‹ Guide de l'immigrant aÌ€ MadagascarChapitre 11 sur 114 · II · texte numérisé non relu

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kankafotra et le toloho, sont beaucoup plus communes que la plupart des couas, et habitent toutes les régions forestières de l'île.

Le kankafotra (ou coucou de l'Inde) s'en va vivre sur les hauts plateaux de l'intérieur, aux approches de la saison chaude, pendant laquelle on entend tout le jour son cri monotone, mais nullement désagréable de coucou, cou-cou, dans les bois ou au moins là où il y a des arbres. Son arrivée est pour les Malgaches le signal du sarclage de la terre pour la plantation de la dernière récolte de riz. Dans quelques « bain-teny » ou proverbes indigènes, le kankafotra est représenté comme « iManova ny taona » (changeant ou plutôt annonçant le changement de l'année). Ses différents noms semblent tous être plus ou moins descriptifs de son cri, comme celui de notre coucou d'Europe. C'est un oiseau solitaire et timide, toujours seul, si ce n'est à la saison des accouplements. Il a une livrée nuancée de gris et de brun.

Le dernier oiseau dont nous ayons à nous occuper dans cette famille est le toloho ou coucal de Madagascar, de couleur d'ardoise sombre, avec des ailes courtes et une queue excessivement longue. On ne le rencontre pas dans les hautes régions de l'île, mais il est très commun dans les forêts et les plaines des côtes. Le nom de toloho (prononcez toulouhou) est une imitation de son sifflement, doux comme celui de la flûte, qui consiste en plusieurs notes de gamme descendante. M. Grandidier dit qu'on peut le voir autour des villages, sautant ou plutôt se glissant de branche en branche dans les bosquets de bambous ou d'arbrisseaux épineux, relevant la queue et étendant ses ailes courtes. Il recherche les endroits humides et marécageux, le bord des rivières, car c'est là qu'il trouve sa nourriture d'insectes, de larves et de mollusques Cependant, il se nourrit aussi de petits oiseaux et de petits quadrupèdes. Son vol est pesant, mais c'est un coureur infatigable, son plumage serré lui servant de cuirasse contre les arbrisseaux épineux.

Le coucal est regardé comme un oiseau sacré par l'une des principales tribus du Menabé (côte Ouest). M. Grandidier raconte qu'un jour, ayant tué un toloho à Tsimanandrafozana, il fut obligé, pour ne pas chagriner les indigènes, de leur laisser le corps de l'oiseau, qui fut enseveli respectueusement. La raison de ce profond respect que certains Sakalaves témoignent au toloho est donnée dans Fanecdote suivante : Un de leurs ancêtres, qui traversait intrépidement à la nage la rivière Tsiribihina, fut appréhendé en chemin par un crocodile. Tout le monde sait que ces hideux reptiles ne dévorent point leur proie sur le rivage, mais qu'ils la transportent sous l'eau dans leurs repaires, où ils ne la mangent que quand elle est arrivée à un état de demi-putréfaction. Notre héros fut traîné, sans connaissance, à une vaste caverne creusée dans la berge qui était la retraite habituelle du monstre, et que la baisse des eaux avait laissée en partie à sec. Grâce à cette heureuse circonstance, la tête de la victime se trouvait dépasser la surface de l'eau. Soudain, il fut tiré de sa torpeur par le cri répété d'un toloho. Nous savons maintenant, par ce qui a été dit sur les habitudes de ce coucou, qu'il choisit les endroits humides et saute de buisson en buisson sur le bord des cours d'eau. Il était donc très naturel que le roucoulement mélodieux du toloho vînt frapper les oreilles d'un homme se trouvant à une

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faible profondeur sous terre. Secouant alors sa létharf^ic, il ne tarda pas à se rendre compte qu il y avait seulement au-dessus de lui une mince couch(; de terre puisqu'il entendait si distinctement le cliant de Toiseau. Aussi, devançant le retour du saurien qui attendait patiennnent à Tentrée du souterrain, il fit tant des mains et des ongles qu'au bout de quelques instants il revit la lumière du jour. C'était le salut. En reconnaissance de ce service, tout inconscient et involontaire qu'il fut, rendu par l'oiseau à leur ancêtre, ses enfants et petits-enfants jurèrent que ni eu\, ni leurs descendants ne tueraient de toloho. Et voilà pourquoi le Muséum d'histoire naturelle de Paris possède un spécimen de moins du Centropus madagascariensis.

Dans les superstitions populaires des Malgaches, il y a une fable amusante sur cet oiseau et la takatra, ou ombrette. Celle-ci avait invité le toloho à une féte dans son nid; mais ce méchant oiseau paya honteusement l'hospitalité de l'ombrette, en la chassant de sa demeure et en s'y installant. De cette fable (probablement résultat d'une observation sur les mœurs de ces oiseaux), il ressort que le coucou de Madagascar a les mêmes habitudes que ses congénères européens et s'empare du nid des autres oiseaux. Peut-être cette habitude est-elle signalée aussi par son nom provincial ahilimborona (oiseau méprisable ou vil).

Ilï. Fissirostres ou oiseaux à large bec. — Le second sous-ordre des PicaricV, celui des « fissirostres », comprend, d'après M. R.-B. Sharpe, douze familles, dont six sont représentées à Madagascar; ce sont les martinspècheurs, les huppes, les guêpiers, les rolliers, les engoulevents et les martinets. Pour les six autres, les jacamars, buccons, toucans, motmots, trogons et oiseaux-mouches, elles n'y existent pas.

1° Les martins-pécheurs sont représentés par deux espèces; la première d'un bleu purpurin charmant, avec la poitrine et le ventre de couleur jaune chamois, est très commune partout où il y a de l'eau. On peut voir ces petits oiseaux avec leur queue écourtée et leur long bec, perchés sur les « zozoros » et autres plantes aquatiques, ou effleurant dans un vol rapide et curieusement saccadé les eaux d'un fleuve ou d'un marais, lorsqu'ils poursuivent les insectes dont ils font leur nourriture. Ce martin-pêcheur n'a pas une grande dissemblance avec nos espèces d'Europe.

Le nom commun de vintsij ne fait guère ressortir les habitudes ou particularités de ce charmant petit oiseau. Quelques tribus l'appellent aussi voromhola (oiseau d'argent). Il y a des superstitions indigènes qui se rattachent à lui : les vintsy et les hochequeues noirs sont des morts qui ont été changés en animaux; beaucoup de Malgaches les honorent et les revendiquent pour leurs ancêtres.

