‹ Guide de l'immigrant aÌ€ MadagascarChapitre 107 sur 114 · PROVINCE DE TAMATAVE · texte numérisé non relu

PROVINCE DE TAMATAVE

La province de Tamatave est comprise entre les parallèles d 7° 50' et 18" 35' de latitude Sud et les méridiens 47"10' et 48^50' de longitude Est. Elle est bornée, au Nord, par rifontsy; à l'Est, par l'océan Indien ; à l'Ouest, par le massif montagneux dans lequel se trouvent les villages de Fito et de Fotsialanana ; enfin, au Sud, elle s'étend jusqu'à Antranokoditra. C'est d(mc une des unités administratives les moins étendues de l'île.

Son importance est due à la position privilégiée de la ville de Tamatave qui, grâce à la supériorité de sa rade sur les autres mouillages de la côte Est, fait, à elle seule, la presque totalité du commerce d'exportation et d'importation de la partie orientale de Madagascar.

Le pays est plat et marécageux près des côtes, sur une largeur moyenne de 5 à 6 kilomètres. 11 s"élève ensuite graduellement par une série continue de mamelons et atteint, à la limite de la circonscription, près de Fito, une altitude de 1 100 à 1 200 mètres.

Très arrosée, pourvue abondamment, dans la montagne, de sources excellentes, la province de Tamatave est sillonnée par de petites rivières dont les eaux ne trouvent pas toujours un écoulement suffisant et qui forment, parallèlement au rivage, une série de marais séparés les uns des autres par des isthmes appelés pangalanes (en malgache, ampanalana).

Le sol est sablonneux sur la côte et se recouvre, à 5 ou 6 kilomètres du rivage, d'une couche épaisse de terre végétale, au-dessous de laquelle on rencontre Targile. La nature moyenne du terrain est silico-argileuse.

Tamatave est un des points de l'île où il pleut le plus abondamment; il y tombe de 5 m. 50 à 4 mètres d'eau par an. La saison des pluies, qui commence en décembre pour linir en mars ou avril, est aussi l'époque des températures les plus élevées, le thermomètre oscillant alors autour de 30°, sans jamais dépasser 35°. Au contraire, le thermomètre descend et se maintient pendant le mois de juillet entre 18° et 16^ Avec un pareil régime météorologique, l'humidité est forcément considérable.

L'eau et le bois se rencontrent partout dans la province. Si, à Tamatave, on éprouve quelque difficulté à se procurer à bon compte les bois de construction, c'est qu'il n'existe actuellement aiicune exploitation forestière sérieuse capable de satisfaire aux besoins sans cesse croissants de la ville.

Les bois de Madagascar sont généralement durs ; ceux qui sont employés à Tamatave proviennent des massifs de Tanifotsy ou des provinces du Nord; les principaux bois utilisés dans les constructions sont :

COLONISATION

Le nato j> faciles à travailler.

Le hinlsina ) —

Uëbène ) bois d'ébénisterie.

Le palissandre . . . . / — Le bols (le rose . . . . ) — Le vitango, pour la construction des navires.

Les indigènes et les métis de Roui bon et de Maurice habitent des cases dont la charpente est en bois du pays, les murs et les cloisons en falal'a (rachis de feuilles de ravinala), et la toiture en feuilles de ravinala. Les Européens construisent des cases en bois avec toits en tôle galvanisée ou, de préférence, en bardeaux. Il n existe à Tamatave qu'une seule maison bâtie en pierre.

Les ouvriers d'art sont difficiles à trouver; ce sont, en général, des créoles ou des métis de Bourbon et de Maurice ; certains contremaîtres charpentiers malgaches sont capables de conduire la construction d'une maison en bois ordinaire; quant aux manœuvres, on les recrute facilement sur place, à des prix variables de 1 franc à 1 fr. 50 par jour.

Une maison de trois pièces, entièrement en bois, avec véranda, couverte en tôle ou en bardeaux, planchéiée et plafonnée, coûte de 4 à 5 000 francs. Une maison de même grandeur, en falafa, couverte en tôle et planchéiée, revient à 2 500 francs. Une case indigène pourvue d'une bonne charpente en bois, avec le reste en falafa et mi parquet en bambou, coûte 150 francs.

