‹ Guide de l'immigrant aÌ€ Madagascar (volume 3)Chapitre 40 sur 204 · CHAPITRE II Renseignements divers · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Renseignements divers

Les bourjanes. — Leurs origines diverses.

Monnaie. — La piastre et ses subdivisions. Noms indigènes donnés aux monnaies.

Poids et mesures. — Poids malgaches. Énumération de ces poids. — Mesures de longueur malgaches. Le yard anglais et les autres mesures européennes. Comparaisons dont se servent les Malgaches comme mesures intermédiaires. Mesures de distance malgaches. Comment les Malgaches apprécient approximativement les distances.

Le tanghin ou épreuve judiciaire. — Historique. Mode d'administration. Symptômes. — Autres espèces d'ordalies.

LES BOURJANES

L'origine des bourjanes se perd dans la nuit des temps. Nous voyons dans les récits plus ou moins légendaires de la vie des anciens rois d'Imerina qu'ils étaient tous portés en palanquin. Il faut dire que la chaise à porteurs d'alors était des plus simples : deux montants en tiges de rafia et un panier en lanières de cuir tressées. Le filanjane actuel, avec son siège en toile ou en cuir et son étrier pour les pieds, a été imaginé par les premiers Européens qui ont résidé à Madagascar.

Les porteurs du souverain au début étaient des Ho vas (libres) réunis en une sorte de corporation. On les appelait « alinjenery », corruption du mot ingénieur, parce qu'ils avaient été quelquefois employés à la construction des routes, mais ils ne portaient que le souverain. Les bourjanes de métier, tous esclaves, n'étaient pas dignes de porter le maître du pays.

Princes et princesses de la famille royale, et quelques autres riches familles d'Imerina, avaient aussi leurs esclaves porteurs de fîlanjanes, tous originaires de Tananarive ou des environs ; on les désignait souvent sous le nom de : voromahery (les aigles). Ceux du premier ministre étaient surnommés « lava satroka » (les longs chapeaux).

Plus tard, le moindre seigneur féodal imposa à ses sujets la corvée de le porter en voyage. Puis, le nombre des Européens s'accroissant de jour en jour, beaucoup d'autres esclaves d'Imerina adoptèrent le métier lucratif de « mpilanja » (porteurs de iîlanjanes), et, actuellement, ils sillonnent toutes les routes de l'île et font surtout la navette entre Tananarive et les principaux points de la côte ou de l'intérieur.

Les mpilanja constituent, pour ainsi dire, une caste à part, supérieure aux autres porteurs. Ce sont d'intrépides marcheurs ; avec une équipe passable, le voyageur fait 40 kilomètres en moyenne par jour, souvent par des chemins impossibles. Ils sont merveilleux d'adresse et d'agilité aux mauvais passages, sur les étroits troncs d'arbres qui servent de ponts ou sur les pentes glissantes des sentiers de la forêt.

Moins lestes, mais souvent plus robustes, sont les porteurs de marchandises, les « mpaka entana » ou « mpiadana » (c'est-à-dire ceux qui vont lentement); ils viennent surtout du Betsileo, du Vakinankaratra, de rimarnoou du pays bezanozano.

Mais, qu'ils soient porteurs de fîlanjanes ou porteurs de bagages, les bourjancs, de tout temps, se sont distingués par leur honnêteté. Le voyageur peut partir avant ses bagages, il est sur de les voir arriver le soir à l'étape au grand complet. Les conventions faites au départ sont scrupuleusement observées par tous. Entre les mains des bourjanes, l'Européen n'a qu'à se laisser transporter comme un colis; ils lui feront parcourir les dislances prescrites et en temps voulu, sans lui réclamer de cadeaux en plus du « vatsy », Le vatsy est une partie du « karamy », salaire, que l'on donne aux porteurs pour leur nourriture, soit avant le départ, soit journellement et par fraction.

Les bourjanes ne forment pas une corporation: comme on l'a vu plus haut, ils ont des origines diverses. On voit néanmoins qu'en bloc ce sont les plus sympathiques des Malgaches et qu'ils forment une exception au milieu de la race indolente et fourbe qui habite le centre de notre Grande île africaine.

Page 1