L'autre espèce madécasse de cette famille est rare ; c'est le martin-chasseur rouge, petit oiseau au brillant plumage d'un rouge jaunâtre, avec la gorge et la partie inférieure du cou blanches. Sa queue et ses ailes sont très courtes. Beaucoup moins commun que son congénère bleu, il n'habite que certaines parties de l'ile, dans les bois, comme l'indique son nom de vintsiala

(vintsy de la forêt). Les Antaimoros ont personnifié son nom par le préfixe ra (ravintsy).

!2" On trouve à Madagascar deux espèces de huppe qui sont, comme leurs congénères, de beaux oiseaux, autant par leur riche plumage que par leur aigrette proéminente. L'une d'elles est la huppe commune de l'ancien continent, l'autre s'en distingue par sa taille et la couleur de sa crête ; elles ne diffèrent pas dans leurs habitudes de notre huppe d'Europe, et nous ne connaissons rien de plus qui mérite d'être signalé ici.

0° Le guêpier ou mérops de Madagascar est un des plus beaux oiseaux qui soient dans l'île, par son élégance de formes et son brillant plumage. Son long bec est recourbé et sa queue très grande se fait remarquer par deux plumes plus longues que les autres. Sa couleur est formée par des nuances variées de vert. Son nom de tsikirioka, que l'on trouve dans plusieurs dialectes avec des variations insignifiantes, est assurément une imitation dn son cri kiiio, kirio. M. Pollen raconte avoir un jour trouvé une quantité de nids de cet oiseau, creusés à environ un pied de profondeur dans la berge de sable de la rivière Ambazonna.

4° Nous arrivons maintenant à la famille des Rolliers, qui compte à Madagascar six espèces des plus intéressantes et des plus curieuses qui soient à Madagascar. Le vorondreo ou kirombo (Leptosomiis discolor), à premièi'e vue, semble tenir du coucou; il y a quelques années, on le considérait même comme appartenant à cette famille. Sa tête est excessivement large, et de petites plumes serrées entourent la naissance du bec. 11 a la curieuse habitude de pousser un fort cri en voltigeant dans Tair et ballant des ailes contre son corps; ce cri, tii-hou, tii-liou, tii-hou, va en augmentant d'intensité; le tapage que font ces oiseaux pendant le jour est vraiment agaçant. Ils sont paresseux et stupides; dès qu'ils se sont perchés sur une branche d'arbre, ils n'en bougent plus, immobiles et dans une posture perpendiculaire, très faciles à voir et à tuer; on croirait qu'ils sonl empalés sur les branches. Ils doivent vivre en polyandrie, car on voit toujours trois fois plus de mâles que de femelles et tous se laissent tuer l'un après l'aulre; quand l'un tombe sous un coup de fusil, les autres ne prennent point leur vol, mais se contentent seulement de sauter de brancbe en branche. Ces oiseaux vivent surtout de sauterelles et, à l'occasion, de caméléons et de lézards. Quand ils poussent leur cri, leur gosier l'cssemble à une blague à tabac pendante. Le vorondreo joue un grand rôle dans les chants et les récitations religieuses des Malgaches.

Les cinq autres espèces vivent, au contraire, à terre et ne sortent qu à la tombée de la nuit. M. Grandidier dit que le vol de ces oiseaux est très faible, et que, pour cette raison, ils perchent seulement sur les branches les plus basses. Ils aiment à coucher au même endroit, mais il n'est pas rare qu'ils restent là où ils se trouvent. Ils ont tous un magnifique plumage. L'une des espèces a la tête et une partie du corps d'une couleur gris ardoise; deux sont nuancées de couleur feu, pourpre et verte, ou de rouge et vert de différents tons; sur le plumage des autres, il y a encore une plus grande quantité de couleurs vives.

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Les noms donnés à ces oiseaux par les in(li<zèncs montrent, connne toujours, l'esprit d'observation des Malga(Jies. Ainsi le vorondreo est aussi appelé vorontsio, probablement « l'oiseau siffleur » ; l Atelornis de Crossley est appelé vo?'o?i/?'rt/u//Y//jfl (oiseau-hérisson) ; TAtelornis pittoides a reçu le nom de sakoka ou tsikoko tiré sans doute de sakoko (abattement, mélancolie), iïavoha, tiré peut-être de vokaka (soulevé de terre), de reniangaly, qui signifie, litténdement, « mère ou source de caprice ». Le Brachypleracias leptosomus est connu sous plusieurs noms qui sont des variations du mot harakaraka, dont la racine est sans doute karakcua (investigation minutieuse), à cause du soin que met cet oiseau dans le choix de sa nourriture. On rappelle aussi voronkala, qui aurait la signiOcation d'ennemi, bien qu'il soit possible que ce nom soit une imitation de son cri.

Comme le fait remarquer avec raison M. Pollen, on parle beaucoup du vorondreo dans les contes et les légendes des Malgaches. Dans VAntananarivo AnnuaU on trouve la traduction d'une suite de récits ayant trait à un étrange monstre Itrimohé , et où le vorondreo apparaît comme le sau-

veteur de l'béroine ; en voici un extrait : « . . . Alors vint un vorondreo, répétant son cri : reo, reo, reo. Dès qu'lfara le vit, elle l'apostropha en ces termes : « 0 réo, réo, toi qui perches là tout près, emporte-moi jusqu'à la fontaine de mon père, et je lisserai les plumes de ta queue. — Réo, réo, réo,. redit l'oiseau, viens et laisse-moi t'emmener, jeune fdle, car j'ai pitié de ton chagrin. » Le vorondreo l'emporta donc dans les airs et la plaça juste audessus de la fontaine de son père et de sa mère. »

Le vorondreo figure aussi à son avantage dans le morceau suivant, intitulé : « N'envoyez pas un fou comme messager » : « Le tsikiritij (bouvreuil nain) désire beaucoup de choses et le soy (nectarinia) est plein de tristesse, mais n'envoyez pas le traquet {fitatra), car il n'est pas plutôt dans une plantation qu'il veut en sortir. Le bouvreuil nain désire beaucoup de choses et le nectarinia est plein de tristesse, c'est vrai, mais n'envoyez pas l'oiseau cardinal (fo(hj)y car, s'il rencontre un ami, il oublie tout ce qu'on lui a dit. Puisque le bouvreuil désire beaucoup de choses et que le nectarinia est plein de tristesse, envoyez le vorondreo, qui communiquera fidèlement son message. »

5° La cinquième famille des fissirostres, celle des engoulevents, est représentée à Madagascar par deux espèces. La première, appelée fandikalalana (qui traverse le sentier), est commune sur toutes les côtes. Après le coucher du soleil, ces oiseaux quittent les profondeurs des forets, où ils restent tout le jour blottis dans l'herbe, et commencent un vol rapide en suivant la lisière des bois ou en rasant la surface de l'eau; parfois, ils s'élèvent verticalement dans l'air, à une très grande hauteur, puis ils se laissent tombei' brusquement. Ils se nourrissent exclusivement d'insectes nocturnes, surtout de papillons de nuit et d'escarbots. Leur cri tataro, d'où leur viennent les noms de tataro et de tataro lepoky, est monotone.

