II. 5d
Le caoutchouc est tiré, soit d'un arbuste que les indigènes incisent, soit d'une liane qu'ils coupent pour en extraire le « latex », qui est coagulé avec du jus de citron ou du sel marin ; il contient toujours beaucoup d'impuretés. Le caoutchouc vaut, à Tamatave, de 250 à 275 francs les 100 kilogrammes.
La gomme copal se trouve entre les racines de l'arbre qui la produit ou est obtenue par incisions. Elle vaut à Tamatave 75 francs les 100 livres.
Le rafia est tiré de la jeune feuille d'un palmier qui est coupée avant son épanouissement et séchée au soleil. Chaque fohole est ensuite séparée de la partie qui constitue ses parois externes, puis divisée en nombreux brins que l'on met au soleil et qui sont ensuite tressés et vendus. Le rafia vaut, à Tamatave, 25 francs les 50 kilogrammes.
Le crin végétal est tiré d'un palmier dont il garnit l'aisselle des feuilles. Le crin végétal vaut, à Tamatave, de 25 à 50 francs les 100 livres.
Les indigènes de la province de Tamatave no se livrent pas à d'autre élevage qu'à celui des bœuf S, et encore y est-il très peu développé. On estime à 4000 le nombre des animaux vivant actuellement dans la région.
Autrefois, le port de Tamatave alimentait en viande de boucherie la Réunion et Maurice, mais les besoins croissants de la ville absorbent aujourd'hui le bétail qu'elle exportait autrefois. Par suite du manque d'animaux, aucune fabrique de viande de conserve n'a été créée dans la province.
La race pourrait parfaitement être améliorée par des croisements avec celle qu'on appelle à la Réunion ^ moka », qui donne beaucoup de lait et qui est précisément le produit de la race de Madagascar et de la race bretonne. On pourrait donc se borner à n'opérer le croisement qu'en vue d'obtenir une race laitière; la race malgache, lorsqu'elle est de belle venue et bien soignée, présente des avantages de force et de sobriété qu'on rencontre difficilement chez un produit métissé; aucune tentative de ce genre n'a encore été faite à Tamatave.
Les peaux de bœuf sont l'objet d'un commerce d'exportation assez important; il en a été expédié 10 000 environ depuis le 1" janvier 1898, au prix de 5 à 7 fr. 50 l'une. Le cours normal de ce produit sur les marchés d'Europe est de 120 francs les 180 kilogrammes.
Les moutons qui sont consommés à Tamatave viennent tous de l'intérieur. Leur viande est de médiocre qualité et leur poil est trop court pour être utilisé. La race est susceptible d'amélioration.
Les pâturages des environs immédiats de Tamatave sont maigres, mais on trouve de belles prairies sur les contreforts des montagnes.
L'industrie minière n'est pas encore développée dans la province de Tamatave. Aucun gisement de pierres précieuses n'a été signalé dans la région. Par contre, des prospecteurs ont fait quinze déclarations de découvertes aurifères; les principaux bassins miniers aurifères sont situés aux points suivants : haute vallée de l'Iharoka, affluents de l'Irangy, affluents de droite de ITvondrona et haute vallée de l'Ivolina. L'or se présente sous la forme alluvionnaire. Aucun permis d'exploitation n'a encore été délivré.
On y trouve d'autres gisements métalliques; on a découvert récemment vme mine de fer.
COLOMSATIUN.
D'autre part, il existe, à 5 kilomètres de Tamatave, sur le hord de la rivière Ranomainty, entre Farafatra et Ainhoditonana, une carrière de j,a-anit en pleine exploitation; le service du génie en a l'ait extraire dans le courant de cette année plus de 2 0U0 mètres cubes de pierre. Cette carrière est très abondante, mais on n'en connaît pas d'autres dans la province.
On a sii^nalé deux soui ces thermales dans la ré*^ion. Tune à Ranomaiana, près d'Ambodiroda, sur le Ranomafana; Tautre sulfureuse, à Besakay.
D'autre part, presque tous les cours d'eau de la province oiïrent des cascades ou rapides, surtout dans le haut pays, (|ui permettraient l'installation de turbines.
L'industrie forestière, qui est aujourd'hui à l'état embryonnaire, pourra se développer rapidement. Il existe, en effet, dans la province de riches forêts, et les chutes d'eau permettront d'y établir des scieries mécaniques. De plus, les rivières, presque toutes navigables ou flottables, assurent un mo)en de transport peu onéreux pour les produits forestiers.
Cinq demandes de permis d'exploitation forestière sont actuellement à l'étude.
