qu'une œuvre imparfaite, et les Bezanozanos ont toujours conservé une humeur indépendante ; il n'y a que cinq ou six ans que les gouverneurs hovas se sont décidés à armer la population de mauvais fusils.

Quoi qu'il en soit, l'appel, fait à Tananarive par Randrianomonjohena l'instigation probable de pacifiques marchands hovas déjà établis sur la ligne d'étapes actuelle, fut entendu à la cour d'hiierina. Ainsi, ce furent les Bezanozanos eux-mêmes, longtemps défendus par des forêts presque inaccessibles contre la pression et les tentatives des peuples habitant à l'Ouest et à l'Est, qui appelèrent l'invasion.

Radama P"" installa d'abord des garnisons à Sabotsy, à Ambohitrony, à Moramanga; les soldats hovas s'établirent en maîtres dans la province, entraînant à leur suite de nombreux marchands et, marchands eux-mêmes, ils gagnèrent du terrain à grands pas. L'insurrection fut éteinte ; mais une pareille situation devait fatalement aboutir à l'anéantissement de l'indépendance de chaque district en particulier et à l'asservissement partiel du pays bezanozano; aussi, quand Randrianomonjohena, se déclarant satisfait, voulut renvoyer enhnerina les soldats hovas, il était trop tard, et Radama plaça à Moramanga un gouverneur hova, nommé Rafaralahitsidiso, qui acheva de tranquilliser le pays et emprisonna le chef bezanozano.

Radama divisa le pays en huit régions, quatre à l'Ouest, quatre à l'Est du Mangoro ; Lohasaha ( Andakakely), Antanambolo (Sabotsy), llamanotra (Aml)ilona), Zafimbahy (Mandialaza et Betafo), Zafmdrafanala (Moramanga), Menalefona (Imahatsara), Yohibolo ( Ambohidray-Amboasary), Loharano ( Andaingo-Didy).

Les limites de ces différentes régions furent capricieusement déterminées.

De plus, des chefs de mille et de cent y furent institués, mais, à cause des anomalies et de la difficulté d'application de cette loi de Radama, ils n'eurent jamais qu'une autorité nominale.

En un mot, dans l'organisation, on ne tint aucun compte des habitudes et des coutumes bezanozanos.

La province Antankay, gouvernée jadis, paraît-il, par un seul chef, for-

mait alors une sorte de royaume. Mais la décentralisation était extrême, car la plus grosse unité administrative était le district, composé de trois ou quatre villages, et chaque chef de district dépendait directement du grand chef hezanozano. C'était une organisation lourde ; la direction des affaires était très pénible et l'administration, basée sur le caprice, devait conduire aux luttes intestines ; l'obéissance était nulle ; les Hovas ont su habilement profiter de cette anarchie par la mainmise sur Ambohitrony et sur Moramanga, puis, progressivement, sur la plus grande partie du pays.

Depuis Radama, les gouverneurs hovas qui se sont succédé, faute d'organisation, et malgré l'immigration assez considérable et rinfluence policée des gens d'Imerina, n'ont jamais eu raison de la race hezanozano.

Du reste, un facteur de suprême désobéissance aux lois fut l'arrivée, dans le pays, de la tribu des Maromainty composée d'esclaves sakalaves, betsileos, antaimoros, haras, etc., appartenant à la famille de Rainilaiarivony.

11 y a quelque 40 ans, ils furent envoyés dans la vallée du Mangoro, au Sud et près de Merimitatatra, pour garder les troupeaux de la reine. Peu surveillés dès le principe, ils devinrent d'une turbulence extrême et se mirent à piller les villages bezanozanos de la contrée, qu'ils terrorisèrent, jusqu'à Sabotsy et Moramanga. Rainilaiarivony envoya des soldats hovas à Merimitatatra pour les maintenir dans le devoir ; de cette époque date la création de ce sous-gouvernement.

D'autre part, le premier ministre assigna cette région insalubre comme séjour aux nombreux prisonniers faits dans les expéditions lointaines ; cette portion de pays était donc une sorte de colonie pénitentiaire. L'arrivée, chez les Maromainty, de ces gens de sac et de corde n'était pas faite pour ramener la tranquillité ; il advint, au contraire, que les garnisons hovas furent impuissantes à contenir ces bandits, qui vécurent, en ces derniers temps, tout à fait indépendants.

Le dangereux exemple des forçats chez les Maromainty ne tarda pas à être suivi par les Bezanozanos de la contrée, qui se mirent en état de révolte ouverte contre la reine; aussi, peut-on affirmer que tout ce .pays allait échapper à l'autorité hova quand la guerre de 1895 éclata.

Quoi qu'il en soit, malgré la rigueur d'un climat qui frappe sans merci les Ambaniandros (habitants de l'Imerina), l'infiltration, en ces derniers temps, marchait à grands pas, enveloppant le pays hezanozano dans un cercle dont Ambatondrazaka, Merimitatatra, Mandialaza, Sabotsy, Lohasaha, Antaisaha, jalonnaient la demi-circonférence, et Ankeramadinika, Sabotsy, Andakana, Moramanga, Analamazaotra, le diamètre. D'autre part, de Moramanga vers Ambatondrazaka, perpendiculairement au diamètre, montaient lentement d'autres colons ou marchands hovas, s'égrenant dans les villages bezanozanos.

Donc, au moment de l'occupation française, la conquête pacifique par le négoce et par l'implantation d'une civilisation plus policée se substituait à la conquête par les armes ; le peuple hezanozano allait disparaître par l'effet de cette invasion lente, et l'absorption de la race au profit des Hovas ne devait plus être que l'affaire d'un court laps de temps. Car, la population,

ETIlNOr.RAPHlE.

sur la rive droite du Mangoro, à l'f^xcoplion de quelques rares villages, se considère pres([ue tout entière couime appartenant à la race de l'Imerina, si vivacea été l'immigration hova qu'elle a donné à la race métisse l'orgueil de la race conquérante.

Est-ce à dire que les Auibaniandros constituent la population dominante par le nombre dans la vallée du Mangoro? Non. Mais un peuple intelligent devait forcément laisser un sillon profond de son passage à travers une population à demi sauvage et ignorante, et il est facile de remarquer combien différents, par le langage et par les mœurs, sont les Bezanozanos qui ont côtoyé la civilisation bova de ceux que l'influence de Tlmerina n'a pas encore toucliés ; mais ceux-ci, s'ils ont toujours conservé leur aspect sauvage et leur méfiance, ont gardé aussi un tempérament loyal, presque brutal, qui contraste singulièrement avec l'obséquiosité maladroite des métis bezanozanos des frontières Noid-Ouest de la province. En particulier, les habitants des vallées d'Antaisaha et de Beparasy sont restés purs de tout contact avec rimerina.

En résumé, l influence hova sur les frontières et dans certaines régions a été due moins à la densité de la population immigrée qu'au prestige de la race conquérante et à l'action politique et dominatrice des gouverneurs généraux ou autres. Mais, en vérité, c'est Télément bezanozano qui est partout prépondérant par le nombre, et la civilisation hova, si superficielle et si intéressée; est destinée à disparaître devant l'organisation méthodique que nous pratiquons et devant nos écoles et nos institutions libérales.

Sous notre administration équitable, les Bezanozanos se transforment; ils voient déjà, dans notre autorité souveraine, une garantie de liberté et de sécurité individuelles ; ils adoptent sans difficulté notre langage et nos coutumes ; ils commencent à comprendre l'esprit de nos institutions et surtout de notre administration exempte de vénalité. Ils seront plus tard nos plus dévoués sujets ; ce résultat sera d'autant plus facile à obtenir que nous sommes puissamment aidés par cette haine, demeurée sourde, que les Bezanozanos de pure race ont pour leurs anciens conquérants, qui les ont tant méprisés et qui ont tant essayé de les opprimer.

II. — Description succincte de la vallée du Mangoro. — Avant de passer à l'étude ethnologique, il semble judicieux de donner une esquisse rapide de la haute et moyenne vallée du Mangoro, où vivent les Bezanozanos.

Cette vallée, autrefois, faisait partie, sans nul doute, d'une région de lacs successifs et étagés qui s'étendaient probablement, au Nord, jusque vers Mandritsara, au Sud jusqu'à Andakana. Le lac Alaotra et les lagunes qui sont les sources du fleuve en sont un dernier vestige ; il en est de même de la vaste plaine de Didy, avec son mélange de marécages, de petits lacs et de mares aux eaux stagnantes ou ayant un très faible courant, remplies de joncs et de roseaux, boues fangeuses destinées à disparaître tôt ou tard sous l'apport des alluvions et devant les empiétements de la culture, comme ont disparu en partie les marais du haut Mangoro.

La ligne d'étapes divise cette vallée en deux parties parfaitement

distinctes, qui n'ont entre elles aucune similitude de formes. — Au Nord, c'est généralement une jurande plaine partagée, par le Mangoro, en deux régions de surface inégale ; au Sud, c'est la montagne avec sa forêt, ses ravins marécageux et ses vallées fertiles.

La vallée du haut Mangoro semble avoir été formée lors des commotions de l'écorce terrestre, par un plissement dont la direction générale est Nord- Sud.

La plaine est un terrain d'alluvions, vaste bassin lacustre, comblé dans son entier et acquis désormais à la culture ; les dépôts sédimentaires sont généralement des argiles quartzeuses ou siliceuses, légèrement ferrugineuses. Il y a peu ou point de calcaire.

Les montagnes forment une série d'assises s'élevant graduellement vers la forêt, à l'Ouest et à l'Est; le plissement et les érosions y ont été très considérables et les arêtes des terrains brisés de chaque côté de Taxe central forment trois ou quatre rides profondes, entrecoupées de ravins et parallèles entre elles.

A l'Ouest, particulièrement, le système orographique est tel que les montagnes s'élèvent presque en muraille vers l'Imerina, présentant parfois des pentes inaccessibles ; elles forment, au-dessus des vallées ou de la plaine, derrière deux ou trois avant-chaînes de faible hauteur, un brusque ressaut qui atteint parfois à des hauteurs de 500 à 400 mètres ; sur la rive gauche, au contraire, les assises s'élèvent graduellement jusqu'à l'ax^ central, qui passe vers Anevoka.

Les deux chaînes orientées Nord-Sud sont raccordées par des collines transversales se reliant, d'une part au Fody, s'affaissant au gué de Maroarano pour se relever ensuite dans la chaîne courte et escarpée d'Ambohitsiakarivo (région d'Amboanjo).

Cette contrée est formée de terrains primitifs. 11 y a du granit et des quartz opaques en fdons ; au-dessus, on trouve une couche d'argile rouge ; les terrains carbonifères et calcaires ne paraissent pas s'y rencontrer. Le mica en paillettes est très abondamment répandu vers les sources des ruisseaux. D'une façon générale, c'est Targile et la silice qui forment le type organique des terrains primitifs de la vallée du Mangoro, terrains imperméables, donnant naissance à des cours d'eau torrentiels pendant la saison des pluies, mais propices à l'élevage de la race bovine. Ce sol argilo-siliceux, formé par la désagrégation du feldspath, coloré en rouge, très compact et très tenace, très boueux en temps de pluie, se crevassant durant les sécheresses, doit être asséché et assaini par le drainage ou une canalisation bien entendue.

Au Sud de la route d'étapes, le système montagneux a une grande analogie avec celui des campagnes de l'Imerina ; il est à considérer, cependant, que les massifs boisés, d'une succession presque ininterrompue, olfrent ici une étendue considérable.