Les concessions accordées ou simplement reconnues jusqu'au 50 novembre 1897 forment deux groupes bien distincts. Le premier, le plus important, comprend les propriétés situées aux environs immédiats de Tamatave ; le second, celles du territoire ouvert à la colonisation dans la vallée de la Fanandrana. Les concessions du premier groupe sont, à de très rares exceptions près, occupées et exploitées. Celles du second groupe, au contraire, dont la reconnaissance topographique a été faite récemment, sont disponibles pour la plupart.

La carte d'ensemble qui fait suite à la présente étude fait ressortir leurs emplacements et leurs contenances

La meilleure saison pour voyager et s'installer dans la province de Tamatave est celle qui commence en avril pour finir en novembre. Le colon devra éviter de sortir pendant la grande chaleur et ne voyager, autant que possible, que pendant les trois ou quatre heures qui suivent le lever du soleil ou qui précèdent le coucher. En choisissant le mois de juillet pour s'installer, le nouveau venu trouvera moins de différence entre le climat de Madagascar et celui de la métropole, et évitera le découragement qui résulte souvent d'un trop brusque changement de climat. C'est, de plus, la meilleure époque pour planter.

A ce sujet, on ne saurait trop engager le nouveau colon à ne point trop se hâter dans son installation. 11 ne suffit pas, pour réussir dans une entreprise agricole, d'être plein d'activité et de confiance dans l'avenir; il faut encore savoir judicieusement choisir le genre de culture approprié à la terre que

Ton a acquise, connaître la pratique de cette culture, et ce sont là des choses qui ne s'apprennent que sur place, en utilisant les conseils et l'expérience des colons installés depuis longtemps. Malgré la fécondité du sol, les cultures tropicales sont aussi délicates k entreprendre que celles des pays tempérés et les difficultés sont encore accrues à Madagascar par ce fait que la colonie en est encore à la période des essais. On a vu souvent les efforts de vieux colons suivis d'insuccès, par suite de leur ignorance des cultures auxquelles ils se livraient.

Les moyens de transport employés dans la province de Tamatave sont : les bourjanes ou porteurs, les pirogues et les charrettes. Le prix d'un porteur de fdanjana est de 1 franc à 1 fr. 25 par jour, nourriture non comprise, et celui d'un porteur de bagages, dans les mêmes conditions, de 80 centimes. Le transport par pirogue est beaucoup moins onéreux; une pirogue non armée se loue de 2 francs à 2 fr. 25 par jour. Aucun prix fixe, nettement établi, ne peut être donné pour le transport par charrettes, la route carrossable étant livrée à la circulation des voitures depuis quelques mois à peine.

Le bureau de colonisation est installé à Tamatave, au point de débarquement.

Le prix du transport de France à Tamatave est de :

1° A bord des bateaux des Messageries Maritimes : 50 à 70 francs par tonne de marchandises et 460 francs pour un passage de 5^ classe.

2° A bord des bateaux de la Compagnie havraise-péninsulaire : 55 à 55 francs par tonne de marchandises et 500 francs pour un passage de

classe.

5° A bord des bateaux de la Compagnie des Chargeurs-Réunis : 44 francs par tonne de marchandises et 425 francs pour un passage de 5*^ classe (départs du Havre et de Bordeaux).

La superficie des concessions accordées est très variable. En général, une concession de 100 hectares est plus que sul'fisante au colon qui ne possède pas de très gros capitaux. Le groupe des concessions de la Fanandrana est situé à 40 kilomètres de Tamatave. Les concessions qui avoisinent cette dernière ville n'en sont éloignées que de 2 à 10 kilomètres.

Il n'existe, dans les environs des territoires de colonisation, d'autre marché que celui de Tamatave, qui est quotidien et relativement très important.