Le développement progressif de Tamatave assure aux bois de construction un débouché certain. Jusqu'à présent, seul, Fébène est exporté : le port de Tamatave en avait expédié 251 000 kilogrammes au l^' octobre dernier. Le cours normal de Fébène en Europe est de 180 à 250 francs la tonne.
L'industrie de la soie n'existe pas encore dans la province de Tamatave.
Le coton n'est pas cultivé dans la région; il n'aurait, du reste, de chances de réussite que sur les plateaux de 700 à 800 mètres d'altitude, où l'humidité est moins considérable que sur la côte. Il est nécessaire de créer cette industrie à Madagascar; il suffit, pour s'en convaincre, de considérer le chiffre énorme des importations étrangères en toiles et tissus de coton.
Le tabac n'est pas non plus cultivé dans la province de Tamatave. Il est probable, cependant, que la culture en grand de cette plante, dont la qualité est d'ailleurs assez bonne, avec installation d une fabrique de cigares et cigarettes, donnerait de bons résultats.
Les diverses industries, outre celles mentionnées ci-dessus, qui peuvent réussir dans la province, sont l'industrie des transports, celle de l'élevage des chevaux, des ânes, des mulets, et surtout l'industrie maraîchère.
Le commerce à Tamatave est considérable. Les exportations, du P"" janvier au 1" octobre 1897, ont été les suivantes :
Ebène 251 000 kilogr. Riz blanc 10 000 kilogr.
Caoutchouc 40 500 — Vanille 455
Cire 74 750 — Cacao 200 —
Crin végétal 62 225 — Rabannes 5 615 pièces.
Cuirs 70 000 pièces. Copal 4 680 kilogr.
Rafia 568 000 kilogr. Or 8kil. 617
soit, pour les neuf premiers mois de 1897. 700 000 francs.
Les importations, au octobre 1897, s'élevaient à 6 185 415 francs contre 8 059 707 francs pour Fensemble de 1896.
GUIDE DE L IMMIGRA^JT A MADAGASCAR.
Voici les cours des principales marchandises : Articles d'exportation :
Cire, les 100 livres . . . Fr.
Caoutchouc (du Nord), les 100 1.
— (du Sud), — Gomme copal, les 100 livres. .
Crin végétal, — . .
Rafia, — . .
Articles d'importation
Peaux vertes de bœuf, les 1001.
— salées — la pièce.
Cornes de bœuf, les 100 . .
Ébène, les 100 kilogr Vanille, suivant la
(14 à 20 cent.), le kilogr.
longueur
Absinthe (Pernod).
Fr.
ùi) a
(ordinaire) 15
Bières, la caisse (4 douz. à la c.) 40
Farine Bombay (sac de 180 Uv.) 30
— Australie — 45
Pétrole, la caisse de 56 litres. . 25
Rhum, de Bourbon ou de Maurice, la barrique de 300 litres. 225
Sel, les 100 livres 3 à 4
Vin de Bordeaux, suiv. la quai.
la barrique 150 à 250
Vermouth Noilly-Prat, la caisse Fr .
Conserves, les prix varient suivant
les marques.
Riz, Saigon, les 100 livres ....
— Bengale, — ....
Toile de coton écru, la p. de 4 yards.
— — blanchie, — Cotonnades imprim., la p. 24 yards.
— teintes, — 40 —
— écrues (amér.) 40 —
— — (franç.) 36 m. 50
Il est utile, en terminant, de dire un mot des goûts de la population indigène, du prix des salaires et du coût de la vie matérielle pour un Européen vivant dans la province de Tamatavc.
La population indigène porte généralement des vêtements de coton blanc; elle alîectionne cependant, d'une manière toute particulière, les tissus de couleur et les indiennes à ramages. Un bon ouvrier est payé à Tamatave de 5 à 10 francs par jour. La vie matérielle est actuellement très chère. La situation changera lorsque le nombre des colons et des commerçants qui va toujours croissant sera assez important pour établir la concurrence.
Les terrains de colonisation qui ont été reconnus ou qui le seront prochainement dans la vallée de la Fanandrana sont indiqués dans le tableau ci-contre, p. 525.
PROVINCE D'ANDÉVORANTE
District de Vatomandry.
Toute la région arrosée par les rivières Sandramamonga et Sakanila peut être ouverte à la colonisation. Les quatre cinquièmes de ces terres qui sont cultivables ne sont pas occupées, faute de colons. Les terrains susceptibles d'être donnés en concession sont situés à une altitude variant de 25 à 100 mètres; ils se trouvent à deux jours de route d'Andévorante, chef-lieu de la province, et à environ un jour et demi de Vatomandry.