Une première chaîne secondaire, qui se rattache aux montagnes de l'Imerina, et qui court de l'Ouest à l'Est, forme l'îlot du Fody, qui est de constitution granitique. Les sources, les ruisseaux, y sont innombrables et les

ETHNOGRAPHIE

dépressions de terrain renferment une grande quantité de prairies marécageuses.

Une deuxième chaîne, aux plissements confus, contourne au Sud la vallée du Mangoro, sépare de l'Imerina la vallée longitudinale d'Antaisaha et se termine, au Mangoro, en un épanouissement de vallées enchevêtrées, près de Vohitromhy. De ce massif, qui atteint parfois la hauteur de 1 500 mètres, et dont la direction générale est Ouest-Est, se détache un contrefort qui, par un ensemble de hauteurs généralement boisées et successivement soudées, rejoint au Nord le Fody.

Ce pays est agrémenté par de nombreuses chutes d'eau et cascatelles d'une hauteur atteignant parfois 60 et 80 mètres, qui sortent d un péle-mèle de rochers aux flancs grisâtres et se changent bientôt en une masse d'écume qui forme une nuée de vapeurs irisées apparaissant à travers les branches des berceaux de feuillage. 11 y a, dans ce pays d'Antaisaha-Vohitromby, de beaux spectacles de la nature.

De même que le système orographique, le régime des eaux est tout dissemblable au Nord et au Sud de la route d étapes.

Dans les diverses parties de la vallée comprises entre Antanjona et les chutes de Belambo (1*"" bief), entre Belambo et ses sources ('2'' bief), le Mangoro n"oflre, dans son aspect, aucune différence marquée ; et, si I on considère, dans chacun de ces biefs, la régularité uniformément variable de son lit, de ses allures, de son débit, où les changements de pentes se font par transitions graduelles, on peut aftirmer, même à première vue, que ce n est pas une rivière torrentueuse. 11 n'y a de changement de pente véritablement brusque qu'aux ra[)ides de Belambo et d' Antanjona.

Dans la partie supérieure de son cours, le Mangoro est donc formé de deux biefs, chaque bief étant limité par des barrages composés de pierres et de blocs de rocher, qui présentent des interstices où les eaux glissent en cascades; au-dessous, la rivière s'étale dans la vallée en nappe d'eau plus large, perdant en vitesse ce qu'elle gagne en volume, de telle sorte que le courant n'est jamais considérable et pourra toujours être remonté, soit par des pirogues, soit même par des embarcations d'un plus fort tonnage ou d'une autre forme.

Le Mangoro, dont les berges sont boisées et généralement presque plates dans le pays bezanozano, glisse sur un terrain imperméable, recouvrant aux mois de janvier, de février et de mars les rizières qui bordent immédiatement son cours et s'épandant en nappe d'eau tranquille dans la vallée ; obligée de gagner en superficie l'espace qu elle ne trouve pas en profondeur, la masse liquide des grandes crues atteint une largeur de plus de 100 mètres avec une profondeur hors lit de 4 à 5 mètres, de telle sorte que les riverains pourraient faire deux récoltes de riz par an, une dans les rizières bordant immédiatement le cours d'eau (mai-septembre), une autre dans les rizières situées au delà des collines qui l'enserrent.

Ce fleuve forme de nombreux méandres, semblables les uns aux autres, quelques-uns presque entièrement annulaires, qui, s'ils allongent la durée de la navigation, lui sont, à certains points de vue, de la plus grande utilité.

car chaque détour a pour résultat de diminuer la pente et de retarder la vitesse du courant.

Sur la rive gauche, c'est la plaine immense, dont la monotonie est seulement rompue, à une dizaine de kilomètres à l'Est, par une ondulation parallèle au fleuve ; Funiformité fatigante de cette plaine, son aspect pareil à celui des étendues marines contrastent nettement avec les montagnes boisées de la forêt de Moramanga, dont les premières hauteurs sont jalonnées parles villages de Fiasinana, Imahatsara, Amhohibesandina, etc.

Cette plaine, grâce aux alluvions fertiles qu'elle a reçues, grâce aussi à l'humidité presque constante qui la pénètre, a donné naissance à de vastes prairies naturelles et à de nombreux bosquets. Là, sans nul doute, s'accompliront à bref délai des progrès et des résultats remarquables.

Sur cette rive, les collines, qui bordent la vallée propre au Mangoro et qui ont une hauteur d'une cinquantaine de mètres, ont une crête bien dessinée depuis Andakana jusqu'à Analabé, ressemblant vaguement à un squelette de poisson, dont les arêtes vers l'Ouest seraient autant de ravins, courts et rectilignes, à sec en hiver, torrentueux en été, tandis que, vers FEst, les vallons sont en pente douce et s'affaissent insensiblement jusqu'à se confondre avec la plaine, dans les immenses pâturages que parcourent librement les troupeaux de bœufs à demi sauvages.

A 25 ou 50 kilomètres à l'Est du Mangoro, prolongeant la plaine par un ressaut assez léger, s'égrènent, du Nord au Sud, une série d'éperons allongés, formant une succession ininterrompue de petites vallées courtes et droites, dont l'origine forme généralement un cirque adossé à ces collines, qui sont le premier gradin de ces rides immenses qui vont s'élovant jusqu'à Anevoka.

Au pied de ces collines, coulent des ruisseaux (|ui se subdivisent en d'autres ruisselets entremêlés, à courant insensible, minuscules lagunes, de telle sorte qu'on ne sait pas trop où est la rivière. C'est dire coinbien ce pays est naturellement irrigué. Ces ruisseaux hniront plus tard par se combler et toutes ces dépressions, qui forment les lagunes, se rempliront successivement. Les alluvions déposées par ces ruisseaux ou apj)ortées par les torrents qui descendent de la montagne, sont souvent molles et peu consistantes.

La rive droite, presque toujours dominée par la rive opposée, offre un aspect différent ; c'est un plateau d'une terre argileuse, dure et compacte connue le sol d'une aire longtemps battue, où la végétation est maigre sur de grandes étendues, et principalement formée de touffes d'herbe poussant sur d'innombrables petits morceaux de terre rougeâtre, comme battus à la main; ce sol raboteux rend la marche extrêmement fatigante.

Vus sous un certain angle, ces espaces ont l'aspect d'un plateau continu; mais on est vite détrompé, et, lorsqu'on s'avance vers l'Ouest, on se trouve arrêté par de nombreux ravins, de profondeur et de largeur variables, qui sont découpés dans le terrain comme à l'emporte-pièce, se heurtant les uns les autres, sillonnant le pays en tous sens, sans direction bien définie. Ces ravins sont formés par les nombreux ruisseaux ou torrents tributaires de FAndranobesera, de la Morarano, de la Sahanjanjona, de la Sahara, de l'isandrinta ; ils prennent leur origine dans les premières assises tourmentées

ETIINOGRAPUIE.

qui forment les avant-chaînes de la hniscjue (»t haute corniche de Tlmerina.

Au sortir de ce terrain déchiqueté, on trouve, principalement au sud de Mandialaza, de helles plaines, assez étroites, au pied même du reuq)art de l'fmerina (Mangahé, Isafotra, Mandialaza, Betalb, etc. ), où l'iumiigration hova a été très inlluente, parce que cette })artie de la vallée est privilégiée sous le rapport de la fertilité, qui y est au moins comparable à celle des grandes plaines de la rive gauche.

En résumé, la partie de la vallée du Mangoro,au nord de la ligne d'étapes, est appelée à un bel avenir. Les terrains, quoique dépourvus de calcaires, mais préparés à la culture par une végétation herbeuse de plusieurs siècles, seront plus tard, sous l'action d'un peu de fumure et d'un amendement bien compris, très bons pour Télevage de la race bovine et aussi poui; la production des céréales, si l'on veut y enfoncer le soc de la charrue.

Au Sud de la route d'étapes, le pays est tout différent, ainsi que nous l'avons déjà dit, et l'ancienne route malgache, si difficile et si pénible de Bedara à Ankeramadinika, a dû suivre un tracé judicieux par les trouées d'Ampasimpotsy et de Sabotsy, au pied même du chaos de montagnes dont le Fody semble être le nœud principal.

La nature compliquée du pays a exercé son influence sur le cours même du Mangoro ; tandis que, depuis sa source et presque jusqu'à Andakana, le fleuve coule sans difficulté, sur une pente généralement très douce, à l'exception de deux rapides, il rencontre, au contraire, dans le Sud, une série d'obstacles en muraille, dont il a fini par percer les barrages, s'épandant ensuite en torrent à l'étage inférieur.

L'harmonie des formes du Mangoro est presque parfaite dans son cours supérieur, avec les lignes des montagnes ou les plaines symétriques. Dans le bassin moyen, la vallée forme un contraste soudain par ses escarpements isolés, aux reliefs fortement accusés, disposés soit en massifs, soit en rangées de chaînons groupés à l'aventure et ofl'rant aux yeux une diversité inattendue.

Au sud d'Andakana, le fleuve ne présente plus de sinuosités, n'a plus des contours aussi gracieux; l'attrait et le charme du paysage est dû à l'aspect sauvage du pays ; il n'y a plus de rizières, plus de bosquets épars ; peu d'habitations, peu de cultures sur les bords du fleuve ; dans sa prison étroite et haute de montagnes tortueuses, couvertes d'une épaisse forêt vierge qui alterne avec des étendues d'argile rougeàtre, le Mangoro a un cours impétueux, se creusant un canal rectiligne comme pour gagner plus vite l'Océan par la pente la plus rapide, s'abîmant en tournoyant dans un fossé à forte déclivité, hérissé d'écueils parfois pointus, parfois larges et plats ; les courants bouillonnent d'écume et euq)ortent de grandes quantités de débris, puis le fleuve s'allonge sur un lit moins fortement incliné et va, majestueux et solennel, en nappe tranquille, à la recherche de nouveaux précipices. C'est un spectacle saisissant, entre Andakana et Vohitromby, que cette rapidité du fleuve qu'accompagne le tonnerre de la cataracte, dont le fracas, dans le lointain, semble pareil au bruit assourdissant du canon. Du choc des eaux contre les rochers, s'élèvent en tourbillons les embruns, qui flottent

comme de la fumée bien au-dessus de la surface du fleuve; l'illusion est telle que, du haut de la montagne, on croit apercevoir les fumées d'un village où les feux seraient allumés. (Notes du voyage fait en mars en compagnie de M. le capitaine Détrie).

En dehors de la vallée proprement dite du Mangoro, s'étendent, dans le Sud, de riches vallées, telles que celles de Beparasy, d'Antaisaha, de Rango, de Lohasaha, sillons profonds et rectilignes que semble avoir creusés une charrue géante entre les contreforts de la chaîne d'Imerina.

m. — Âpei'çu ethnologique. — Le passé des Bezanozanos nous échappe presque entièrement, faute d'archéologie, faute d'écriture idéologique ou phonétique, faute enfin de traditions lointaines sur les origines de ce peuple.

L'histoire et les souvenirs dynastiques ne dépasse pas le temps du roi d'Imerina, Andrianampoinimerina (1 788-1810), et encore cette histoire estelle plutôt légendaire. Les souvenirs ne remontent pas au delà de trois ou quatre générations et ils sont tellement confus qu'il est difficile de démêler la vérité enveloppée dans un amas de particularités naïves et grossières.

Dans les archives de Tananarive, peut-être trouverait-on quelques notions détaillées sur l'origine et sur la vie du peuple bezanozano ; mais nous n'avons voulu nous servir que des seuls renseignements pris dans les limites mêmes de la province. De ce fait, l'esquisse historique que nous avons tracée plus haut est sans doute diffuse par l'abondance des détails; mais elle est l'expression de la vérité. Autant qu'il a été possible, nous avons laissé les Bezanozanos se peindre tels qu'ils sont et mettre eux-mêmes à nu leur ignorance, leur mépris du temps passé comme de l'avenir et leur indifférente insouciance pour tout ce qui n'est pas le moment présent et ne se rapporte pas directement à eux-mêmes.