L'autre espèce d'engoulevent vit dans les forêts et a un plus beau plumage; elle a les mêmes habitudes que ses congénères pour le repos diurne et elle est connue sous le nom de maioriandro (qui dort le jour).

6° La dernière des familles de ce sous-ordre que nous trouvons à Madagascar, c'est-à-dire les martinets^ comprend trois espèces, qui ne diffèrent pas beaucoup de celles d'Europe, aussi bien par la forme que par les habitudes. Ils attrapent chaque jour des milliers de moustiques et se perchent en troupes considérables sur les arbres. Leur vol est rapide comme celui d'une llèche lancée avec un arc, d'où leur vient leur nom de sidintsidina (qui volent très-bien) ; peut-être aussi, le verbe a-t-il pour racine le nom de l'oiseau.

Le petit martinet a les ailes extrêmement longues et pointues, avec une queue fourchue. On appelle ces oiseaux fitiliandro (gardiens de jour), voronandro (oiseaux de jour), et manaviandro (chauves-souris de jour).

Une espèce (Collocalia francica) n'est autre que la salangane des hides orientales qui construit des nids comestibles. Son nid pourtant n'est pas fait entièrement avec la sécrétion visqueuse de la salive que produit cet oiseau, mais avec une espèce de lichen gris (usnea) qui croît en abondance sur les arbres et que l'oiseau cimente avec la gélatine qu'il tire de sa bouche. A la Réunion, ces nids sont achetés par les trafiquants chinois, mais ils sont bien inférieurs à ceux que l'on trouve dans les Indes orientales. Les salanganes construisent leurs nids les uns contre les autres, à la surface de rochers abrupts et presque inaccessibles, et il est très difficile et même dangereux de les récolter. M. Pollen dit que, dans ces nids, on trouve des oeufs et des petits à toutes les phases de développement. Un des noms de cet oiseau est celui de voromaola (oiseau fou), probablement à cause de son vol impétueux quand il se précipite sur un insecte dont il veut faire sa proie.

IV. Passereaux ou oiseaux percheurs. — Le troisième ordre dans lequel les oiseaux sont divisés par la plupart des naturalistes est celui qui contient le groupe le plus vaste et le plus charmant des chanteurs des bois, qui, comme son nom l'indique, se trouvent surtout dans les forêts ou du moins là où il y a des arbres. Il n'y a pas moins de soixante espèces de passereaux à Madagascar, résidant pour le plus grand nombre dans les contrées inférieures et boisées de l'île. Quelques-unes habitent aussi les régions dénudées des hauts plateaux, malgré leur maigre vêtement d'arbres et d'arbrisseaux.

Le plus grand nombre de ces passereaux a un plumage sombre, brun et gris, à l'exception des nectarinias, des loriots et des tisserands. M. Sharpe divise les passereaux en deux grandes sections : 1° oiseaux chanteurs, 2*^ oiseaux qui ne chantent pas. Cette dernière contient dix familles, dont aucune n'est représentée à Madagascar. Mais, dans la première, il y a vingtsept familles (distribuées en trois sous-ordres), dont seize ont des représentants dans cette île. Parmi les passereaux de Madagascar, nous trouvons les oriolies, les drongos et échenilleurs, les gobe-mouches, les merles, les fauvettes, les hypsipètes, les timélidés, les pies-grièches, les nectarinias, les hirondelles, les tisserands et les étourneaux. Il n'y a qu'une seule espèce de corneilles, de grimpereaux, de hochequeues et d'alouettes. L'ordre comprend aussi deux espèces d'oiseaux du genre Philepitta, qui sont, comme

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l'a fait remarquer avec raison M. Grandidicr, très proches parents des oiseaux du paradis de la Nouvelle-Guinée et des Moluques. Il y a plusieurs i'ainilles comme les sucriers, les jaseurs, les tanagridés, les pinsons et les troupiales, comme toutes celles de la seconde section, les ménures-lyre, les fourmiliers, les manakins, et d'autres, qui n'ont point de représentants à Madagascar.

La plupart des oiseaux que l'on trouve à Madagascar sont excessivement bien doués sous le rapport de la faculté de produire des sons mélodieux et une variété de notes considérable. Il y en a quelques-uns dont les chants, à ce que l'on dit, ont une certaine analogie avec ceux de notre rossignol d'Europe. Dans plusieurs comptes rendus que des voyageurs ont donnés de leurs voyages à travers les différentes parties du pays, on fait allusion au silence des bois, à la pauvreté de la vie animale et au petit nombre de sons que font entendre, soit les bêtes, soit les oiseaux; je suis disposé à croire que ces descriptions ont été quelque peu exagérées, et ce qui me porte à le croire, c'est que la plupart des voyages ont été faits pendant la saison froide, quand les bois sont comparativement silencieux. Mais il n'en est certainement pas ainsi pendant toute l'année; je trouve dans une page de mon propre journal les remarques suivantes sur l'abondance des oiseaux dans les bois, lors de mon voyage de Mahanoro à l'Imerina dans le mois de décembre 1885 : « J'ai observé que la forêt n'était pas aussi silencieuse que quand je l'avais traversée les autres fois. Les premiers voyages avaient eu lieu en hiver, pendant les mois les plus froids de l'année; mais, maintenant que la saison chaude s'approche, on entend presque toujours un oiseau ou un autre. Tous les deux cents mètres ou à peu près, nous entendons l'appel constant et bruyant du coucou (kankafotra) : cou-cou, cou-cou, répété trois ou quatre fois, puis l'appel flùté d'un autre cuculidé, le tololio, dont on entend les notes mélodieuses tout le long du chemin qui va de la côte à la forêt, le ramage et le sifflement du railovy ou drongo, aussi bien que le gazouillis incessant de beaucoup de petits oiseaux, enfin, les cris traînants etmofiotones des lemurs perchés sur les hauts arbres. »