Cette partie du district comprend un grand nombre de petits villages indigènes assez rapprochés les uns des autres et ne compte qu une dizaine de colons français ou étrangers. Elle est très fertile. De nombreux cours
COLONISATION
d'eau sillonnent les vallées ; les marais sont nombreux, couverts de grands arbres et souvent impénétrables.
Il n'existe pas de forêt de grande étendue; mais on rencontre, surtout le territoire, des bois plus ou moins fournis, nombreux et disséminés.
Dans la partie la plus rapprochée du bord de la mer, le sol est sablonneux ; au fur et à mesure qu'on s'éloigne du rivage, il devient argileux.
La température, excessivement chaude en été, est supportable en hiver ; les pluies sont très fréquentes pendant toute l'année; elles sont plus rares, néanmoins, pendant les mois d'octobre, novembre et décembre. L'humidité règne constamment et, avec l?s émanations des marais, elle rend le pays assez malsain.
Les meilleurs mois pour voyager sont : mai, juin, juillet et août; l'installation peut se faire pendant cette saison, qui est la plus tempérée et pendant laquelle on s'acclimate le plus facilement.
La superficie à concéder peut être évaluée à 120000 hectares et est traversée par la route de Yatomandry à Andévorante en passant par Iritra. Une distance de 20 à 50 kilomètres sépare ces terrains de colonisation du principal centre qui est Yatomandry.
Les moyens de locomotion sont de deux sortes : [° par eau, en pirogue, pendant environ 15 à 20 kilomètres; 2° par voie de terre, à mulet, à pied ou en filanjane, pour les distances plus éloignées.
A part les habitations construites par les colons déjà installés, on ne peut trouver aucun bâtiment susceptible d'abriter des Européens; les seules ressources qu'offre le pays sont des cases indigènes peu spacieuses et malpropres.
Les bois de construction se trouvent en grande quantité et à proximité. Les indigènes habitent des cases couvertes en chaume, dont le parquet est fait en rapaka et les cloisons en falafa; quelques vieux colons, riches et amis du confort, ont des habitations couvertes en tole et construites en planches. On peut bâtir à toute époque de l'année; toutefois, il est difficile de se procurer la main-d'œuvre pendant la plantation et la récolte du riz. Le prix moyen d'une case en chaume et falafa, de 5 mètres de long sur 4 mètres de large, est d'environ 500 francs.
Les cultures qui existent dans le pays sont : le riz, le manioc, le maïs, la canne à sucre, la vanille, le café et les plantes potagères de toute sorte (en hiver seulement).
Les indigènes cultivent deux espèces de riz : le « vary lava » et le « vary vato » ; la première se sème sur les hauteurs ou sur les flancs des collines en octobre et novembre ; on la plante également dans les terres marécageuses à partir du mois de juillet et la transplantation s'effectue vers le milieu d'août; les plants sont piqués à la main à 20 centimètres les uns des autres. Le « vary vato » n'est cultivé qu'en terre marécageuse, vers la même époque que le « vary lava », mais la récolte se fait un mois plus tard, c'est-à-dire en avril pour le « vary lava » et en mai pour le « vary vato ».
Le « vary lava » réclame un nettoyage après la plantation; le « vary vato » ne demande aucun soin. Il faut surveiller les oiseaux à l'époque de la griaturité-
COLONISATION
On distingue deux espèces de manioc : le manioc indigène et Ut manioc de Bourbon; le premier possède une tige beaucoup phis haute et une lacine beaucoup plus grosse que le second. D'autre part, le manioc de Bourbon est plus riche en fécule et a des racines plus nombreuses. Les colons et les indigènes le préfèrent au |)iemier. Le manioc est planté en octobre et novembre, époques où les pluies deviennent moins fré(pientes; les morceaux de tige, employés comme boutures, risquent moins de se pourrir.
Les patates sont moins cultivées que le manioc: la préparation du terrain est la même. Elles viennent de boutures, que l'on espace de 50 centimètres; la plantation se fait en mai, juin, juillet.
Le maïs est cultivé en terre sèche, en même temps que le riz. Il est planté en très petite quantité pour parer aux éventualités de la disette de riz. La majeure partie est généralement consommée avant maturité par les indigènes, qui ne laissent mûrir que la quantité nécessaire pour la semence. Le mais et le riz sont mélangés et ensemencés dans le même terrain, sans symétrie.
Dans le district on cultive trois espèces de canne à sucre.
V La canne à sucre indigène dite bellonguet, cultivée surtout par les habitants, qui remploient uniquement pour la fabrication du betsabetsa, dont ils sont très amateurs;
hx canne dite penangue ou lousier :
5*^ La canne rouge dite bois rouge. Les meilleures sont la canne bellonguet et la canne lousier.