La seule route carrossable qui existe dans la province de Tamatave est celle qui conduit à Andévorante et Tananarive. Le moyen de transport le plus employé est donc encore le bourjane ; on se sert de pirogues sur les rivières et les lacs; ce dernier moyen, très peu onéreux, est le plus employé pour se rendre sur le territoire de colonisation de la vallée de la Fanandrana, qui pourra bientôt, d'ailleurs, être relié à Tamatave par une bonne route. 11 conviendra même d'étudier, le moment venu, s'il ne serait pas préférable de desservir les propriétés au moyen d'un petit chemin de fer Decauville, à traction animale, et installé par une Association syndicale des intéressés, avec participation, si faire se peut, du budget de la colonie.

Tous les colons qui sont installés dans la vallée de la Fanandrana ou aux

COLONISATION

environs de Tainntave, ont eux-mêmes construit les hàtimenls qu'ils occupent, les cases incli<^ènes ne présentant ])as les conditions de saluhi ité et de confortable nécessaires.

Le recrutement de la main-d'œuvre est assez difficile et les contrats de location sont rares. Le prix d'un ouvrier varie de 15 à '25 francs par mois.

Les cultures pratiquées dans la province de Tamatave sont de deux sortes : les cultures indigènes et les cultures importées.

Les cultures indigènes sont principalement : le riz, le manioc, les patates, les brèdes, etc. Le riz et le manioc sont les seuls produits susceptibles de donner lieu à une exploitation sérieuse. Aucune tentative sérieuse d'utilisation du manioc pour la fabrication du tapioca n'a encore été faite dans la province.

Les plantes dont la culture a été importée sont : le caféier, le cacaoyer, la vanille, la canne à sucre, le giroflier.

La culture du caféier, dans la région de Tamatave, donne lieu à de vives discussions au point de vue du choix des espèces. La lutte est circonscrite entre les partisans du « petit café » ou « bourbon » et ceux du « libéria ». Il faut d'abord reconnaître que c'est ce dernier qui est le plus en faveur ; il est d'un arôme bien moins fin que le « petit café », mais sa supériorité consiste dans sa grande vitalité qui lui permet de résister aux maladies qui, sur la côte, mettent le « bourbon » en péril. C'est seulement sur le plateau central que le petit café aurait cbance de réussir.

La qualité du café « Libéria » la plus en vogue est celle dite « à gros grains ». Les semis se font dans de grandes planches formées d'un terreau bien fin, les grains presque à fleur de terre, disposés à 15 centimètres environ les uns des autres ; ils peuvent être faits en toute saison, mais le moment le plus propice est de septembre à décembre : la germination demande un mois et demi à deux mois.

Au bout de quinze à dix-huit mois, on transplante les pieds, avec la motte de terre dont ils sont entourés, dans des trous préparés à l'avance, ayant 40 centimètres environ de profondeur sur 20 centimètres de côté, et espacés les uns des autres de 4 m. 50 à 5 mètres, ce qui donne en moyenne 400 pieds à l'hectare. On remplit les trous en disposant autour du jeune plant de la terre végétale soigneusement fumée.

On n'ombrage pas les jeunes arbres; mais, comme dans toutes les plantations, il faut tenir la main à ce que les mauvaises herbes soient soigneusement extirpées. Le caféier « Libéria » ne se taille pas. 11 fleurit et donne des fruits durant presque toute l'année : la cueillette doit se faire très délicatement à la main et a lieu principalement en juin et juillet. A sept ans, il a atteint toute sa force et il la conserve pendant de nombreuses années : il produit alors par pied une moyenne minima de 5 livres de café décortiqué et sec ; on a vu certains arbustes donner de '25 à 30 livres de fruits. La production moyenne d'un hectare peut donc être évaluée au bas mot à 2 000 livres, soit à 2 000 ou 2 500 francs, au cours actuel de 1 franc à 1 fr. 25 la livre, pris à Tamatave.

Quant au prix de revient, on estime généralement à Tamatave qu'une

plantation de 100 hectares de « libéria », lors de la première récolte, c'està-dire à trois ans, a exigé un capital d'une cinquantaine de mille francs.

Aucune maladie ou insecte nuisible n'a jusqu'ici mis sérieusement en péril les caféiers « Libéria » plantés à Tamatave.