Et encore, après un séjour à Ambohidratrimo, à la lisière orientale de l'Imerina, en décembre 1884, j'ai écrit le passage suivant : « Ici, nous fîmes halte (sur le bord d'une longue forêt), jouissant à plaisir de la magnificencé des bois et surtout du chant des oiseaux. Jamais, auparavant, je n'avais entendu dans une forêt de Madagascar des notes aussi infiniment différentes, ni un chant d'oiseaux aussi constant. De plus, il y avait, à quelque distance, le murmure de l'eau descendant des rapides et le bourdonnement des insectes. Nous éprouvions un sensible plaisir à écouter et à regarder les oiseaux qui volaient fréquemment autour de nous et au-dessus de nos têtes. Parmi eux étaient le soikehj, espèce de nectarinia, tout petit oiseau qui se perche à la pointe la plus élevée d'une branche perpendiculaire; le railovy, espèce de drongo, avec une longue queue fourchue; le perroquet gris, boloky, dont le sifflement répété monte comme une gamme; le vorondreo, dont le cri prolongé se termine brusquement; le paretika, une des fauvettes à la note courte et criarde, qui a quelque chose du bavardage d'un enfant. Ajoutez à ce concert le coucou ou kankafotra, les notes variées et mélodieuses du

tolohOy les roucoulements du fony ou pigeon-ramier, et aussi l'appel de l'un des éperviers (bemanana).

« Ceux qui séjournent à Andrangoloaka ou à Ankeramadinika n'ont certainement pas à se plaindre de la rareté des oiseaux, s'ils ont le loisir de surveiller tranquillement pendant quelque temps les arbres de la grande forêt. Car ces belles et innocentes créatures viennent et descendent autour des personnes assises, pourvu qu'elles ne bougent pas, cherchant leur nourriture en sautillant sur la terre, ou en voletant de branche en branche. On peut ainsi épier les nids et voir les œufs, puis les jeunes oiseaux, observant de jour en jour comment ils se développent, jusqu'à ce qu'un beau matin le nid soit vide. On peut dire avec juste raison que le chant d'un oiseau quelconque n'est jamais toute une journée sans se faire entendre à cette époque de Tannée; il y en a qui se font entendre jusqu'à une heure avancée de la nuit. »

Il n'est pas sans intérêt de mentionner la remarque faite par M. Baron sur les oiseaux de forêt : « Le phénomène suivant, dont j'ai été maintes fois le témoin dans les forêts de Madagascar, m'a frappé par sa singularité. On ne voit pas souvent les oiseaux en troupe. Un petit gazouillis se fait d'abord entendre, un ou deux oiseaux apparaissent, puis, au bout de quelques minutes, on se trouve entouré d'un grand nombre comme par magie. D'autres personnes ont fait la même remarque. Mais la plus grande bizarrerie, c'est que les oiseaux d'un même plumage ne s'assemblent pas ensemble. J'ai vu jusqu'à vingt ou trente oiseaux, de six ou sept espèces diflerentes, voyageant tous dans la même bande. Ne serait-ce pas dans un but de mutuelle défense? »

Les personnes qui habitent près du bord supérieur de la forêt orientale disent que beaucoup d'oiseaux montent de la partie plus basse, plus chaude et plus étendue de la forêt dès que l'été approche, mais s'en retournent lorsque la saison devient plus froide.

Avant de procéder séparément à l'étude de chaque famille de cet ordre, nous donnerons un ou deux extiaits du journal d'un voyageur, le pasteur Deans Covvan, qui montrent quelle variété d'oiseaux se rencontre en certaines localités. Dans un de ses écrits intitulé : La Terre hara, la vallée d'Isahambangana est l'objet de la description suivante : « Cette vallée est l'une des plus belles qui soient dans cette partie du pays. Elle a plus de trois ou quatre milles de large et, avec sa grande rivière et les nombreux cours d'eau qui y coulent dans toutes les directions, avec ses langues de terre boisée et ses bouquets d'arbres, ses vastes marais et ses herbages, c'est un pays charmant. Je me mis à suivre les rives ombragées d'un petit cours d'eau, allant à l'Est dans la direction de la rivière. Les oiseaux y étaient en abondance, notamment des perroquets noirs; le cirongo à queue fourchue (railombo) faisait entendre ses chants moqueurs sur les plus hautes branches. Les fauvettes au plumage agrémenté de blanc lançaient de mélodieuses sérénades, pendant que les pigeons se tenaient silencieux sur les branches au-dessus de l'eau. Le martin-pêcheur restait immobile sur son perchoir favori et les chevaliers (fandiapasika) allaient folâtrant le long des sables. Il y avait là des oriolies, des hochequeues, des huppes et un gros oiseau qui ressemble à une

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pio-grièche. De petits nectarinias (anatsoy) sautillaient de place en place, et leurs brillantes couleurs étincelaient sous la lumière. Dans l'espace d'une demi-heure à une heure, je choisis et obtins les spécimens que je desirais; parmi eux, il y avait une chevêche d'un brun très sombre, avec des taches blanches, qui était nouvelle pour moi (Ninox super ciUaris). Je tuai au vol un coua bleu (tailso). Sur le chemin qui mène au plus proche village, nous passâmes un petit marais sur lequel il y avait une quantité de canards, et, dans les longues herbes de la vallée, on voyait des pintades par centaines. »

1° Le premier oiseau de l'ordre des passereaux dont nous avons à nous occuper est le corbeau à collier ou à rabat blanc, qui est un des oiseaux les plus communs de l'Imerina et môme de tout Madagascar. On peut donc lui consacrer quelques mots de description. « Ce corbeau, appelé cjoaika par les Malgaches probablement à cause de son cri âpre, est beaucoup plus gros qu'une pie. Son plumage est d'un noir brillant, avec un collier de blanc immaculé et une tache carrée sur la poitrine; aussi a-t-il une apparence tout à fait cléricale. Cependant, il n'est pas tout à fait aussi sombre et ne ressemble pas autant à un entrepreneur de pompes funèbres que son parent d'Angleterre. Le goaika est très commun partout; on le voit souvent en troupes nombreuses, surtout près des marchés où il va picorer les détritus et les grains de riz éparpillés. C'est un oiseau effronté, impudent même, s'attaquant souvent h de petits éperviers. Un jour, me promenant avec un ami près d'x4mbohimanga, nous tombâmes sur une forte bande de corbeaux, et, dans l'intention de s'en procurer un spécimen, il fit feu et en abattit un. Pendant un moment, il se fit un silence de mort; mais, au bout de quelques instants, toute la troupe en colère lança un cri perçant de rage et de défi; puis, dans un vol rapide en avant et en arrière, ces oiseaux rasèrent de si près nos figures, que j'eus peur qu'ils nous crevassent les yeux. Leur colère et leur indignation à la mort de leur camarade et leur désir de le venger se manifestaient dans leur façon d'agir, il n'y avait pas à s'y méprendre. Les Malgaches élèvent parfois ce corbeau en captivité et quelquefois lui confient le soin d'empêcher que les poules ne mangent le paddy mis h sécher sur des nattes au soleil. »