La canne à sucre est plantée en été par bout de tige (tète de canne); la distance, entre les lignes, doit être de 2 mètres et, entre les sillons, de 50 centimètres, soit 3 600 pieds de canne à sucre dans l'hectare. Deux nettoyages sont indispensables aux jeunes cannes : le premier, quarante jours après la plantation et le second deux mois après le premier. La récolte se fait d'habitude au bout de dix-huit mois, généralement vers la fin de juin de chaque année. L'hectare produit environ 56 000 kilogrammes de cannes à sucre.
Le pays semble être particulièrement favorable à la culture de la vanille, qui, bien que difficile, s'est beaucoup propagée depuis dix ans; aujourd'hui, on compte un grand nombre de vanilleries dans le district. Avant de planter la bouture (liane) de vanillier, on prépare un terrain où Ton a eu soin de faire pousser des bananiers ou autres arbres à larges feuilles, qui doivent plus tard servir d'abri à la plante ; des tuteurs sont également indispensables pour supporter le poids des lianes. Après avoir préparé le terrain, on plante la vanille en novembre et décembre, époque à laquelle se termine la récolte, ce qui permet de se procurer le nombre de boutures nécessaire ; on espace les plants d'environ 2 mètres et on les appuie sur des tuteurs isolés; on peut compter 2 500 vanilliers par hectare. Le meilleur abri est sans contredit le bananier. Il existe dans la région une jeune vanillerie tout à fait découverte, plantée depuis un an, qui semble réussir parfaitement.
Après la plantation, la vanille doit être l'objet d'un entretien constant; il faut détruire toute plante, toute liane étrangère aux environs du vanillier :
il faut aussi recouvrir de paille, au moment des sécheresses, le sol voisin du tuteur auquel la bouture est attachée. La taillo du vanillier se fait lorsqu'il a atteint un certain développement ou que l'agglomération des lianes est trop accentuée ; la pratique et la fertilité du sol servent de guide dans les différents cas.
Vers le milieu d'août, la floraison commence et elle se termine vers la fin d'octobre. La maturité commence en juillet de l'année suivante et se termine vers janvier, époque du glanage. La fécondation des vanilliers se fait artificiellement; il faut une certaine expérience pour mener à bien cette opération. La vanille se récolte gousse par gousse, au fur et à mesure que la maturité se fait. Les bons préparateurs sont rares.
Si l'on ne considère que le poids des produits, il est de peu d'importance; mais cette culture, qui se développe de plus en plus, peut donner, cependant, de gros revenus. Chaque vanillier fournit en moyenne 55 grammes de vanille sèche, et le prix moyen (pour 1895-1896), à Vatomandry, a été de 40 francs le kilogramme.
11 n'existe aucune maladie, ni insectes nuisibles, dans les vanilleries; cependant, les grosses punaises font couler par leurs piqûres beaucoup de gousses de vanille.
On cultive dans le district deux espèces de café : le café indigène et le café « Libéria » ; le premier est supérieur au second.
Après avoir labouré le terrain, on creuse de petits fossés de 10 centimètres de profondeur et de 10 centimètres de largeur, dans lesquels on dispose les graines qu'on a dépouillées, au préalable, de leur pulpe et fait sécher à l'ombre ; on les recouvre de terre, puis de paille sèche.
Le café peut se semer à toutes les époques de l'année, sauf pendant les pluies d'orage de décembre et de janvier. L'espacement pour ce genre de semis dépend de la méthode que l'on veut adopter pour la plantation.
Le moyen le plus sûr pour la transplantation consiste à semer les graines à 15 ou 20 centimètres de distance, pour faciliter l'enlèvement des mottes de terre. Cette opération se fait dix-huit mois après l'époque du semis. On doit toujours profiter de la saison pluvieuse pour transplanter. Il faut qu'il y ait 2 mètres de distance entre les plants de café indigène et 5 mètres entre ceux du libéria ; ce dernier gagne beaucoup à cet espacement. Les jeunes caféiers demandent un entretien continuel; il faut leur donner également un peu d'ombrage; quelques bananiers en ligne, espacés de 4 mètres en 4 mètres, suffisent pour protéger la nouvelle plantation. Ln bon engrais mis en terre tous les deux ans favorise la croissance des caféiers. On doit éviter de les planter sous de grands arbres.
Quelques colons essayent de planter le caféier de Bourbon (Leroy ) ; jusqu'à ce jour, il semble réussir fort bien.