Nous terminerons cet exposé par deux conseils pratiques : 1° Éviter de planter le café « Libéria » dans des endroits bas et marécageux, car, si cette essence aime la fraîcheur, elle meurt, dès que son pivot touche à une nappe d'eau ; une certaine déclivité dans le terrain de la plantation est donc indispensable.

2° Lors des travaux de nettoyage et d'aération du sol, que l'on peut eft'ectuer à la charrue, il faut éviter de piocher le terrain qui avoisine immédiatement le pied, afin de ne pas couper les radicelles, qui sont l'agent de vie le plus puissant du caféier. De vieux colons de Tamatave ont vu leurs plantations compromises, parce que, ayant voulu augmenter la production par une fumure du terrain, ils avaient déchaussé les arbres pour y disposer le fumier autour du pied, détruisant ainsi une bonne partie des radicelles. Il faut se contenter de faner le fumier sur la terre au pied de l'arbre.

Enfin, les caféiers doivent être placés à l'abri du vent.

Le cacaoyer pousse bien dans la province de Tamatave. Malheureusement, il n'existe point encore de plantations régulières; on ne voit que des pieds isolés dans les jardins. Il en résulte que les avis sont très partagés sur la manière dont cette essence doit être cultivée. On peut cependant adopter les règles suivantes :

On sème le cacao en mars ou en avril dans les mêmes conditions que le « libéria », et on le transplante un an ou deux après, un peu avant la saison des pluies, en espaçant les pieds de 4 ou 5 mètres. A la difl'érence du caféier, le cacaoyer peut être planté dans les terres basses et doit être ombragé jusqu'à l'âge de cinq ans. On emploie généralement le bananier pour le protéger.

Quoique très rustique, le cacaoyer demande à être soigneusement entretenu ; il ne produit que vers la buitiènie année de sa plantation, et c'est là le gros inconvénient de cette culture. On ne le taille pas; il fleurit deux fois par an et les deux récoltes ont lieu en mars et en septembre ; la cueillette se fait à la main.

En l'état de la culture de cette plante dans la province de Tamatave, il est impossible d'en apprécier le rendement moyen par hectare, non plus que le prix de revient; on admet, cependant, généralement qu'elle est beaucoup moins onéreuse que celle du caféier.

Le cacaoyer a deux ennemis : les rats et, dans certains endroits seulement, une roussette ou grosse chauve-souris, qui mangent les graines sur pied avant leur complète maturité.

La vanille est très peu répandue dans la circonscription de Tamatave. Les variations considérables survenues dans la production de cette essence ont déconcerté ceux qui avaient tenté les premiers essais; certaines personnes prétendent que le territoire de Tamatave est trop humide pour la yanille et a^'U faut laisser aux colons de Nossi-Bé, de Yohémar, d Antalaha et

( OLUMSATID.N.

(le Maliaiiolo le soin dv cultiver cette orchidée. C'est une culture des plus délicates, ([ui exige une longue expérience.

La vanille se plante en toute saison, de j)référencc du mois d'août au mois de septembre, par boutures enfoncées de 5 centimètres en terre; les pieds, adossés contre le tronc de leurs tuteurs, doivent être à I mètre Tun de Tautre, sur des rangs distants de 2 mètres, ce qui donne hiHH) pieds environ à l'hectare. Le tuteur le plus em[)loyé est le pignon d'Inde, qui pousse admirablement à Madagascar. Le plus grand soin doit être apporté à l'entretien de la plantation.

Au bout de deux ans et demi à trois ans, a lieu la première récolte; la floraison et, par suite, la fécondation, qui se fait à la main, a lieu au mois d'octobre; on ne laisse sur la tige que le nombre de fleurs jugé nécessaiie, suivant la force du plant, pour obtenir des gousses de belle qualité. La cueillette des gousses se fait environ sept mois après, c'est-à-dire du mois d'avril au mois de juillet ; on procède aloi's à la préparation de la vanille, soit par le procédé des fours, soit par Tébullition; cette préparation dure quatre mois en moyenne. La vanille meurt après avoir donné de trois à quatre récoltes. Elle est quelquefois sujette, à Madagascar, à une maladie qui flétrit la feuille (le fait aurait été, dit-on, constaté à Mahanoro).