Ce peuple, à la mémoire si courte, ne pouvait donc nous être d'une utilité quelconque dans les études de son origine; pour connaître ses migrations, nous nous sommes adressé à l'ethnologie et M. le docteur Lasnet a bien voulu nous prêter le concours de son savoir pour compléter notre étude.

Cet officier a mesuré les diamètres céphaliques chez trente miliciens bezanozanos de la compagnie de Moramanga ; mais les chiffres obtenus ne peuvent être qu'approximatifs, faute d'instruments anthropométriques exacts. 11 l'ésulte de cette mensuration que les indices céphaliques varient entre 72 et 75; chez deux individus, l'indice 78 a été obtenu; mais, ici, l'influence du métissage ho va était très manifeste.

D'après ces indices, les Bezanozanos sont dolichocéphales. Chez eux, la région occipitale est assez développée ; le front est étroit, haut de 5 centimètres en moyenne, peu incliné et, chez beaucoup, presque droit. Les yeux sont horizontaux, nullement bridés, noirs, à sclérotique un peu jaunâtre, remarquables par la longueur et la beauté des cils qui les couvrent.

Chez ce peuple, le prognathisme, qui existe seulement parfois dans la région sous-nasale, est très peu accentué et la comparaison des deux types bezanozano et haoussa est frappante par leur dissemblance.

ETiiNOGKArmi!:.

Le nez est moycnnoment épaté et n'est pas écrasé comme chez le nè'ire africain. 11 est souvent droit, mais les narines sont toujours assez larges; les lèvres sont généralement épaisses, irrégulièrement développées, rarement fines, peu renversées.

Les Bezanozanos ont les pommettes saillantes, les oreilles petites avec le lobe très court et adhérent, les mâchoires puissantes, avec des dents peu écartées, blanches et saines, le menton droit et carré, ordinairement massif et accentué.

Ils ont les cheveux crêpés, noirs et courts, beaucoup moins laineux que ceux des nègres, disposés sur la tète à la manière d'une toison et non en touffes, comme, par exemple, chez les Papous. Les hommes les portent coupés très ras, sauf dans la région de Didy; les femmes les séparent sur le milieu de la tète et les tressent en nattes fines, qui se terminent par une boule pleine et ronde, retombant de chaque côté du visage, qu'ils encadrent d une façon assez originale et presque gracieuse. Elles enduisent ces boules d'une graisse blanchâtre, ce qui donne l'illusion, à une certaine distance, d'un ornement de plaques d'argent entourant le visage. Les nattes sont généralement assez courtes et ne dépassent pas le front ; mais elles couvrent les oreilles presque entièrement.

La peau n'est pas noire comme chez le nègre de la côte occidentale d'Afrique. Veloutée au toucher, elle est d'une coloration brun-jaune, dont les nuances se foncent parfois, mais qui conservent toujours un fond clair, principalement chez les femmes.

Les muqueuses de la bouche sont souvent pigmentées par îlots isolés.

Les Bezanozanos ne se font pas de tatouages. Mais on trouve chez quelquesuns, au creux de l'estomac, une série de scarifications pratiquées à la suite de la coutume assez répandue de s'allier par « le sang ».

De l'ensemble de ces caractères anthropologiques, il ressort que le peuple bezanozano est de race noire. Mais les croisements avec d'autres immigrants, malais, arabes, juifs ou indiens, ont modifié la pureté du type primitif, au moins dans certaines régions de la vallée. Cependant, tels qu'ils sont aujourd'hui, ils présentent encore des signes caractéristiques, qui ne permettent pas de les confondre avec les autres groupes ethniques de l'île.

Ils sont un beau t\-pe, moins robustes que le nègre africain, mais plus agiles, plus dégagés et plus élégants dans leurs allures. D'une taille assez élevée (i"',75 en moyenne), ils sont bien constitués et bien proportionnés; leur système musculaire est très développé et leur squelette est puissant. Les membres inférieurs ne présentent pas le développement exagéré que l'on observe chez le nègre pur du pays des Achantis et de la Côte d'Ivoire. Ils ont le cou bien dégagé, au-dessus d'épaules larges et puissantes, et la finesse de leurs attaches témoigne d'une certaine délicatesse de race.

En résumé, les Bezanozanos diffèrent des Papous, auxquels on a essavé de rattacher la plupart des populations malgaches. Au caractère phvsique des Papous, taille moyenne, peau noire, système pileux développé s'implantant par touffes distinctes, h la barbe assez fournie, au nez presque trilobé, menton fuyant et, d'autre part, à un caractère farouche, on trouve en

opposition, chez les Bezanozanos, un caractère doux, presque timide et les signes distinctifs que nous avons énumérés plus haut et qui semhlent établir, dans l'ethnographie incertaine et compliquée de toutes les races noires, un type spécial distinct qui, pour nous, semble plutôt se rapprocher de celui des Bantous, qui régnent dans toute l'Afrique méridionale, sauf dans les territoires occupés par les Hottentots.

Comme les Bantous, ils sont très dolichocéphales et les traits communs qu'ils ont avec le type nègre sont très atténués.

Il nous paraît peu probable que les Bezanozanos soient le résultat d'une immigration océanienne; ils proviendraient plutôt d'une immigration sudéquatoriale, venue de la côte orienlale d'Afrique par le canal de Mozambique, et nous croyons que c'est des Bantous que descendent les Bezanozanos, que des conditions de milieu, des intervalles de temps considérables et des influences diverses ont différenciés légèrement de leurs congénères.

La population bezanozano est supérieure en beauté à celle de l'Imerina et à celle des pays betsimisarakas ; on note surtout le charme des femmes d'Ambilona, dont le type rappelle un peu celui des Indo-Européennes, et dont l'allure gracieuse et les formes bien proportionnées ont une réputation presque universelle dans le pays. Quant aux hommes, ils sont un modèle de force, de souplesse et d'élégance.

V. — Climat. — Voies de communication. — Habitations. — Ressources naturelles. — Cultures. — La vallée du Mangoro est située tà 950 mètres environ au-dessus du niveau de la mer. Grâce à cette altitude, la chaleur n'est pas considérable et, au plus chaud de l'été, le thermomètre ne dépasse pas 28^; en hiver, la température n'est pas, en 1896- 1897, descendue au-dessous de 10°.

La vallée jouit donc d'un climat tempéré et relativement doux. La saison la plus chaude dure de décembre à mars; c'est l'époque des pluies torrentielles et des orages accompagnés d'un tonnerre ininterrompu ; c est aussi l'époque des cyclones ou des rafales d'une violence telle qu'elles déracinent les arbres qui sont exposés à leur action. Les pluies sont diluviennes et destructives, et les inondations sont d'autant plus redoutables dans ces terrains de granit et d'argile qu'elles sont plus soudaines.

La chaleur de l'été s'abaisse progressivement en avril et continue à diminuer jusqu'en août. Juillet et août sont les mois les plus froids. En septembre, la chaleur augmente insensiblement jusqu'en janvier-février.

On peut dire qu'il y a trois saisons dans la vallée du Mangoro : printemps (août-novembre), été (décembre-mars), hiver (avril-juillet). Il est à remarquer que la chute des feuilles passe presque inaperçue.

Si les conditions d'altitude et topographiques rendent le climat du Mangoro relativement tempéré, la vallée est, néanmoins, fiévreuse et la malignité des maladies est due, non seulement à la nature encaissée d'un pays situé entre de hautes montagnes et deux épaisses forêts, mais encore et surtout aux émanations morbifiques des marais et aux immenses étendues non cultivées d'un terrain presque toujours humide, où ne croissent que des herbes

ETHNOGRAPHIi:

mélangées de joncs. La partie la plus malsaine est eelle (jui est à TOiiest et qui, s'étendant au pied du rempart de rimeiina, est jalonnée par Merimilatatra. BetaPo, Mandialaza, Sabotsy et la vallée de Lohasaha. Moramanga passe aussi poui' ètie très malsain.

Les mois de mars-avril et d'octobre-novemhre (c'est-à-dire à la iin et au commencement des grandes pluies) sont ceux où la fièvre sévit le plus. Les autres mois de Tannée sont plus favorables aux Européens et aux iïovas : mais, en réalité, il n'y a pas de véritable saison sècbe.

Les Bezanozanos ne subissent pas ou subissent peu les atteintes de la fièvre. Quant aux Ambaniandros, ils redoutent le climat du Mangoro et, s'ils s'engagent à séjourner à Sabotsy, à Andakana, à Moramanga, c'est toujours pour peu de temps et surtout dans l'espoir d'un gain très lucratif, caries ouvriers hovas exigent actuellement, dans la vallée du Mangoro, le double de ce qu ils gagnent en Imerina; les ouvriers ambulants sont appelés « beririnina ».

La difficulté d" établir des routes praticables à travers les marais de la haute vallée avait découragé l'indolence bezanozano et le peu de chemins que les Français y ont trouvé k leur arrivée se réduisait à de simples sentiers, recouverts de hautes herbes pendant la saison des pluies: dans tout le pays, les communications étaient assez difficiles, même dangereuses en certaines régions: les ponts étaient inconnus: les digues, d'une largeur de 50 à 40 centimètres k peine, étaient à peine assez larges pour que Ton pût poser les pieds l'un devant l'autre et on était obligé, à défaut d'autre chemin, dans les marais mouvants de Lohasaha ou de Didy, par exemple, de traverser les passages difficiles sur un seul bambou enfoncé dans l'eau, ayant, comme appuis, deux bâtons inclinés l'un vers l'autre au point d'arrivée : au moindre faux pas, on enfonçait dans la boue jusqu'aux aisselles. Il n'y avait même pas sur le Mangoro la moindre passerelle. Les Bezanozanos qui sont forcés de traverser le fleuve le passent aux gués ou en pirogues. Ils ne craignent pas les crocodiles, qui cependant infestent ce fleuve et ses affluents ; ce sont, d'ailleurs, d'intrépides nageurs et, comme tels, ils ont fait leurs preuves sous nos yeux aux imposants rapides de Belambo, grossis par les pluies et embarrassés de récifs. Le manque total de chemins était dû aussi bien à l'apathie des gouverneurs, qu'à l'insouciance des Bezanozanos, qui n'en reconnaissaient pas l'utilité.

Les maisons, dans la vallée du Mangoro. sont généralement construites en bois : le toit est en jiaille, les parois en zozoro, et il n'v a guère de difl'érence entre les habitations des riches et celles des pauvres. L'intérieur est simple; on y trouve, pour la cuisine, un foyer composé de trois pierres posées debout, quelquefois un ou deux escabeaux, rarement un lit: quelques ustensiles de pèche, des «vatas» ou boîtes, des paniers en joncs sont épars dans la case, c'est tout le mobilier. Mais les Bezanozanos placent leur amour-propre dans la propreté des nattes, et il n'est pas de malbeureux qui n'ait, lorsqu'un étranger vient le visiter, une natte neuve à lui oftVir, qui tient lieu de siège.