On pourrait essayer avec chance de réussite plusieurs cultures non encore pratiquées dans le district. Ce sont : celles des haricots, des pommes de terre et du tabac. Les essais faits jusqu'à ce jour par quelques rares colons ont donné d'excellents résultats. La grande difficulté est de trouver la maind'œuvre. Les indigènes, assez nombreux, sont très paresseux; d'ailleurs, leur
COLOMSATION.
apatliie est imo conséqneiiti' du régime liova (ju ils oui suIji jjt'ii(liiiil très longtemps et (jui les a peu à peu détournés du travail, en les dépouillant des économies (pie celui-ci pouvait leur piocurer.
Beaucoup de lîetsimisarakas ont pris des engagements avec les colons pour trois mois, six mois, un an de travail, ce qui fait espérer que la maind'œuvie deviendra moins rare. Jusqu'à ce jour, on a beaucoup employé les Antaimoros; mais, très nomades et très indépendants, ils quittent souvent leur travail au moment où Ton a le plus besoin d'eux.
Les salaires augmentent de jour -en jour. La journée se payait autrefois
0 fr. 50 et les mois de h francs à 7 fr. ^0 ; actuellement, on paye un indigène
1 franc par jour et de l'2 à 13 francs par mois, sans compter la nourriture. L'élevage du bétail est la spécialité des colons et des indigènes de la
circonscription. Les pâturages suffisent à la nourriture des bœufs; quelques endroits semblent prédestinés : Ambodivandrika, Antanambao possèdent de vastes terrains, où l'eau serpente et permet aux animaux de se désaltérer, et qui sont entourés d'ombrage, où les bétes vont chercher la fraîcheur pendant les fortes chaleurs. C'est dans cette partie du district que se trouvaient les troupeaux du premier ministre hova, qui ont disparu pendant l'insurrection. Les races n'ont subi aucun changement, mais on pourrait sûrement les améliorer par des croisements; les vaches bretonnes, par exemple, croisées avce les bètes à cornes du pays, donneraient d'excellents produits.
Aucun cas d'épizootie n'a encore été signalé dans la région.
On emploie comme gardiens de bœufs des indigènes que Ton paye au mois, de l''2 à 17 francs. Le meilleur moyen d'avoir de bons gardiens et de les conserver longtemps et de les intéresser en leur donnant tant pour cent sur les produits.
Un bœuf se vend de 70 à 80 francs. Les peaux de bœuf sont salées et séchées, puis vendues sur place aux négociants, qui les payent de 40 à oO francs les 100 kilogrammes.
Les vaches ne fournissent que très peu de lait ; elles en donneraient davantage si l'on améliorait leur nourriture.; mais, jusqu'à ce jour, colons et indigènes se sont contentés du peu qu'elles produisent, et qui est de qualité inférieure. Certains colons ont essayé de faire du beurre et du fromage; la qualité était bonne, eu égard au lait employé.
A Vatomandry, les commerçants et les colons emploient les bœufs comme bétes de trait; quatre bœufs traînent avec difficulté une charrette chargée dans ces terrains sablonneux.
En ce moment, plusieurs colons s'occupent de l'élevage des porcs et espèrent en tirer de beaux bénéfices. On n'élevait autrefois que juste ce qu'il fallait de porcs pour la consommation ; cette source de revenus devenant productive, l'élevage prend de grandes proportions.
Les prix des animaux sont les suivants :
Bœuf Fr. 80 Génisse 35
Vache 50 Porc gras 50
L'élevage des moutons et des chèvres est inconnu ici; cependant, ces
GUIDE DE L'IMMIGRAiNT A MADAGASCAR.
bètes seraient une richesse pour le pays; il est vrai que les moutons de Tananarive ne s'acclimatent pas sur la côte; mais, si l'on importait des moutons de la Réunion ou d'ailleurs, on aurait peut-être des chances de réussite. Les chèvres s'acclimatent très vite; mais il ne faut pas compter sur les indigènes de l'Est pour les élever ; ils les ont en horreur et ne veulent même pas s'en approcher; la chèvre est pour eux un animal « fady ».
Le gibier est assez abondant dans ces parages ; les canards et les sarcelles se rencontrent dans tous les marais de la côte. Sur les collines et dans les bois, on trouve des pintades; dans les champs de manioc, la grosse et la petite caille, le pigeon vert, la tourterelle, la perruche verte, etc.
Les ressources naturelles du sol sont : le rafia, la cire, le caoutchouc et le crin végétal. Le ricin, l'indigo sauvage et le cotonnier y poussent à merveille ; jusqu'à ce jour, on n'a tiré aucun parti des deux: premiers; quant au cotonnier, plusieurs colons en ont fait des plantations assez sérieuses, mais le résultat n'a pas été celui qu'on pouvait attendre. La main-d'œuvre ayant fait défaut au moment de la récolte, le coton mûri était enlevé par le vent ou rougi par la pluie.