On estime qu'un hectare de vanilliers donne un minimum de 150 kilogrammes de vanille préparée. Les cours de la vanille dont le marché est très limité sont extrêmement variables ; cette année, ce produit s'est vendu de 50 à 60 francs le kilogramme.

Le prix de revient de la plantation d'un hectare, jusqu'au moment de la première récolte, peut être évalué à 750 francs environ.

La canne à sucre a été l'objet d'importantes plantations dans la province de Tamatave ; interrompues un moment par la guerre, ces exploitations vont entrer dans une nouvelle phase d'activité.

Les espèces de cannes à sucre les plus recommandées par les planteurs de Tamatave sont : Port-Makmj, Lousier et Bois Bouge.

La canne se plante par boutures, placées à 25 centimètres l'une de l'autre et espacées de 1 m. 50; autant que possible, on emploie les tètes des cannes abattues. Les premières plantations se font en juillet, août et septembre (petite saison); la première coupe a lieu quinze mois après. Les secondes plantations se font en décembre et janvier (grande saison), et la coupe se fait dix-huit mois plus tard. La canne donne lieu à trois récoltes.

La récolte bat son plein du 15 septembre au 15 décembre. On coupe alors la canne au ras du sol, mais il faut avoir soin d'opérer à exacte maturité, de manière à obtenir le plus de sucre possible avec le minimum de combustible. On estime généralement qu'une plantation de 1 hectare de cannes à sucre doit donner 55000 kilogrammes de cannes, lesquels fournissent 5000 à 4 000 kilogrammes de sucre, plus 8 barriques (de 200 litres) de rhum ordinaire.

Le sucre jaune, produit par l'usine l'Avenir appartenant à M. Dupuy; de Tamatave, se vend sur place 17 francs les 50 kilogrammes, et le sucre blanc, 22 fr. 50.

Le prix de revient de la plantation d'un hectare jusqu'à la première récolte est d'environ 550 francs.

Par une heureuse circonstance, les cannes à sucre de Madagascar sont indemnes de toute maladie.

La fabrication du rhum est pour Madagascar une question du plus haut intérêt, surtout si l'on considère l'appauvrissement des terres de Maurice, de la Réunion et de Mayotte, qui n'arrivent plus à produire qu'à grands renforts de fumures.

Il n'existe actuellement aucune plantation de giroflier dans la province de Tamatave. Ceux qui autrefois avaient essayé cette culture déclarent que le manque de main-d'œuvre pour la cueillette ne permet pas de lutter contre les productions de Zanzibar et de Sainte-Marie.

Cette essence y vient, cependant, admirablement bien. Les plants sont obtenus par semis, les graines étant placées presque à fleur de terre et à 15 centimètres de distance; ces semis se font en toute saison, de préférence durant la saison des pluies. Un an après, on transplante le plant avec sa motte dans des trous préparés d'avance, espacés de quatre mètres, qu'on remplit avec du terreau. Le giroflier ne se taille pas. 11 ne produit qu'à six ou sept ans; chaque arbre peut donner alors 1 kilogr. 500 de produit. Le rendement d'un hectare pourrait donc atteindre, en moyenne, 1 000 kilogrammes. Cette essence, n'étant pas cultivée en grand à Tamatave, il est impossible d'indiquer le prix de revient de la plantation d'un hectare.

Deux nouvelles cultures sont actuellement à l'essai dans la région de Tamatave; ce sont celles du thé et du caoutchouc dit Maniliot Glazovii.

Les plantations de thé peuvent être très avantageuses pour les colons de Madagascar; il en existe déjà une à Mahanoro, appartenant à M. Mairs, qui promet d'excellents résultats. L arome de la feuille obtenue, malgré la jeunesse des plants, est plus lin que celui du thé de Maurice. Des essais sont tentés à Tamatave par M. Dupuy, et d'autres colons comptent également entreprendre cette culture, que le manque de main-d'œuvre avait seul empêché jusqu'ici de se propager.