Si, dans le pays, les maisons sont presque toutes en bois, c'est que la forêt est très proche et il entre bien dans l'esprit de ces gens, d'une nonchalance sans pareille, de ne travailler que juste ce qu'il faut pour ne pas mourir de faim

ou pour ne pas être trop exposés aux intempéries. II y a cependant quelques habitations dont les parois sont en planches et les gouverneurs, depuis quelques années déjà, ont mis une certaine coquetterie à se créer une installation moins rudimentaire. Quelques portes sont ornées d'arabesques et ces sculptures grossières, que relèvent le poli et la beauté du bois, sont parfois assez originales; à signaler aussi, dans Tintérieur des cases, une grosse pièce de bois qui joint les deux pignons et porto, vers le quart de sa longueur, une sculpture bizarre, qui représente deux seins de femme, ce qui veut dire, paraît-il, que, dans cette partie de la maison, les femmes et les jeunes filles ont seules le droit de demeurer et de se reposer. Cette poutre de milieu est généralement en palissandre ou auti e bois précieux, commun dans la foret de Moramanga, où les essences d'arbres sont très nombreuses.

Les arbres feuillus, durs, pesants et noueux, semblent être en grand nombre dans cette forêt. On y trouve plusieurs bois d'ébénisterie, auxquels leur grain fin permet de donner un beau poli ; les rares meubles du pays en bois do vandrika, de voamboana, etc., sont remarquables aussi bien par la beauté et le luisant du bois que par le capricieux entrelacement des veines qui y sont naturellement dessinées.

Certains bois (vandrika, hazodomohina, etc.) sont d un jaune plus ou moins foncé; d'autres, tels que le hazomena, le monahy, etc., sont d'un rouge sombre ; de ces bois rouges ou jaunes, on doit pouvoir extraire une matière colorante, autant, sinon plus que du «bois de Bahia», du « bois de Pernambuco » ou du «bois du Brésil » ; cependant, les indigènes bezanozanos ne s'en sont jamais servis comme bois tinctoriaux. Ils les utilisent, soit pour la construction, soit comme bois de chauffage; ils tirent aussi parti de quelques essences pour la fabrication des ustensiles de ménage, des meubles et des portes.

Les bois durs ont une densité incomparable et peuvent être, sans aucune préparation, assimilés au chêne rendu inaltérable par un long séjour dans l'eau. Comme le chêne, plusieurs essences prennent, au contact de l'air, une teinte plus foncée; d'autres arbies changent de teinte avec l'âge : le tambity qui, jeune, a une couleur tirant sur le brun et devient ensuite d'une couleur rouge orangé qui se fonce encore à mesure que l'arbre se développe.

Quant aux bois blancs, ils sont généralement d'essence molle, fibreuse et facile à travailler.

La forêt semble contenir peu de bois résineux, mais on y trouve du caoutchouc.

Les essences forestières sont aussi nombreuses que précieuses ; malheureusement, le procédé de fabrication des planches consiste à ne se servir que de la hache pour faire, d'un arbre d'un diamètre de 60 centimètres, un seul madrier, épais, grossier et des plus primitifs, d'où résulte une perte considérable de temps et de bois; la scie est inconnue dans le pays.

Une scierie à bois serait d'une utilité incontestable, et combien il serait facile d'en établir une à moteur hydraulique, près de la route d'étapes; car les points principaux où les arbres précieux se développent en grande quantité sont les villages d'Ampasimpotsy, d'Analamazaotra et de Tsimatahobo-

ETHNOGRAPHIE

lana, et on troiivo, auprès dWnipasiinpotsy, an [)i('d des blockaiis, la Sahatandra, à Analamazaotra un ruisseau à fort dél)it d eau, à Tsiuiataliobolana la Sahamarirana. L'initiative européenne aurait beau jeu d'engager quelques capitaux dans rétablissement d'une scierie mécanique, en plein bois, où les matériaux seraient cà pied d'œuvre.

Outre ces bois de construction et d'ébénisterie, il y a aussi des bois tinctoriaux, notamment le nato, qui donne une teinture rouge vif assez jolie : les Hovas pilent lécorce de l'arbre dans un mortier, puis, dans la substance liquide qui en résulte, ils trempent trois ou quatre fois l'étotîe à teindre, qu'ils ont soin de laisser sécher au soleil après chaque bain.

Il existe encore dans la foret, près de Moramanga, une liane à caoutchouc, appelée « vahy », qui peut donner lieu à une exploitation industrielle considérable. Il est difficile de se prononcer sur les qualités de ces produits. Les seuls renseignements qu'on ait, c'est que les lianes à caoutchouc sont nombreuses dans la forêt, qu'elles poussent sans culture et que nul soin ne leur est donné ; enfin, le procédé d'extraction routinier, rudimentaire et lent des indigènes ne peut fournir que des produits défectueux, contenant beaucoup de matières étrangères. Un mode d'extraction plus perfectionné donnerait, sans nul doute, des produits sinon purs, du moins débarrassés des liquides si nuisibles à la manipulation ultérieure.

Les indigènes recueillent le caoutchouc à toute époque de l'année. La liane dont ils tirent cette substance dépasse parfois une longueur de 40 mètres : elle s'attache à un arbre autour du tronc duquel elle s'enroule.

Leur procédé d'extraction consiste à couper la liane, à partir du sommet, en tronçons de oO à 60 centimètres, qu'ils réunissent en fagots d'mi diamètre d'environ Jo centimètres, et qu'ils posent presque verticalement au-dessus d'un conduit en écorce d'arbre qui reçoit le suc et sert de canal jusqu'au goulot de la courge qui sert de récipient. 11 faut environ dix lianes et un jour entier pour recueillir un peu plus d'un litre de caoutchouc. Les Bezanozanos le vendent aux Hovas à raison de 20 à 25 francs le litre.

Le vahy est la véritable liane à caoutchouc; le « vahintampolra » (Vahea gummifem) est une plante à suc laiteux pouvant aussi fournir cette gomme; c'est une liane d'une épaisseur de 5 à 6 centimètres, tandis que le vahv atteint à peine un diamètre de 2 centimètres. Les indigènes tirent du vahintampolra un caoutchouc d'une qualité inférieure, qu'ils mélangent au suc, plus rare et plus précieux, du vahy. Les autres lianes de la foret près de Tsimatahobolana, telles que le vahy nonoka, le vahindity, le vahinato, ne produisent qu'un suc résineux.

Quant aux arbres fruitiers, pêchers, goyaviers, bibassiers, etc., ils poussent naturellement dans la campagne, sans soins, sans culture. Les fruits sont généralement médiocres, car ils ne mûrissent pas ; mais si, par une taille raisonnée, on pouvait retarder la matm-ation jusqu'après la cessation des grandes pluies, on obtiendrait sans nul doute des fruits qui arriveraient à bonne maturité; la greffe améliorerait leur qualité.

Les cultures industrielles sont à peu près nulles chez les Bezanozanos, sauf dans les villages de la ligne d'étapes actuelle et en quelques points

dans rintérioLir du pays, où l'on trouve d'importantes plantations de café et de thé ; encore sont-ce à des llovas ou à des métis qu'on doit ces plantations, la paresse et l'humeur des Bezanozanos ne s'accommodant nullement de cultures qui exi^rent une application soutenue et une attention minutieuse; ils ne peuvent même pas, présentement, arriver à cultiver de simples légumes.

D'ailleurs, leur façon de cultiver les rizières montre à quel point ils sont arriérés, faute d'ardeur au travail. 11 y en a beaucoup: mais elles sont fort étroites et situées au fond de ravins ; elles ont parfois plusieurs kilomètres de longueur et seulement de 50 à 40 mètres de large (vallées d'Antaisaha, Sahasaha, Loharano). Or, les Bezanozanos ne font pas de semis, comme en Imerina, et ils se servent très rarement de l'angady pour remuer les terres.

Aux mois de juillet et août, ils inondent les champs afin de rendre la terre molle et peu consistante. Dans chaque rizière, l'eau circonscrite par de petites digues séjourne pendant un mois environ sur le terrain à cultiver. Lorsque le terrain est prêt, ils rassemblent le plus grand nombre possible de bœufs et ils les poussent dans les terres amollies, qui sont foulées et piétinées par le troupeau entier jusqu'à ce que les herbes spontanées aient entièrement disparu sous l'épaisse couche de boue soulevée par les pieds des bœufs. On sème alors à la volée. Dès que les grains commencent à germer, on inonde de nouveau et on attend que le riz soit mûr pour le couper.

Cette manière primitive de cultiver les rizières donne un déchet considérable et certains Hovas déclarent que les rizières d'imerina. toutes choses égales d'ailleurs, mais cultivées à l'angady, donnent une récolte supérieure d'un tiers au moins.

Les Bezanozanos cultivent aussi le manioc, les patates et quelquefois le maïs. Le mode de culture de ces productions accessoires, généralement peu soignées, diffère peu de celle de l'Imérina. Les pommes de terre et les légumes potagers sont totalement inconnus dans le pays.

Les Bezanozanos vivent de peu et leur imprévoyance va de pair avec leur paresse. Ils ne s'inquiètent pas de l'avenir; si l'un d'eux voit sa provision de riz prématurément épuisée, il se retire avec sa familllc dans la forêt, oîi il se construit un abri et il vit là tranquillement, sans souci, des feuilles d'un arbre particulier, de racines et de miel.

Mœurs. — Coutumes. — Occupations. — Vêtements. — Fêtes. — Religion. — Les Bezanozanos sont, en général, de mœurs douces et pacifiques; ils sont d'une nature plutôt contemplative et ils passeraient volontiers leur existence dans l'oisiveté la plus absolue, s'il ne leur était nécessaire, pour vivre, de se livrer quinze jours par an à la culture peu fatigante de leurs rizières. Et, pourtant, il ne manque pas d'espaces, dans la vallée du Mangoro, où ils pourraient cultiver des champs à perte de vue; mais leur activité est circonscrite à l'élevage des bœufs et aux travaux strictement indispensables à leurs besoins.

La richesse d'un Bezanozano s'évalue par le nombre de têtes de bétail qu'il possède. L'industrie et le commerce sont nuls dans le pays: et. tandis qu'en Imerina une grande partie de la vie nationale se concentre dans les

KTlI.NOdRAPHIK.

marchés, les habitants do la vallée du Man'.roro se confinent, au contraire, dans leurs villages et se dérobent aux tentations des achats. Cependant, comme toutes les peuplades à demi sauvages, ils trafiquent sans cesse entre eux.

Il est de toute nécessité qu'on éveille chez eux le goût du véi itable commerce, au lieu de ce trafic de menus objets qui est stérile et improduclil", et, comme tout s'enchaîne en économie politique, il est aussi de toute nécessité d'imprimer au peuple une forte impulsion vers l'agriculture, de le contraindre à une exploitation considérable de rizières, à l'élève en grand du bétail, en un mot, de le mettre dans des conditions telles de vie matérielle qu'il soit obligé de porter au dehors, contre des échanges, la surabondance de ses biens.

Le commerce et l'industrie naîtront de ces échanges, car il n'est pas douteux que ces ignorants, par la fréquentation des lieux publics, ne tarderont pas à connaître la valeur réelle des objets échangés contre leur riz ou leurs bœufs; ce sera l'origine de l'industrie. A considérer ce peuple, que l'insouciance et la paresse ont rendu lourd et pcsani, on se croirait revenu à Tage de pierre; tous les objets d'agriculture ou autres viennent d'imerina, le fer des angady, les sagaies et même les étofles. Les Bezanozanos n'ont aucune notion de l'art de filer ou de tisser. Nés près des forêts ou des marais, ils ne savent que grossièrement tailler le bois et tresser des nattes ou des paniers en jonc.