Lïndustrie minière n'existe pas; on trouve assez souvent des amas de pierre ponce sur la plage, du granit dans l'Ouest et un peu de calcaire dans le Nord-Ouest; mais aucune de ces carrières n'a été exploitée, les moyens de transport faisant défaut.
Sur la route de Tananarive par Tribitra et Ambodiavalo, il existe ime source dont l'eau paraît être sulfureuse.
L'industrie forestière n'y est pas non plus développée. Il n'y a pas d'exploitation régulière dans la circonscription; quelques indigènes exercent la profession de scieur de long, mais les planches qu'ils portent au marché sont mal travaillées et fort chères, car elles sont d'autant mieux vendues qu'un très grand nombre de cases sont en construction dans la ville.
Les rivières sont presque toutes navigables et flottables, mais elles ne peuvent guère servir à l'exploitation des bois, les forêts étant fort éloignées de leurs bords. ,
Ni colons, ni indigènes ne se sont livrés à la sériciculture; le climat tempéré, favorable à la plantation du mûrier et à l éducation des vers, donnerait h cette industrie des chances de réussite dans ce pays.
Les indigènes cultivent le tabac ; il est peu soigné et ne subit aucune préparation. Il se vend par feuilles, que les habitants font sécher et pulvérisent pour en faire du tabac à chiquer. Ce tabac est de très bonne qualité ; il est appelé : « langue de bœuf » ; c'est l'espèce qui réussit le mieux dans ce pays.
La plus grande partie du tabac consommé à Vatomandry vient de la Réunion; on fume aussi du tabac français et algérien.
Un colon a planté du tabac à Ampitramafana ; il espère réussir, quoique cette culture demande beaucoup de soins.
On pourrait établir une fabrique de tapioca ; les cultures de manioc, qui réussissent à merveille dans le sol sablonneux de la région, l'alimenteraient aisément.
COLONISATION
Le commerce est assez tlurissanl. lue iiieiriii iah; étaljlie tous les mois donne le détail et les diflerents cours des marchandises importées, des marchandises expoiiées et de celles consommées sm- |)lace.
Depuis l'application du nouveau tarif des douanes, les toiles ainéricaines, dont on faisait un grand usage dans le pays, ainsi que les marchandises anglaises (pii étaient vendues à Vatomandry, sont remplacées en grande partie par des produits français.
Les tailleurs, cordonniers, perruquiers manquent totalement à Vatomandry; cependant, le grand nombre d'Européens assurerait à de bons ouvriers une clientèle excellente.
Les maçons semblent inutiles pour le moment ; on ne fait guère ici que des constructions en paille (chaume) ou en bois. Des charpentiers indigènes et mauriciens se livrent à ces travaux.
District de Mahanoro.
Le district de Mahanoro fait partie de la province d'Andévorante.
En principe, toutes les parties du territoire peuvent être ouvertes à la colonisation, et on a reconnu un certain nombre de périmètres qui sont prêts à être concédés.
Les colons qui voudront faire de la culture trouveront des terrains propices dans les vallées de la Mahasora,du Sahatsio,du Mangoro,de la Lohariana et de rOsy et dans un rayon de 10 à 50 kilomètres autour de la ville même de Mahanoro. On peut faire de l'élevage dans toutes les parties du district.
Un Européen qui désirerait s'établir dans la contrée devra, de préférence, arriver pendant la saison sèche, qui est la plus favorable pour voyager et pour s'installer. 11 se procurera, àTamatave, Andévorante, Mahanoro ou Vatomandry, des porteurs qui le conduiront en peu de jours sur sa concession. Les nombreux cours d'eau qui existent dans la contrée lui offriront aussi un moyen facile de voyager.
A son arrivée, le colon trouvera partout des cases indigènes dans lesquelles il pourra s'installer provisoirement. Il trouvera sur place les matériaux et la main-d'œuvre nécessaires pour se construire une habitation. Une maison de 8 mètres de large sur 15 de long, bâtie avec soin, revient à 1000 francs: une case de 5 mètres de large sur 5 de long coûte de 60 à 80 francs.
Les principales cultures qu'on a essayées ou qui peuvent réussir dans la région sont : la vanille, le café de Libéria et le cacao. On cultive aussi le thé, le caoutchouc, le girofle et l'abaca.
Quoiqu'on dise que la vanille existe à l'état sauvage dans les forêts du pays, les lianes que cultivent les colons viennent de la Réunion ou de Maurice; elles sont de l'espèce planifolia.