Comme on pouvait s'y attendre, des allusions ont été faites au goaika dans beaucoup de proverbes malgaches ; nous allons en citer et traduire deux ou trois ici : « Semblable à l'habit du corbeau, achevé tant qu'il est jeune ». « Ne brillez pas seulement à l'extérieur comme le corbeau. » « Nombreux sont les corbeaux, et personne ne peut dire quel est le màle, ni quelle est la femelle, car tous ont le cou blanc. » « Faites comme les soldats : levez-vous avant les corbeaux, soyez éveillés avant les traquets (filatra). » On fait également allusion à l'oiseau dans un chant indigène, dans les strophes duquel on mentionne successivement le milan, l'ombrette, l'alouette et le cardinal; la dernière strophe se termine ainsi : « D'où viens-tu donc, corbeau, mon vieil ami? — Je viens de Tananarive. — Comment sont les édits là-bas? — Les édits, répondit-il, sont assez rigoureux. — Quel était leur objet? — Les voleurs sont condamnés à mort. »

2° La seconde famille de cet ordre comprend, connue nous l'avons déjà

remarqué, un couple d'oiseaux qui étaient autrefois classés avec les fourmiliers, mais dont M. Grandidier a déterminé la parenté réelle avec les oiseaux du paradis de Papouasie. Ils forment la sous-famille des Philepittinœ. Ils sont moins remarquables comme formes que leurs parents de la Nouvelle- Guinée, ne possédant pas ces extraordinaires parures en forme de colliers et de fraises qui distinguent la plupart des oiseaux de paradis mâles, et M. Sharpe ne parle pas d'eux, comme étant « de formes très particulières ». La différence se rapporte plutôt à la structure interne qu'à l'apparence extérieure. Les couleurs de la Philepitta jala sont, chez le màle adulte, presque noires, mais, chez les jeunes oiseaux, elles sont noires, magnifiquement tachetées de jaune. Le màle a une curieuse caroncule verte qui s'étend tout autour de la tête, au-dessus des yeux. Chez une autre espèce, la P. Sclilecjeli, on trouve les mêmes couleurs; mais la teinte jaune serin se trouve fondue sur le cou, la poitrine et le ventre, la couleur sombre étant confinée à la tête, aux ailes et à la queue. Les noms indigènes appliqués à ces oiseaux sont obscurs dans leur signification, jetant peu de lumière sur leurs habitudes ; l'un d'eux, tsoitsoy, est peut-être une imitation de leur cri.

5" La famille suivante des passereaux, celle des Oriolidés, contient à Madagascar six espèces, dont cinq sont des genres particuliers à l'île. Un d'eux, VOriolie de Bernier, est un oiseau de couleur variable suivant les sexes ; le màle est tout noir et la femelle est brune. M. Grandidier dit : « Le màle fait entendre un petit cri plaintif et semble attaché à sa compagne. Si celle-ci tombe sous le plomb du chasseur, il descend comme une flèche et se met près d'elle à terre ; on peut alors le prendre sans difficulté. Mais quand, au contraire, c'est l'oiseau màle qui est tué, la femelle prend son vol au loin. » Un autre oriolidé, Cyanolanius bicolor, est, comme son nom l'indique, de deux couleurs faisant un contraste frappant, bleu en dessus et d'un blanc cendré en-dessous; un autre, le Leptopterus viridis, est d'un vert noirâtre en dessus, tandis que d'autres encore, les Arlamia rufa, sont rouge brun et blanc. Aucun de ces oiseaux ne fréquente les régions centrales. Leurs noms indigènes paraissent être une imitation de leur cri, Iretreky et tsetseky.Ldi dénomination de fondrapory se rapporte probablement à la couleur jaune qui caractérise la partie inférieure de leur corps.

4° Les deux familles de dicruridès et de campapliagidés qui sont représentées à Madagascar, y comptent chacune une seule espèce. La première, le drongo à queue fourchue ou Dicrurus forficatus, est un oiseau de couleur sombre, à reflets d'un vert bleu, avec une queue excessivement longue, fourchue à son extrémité. C'est un oiseau assez commun et, s,uivantM. Grandidier, il vit en petites compagnies, perchant sur les branches mortes, les toits des maisons, les étables à bestiaux, et se lançant fréquemment à la poursuite d'insectes dans un vol lourd et gauche. Ce vciilovy ou railombo, noms sous lesquels il est connu dans l'intérieur, est l'objet d'allusions dans beaucoup de fables et de légendes malgaches comme étant un « oiseau de bonne conduite », avec une longue crête, et possédant un chant varié ^ Un des noms

1. Voyez la fable citée plus liaut, ayant trait aux idées populaires sur les hiboux.

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provinciaux du railovy, andovy, semble venir de la racine c?oî;î/, «ennemi », probablement par suite de quebjue superstition (jui s'y rapporte. Entre autres particularités, M. Pollen cite la suivante sur le dron^^o; il dit : « Le lailovy se voit dans toutes les parties de Tîle que les natuialistes ont visitées. C'est un oiseau très actif et un excellent clianteur. Perché sur une branche morte, il fait un bruit constant, sa forte voix lançant à la suite plusieurs notes qui ressemblent beaucoup à celles d'un or<4ue. Il se plaît aussi à imiter les cris des autres oiseaux, notamment ceux du coucal ou toloho. Dans les lieux fréquentés par un grand nombre de ces pies-grièches, chacun d'eux se réserve un terrain de chasse, sur lequel il ne tolère la présence d'aucun autre oiseau, même de sa propre espèce, n'exceptant pas ceux qui pourraient être plus forts que lui. Quand il a attrapé un insecte, il retourne immédiatement avec sa proie sur l'arbre qu'il vient de quitter. Il a l'habitude de prévenir par un certain cri tous les autres oiseaux du voisinage; lorsqu'un oiseau de proie apparaît, il fond avec férocité sur lui et le poursuit à une grande distance. Le nid dudrongoest, d'ordinaire, construit sur une branche qui surplombe un cours d'eau: le mâle et la femelle couvent les œufs chacun à son tour. Lorsque les petits sont aptes à quitter le nid, ils prennent place d'habitude en ligne, sur une branche d'arbre, où les parents viennent leur apporter la nourriture. » M. Co\van dit qu'on trouve le railombo sur toute la terre bara, même dans la province désolée de l'Horombé.