La principale occupation des femmes est le travail des nattes, qu'elles échangent contre des vêtements et quelquefois contre des bijoux. Une natte de 4 mètres carrés de superficie se vend de 40 à 60 centimes. Elles se livrent quelquefois aussi à la pèche des crevettes et des petits poissons, qu'elles font sécher et vendent ou font vendre en Imerina; cette pèche se pratique au moyen d'un tissu à claire-voie en forme de sac qui est fait avec les fils très résistants tirés de Lécorce des papyrus.

Quant aux hommes, qui ne sont ni industrieux, ni commerçants, mais des agriculteurs routiniers, ils étaient autrefois employés par les Hovas au transport de lourds fardeaux sur la côte ou dans l'intérieur, et ce métier, qui ne les astreint pas à une application d'esprit et n'exige qu'un effort des muscles, est celui qui leur déplaît le moins.

Il y a peu de différence entre les vêtements des hommes et ceux des femmes; ils se composent d'un lamba ayant assez d'analogie avec la toge antique et qui sert de manteau et de couverture pour la nuit; sous le lamba, une chemise longue (akanjo); sous la chemise, une ceinture assez large appelée « salaka », qui, chez les femmes, est remplacée par un pagne très long.

Les hommes portent les cheveux coupés ras, sauf dans la région de Didy où, comme les Sihanakas, hommes et femmes portent la même coiffure. Ceux-ci ne tressent pas leurs cheveux d'une façon uniforme; au contraire, chacun les tord à sa manière, de telle sorte que Ton voit, dans ce pavs, une très grande variété de coiffures originales : les uns les portent en boucles longues et légères de chaque coté du front et sur les tempes; les autres, en torsades plus ou moins régulières; chez d'autres, les boucles tombent jus-

qu'aux épaules. Hommes et femmes ont souvent sur la tête une petite toque ronde en paille tressée. En un mot, le costume des deux sexes est tellement identique qu'on ne saurait parfois les différencier. Cependant, chez les hommes, cette coutume des cheveux longs tend à disparaître.

La similitude des mœurs et des coutumes entre les Bezanozanos du Nord et les Sihanakas d'Ambatondrazaka serait encore une preuve de l'affinité des deux races, et, si, comme il a été dit plus haut, les Bezanozanos sont le résultat d'une émigration sud-africaine, cette émigration se serait produite vraisemblablement sur les côtes Nord-Ouest de Madagascar, pour occuper plus tard les régions du lac Alaotra et se répandre ensuite, guidée par les fleuves et tentée par la fertilité du terrain, dans les vastes plaines de Didy et du Mangoro. La diversité des milieux et le croisement des Bezanozanos avec d'autres races ont établi, dans la suite, les légères différences qui existent actuellement entre ces deux races, qui sont, sans aucun doute, de la même famille.

Dans les régions Nord de la province bezanozano, limitrophes du pays d'Antsihanaka, les unions sont fréquentes entre les deux peuples. H est rare, au contraire, qu'un Bezanozano du Centre s'allie à une femme de race étrangère; mais les femmes épousent volontiers un Hova, un Betsimisaraka ou tout autre Malgache qui vient s'établir dans le pays.

Les hommes se marient généralement vers l'âge de 18 ans et les femmes à 16 ans. Il ne faut point considérer le mariage des Bezanozanos comme une union selon la loi; à vrai dire, ce n'est pas un contrat, mais plutôt entre les conjoints un accord qui dure autant que dure la conformité des sentiments. Dès qu'une sympathie s'établit entre deux jeunes gens, ceux-ci vivent ensemble dans la même demeure et prennent le nom de « sakaiza » (amis), ce qui correspondrait à fiancés. Cette existence à deux dure quelquefois un mois. Si, ce temps écoulé, rien n'est venu briser l'harmonie et la bonne intelligence du couple, le jeune homme fait une demande en mariage régulière. Cette formalité quasi-légale est précédée de cadeaux consistant en akanjos, robes, lambas et en parures généralement modestes, même pour les plus riches. Les gens ordinaires se contentent d'un seul lamba et d'un seul pagne. Les bijoux sont un collier de petites perles de toutes couleurs, orné de quelques pièces d'argent, des boucles d'oreilles, et quelquefois des bracelets en argent on en cuivre, suivant la qualité des époux ou l'éclat que veut donner le fiancé à son mariage.

Le jeune homme réunit ses proches, leur fait part de son intention et choisit, parmi eux, les deux plus éloquents qui se rendent chez les parents de la fiancée; ceux-ci, suivant la coutume, doivent être informés dès la veille ou l'avant-veille de la demande en mariage. La jeune fille, qui est retournée dans la maison paternelle, revêt chaque jour le lamba et les vêtements qu'elle a acceptés et se pare de ses bijoux de fiançailles.

Au jour fixé pour la demande, tous les parents de la fiancée et ses amies se réunissent chez elle et reçoivent les envoyés qui prononcent cette formule :

« Devant vous tous, nous demandons que soient unis les deux fiancés », et ils disent les noms des futurs époux.

ETIINOCRACKIE

Les parents répondent par une autre lorinule consacrée :

« Nous ne pouvons pas retenir notre fille, car une jeune fille peut, quand il lui plait, sortir d'une maison; elle est donc libre d'accepter ou de refuser. Mais si elle accepte son fiancé comme époux, il ne faut pas qu'il la batte avec un balai, car c'est contraire aux mœurs des ancêtres, ni avec un bâton, ni avec les pieds, car cela peut lui faire du mal ; il ne faut pas non plus que son mari lui casse les dents ; en cas de discorde, nous aimons mieux (ju'elle revienne ici saine et sauve.

Les futurs époux reçoivent ensuite la bénédiction du père de la jeune fille et l'on célèbre les noces en festinant pendant huit jours et en buvant de nombreuses rasades de toaka ou d"hydromel.

La coutume veut aussi, une fois le mariage conclu, que toutes les jeunes filles, amies ou parentes de la mariée, paraissent toutes nues devant le mari. La mariée elle-même est nue. C'est la cérémonie dcW< ampitahana » (comparaison).

Les libations copieuses, les festins prolongés ont les danses et les chants comme intermèdes. La danse bezanozano n'exprime aucune idée particulière de sentimentalité. Les danseurs se mettent en rond à la file indienne, serrés les uns derrière les autres, s emboîtant le pas et avançant par saccades; à ce mouvement cadencé des jambes, se joint un mouvement ondulé des bras, de telle sorte que tous les bras gauches et tous les bras droits semblent mus successivement par des fils qui leur correspondraient. Celte ronde dure des heures entières sans variation; sans variation aussi, le chant qui accompagne la danse, chant qui n'exprime rien, jette sa note nasillarde suivant une cadence donnée par l'homme qui conduit la ronde. La monotonie rompt le charme de l'originalité.

Cependant, il est quelques chants, ou plutôt des proverbes mi-chantés, mi-parlés, qui montrent le sentiment naïf et l'art borné du peuple bezanozano. Il est difficile, parfois, de découvrir un sens caché sous l'obscurité des mots; nous donnons ci-dessous la traduction, aussi fidèle que possible, de quelques chants dont nous avons réussi à pénétrer le sens :

Chant de fiançailles : « Raketakilovoka est coquette, elle ne se livre, ni ne se refuse; elle trouble la raison des gens qui s'attardent chez elle. « Rentrez donc, il est déjà tard.

« Voici la belle Rafotsiramangazafy aux dents blanches. Pourquoi quittet-elle le village quand la nuit tombe?

« Rentrez donc, il est déjà tard.

« Si vous allez au loin vers le Nord, vous rencontrerez les trois filles de Zakatsara; elles sont jolies, ces trois filles. Mais pourquoi ne se marientelles pas? n n'y a, sachez-le bien, aucune différence entre la femme laide et la jolie fille qui ne se marie pas. La beauté ne sied qu'aux femmes qui désirent un mari.

« Je m'arrête, Raketakilovoka, il est tard, mais nous nous reverrons. » Proverbe : « Elle est malheureuse, si elle n'a pas d'héritiers, la femme

qui a des richesses; mais elle est heureuse, la femme pauvre qui a des enfants. »

Chant d'un amant évincé : « Je ne suis pas un milan qui plane et je n'ai point les griffes puissantes du faucon pour enlever de force ce qui déjà appartient à un autre. Mais j'attendrai. Adieu et qu'on réfléchisse à ce que j'ai dit. »

11 y a quelques années, une nuée de sauterelles traversant le Mangoro s'était abattue sur les rizières au nord de Moramanga; on eut grand'peine à les chasser. Ce souvenir est rappelé dans une chanson qu'on chante en avril, quand les épis commencent à se former.

« Rainimanahoana, prends garde à ton riz. Les chenilles sont au village de Mahajery et les sauterelles passent le Mangoro.

« Le Mangoro, tu le sais, est un fleuve profond. Ses eaux rougeàtres et sales te rendent cependant net de toute souillure quand tu l as traverse à la nage. »

La réponse de Rainimanahoana est celle-ci : « Le crocodile meurt près du sable et les sauterelles près des herbes ». Le chœur reprend :

« N'allons pas plus loin, reposons-nous; le temps ne manque pas ».

Chant des funérailles : « Pourquoi tes yeux sont-ils rouges, Ravarika? « — Mes yeux se sont lassés à contempler la foudre. « — Pourquoi ta bouche est-elle noire, Ravarika? « — Mes dents se sont lassées à manger les poissons. « — Pourquoi ta jambe est-elle si longue, Ravarika? « — Pourquoi...?» (Ici nous avons rencontré de trop grandes difficultés de traduction.)

' La poésie des Bezanozanos est naïve; c'est la fraîcheur d'une fleur sauvage. Mais le proverbe « Reposons-nous, le temps ne nous manque pas » peint bien l'insouciance de ce peuple. Combien loin nous sommes de l'impression qui reste du dicton anglais « Time is money ». impression d'activité fébrile, d'excès de travail, de lutte pour l'existence!

C'est surtout à l'époque des cultures (août et septembre) que l'on chante et que l'on danse; c'est le temps des fêtes.

Pour la culture des rizières, tous les efforts se concentrent, tous les bœufs du village sont réunis pour piétiner les champs de chacun à tour de rôle; on travaille depuis huit heures du matin jusqu'au coucher du soleil. Excités par le toaka, les Bezanozanos se livrent à des exercices de force, en luttant avec des bœufs à demi sauvages.

Pendant ces prouesses, les femmes préparent le festin sur la montagne voisine; on mange beaucoup, on boit encore plus. La nuit tombée, on revient au village et on y danse jusqu'à l'aurore, au son du tambour et des flûtes en roseau. Les réjouissances durent presque sans interruption pendant quinze jours.

A la moisson, il y a aussi des fêtes, mais souvent attristées par de graves

ETHNOGRAPHIE

accidents. Los Bezanozanos, en efiet, frappent l'épi de riz avec tant de force de leurs palettes que les grains, échappant de tous côtés, sautent parfois à la figure, crevant les yeux. Un jeu barbare consiste aussi à se battre à coups de poignée de paddy. C'est pourquoi l'on voit tant de Bezanozanos privés d'un œil et quelquefois de la vue.

La naissance et la circoncision donnent lieu à des pratiques bizarres. La coutume veut que les femmes stériles assistent aux naissances, et les organes maternels qui enveloppent l'enfant appartiennent de droit à leur appétit. C'est, dit-on, une panacée contre la stérilité.

L'enfant circoncis est porté en grande pompe jusqu'aux portes du village. Là, on fait le souhait, répété plusieurs fois par toute l'assistance : « Sois un homme puissant » . La partie amputée est conservée par le grand-père de l'enfant.

La naissance et la circoncision sont une occasion de fêtes.