Pour planter la vanille dans de bonnes conditions, il faut choisir un terrain riche en humus, ombragé et parfaitement aéré. Les boutures y sont placées à 50 centimètres de distance les unes des autres et sur une entre-ligne de 2 m. 50; on laisse les lianes pousser en liberté sur les tuteurs. A l'âge de
trois ans, la pépinière fournit des bourgeons vigoureux, qui servent aux plantations. Il faut avoir soin de ne jamais féconder les fleurs des lianes de la pépinière afin de ne pas les épuiser. Les plantations doivent se faire de préférence au mois de janvier. Pour commencer une plantation et afin d'avoir rapidement l'ombrage nécessaire, on plante dans les entre-lignes des bananiers espacés de 5 mètres les uns des autres, ainsi que des bordures de « bois noir » que Ton dispose en quinconce, à 5 mètres de distance les uns des autres. Les pignons d'Inde, qui servent de tuteurs aux boutures de vanille, se placent aux mêmes distances que les boutures elles-mêmes.
L'entretien d'une vanillerie, une fois la plantation faite, n'exige que des nettoyages de temps à autre. Il faut relever les lianes qui s'échappent des tuteurs et détruire les insectes nuisibles. La taille de la vanille se fait ordinairement après le premier rapport ; ce travail consiste à enlever les bourgeons qui sortent en nombre sur la partie de la liane qui précède les fleurs. La floraison commence vers la fin de juillet et continue jusqu'en décembre. Les gousses mûrissent depuis la fin d'avril jusqu'aux premiers jours de septembre. La récolte se fait en détachant délicatement les gousses du balai floral auquel elles adhèrent.
Un hectare peut fournir jusqu'à 937 kil. de gousses, soit, en vanille sèche préparée pour être livrée au commerce, 254 kilogrammes. La récolte de 1896 a été vendue à Mahanoro *25 francs le demi-kilogramme.
Le prix d'un hectare, en tenant compte du salaire des laboureurs et de l'achat des lianes de la vanille, revient à environ 400 francs et l'entretien à une centaine de francs par an.
Les lianes du vanillier ne sont sujettes à aucune maladie. Les animaux et insectes nuisibles sont la limace et surtout la punaise des bois.
On cultive dans la région le café de Libéria ou café à grosse cerise. Cette espèce rapporte au bout de la troisième année.
On sème les graines débarrassées de leur pulpe sur plates-bandes, dans un endroit bien ombragé, à 10 centimètres de distance. A douze mois, le plant peut être mis en champ; cette opération se fait aux mois de janvier et de février. On peut ainsi planter 625 pieds à l'hectare.
L'ombre modérée convient bien au café de Libéria, surtout lorsqu'elle provient d'arbres tels que le bois noir, dont les feuilles se resserrent la nuit et laissent tomber la rosée. L'abri contre le vent est tout à fait essentiel; à ce point de vue, le jaquier semble tout indiqué.
L'entretien d'une plantation de café est très peu coûteux; il se borne à quelques nettoyages de temps à autre.
La floraison et la récolte ont lieu toute l'année, mais plus particulièrement en août et septembre. La récolte consiste à détacher les cerises mûres, bien reconnaissables à leur couleur rouge foncé. Un jeune caféier rend, en moyenne, 3 kilogrammes de graines par an ; en comptant 625 pieds à l'hectare, le rendement annuel sera de 1 875 kilogrammes par hectare.
Au cours actuel du salaire des travailleurs et du prix des plants, la dépense nécessaire pour mettre en rapport un hectare est de 90 à 100 francs.
Vllemileia est la seule maladie du café qui soit à redouter.
COLONISATION
De toutes les cultures essayées jusqu'à ce joui , celle du cacaoyer |)iuail devoir donner les résultats les plus brillants. Cet arbuste a l'avanta^ie de se développei- rapidcnieui et de ne ci aindre ni les insectes, ni les maladies.
Les premières cabosses introduites viemient de la Iiéunion et appartiennent à une espèce à fruits lon^^s, à côtes saillantes, (pii est, parait-il, une des meilleui'es. Les semis se l'ont de la manière suivante : on labome bien le terrain et on le débarrasse des racines; on t'ornu' ensuite des plates-bandes de 12 à il) centimètres de hauteur, où les semences sont })lacées en rangs, à 10 centimètres de distance et piesque à tleur de terre. Au bout du quatrième joui', la pousse couunence à pai aitre. L'époque qui convient le mieux aux semis comprend les mois de janviei', février et mars.
On transplante les pieds au bout d"un an. 11 faut avoir soin de les mettre dans un terrain bien ombragé et bien abrité des vents: on obtient ce résultat en plantant un rideau de jaquiers à 6 mètres de distance.