L'échenilleur malgache (Campophacja cana) est assez commun, mais moins que le railovy. Il va par compagnies de huit ou dix. Un de ses noms provinciaux [vorontainiaomby] semble indiquer qu'il est un compagnon du bétail, comme d'autres oiseaux de Madagascar, surtout l'aigrette blanche ou vorompotsij .

5^ On trouve trois variétés de gobe-mouches à Madagascar. De l'une d'elles,

oc '

la petite espèce à queue brune {Xeictonia brunneicauda), M. Pollen dit qu'elle a un cri perçant et monotone « tu-ou, tu-ou, tu-ou ». M. Grandidier parle, au contraire, de son chant, d'où lui vient l'un de ses noms kilikitika, comme étant agréable et ressemblant à celui du rouge-gorge.

Une autre espèce, comme son nom de gobe-mouches changeant (Terpsiphone mutata) l'indique, subit de remarquables changements de couleurs, suivant son âge et son sexe. L'oiseau femelle est entièrement d'un rouge brun, sauf la tète et la nuque qui sont d'un vert noirâtre. Le jeune mâle a, pendant le premier mois, la même livrée que la femelle: mais son plumage devient bientôt d'un beau rouge marron; puis, un peu plus tard, les deux plumes du milieu de la queue s'allongent beaucoup et le plumage devient noir avec des franges blanches. Les plumes de la téte tournent au vert sombre, avec de brillants reflets métalliques. A l'époque des noces, le dos et la gorge prennent les mêmes teintes que la tête, et le ventre et la poitrine blanchissent. On trouve cet oiseau sur toute la surface de l'île; il est toujours en mouvement, voletant de branche en branche à la recherche des insectes qui constituent sa nourriture. Chaque fois qu'il remue, il dresse sa longue queue et pousse un petit cri particulier.

De la troisième espèce (Pseudobias Wardi), M. Grandidier dit que son

chant est agréable, ressemblant à celui des fauvettes. Elle abandonne rarement les sommets des plus hauts arbres.

Les noms indigènes, du moins étant données nos connaissances actuelles ou plutôt notre ignorance, ne jettent aucune lumière sur ces gobe-mouches.

Nous en arrivons maintenant aux oiseaux chanteurs de Madagascar, ceux qui appartiennent aux familles des vrais merles ( Turdidœ) et des timélidés [Timeliidse), avec leurs douze ou treize espèces chacune.

G° M. Pollen, en parlant du Copsyclms pica, dit : « Ce chanteur par excellence a reçu chez les Antankaranas le nom de sikitily et chez les Sakalaves celui de todiana. Son chant est si puissant, si varié et si agréable, qu'il peut rivaliser avec les meilleurs oiseaux chanteurs d'Europe. On voit ce copsychus sauter avec légèreté et vivacité de branche en branche, jetant chaque fois un vif coup d'œil sur ce qui se passe autour de lui. Après s'être assuré que personne ne l'épie, il perche parfaitement droit sur une branche et lance à plein gosier sa mélodieuse chanson, battant en même temps de la queue. Ce chant ressemble beaucoup à celui du rossignol, mais il est plus varié et plus court. Il est très rare qu'on aperçoive la femelle. » M. Pollen dit aussi en parlant de la fauvette de Newton (Calamodyla Newtonii) que son chant ressemble à celui du rossignol, mais qu'il est moins varié. Quant à la fauvette d'Ellis (Ellisia), il remarque qu'elle siffle ses chansons avec douceur et harmonie.

Les noms indigènes de ces oiseaux chanteurs ne jettent pas beaucoup de lumière sur leurs habitudes. Trois ou quatre espèces sont appelées tekiteky, ce qui est une imitation de leur cri. L'une d'elles [Ellisia typica) est appelée lavasalaka (qui a un habit long); la raison de ce nom bizarre est sans doute sa longue queue, car la salaka indigène traîne par derrière, quand elle est ornée de perles de verre ou de broderies. Un autre de ces oiseaux, la fauvette de Newton, est connu sous le nom de voronjozoro (oiseau des joncs) et voromhendrana, mot qui a la même signification, et aussi vorombararata (oiseau des roseaux), tous noms suggérés par les lieux qu'il fréquente d'habitude. Le mot (îtalra, qui entre dans la composition des noms de trois ou quatre espèces de fauvettes, vient peut-être d'une racine qui signifie « étendu, traîné » ; ce serait alors une allusion à la longue durée des roulades de ces oiseaux. Le nom très répandu de ji)'?/ appliqué à l'une d'elles (Eroessa tenella) signifie « bien prononcé », ou « récité » et est également descriptif de son chant. Un autre nom, fiiHoka, celui de la fauvette de Crossley (Mystacornis Crossleyi), doit se rapporter à son vol rapide; c'est aussi le nom de l'hirondelle de Madagascar, comme nous allons le voir.

7° La famille qui comprend les hypsipètes, les zosterops et les fauvettes des herbes est moins remarquable par ses facultés de cbant que celle qui vient d'être décrite. M. Pollen dépeint le sifflement du merle de Madagascar (Hypsipètes madagascariensis) comme court, monotone et entremêlé à chaque instant des syllabes « tuuc-tuuc » et « truit-truit ». Pour les zosterops aux veux blancs ou « rôdeurs de buissons », il remarque que leur chant est court et doux, accompagné d'un léger croassement et d'un cri qu'on peut traduire par les syllabes « pilu-pilu-pilu ». M. R.-B. Sharpe fait

AMMALX.

observer qu'il y a un curieux cas de similitude de pluma^^c entre l'une des pies-grièches [Vanga PoJlcni) et un nieile ( Tijlas Eduardi), et il ajoute (ju'il est très intéressant de voir la pie-grièche s'aduhler du plumage du merle.