L'espèce choisie est celle que l'on appelle à Ceylan « asani ». Les plants obtenus par semis en planches sont transplantés lorsqu'ils ont quatre ou six feuilles. La première récolte se fait au bout de deux ans. On taille en juin pour récolter en septembre.

La culture du thé est très peu onéreuse.

Le caoutchouc de l'espèce dite Manihot Glazovii a déjà fait, depuis l'an dernier, l'objet de plantations considérables de la part des colons de Mananjary. Ceux de Tamatave n'ont pas tardé à suivre leur exemple. Le Manihot Glazovii se plante en décembre par graines dans des pots en bambous; dans les conditions les plus défavorables, la germination se produit au bout de huit jours. A deux mois, on transplante le plant sur le terrain, qui doit être frais, mais non humide. La végétatian de cette plante est extraordinaire; à six mois, certains plants atteignent 5 m. 50 de hauteur.

Tout fait espérer que les efforts des colons qui ont entrepris cette culture seront couronnés de succès.

COLONISATION

Outre les cultures qui viennent d ètre L'iunuérées, d'auties peuvent être tentées avec certitude de réussite: ce sont, notamment, celles du cocotier et des arachides.

Chacun sait Tiuiportance considérable accpiisc; dans l industi-ie européenne par le fruit du cocotier ou la noix de coco; sans parler des emplois multiples auxquels sa fihre satisfait, l'introduction, dans la préparation des aliments, de la graine végétale assure à ce produit le plus bel avenir. Or, le cocotier pousse admirablement à Madagascar ; toute la bande de sable qui court du Nord au Sud de Tile, entre le rivage et les lagunes intérieures, est pour cette essence un terrain de prédilection.

La plantation d une cocoterie n'exige pas de grands frais; elle procure, cependant, au bout de sept ou huit années, et pour très longtemps, un beau bénéfice annuel, qui ne peut aller qu'en augmentant. C'est un placement assuré ; aussi ne saurait-on trop conseiller à nos colons la culture de cette essence.

L'arachide présente un immense avantage : c'est un produit annuel. Sans vouloir engager les colons à se lancer dans la culture en grand de cette plante, qui entre, pour une si grande part, dans les exportations du Sénégal, on est en droit de croire que son exploitation donnerait de beaux bénéfices. Les terres sablonneuses de Madagascar sont très propres à sa culture.

Le haricot rouge, dont on fait un grand usage à la Réunion et à Maurice, pourrait aussi constituer pour les planteurs de Tamatave une source de beaux revenus.

Le bétail des environs de Tamatave se nourrit uniquement de Fherbe qu'il broute dans les chanq^s et de paille de riz. Il est utilisé pour le trait et surtout pour la boucherie. Les peaux des animaux tués pour la boucherie sont expédiées en Europe.

Un bœuf d une taille moyenne donne 120 kilogrammes de viande de boucherie. Les prix des divers animaux sur les marchés de Tamatave sont les suivants :

Un beau bœuf . . .

Une vacbc

Un veau

Un \)OYc

Fr. 65 Une génisse . . 50 Un mouton.

. . 40 Une chèvre.

Fr. 25

Fi'.

Parmi les produits du soi, nous devons citer la cire, le caoutchouc, le rafia, la gomme, le crin végétal, l'orseille, le cotonnier sauvage, l'ambrevade, le cocotier, le caféier sauvage, la vigne indigène, le camphrier, le ricin, etc., qui poussent naturellement dans la province. De tous ces produits, la cire, le caoutchouc, la gomme copal, le ratia et le crin végétal sont les seuls que Ton rencontre sur les marchés de Tamatave, où ils sont centralisés pour être embarqués à destination de l'Europe.

La cire est tirée des ruches de la forêt, que les Malgaches enfument pour s'emparer des rayons, qui sont ensuite fondus dans des marmites en fonte. La cire vierge vaut à Tamatave 100 à 110 francs les 100 livres: son cours normal est, en Europe, de 155 francs environ.

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