Quoique leur esprit ne conçoive, en général, rien qui ne soit matériel, les Bezanozanos croient vaguement à l existence d'un Dieu créateur et paraissent avoir l'idée d'une vie future.

La religion chrétienne a été professée dans la vallée du Mangoro et des édifices y sont consacrés aux divers cultes. Mais les gens ne comprennent rien aux pratiques extérieures de nos cérémonies et le côté moral leur échappe; aussi continuent-ils à obéir à leurs superstitions. 11 nous a été rapporté que des Bezanozanos, il y a quelques années, furent invités à venir un dimanche dans un édifice religieux. Ils y vinrent par curiosité. Le ministre de la religion prêcha. Après avoir écouté silencieusement le prêtre pendant quelques instants, ils s'entre-regardèrent et se demandèrent : « Que dit-il? C'est surprenant, nous ne comprenons pas. Allons-nous-en. » Et ils quittèrent sur-le-champ leur place sans en entendre davantage. Ce fut un scandale; ils ne revinrent plus et, depuis, ils sont restés, comme avant, peu soucieux de connaître nos mystères sacrés.

Ils ont surtout confiance dans les pratiques de la sorcellerie et craignent beaucoup les sortilèges.

Ils ont un grand respect pour les morts, auxquels ils font des sacrifices. Ils croient aux esprits des défunts et leur vraie religion semble être le culte des ancêtres; ils croient donc à la vie des morts et à leur intervention dans le monde des vivants ; mais l'idée de Dieu n'est qu'occulte et mystérieuse et leurs croyances en un être suprême sont indécises et confuses.

Lorsqu'on parcourt le pays, on rencontre souvent, implantées dans le sol, de hautes pierres levées, semblables aux menhirs de Bretagne. Souvent aussi, on voit des groupes de huit ou dix petites pierres dressées et alignées entre elles et qui, contrairement à ce qu'on a cru, ne surmontent pas une sépulture. Ce sont des monuments votifs en l'honneur de parents ou d'amis morts au loin ou disparus. Les Bezanozanos enveloppent souvent une de ces pierres d'un bandeau d'étoffe blanche pour rappeler dans le pays l'àme de celui qui n'est pas revenu.

Les tombeaux sont situés près des villages, et chaque famille a le sien, où on enterre pêle-mêle hommes, femmes et enfants. Un simple lamba.

d'étoffe commune pour les pauvres, de soie rouge pour les riches, sert de linceul. Le cercueil est inconnu.

Les tombeaux sont les seuls autels, les seuls temples des Bezanozanos. C'est près de ces lieux sacrés qu'ils font les kabarys importants et les sacrifices propitiatoires.

Les funérailles sont toujours conduites avec pompe. Les riches sacrifient un ou plusieurs bœufs. On enterre avec le défunt des aliments de toutes sortes, en le chargeant de messages pour le monde des esprits.

Le deuil consiste, pour les hommes, à ne porter que le lamba seul ; les femmes ont les cheveux épars et les épaules nues.

Dans la demeure de la veuve, avant la levée du corps, le vacarme est étrange; les femmes poussent des cris lamentables: le tambour résonne et la fusillade éclate dans la cour du village. Au tapage, aux pleurs, succèdent les chants et la danse, auxquels tous participent, fils et filles, petits-enfants, parents et amis du mort. Quand le corps repose dans le tombeau, le cortège revient à la demeure du défunt et un festin est offert aux assistants. Le repas achevé, la veuve ou un parent proche, suivant le cas, asperge d'eau de riz les personnes assemblées.. C'est le signal du départ.

Tsimihetys. — Les Tsimihetys sont d'une race absolument différente des Betsimisarakas. Le mot « Tsimihety », signifie : « qui ne se coupe pas les cheveux », à cause de l'usage qu'a cette tribu de garder une chevelure tressée.

Le type est très beau; leur peau blanche, à peine teintée d'une chaude couleur cuivrée, très transparente, au travers de laquelle apparaissent les veines bleues, et leur physionomie intelligente et très ouverte en font le type de la race de file de Madagascar qui se rapproche le plus de l'Européen. Une légende explique ce phénomène en attribuant l'origine des Tsimihetys à un groupe nombreux de colons venus du centre de la France, se rendant à Bourbon et jetés, il y a fort longtemps, par un cyclone, sur la côte de Maroantsetra. Ce seraient donc tout simplement des Auvergnats ou des Languedociens. Laissant de côté cette légende qui est très improbable, il n'en est pas moins vrai que les Tsimihetys forment un groupe bien distinct de leurs voisins.

Les hommes sont de taille moyenne, vigoureux et ont l'air énergique ; ils le sont souvent, en effet, bien que d'un naturel plutôt doux. Ils n'aiment pas l'état militaire; mais, au besoin, ils sont assez braves. Ils habitent loin des Hovas, qui n'ont jamais sérieusement pénétré chez eux; vivant toujours à l'écart, et loin des côtes, ils sont restés très en retard sur la colonisation apportée chaque jour par l'influence européenne; ils sont tous illettrés, s'habillent grossièrement d'étoffes de rafia, dont ils se font une chemise, et n'ont souvent qu'un simple et rudimentaire pagne. Ils ne font aucun commerce. Quand ils désirent de l'argent, ils vont chercher du caoutchouc qu'ils vendent sur place, mais ne descendent à la côte que très rarement, et ils ne semblent pas tenir aux richesses.

Ils sont sobres, s'enivrent peu, cultivent le riz, le manioc, les patates, préparent eux-mêmes leur sel par la calcination de certains végétaux, élèvent

ETHNOGRAPHIE

de la volaille et des bœufs et s'adonnent à la pèche. Ils sont extrêmement paresseux et aiment beaucoup les femmes. Ayant à satiété tout ce qui leur est nécessaire pour subvenir à leur existence, ils ne voient pas la nécessité de travailler et il sera très difficile de les y habituer.

Les femmes sont très jolies, généralement petites, de taille mince, avec d'agréables minois éveillés, rappelant, par quelques traits, nos Provençales; les formes sont distinguées, les extrémités petites et les attaches délicates; la chevelure, presque lisse, longue, opulente et très belle, est peignée généralement avec une certaine coquetterie. Il est malheureusement fâcheux d(; les voir dans le cadre de saleté où elles vivent et qui est l'apanage distinctif delà race tsimihety. Toutefois, leurs mœurs sont pures... relativement, et elles passent pour être généralement fidèles à leurs époux.

Les fiançailles sont bizarres. Après avoir résisté longtemps aux tentatives de séduction de son galant, la jeune fille prend la fuite, poursuivie par lui. Si elle se laisse atteindre, souvent à la suite d'une course assez longue, elle accepte, par là même, tout ce qui va advenir (c'est le Oui sacramentel en vigueur dans nos coutumes), et le mariage est conclu incontinent, sans témoins; c'est l'union libre par excellence. Bien que maris et femmes soient assez unis, la polygamie est fréquente, en particulier chez les chefs ; il n'est pas rare de rencontrer, chez certains d'entre eux, jusqu'à cinq ou six femmes vivant sous le même toit en bonne intelligence, sous la direction de la plus âgée, qui est la matrone.

Les enfants sont nombreux. On rencontre peu de femmes n'ayant pas un enfant au sein ; malheureusement, l'état de malpropreté dans lequel vivent les Tsimihetys engendre des maladies qui déciment de bonne heure la population enfantine.

Ce peuple est très soumis à ses chefs et met son travail en commun. C'est le chef qui ordonne de bâtir une case pour tel ou tel individu et tout le village collabore à la construction. Le chef ordonne-t-il à sa femme de faire une natte dont il donne les dimensions, cette dernière, qui a la direction des femmes, les appelle aussitôt et la confection commence en commun.

Bien mieux, la vie du village est réglée au commandement; c'est au commandement, crié dans le village par la femme du chef, qu'a lieu le réveil, le matin; c'est aussi à ses commandements successifs que toutes les femmes pilent ensemble le riz, vont chercher de l'eau, commencent la cuisine et que, enfin, le riz étant cuit, tout le monde se met à manger.

Leur dialecte est particulier et souvent même les Betsimisarakas ne les comprennent pas; ils ont beaucoup de locutions venant du pays sakalave et de Sainte-Marie. Leur accent les fait reconnaître et prête à rire aux autres Malgaches.

Leur religion est simple; ils croient à un Dieu créateur (Zanahary), auquel ils font des sacrifices. Dans presque tous les villages, se trouve un arbre entouré d'une petite balustrade; c'est au pied de cet arbre que le chef offre à l'Etre suprême des cadeaux : poulets, bœufs, riz, manioc, etc.

Très défiants, les Tsimihetys ne semblent pas vouloir se convertir au christianisme.

GUIDE DE L'JMMIGRAiNT A MADAGASCAR.

Comme chez les Betsimisarakas, les faux bruits se répandent facilement chez eux et y trouvent créance. Ainsi, à l'arrivée de l'administrateur français dans le pays, on leur a fait croire qu'il élait l'ennemi des grands cheveux ; tous se sont empressés de se tondre et le chef de la province n'a pu en voir qu'un seul ayant les cheveux longs. Il s'empressa de les détromper et les engagea à laisser repousser cet ornement national. Toutefois, un chef déclara que, bien que Tsimihety, il ne portait plus ses grands cheveux depuis longtemps, ayant remarqué qu'ils étaient le repaire de nombreux parasites et il ajouta que son exemple serait suivi.

Les Tsimihetys sont peu musiciens ; leur chef, Babanitsimitiatoko, a cependant, à Antsahovy, une fanfare de 15 à 20 exécutants, tambours, fifres, jejy, grosse caisse, dont il est le directeur.

Les Tsimihetys se sont installés dans la contrée il y a environ vingt ans ; ils viennent du sud de Maroantsetra, qui paraît être leur berceau. Depuis ce temps, la migration a continué, mais ne dépasse guère, au Xord, le territoire de Sahambavany.

Ceux de la vallée de l'Androranga sont croisés de Sakalaves et se ressentent de ce croisement; ils ont un esprit indépendant et ils sont difficiles à diriger. C'est après la guerre de 1885 qu'Andriambola (le prince de l'Argent), oncle de Tsialana, quittant Vohéiiinr avec une centaine d'hommes et autant de femmes, vint s'installer à Doany, sur l'Androranga, où il resta dix ans; il y a environ trois ans que les émigrés sont retournés sur la côte Ouest, laissant dans cette vallée un peu de leurs mœurs et de leur langue.

Les Antanalas d'Ambohimanga du Sud. — Limites : Antanalas (les habitants de la foi'ét) est le nom (jue l'on donne à tous les indigènes qui habitent la forêt depuis le Sakaleony jusqu'au delà de la Mananara.

Les Antanalas d'Ambohimanga du Sud sont compris entre les 20^ et 22'' parallèles et les 45*" et 46*^ degrés de longitude. Les limites du territoire sont : au Nord, le Sakaleony; à l'Est, le territoire de Mananjary; au Sud, le Faraony; à l'Ouest, les Betsileos et le district d'Ambositra. Ces limites ont été fixées par Andrianampoinimerina et des bornes territoriales ont été fichées en terre à cette époque.

Communications. — Les communications sont assurées de la façon suivante :

1" Trois grandes voies de pénétration à l'intérieur :

a) La route de Mananjary à Fianarantsoa, qui est la plus suivie (11 000 indigènes sont montés ou sont descendus en janvier 1898).

h) La route de Mananjary à Antsirabé, par Ambohimanga du Sud et Ambositra, qui est moins fréquentée que la première, mais les nombreux travaux qui y ont été faits et les ponts récemment construits la rendent tellement facile que les indigènes la préféreront dorénavant.