Comme nous l'avons remarqué en beaucoup d'autres cas, quelques-uns des noms donnés aux oiseaux appartenant à cette famille sont évidemment imitatifs de leur chant : par exemple, tekiteky ai tekilekiala, noms du zosterops aux yeux blancs et de la berniérie zosterops. Un autre nom, celui de riiypsipète, qui a de nombreuses variations, tsikorovana, vient peut-être de la racine rovana, « mouvement en masse » et signifierait qu'on rencontre ces merles en troupes nombreuses. Un oiseau de cette même famille, le Tylas Eduardi, est appelé voromasioka (oiseau féroce), peut-être parce que, ayant le même plumage qu'une des pies-grièches de Madagascar, on lui a attribué la rapacité du vanga auquel il ressemble. Un autre est appelé voromaren ina (oisenu-souvd). Le mot boka (lépreux) entre aussi dans certains de leurs noms. Comme c'était à prévoir, l'espèce aux yeux blancs {Zosterops madagascariensis) a plusieurs noms se rapportant au cercle blanc qui entoure les yeux. Par exemple : tsaramaso (aux beaux yeux), siparomaso, parîamaso, et aussi rainanjerika, d'une racine qui veut dire « être remarquable, sauter aux yeux ». La berniérie zosterops a, entre autres noms, ceux de lihj et de kitihj (gardien de nuit ou espion).

On a trouvé à Madagascar deux espèces de fauvettes à queue barbelée (Di^omœocercus). Ces oiseaux ont les rectrices ou plumes de la queue bizarrement formées d'un rachis raide avec de toutes petites barbes ou filaments fins comme des cheveux et elles sont relevées à angle presque droit avec le corps. Comme la plupart de leurs congénères, ces petits oiseaux ont un plumage brun et gris.

Une seule espèce de cisticole a été trouvée à Madagascar, tandis que ce genre est largement répandu sur toute la surface de la péninsule indienne.

8" Cinq espèces de pies-grièches (proprement dites lanidces) sont indigènes de Madagascar et appartiennent toutes à des genres particuliers. De l'espèce à bec long {vanga), M. Pollen îait remarquer que « cet oiseau a pour cri un fort sifflement qui s'entend à une longue distance, mais qui est mélancolique et impressionnant ». Par intervalles, il pousse une note « tutu », lorsqu'un oiseau vient percher au-dessus de sa tête ou vole dans sa direction. Si le chasseur imite son cri, il le voit, poussé par la curiosité, descendre de branche en branche et s'approcher assez près pour être facilement tué. Les vanaas mènent une vie solitaire, chacun avant son terrain de chasse dans la forêt. Si l'un d'eux siflle, tous ceux qui sont dans le voisinage lui répondent instantanément.

On n'a pas encore la certitude que les pies-grièches de Madagascar aient, comme leurs congénères des autres pays, l'habitude, de suspendre leur butin de souris, de petits oiseaux et d'insectes, aux épines autour de leur nid. C'est en réalité de cette habitude que découle le nom d'oiseaux-boucliers que les Anglais ont donné à ce genre. M. Grandidier a cependant entendu raconter que les vangas mâles dévorent quelquefois leurs propres petits, bien que leur nourriture habituelle consiste en insectes orthoptères. Cet oiseau

est appelé voromhengy (oiseau des chèvres) par les habitants des forêts. Une autre espèce (le Calicalicus madagascariensis), qui est de petite taille, est qualifiée de kihoala (caille des bois).

La plupart de ces pies-grièches sont d'une couleur bleu verdàtre, avec du blanc ou du gris sur la poitrine et sur d'autres parties du corps.

9° De la famille des grimpereaux, une seule espèce habite Madagascar, FHypherpes au bec de corail, petit oiseau grimpeur, de couleur bleue, que M. Sharpe qualifie « l'un des plus curieux oiseaux existant ». Actuellement, on sait peu de chose sur ce petit oiseau, et son nom de sakody ne jette aucun jour sur ses habitudes ou ses particularités.

10° La dernière famille du sous-ordre, celle des Xectainnidés, contient trois jolies espèces. L'une d'elles, au bec en faucille, appartient à un genre spécial à Madagascar. Tout le monde sait que beaucoup des oiseaux de ce groupe rivalisent, dans l'ancien monde, par leurs teintes métalliques et irisées, avec les colibris du nouveau monde, ce qui est parfaitement vrai pour les nectarinias de Madagascar. Sur la Neclarinia nota/ a, M. Pollen fait la remarque suivante : « Ces charmants oiseaux vivent par troupes, on les trouve presque toujours en compagnie de l'autre espèce de Nectarinia et d'une fauvette [Eroessa tenella). On les voit tout le jour, volant comme des flèches à travers les branches des arbres et au-dessus des arbrisseaux en fleurs, d'où ils tirent avec leur langue le suc qui forme leur principale nourriture. Ils mangent aussi des insectes, des mangues et des bananes. Leur chant est long, très agréable, mais peu varié. De temps en temps, ils poussent un cri qui ressemble à celui de notre perroquet. Ces nectarinias ont l'habitude de se suspendre par les doigts aux petites branches, comme font les mésanges. Pendant la partie la plus chaude du jour, ils recherchent volontiers les rayons brûlants du soleil, aimant à lisser leurs plumes mouillées par la forte rosée matinale qui remplit le calice des Heurs. Le nid de cet oiseau est en forme de poche avec une ouverture latérale; il est ordinairement suspendu à l'extrémité d'une branche de certaines espèces de mimosa et est construit avec des petites racines, des feuilles sèches et des lianes fines et garnies de fils d'araignée. On voit toujours plus de mâles que de femelles.

De l'autre espèce de nectarinias, M. Pollen dit qu'il l'a vue « particulièrement abondante dans les plaines près d'Anorontsangana (côte Nord-Ouest) et qu'elle pousse continuellement un cri ressemblant à celui du pivert. Sa principale nourriture est le suc des fleurs de l'acacia de Lebbek. » Le màle est délicieusement coloré de teintes métalliques pourpre, verte, rouge et jaune. Cette espèce est noire en dessous avec des reflets métalliques verts et pourpres sur la tète, le cou, le dos et les ailes.

La troisième appartient à un genre spécial à Madagascar, les Xeodi^epanis ; il est jaune en dessous, avec une couleur métallique verte en dessus; il est surtout remarquable par son bec recourbé et très effilé.

Nous avons déjà vu, dans un paragraphe précédent, qu'il est fait quelque aUusion dans les légendes malgaches aux nectarinias, comme ayant un cri mélancolique. Les noms indigènes donnés à ces beaux petits oiseaux consis-

ANIMAUX

tenl pour la plupart dans le mot « soy » dont la signification est jusqu'à présent inconnue. Nous trouvons soikehj (petit soy), soimanga (beau soy), soiangahj (soy capricieux); et aussi diandiana qui veut peut-être dire « marcheur ». Le mot soy est encore redoublé dans un autre nom, soisoy.