En effet, une nouvelle piste dispense de passer sept fois la Manandriana, et le pont de 80 mètres près de Betampona, qui vient d'être terminé, permet de franchir cette rivière par les temps les plus mauvais.

ri. XXI. — 1. FEMME TAXALA (dE VANGAINDRANO) . — "2. BETSILEOS.

KTll.NOGRAPHlE.

c) La roiito do Mahela à Ainhositra, par Tsaramiadana et Lohonihy, qui n'est fréquentée que par les marchands de cire.

Des routes transversales ont été améliorées ou créées et permettent de se rendre assez facilement du Nord au Sud. Des pirogues spacieuses et des radeaux de bambous permettent le passage des rivières.

Quinze itinéraires ont été relevés par l'administrateur adjoint commandant le district

Orographie et hydrographie. — Deux cbaînes parallèles courent Nord- Sud; Tune, la grande falaise, h l'Ouest (1 600 à 1 800 mètres d'altitude); l'autre, la chaîne orientale (1 000 à 1 100 mètres d'altitude).

De la grande falaise sort le Mananjnry ([ui traverse le territoire du Nord- Ouest au Sud-Est sur une étendue de plus de 100 kilomètres. Ce grand fleuve draine les eaux de la région à l'Ouest par des rivières qui portent les noms de Manandriana, Salanofa, Ivoanana, Xanonoka et Faraony sur la rive droite, et de Fanampiana, Amboasary et Sandramora sur la rive gauche. Affluents et fleuve ne sont pas navigables.

Géologie. Minéralogie. — En pays tanala, comme dans tous les territoires que nous avons traversés, le terrain est inextricable et diftîcile à décrire; toutefois, les alluvions qui ont constitué les étroites vallées ont une grande valeur au point de vue des cultures.

Le sol présente une sorte de chaos de terres sablonneuses pailletées de mica, à coté de terrains rouges semés de quartz plus ou moins aurifère; le gneiss et le granit dans les terrains primaires cristallins sont régulièrement placés.

On y a trouvé du crist^d de roche, du fer, du quartz limpide et opaque; et enfin, tout dernièrement, Fadministrateur adjoint a trouvé des cailloux qui semblent contenir de l'étain. Cette découverte, si elle est confirmée par les analyses du service des mines, serait de la plus haute importance.

L'or se trouve en poussière dans les terrains alluvionnaires, où il est l'objet de fouilles constantes à la mode malgache, car les prospecteurs n'ont apporté aucun perfectionnement dans le travail à la battée.

Climalologie. Température. — Les vents régnants sont ceux d'Est, de Sud-Sud-Est et de Sud-Est; ils sont très froids en mars, avril, mai, juin et juillet.

La pluie est continuelle pendant toute l'année et torrentielle à la saison chaude. Température moyenne de novembre 1897 à avril 1898 inclus : 7 heures du matin : 2r,'2; 5 heures du soir : "27", 7.

Ethnographie. — H y a encore six mois, il y avait les 5 000 du Nord et les 5000 du Sud, d'où résultaient des discussions continuelles. Après explications, ces deux fractions se sont fondues en un tout qui s'intitule les 6 000 Zanaka-Menabé, et, depuis lors (4 décembre 1897), l'ordre est parfait.

Le territoire était divisé en peuplades multiples continuellement en guerre. Au Nord, les Zafidiamanana ; à l'Ouest, les Zafimaniry; au Centre, les Zafinakotry; au Sud, les Zafindrasoa, les Zanakivavy, les Antaivarondrika et.

cnlin, les Sakaleony venus du Nord, des rives de la rivière de ce nom. Ces grandes familles étaient elles-mêmes divisées. Mais Rananarivo, le gouverneur ho va, qui était brutal et arbitraire, mettait tout le monde d'accord en confisquant à son profit les terrains et troupeaux des uns et les esclaves des autres.

La différence qui existe entre les gens de la forêt et ceux de la plaine consiste dans la chevelure : les Zafimaniry ont les cheveux lisses et les Zafidiamanana et les Zafinakotry les ont crêpés.

Les habitants de la montagne sont forts et vigoureux. Les femmes zafimaniry sont presque jolies et bon nombre de villages comptent des sujets absolument blancs. Elles ont le nez droit, la figure ovale, la bouche petite et nullement lippue.

Au contraire, en pays bas, on retrouve presque le type betsimisaraka ; ce qui en différencie les Tanalas, c'est la superbe coiffure des hommes, qui consiste en un énorme casque bien peigné. Cette originalité tend à disparaître; en effet, bon nombre de Tanalas ont maintenant les cheveux coupés ras, comme les miliciens.

Les villages sont haut perchés en forêt et les maisons sont en bois. Dans la plaine, ils sont n'importe où et bâtis en bambous. 11 n'y existe pas de fossés pour se protéger contre l'invasion de l'ennemi. Il suftit au brave Tanala de voir venir, car, à la première alerte, il s'enfuit.

La hache (ants\ ) est l'arme et l'instrument du Tanala comme le fusil à pierre est celui du Sakalave. On ne conçoit pas un Tanala sans sa hache, qui lui sert à tout et lui tient lieu de tout : rabot, vrille, marteau, scie, ciseaux, etc.

Tous les villages sont orientés Nord-Sud et les portes sont tournées vers l'Ouest.

Les femmes portent des bracelets en bambou, en fer, en argent ou en cuivre. Elles ont le corps entièrement tatoué et beaucoup portent un soleil levant sur le bas des reins. Tout récemment encore les vêtements étaient peu employés ; les hommes avaient un peigne dans les cheveux et les femmes un bonnet en paille sur la tête. Nous avons vu en forêt nombre d'indigènes absolument nus; ceux qui avaient un peu de pudeur portaient un salaka de la largeur de deux doigts, en écorce d'arbre battue, et les femmes un petit morceau d étoffe en jonc tressé autour des reins.

Les hommes portent dans le lobe de l'cH'eille un petit bambou depuis 2 millimètres jusqu'à 1 centimètres de diamètre. Cela s'appelle « kavimbolo ».

Les ustensiles de cuisine sont des plus primitifs; les Zafimaniry se servent de plats en terre betsileo; en pays bas, on emploie les plats en fer de provenance européenne.

Le riz cuit est servi sur des feuilles de bananier et mangé avec des feuilles de longoza transformées en cuillers.

Les bambous servent à puiser l'eau. La nourriture consiste en feuilles ou brèdes bouillies, en riz ou en maïs, selon la région, car, en forêt, le riz ne pousse pas, en patates, en manioc, en racines de holika, de vihana et de sonjo.

ETHNOGRAPHIE

Le mariage n'existe que pour la foruie; si deux indigènes se plaisent, ils vivent ensemble et demandent à se mai ier. lis donnent "2 fr. 50 aux parents et l'affaire est conclue. D'ailleurs, la polygamie existe et pas un Tanala de manpie n'a moins de trois femmes.

Aucune formalité pour les naissances, et encore moins pour les enterrements. Les Tanalas n'ont aucun respect des morts et ne possèdent pas de cimetières de famille. Les tombeaux des ancêtres qui forment la base de la religion, au moins des croyances tanalas, sont un amas de cercueils (500) sans marque distinctive, et respectés uniquement parce qu'ils n'osent pas s'en approcher, de peur des esprits « lolo ».

Ils croient aux sorciers aux ody, aux sampy, et surtout au diable, « Angatra ». Ils croient aussi à Dieu, à Zanahary qu'ils vénèrent et à qui ils demandent de les protéger, mais toutes les cérémonies ne revêtent aucun caractère de solennité.

Toutefois, le serment de 1' « Ivelirano » a une ceilaine importance, en raison surtout du nombre d'indigènes qui se rendent k l'appel du gouverneur.

La circoncision existe. Pour la cérémonie, le village est rémii sur la place; on enlève le prépuce de l'enfant; puis, placé dans un verre de rhum, il est avalé par le grand-père.

Le dialecte tanala est très agréable à entendre en pays zafimaniry.

Pathologie. — La fièvre et la variole font, tous les ans, de nombreuses victimes.

Les fruits verts et l'eau, absorbés en trop grande quantité, sont la cause de dysenteries cruelles.

La lèpre, les clous, les abcès, les plaies malgaches, la gale, la bronchite et les maux de téte sont courants.

Les maladies vénériennes ne sont pas un danger, sauf dans les centres.

Gouvernement. — Les rois tanalas existaient pour la forme et servaient de rempart aux demandes que les Européens adressaient au palais d'Argent, où l'on a toujours représenté les Tanalas comme impénétrables.

Les correspondances prouvent quune direction unique, celle de Ranavalona, était donnée aux Tanalas comme aux autres peuplades.

Les rois, puisque rois il y avait, sont ; Rainilahivola, Rainilamiangiva, Ramatoa-Niovana, la fondatrice dWmbohimanga, et enfin Raivanarivo.

Les jeux sont nombreux : le mitolona, le midy, le miveirano, le kitala, le fanorona, le mandrity, le fandroso et le mitava ou danse des sagaies. Les danses des femmes tanalas sont toutes lascives et monotones : la manandra, la miangala, la biaba, la bedidy, etc.

Leurs instruments sont le tambourin et la « sodina », ou flûte en bambou.

Les Baras. — Les Baras habitent au sud-ouest du Betsileo. Ils sont assez mélangés avec les Tanalas, parfois en nombre égal; ces deux tribus sont divisées, depuis longtemps, en nombreux clans ayant des intérêts divers et constamment en lutte les uns avec les autres. Le brigandage a été de tout

temps la seule occupation de ces indigènes qui se sont acquis ainsi une triste célébrité dans le pays betsileo et même aux confins de l'Imerina.

La grande famille bara se subdivise en plusieurs peuplades qui ont reçu des noms différents.

V Les lantsaiitsas, dont le nombre atteint à peine 6 000; ils habitaient autrefois la vallée du Menaliaraka jusqu'à son confluent avec le Ranomena et la vallée de cette dernière rivière.

Vers 1882, les Hovalahy ny Antara et les Zafimbolamenas chassèrent les lantsantsas du haut Menaharaka et s'établirent à leur place. C'est alors que les vaincus s'installèrent dans la vallée de la Ranomena; leur chef Isambo vint s'établir à Ivohibé, situé sur l'un des contreforts du versant Ouest du pic de ce nom. Son autorité, aussi bien que celle des nombreux chefs de clans ou tribus des régions du Sud, était d'ailleurs contre-balancée par celle des sorciers ou conseillers, méfiants et hostiles aux étrangers.

Les Raras lantsantsas gardent encore le souvenir des mémorables luttes qu'ils soutinrent contre les Hovas avec un tel succès que ceux-ci furent forcés de quitter définitivement le pays.

Ceux qui habitent sur la rive gauche de l'Ionaivo forment un petit clan spécial portant le nom du village le plus important « Manombo. »

2*" Les Ambilionys. — Originaires du Sud, ils se divisent en plusieurs clans fixés sans ordre dans le Sud.

Dans le district d'Ivohibé, ils forment deux groupes ayant chacun son chef; le premier réside à Imahaso, le deuxième à Resavao, près du confluent du Menaharaka et de l'Ionaivo.

Plus au sud de la Grande île, l'origine des Raras est difficile à établir. Les renseignements contradictoires, l'absence de tradition et surtout le changement de dénomination de ces clans à la suite de guerres ou de pillages ont contribué beaucoup à obscurcir leur histoire. Ce nom de Baras leur aurait été donné depuis soixante-dix ans environ et proviendrait prol)ablement des Zafimanelys, caste dirigeante provenant de la cote Est et du Sud-Est d'Ihosy et ayant peu à peu occupé les plateaux de l'intérieur.

Leur histoire se précise à peu près à la même époque que celle des Ilovas en Imerina, vers le commencement du xix^ siècle ; tout ce ipii remonte au delà de cette époque n'est que légende.

La tradition rapporte que le chef de famille des Zafimanelys, Rakanjobé, étiiit le fils d'un blanc qui avait fait naufrage sur la côte Est de la Grande île. Une autre version le donne comme émigré de l'île Rourbon. Quoi (pi'il en soit, on s'accorde pour faire descendre les Zafimanelys des blancs (.^rabes).

Rakanjobé et ses fils habitaient le village d'Andrizaha, au nord d' Ambato (dans rivondro actuel entre Retroka et Vangaindrano). Ses descendants conclurent un arrangement avec Lacaze, qui leur fournit des fusils. Ainsi armés, ils attaquèrent immédiatement leurs voisins.

Le premier grand chef vaincu se nommait Rakiboarivo, dont le village Ankazomangany fut donné à Lacaze, ainsi qu'une partie du butin. Les alliés de ce dernier s'établirent alors sur les rives de l'Oniaivo: les Zafimanelys actuels parlent fréquemment de leurs ancêtres, les Oniaivos ou lonaivos.

ETHNOGRM'IIIK.

Peu à peu les vainqueurs progressèrent vers l'Ouest et vers le Nord, recherchant les pâturages. Sous la conduite d'Andi ianiancly, ils s'emparèrent de Yolambita (au Sud-Ouest d'Ivohihé) ; c'est cet Andriarnanely, chef renommé, qui a laissé son nom à la famille. Son fds, Andriamanafatrivo, quitta Yolambita et s'établit à Andranotsara, au Sud d'Ivohibé. après avoir repoussé vers le Nord les Oetsileos, qui y habitaient.

Andranotsara est resté la capitale des Zallmanelys, jusqu'à la mort de Raikitroka. A ce moment, une querelle éclata entre ses deux fils, nommés Rasaleha et Ratsimamo, qui résobn^ent de soumettre leur différend à Radama P^ roi d'Imerina( 1810-1828), etpartirent tous deux pour Tananarive. D'après la légende, Radama V'^ les invita à dîner et, plaçant devant eux deux cuillers d'argent, il donna raison à celui qui avait le premier pris sa cuiller. Ce fut Ratsimamo. Radama rendit son arrêt : Ratsimamo gardera le pays de ses pères; Rasaleha aura le pays qui se trouve à l'Ouest de la montagne de Manivela (et qui forme actuellement province des Rara-bé.)

5" Baras Imatnonos avec la capitale Tsimamonolongo (qui ne tient pas les amis). Le roi de cette tribu, Ratsimivila, est le grand-père du roi actuel.

4*^ Bara-hc. — Lorsque Radama P"" ordonna à Rasaleha, l'un des deux princes qui étaient venus lui demander justice, d'occuper la région d'ihosy, à l'Ouest de la montagne de Manivela, celui-ci trouva le pays occupé par des peuplades amies des Retsileos de l'Est qu'il repoussa vers l'Ouest et il fit d'irima sa capitale. Sous son règne, les Hovas envoyèrent leurs premières expéditions dans le Sud.

Rasaleha les accueillit d'abord assez bien; mais, bientôt obéissant à son instinct, il fit massacrer les soldats hovas malades laissés sur son territoire et prétendit qu'ils étaient morts de maladie. La supercherie fut découverte et lîasaleha fut exécuté à Fianarantsoa ; il fut ligotté, jeté dans un trou où gisait déjà un chien égorgé, et où fut ensuite versée de l'eau bouillante.

Ranavalona envoya chez les Raras un officier qui y fonda un poste, mais les Hovas n'y eurent jamais que des chefs nominaux et conservèrent en grande partie leur indépendance. Ce même officier voulut établir un poste identique chez les Raras lantsantsas, mais ceux-ci résistèrent si bien que les Hovas ne purent s'emparer d'Ivohibé.

Peu de temps après, un chef bara fit sa soumission et fonda le village de Yohimarina qui se peupla de Hovas et de Raras soumis. A la suite de querelles sans fin engendrées par les successions, les Tanalas appelés à l'aide s'établirent dans le haut Menaharaka, d'où ils chassèrentles Raras lantsantsas. Depuis, la discorde n'a cessé entre ces deux tribus qu'avec l'installation d'un poste français à Ivohibé.

Il y a encore les Raras Yindas, qui sont très peu nombreux, et dont le roi actuel est un descendant des rois des Raras lantsantas, les Raras Manongas, les Menamatys et les Mananantananas. Ce sont de petites tribus betsileos ayant adopté la coiffure des Raras et qui ont pour chefs des descendants de chefs Zafimanelys.

Les Menamatys ont une femme pour chef et habitent la vallée de la rivière du même nom, qui est un affluent du Mangoka.

Les Mananantananas habitent la vallée du Malio, autre affluent duMangoka.

Enfin, aux confins du pays bara, habitent les Antaivondros qui ont les mêmes mœurs, les mêmes « fady » ou superstitions que les Baras proprement dits, mais qui ne sont pas commandés par des Zafimanelys.

Antaimoros. — Le pays des Antaimoros au Sud-Est de Madagascar est limité, au Nord, par la rivière Fanoriana ; au Sud, parla rivière d'Andakana , à l'Est, par l'océan hidien; à l'Ouest, par le pays des Tanalas.

Les Antaimoros sont d'origine arabe. Quoiqu'ils n'aient conservé aucun souvenir de leur arrivée à Madagascar, ils ont gardé de la langue arabe beaucoup de mots mélangés aux mots malgaches ; quelques vieillards savent lire et écrire l'arabe; il y en a même qui possèdent un Coran. On peut approximativement fixer à dix-sept le nombre de générations successives de cette race, depuis leur débarquement sur les côtes de Madagascar.

Comme les Arabes, ils ne mangent pas de viande de porc; comme les Arabes, ils détestent le chien et ils mâchent, à la mode arabe, du bétel mélangé à de la chaux, ce que ne font jamais les Malgaches. Très fiers de leur origine, ils ont toujours le souci de garder, au milieu des autres races, leur caractère propre, une distinction à part. Ils ne tolèrent pas les liaisons des membres de leur tribu avec ceux des tribus voisines, et, de ce fait, ils ont gardé une certaine originalité.

La race antaimoro se compose de deux castes : les nobles et les gens du peuple.

Les nobles sont connus sous le nom d'Antimahazos, Antisambos et Antihongos. Ils font bande à part, pratiquant la même religion, ayant les mêmes mœurs, les mêmes habitudes; ce sont les vrais descendants d'Arabes, venant de la Mecque qu'ils appellent Iniaka.

Un des fils des rois de la Mecque, Kalita Mamody (Mahomet), étant en désaccord avec son père, vint s'installer dans le pays des Antaimoros en asservissant le peuple qui l'habitait déjà, peuple désigné sous le nom d'Ampanabaka. Kalita Mamody y avait emmené avec lui sa famille et ses esclaves et s'établit dans la vallée de la Matitanana. Les esclaves furent libérés peu de temps après, et acquirent une certaine suprématie sur les Ampanabaka; ils s'installèrent auprès de leur chef, sur les bords de la Matitanana, dans les villages de Savana et de Vohipeno, sous les noms d'Anakaras, Antisimetos et Antalaotras.

Les descendants de Kalita Mamody, ou Antihongos, habitèrent le royaume d'Ivato, grand village situé sur la rive gauche de la Matitanana; les Antisambos s'établirent à Fehinaoly et les Antimahazos à Mahasoa sur les bords de la même rivière.

A la suite des rigueurs exercées sur le peuple par le roi d'Ivato, qui avait réuni autour de lui tous les nobles venus avec Kalita Mamody, les Ampanabaka se révoltèrent et, comme ils étaient beaucoup plus nombreux que leurs oppresseurs, ils les battirent et les chassèrent au nord et au sud du territoire des Antaimoros. Un grand nombre de ces nobles émigrèrent à Mahanoro, au bord de la mer. Cependant, l'accord revint en vertu de traités

ETIINOCRAPIIIE.

par lesquels les nobles abandonnaient une partie (b; leiu' autorite sur les Ampanabakas. Ceei se passait il y a une quaiantaine d années.

Les clauses de ce traité n'ayant pas été observées par les nobles, un nouveau soulèvement eut lieu en 1<S85. Les nobles furent une seconde l'ois battus. C'est alors que les Hovas intervinrent, et, depuis cette époque, ils se sont implantés dans ce pays et l'ont ruiné.

A la suite de cette révolution, les nobles perdirent plusieurs de leurs privilèges; ils n'eurent plus le droit de prendre feuune dans le peuple, car une femme du peuple pouvait en elfet, auparavant, se mariera un noble et, dans ce cas. les fds nés de ce mariage étaient nobles, tandis qu'un homme du peuple ne pouvait prétendre à la main d une femme noble. Les libres ou roturiers ne pouvaient manger d'un bœuf qui n'avait pas été tué par les nobles et, lorsqu'un homme du peuple se mariait, la nouvelle mariée devait passer la première nuit de ses noces dans le lit du roi ou du prince du village. Véritables serfs des rois, ils furent pour ainsi dire affranchis par l'intervention des Hovas, mais ils eurent à en souffrir plus que de l'ancienne tyrannie des nobles. Avant, en effet, le pays était prospère; il n'était pas rare de voir un Antaimoro possesseur de soixante à cent bœufs. Pour échapper à la rapacité des Hovas et plutôt que de les enrichir, ils préférèrent immoler leurs bœufs, et, aujourd'hui, le pays est misérable; c'est à peine si I on y rencontre quelques maigres troupeaux, restes d'une hécatombe générale.

Le premier roi d'Ivato, après Kalita Mamody, fut Ramavalisarivo ; le dernier, Ramasitrasarivo, est aujourd'hui gouverneur d'Ambohipeno.

Faraony et Namorona ont toujours été habités par les Ampanabakas. Sous le règne du deuxième successeur de Kalita Mamody, ils demandèrent au roi d'Ivato ses enfants pour les gouverner, et celui-ci s'empressa d'envoyer phisieurs représentants nobles qui furent massacrés lors de la première insurrection. Depuis lors, la noblesse d'Arabie n'a pas de représentants à Faraony, ni à Namorona. Ces deux pays, grands et peuplés, possèdent de beaux villages : Namorobé et Yohimasina.

A Antimangaza, qui est plus à l'Ouest, existe une tribu ou famille méprisée par tous. Une légende prétend que, à la suite d'un pari de cent piastres fait avec le roi du pays, un de ses ancêtres se serait livré à des actes de bestialité sur une chienne; depuis, cette famille dégradée, méprisée, ne peut s'allier aux autres et n'a pas même le droit de manger avec elles.

En quittant Andranambo, on arrive chez les Zalisoros, guerriers qui se sont souvent battus avec leurs voisins les Antaifasys. Ces derniers, avec les Antimatangas, arrivent jusqu'à Farafangana. Les Antaifasys sont assez serviables; les Antimatangas sont voleurs, pillards; leur vérital)le patrie est Anosy, près de Masianaka.

Ce district de Farafangana s'avance jusqu'auprès d'Ankarana où se trouvent les Antaisakas. Les Antaisakas sont divisés en nobles (Zafiramilihena), et gens du peuple (Zafimamanga), beaucoup moins intelligents que les premiers, mais durs au travail, s'exilant pour gagner de l'argent et des bœufs, allant faire le métier de porteurs à Tananarive et à Tamatave et ne rentrant chez eux que pour travailler à leurs rizières.

Page 1