11° Après le second sous-ordre des passereaux en vient un qui comprend neuf familles, et sur les neuf familles dont il se compose, nous n'en trouvons que deux représentées à Madagascar. Ce sont celles des hochequeues et des hirondelles, la dernière comprenant deux espèces. M. Pollen dit que le vol des hirondelles est très rapide, ressemblant à celui des hirondelles d'Europe. Puis il ajoute : « J'ai vu à Ambazoana une forte troupe d'hirondelles s'assemblant avant de partir pour une autre partie du pays; elle formait un vrai nuage d'oiseaux; pendant dix minutes à peu près, elles volèrent de-ci, de-là, au-dessus de la plaine. Puis, elles prirent soudain leur course dans la direction du Sud-Est, poussant toutes simultanément le même cri. »

Quelques-uns des noms donnés par les indigènes aux hirondelles ont évidemment trait à leur vol rapide et contiennent la racine riotra (se ruant, passant rapidement), comme dans kiriondanitra (qui se ruent dans le ciel) et firiolsandro (qui se précipitent dans le jour). Elles partagent le nom de sidintsidina, « c'est-à-dire celles qui volent très bien », avec les martinets.

l^" Le seul autre oiseau de l'autre famille, le hochequeue au ventre jaune, est assez commun le long des cours d'eau dans toutes les parties de Madagascar. Dans ses habitudes et son apparence, il diffère de l'espèce d'Europe. Il est souvent appelé fandiafasika (coureur des sables), nom qu'il partage avec d'autres espèces d'oiseaux également très abondantes. Ses autres noms [triotrio, triotriotsa, etc.) sont probablement imitatifs de son cri.

Des quatre familles du troisième sous-ordre des passereaux, trois ont des représentants à Madagascar. Dans l'opinion de MM. Milne-Edwards et Grandidier, on pourrait aussi former dans ce sous-ordre une cinquième famille qui comprendrait un seul genre et espèce, V Euryceros Prevosti, oiseau très original et très intéressant.

15° La première de ces familles, celle des « tisserands », renferme quatre espèces dont deux sont très communes et ont une large distribution.

Il y a trois espèces de Ploceus^ tous appelés par les Malgaches du nom de fody, soit sous sa forme simple, soit composé avec quelque autre mot. La plus commune est le fody ou « cardinal », qui vit par compagnies de six à douze individus, mais que Ton voit souvent en très fortes troupes auprès des champs de riz et des plantations, où elle cause un dommage considérable aux récoltes. Les Antanalas ou habitants de la forêt de l'Est, pendant le temps où le riz mûrit, sont obligés de garder leurs rizières contre les attaques de ces fody au moyen de crécelles et en lançant des pierres. Quand arrive la >saison pluvieuse et chaude, qui est aussi celle des couvées pour la plupart des oiseaux malgaches, le fody màle change la couleur de sa livrée, qui est ordinairement d un brun clair, en écarlate, à l'exception des plumes extérieures des ailes et de la queue. C'est pourquoi, lorsqu'il vole sous la lumière

du soleil, on dirait une flamme \ivante. A l'époque des noces , c'est-à-dire en octobre et novembre, les mâles qui semblent plus nombreux que les femelles, se livrent des combats furieux. M. Pollen dit: « J'ai vu parfois les fody se battant avec un tel acbarnement qu'ils tombaient de la hauteur des arbres à terre, luttant encore après être tombés. Au temps des amours, on voitToiseau mâle perché au plus haut des arbres, poussant son cri monotone « spit, spit ». Une femelle apparaît-elle dans le voisinage, il enfle aussitôt ses plumes, relève la queue et bat des ailes et il la poursuit dans un vol rapide et direct jusqu'à ce qu'il tombe dessus, ou qu'un autre mâle entre en scène. En ce cas, un combat s'ensuit entre les deux et pendant ce temps la femelle s'esquive. Le nid a presque la forme d'une poire, et est fait d'herbe fine attachée à trois ou quatre brindilles de mimoa, de tamarinier ou de flamboyant. Les œufs sont au nombre de quatre à six et d'une couleur bleu verdàtre. Les parents nourrissent leurs petits, longtemps après qu'ils ont quitté le nid. » M. Cory raconte qu'il a pris une fois un jeune fody dans une toile d'araignée, et M. Gregory a obtenu un martin-pêcheur de la même manière.

Il n'est pas étonnant, puisqu'il est si abondant et si remarquable, que le fody, du moins le mâle ou fodilahimena, comme on l'appelle (c'est-à-dire : fody mâle rouge), ait depuis longtemps attiré l'attention des Malgaches et soit l'objet de fréquentes allusions dans leurs légendes et proverbes et dans les jeux d'enfants. Nous en avons déjà donné un ou deux exemples, en parlant d'autres oiseaux. Quant aux proverbes ayant trait à cet oiseau, le suivant peut servir de spécimen : « Ne vous dépêchez pas de manger comme le fody », ce qui signifie probablement que l'oiseau mange tellement de riz qu'il en reste très peu pour le propriétaire. La même voracité est encore visée dans le dicton : « Il n'est pas bien d'agir comme le fody quand le riz est mûr : y goûter avant le propriétaire ». 11 y a encore un autre proverbe qui tend à blâmer celui qui se croit égal à son supérieur : « Un bouvreuil nain, tsikirily, va en compagnie d'un fody : ce n'est pas le seigneur, mais seulement un suivant ».

Ce tsikirity est un oiseau de la même famille que le fody, mais d'un genre différent (Spej^niesles) et beaucoup plus petit. M. Pollen fait sur lui cette remarque : « Ces charmants petits oiseaux vont par troupes de vingt à quarante individus dans les districts cultivés du pays. On les voit tout le jour en grand nombre traversant dans un vol rapide les rizières, qu'ils visitent surtout à l'époque des semailles et de la moisson. Ils se nourrissent aussi de toutes sortes de graines, notamment de celles des grandes graminées. Leur cri ou plutôt leur sifflement peut se traduire parles syllabes « spiti, spiti », d'où leur vient un de leurs noms locaux. Les endroits où les femmes indigènes pilent leur riz sont régulièrement visités par ces oiseaux, qui se nourrissent du grain tombé des mortiers à riz et des vans. On aperçoit souvent une vingtaine de ces petits bouvreuils perchés sur une branche et si pressés les uns contre les autres qu'ils semblent collés tous ensemble. Leur plumage est d'un brun sombre, avec une teinte chaude de rouge brun sur la poitrine. M. Pollen dit que le tsikirity est brun verdàtre sur le dos, plus brillant sur la poitrine avec des marques sombres, presque noires sous la

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