Il y a deux floraisons et deux récoltes par an. La première en janvier et février, et la récolte se fait en mai et juin. Les Heurs reparaissent en juillet et août et les fruits sont murs en décembre; c'est en été que la récolte est le plus abondante. On se sert, pour la récolte, d'une gaule au bout de laquelle est attaché un croc que I on applique contre la tige qui tient la cabosse et I on donne une secousse de bas en haut.
Un hectare planté d'arbres de neuf à dix ans produit de 1 500 à 1 900 kilogrammes. Des échantillons ont été envoyés en France et soumis à des spéciaUstes, qui ont émis l avis que la préparation laissait à désirer et que, s'il y était remédié, le produit vaudrait de 110 à 1"20 francs les 100 kilogrammes.
La culture du cacaoyer pourra donc fournir des résultats d'autant plus sérieux que les dépenses nécessitées par la plantation et l'entretien ne sont pas très élevées.
Le riz est la base de la nourriture des indigènes. On en cultive de deux qualités : le riz de marais et le riz de coteau.
Le riz de marais se sème en juin dans un terrain piétiné à l'avance par les bœufs. On le repique en août, en ayant soin de laisser entre les plants un espace de 25 centimètres environ; cette opération se fait à la main. On le récolte en février. Le riz de marais est, en général, très blanc; son rendement moyen est d'environ 1 000 kilogrammes à l'hectare.
Le riz de coteau se sème en octobre, dans un terrain obtenu généralement en brûlant la brousse; on le récolte en avril. Il a une couleur rougeàtre et est plus savoureux que le riz de marais. Son rendement est de 550 kilogrammes environ à l'hectare.
La canne à sucre plantée aux alentours des villages malgaches est employée par les indigènes pour la fabrication du « betsabetsa ». Elle est peu riche en saccharine; mais il n'est pas douteux qu'une canne de bonne qualité pourrait être cultivée avec succès dans les vallées des différentes rivières qui arrosent la région.
Le manioc, Lambrevade, la patate et la banane sont cultivées autour de chaque case indigène.
On trouve une grande quantité de cire dans le district. Elle est recueillie
par les indigènes, qui la préparent en pains de 15 à 20 kilogrammes par rébullition. Sa qualité serait très belle si elle était bien débarrassée de toute matière terreuse. Son cours actuel est de 200 francs les 100 kilogrammes. L'exportation annuelle est de 50 000 kilogrammes.
Le rafia est un palmier très commun dans les vallées des différentes rivières. La récolte se fait toute l'année. Le vololona, ou jeunes palmes, étant coupé d un coup de hachette (antsy), on sépare à la main les folioles, et on enlève la fibre avec un couteau, puis on la fait sécher. Le cours actuel du rafia est de 40 francs les 100 kilogi'ammes. L'exportation annuelle est de 100 000 kilogrammes.
Les indigènes fabriquent avec le rafia des tissus appelés rabanes, dont ils se servent pour confectionner leurs vêtements de travail. La rabane de 4 mètres se vend de 1 fr. 25 à 2 francs, selon qu'elle est plus ou moins fine.
11 existe du caoutchouc à l'état sauvage dans les forêts. Les indigènes l'obtiennent en coupant Farbre ou la liane pour en extraire le suc. Son cours actuel est de 250 francs les 100 kilogrammes. L'exportation annuelle est de 1 000 kilogrammes.
— La gomme copal se trouve en grande quantité. Son cours actuel est de 50 francs les 100 kilogrammes. L'exportation annuelle est de 1000 kilogrammes environ.
La seule industrie de la région est celle de l élevage, qui s'exerce dans de bonnes conditions, les pâturages étant nombreux et bien arrosés. Un bœuf moyen vaut 60 francs, une vache 55 francs, un veau 25 francs. Les peaux de bœuf salées valent 50 francs les 100 kilogrammes.
Le commerce est assez développé. On exporte de la cire, du rafia, du caoutchouc et de la gomme.
Les importations sont annuellement :
Indiennes, patnas, toiles de Rtium, en 1896 600 barriq.
couleur 10 000 balles. Sel 80 000 kilogr.
Toiles de coton blanches . 4 000 — Marmites en fonte. ... 50 000 pièces.
Les prix sur place sont :
Cotonnades et indiennes de couleur, Sel, le kilogr 0 fr. 15
le mètre 0 fr. 50 Marmites en fonte, selon la gran-
Toiles de coton blanches, le met. 0 fr. 50 deur de 1 à 5 fr. »
Les principales maisons de commerce de Mahanoro sont également représentées à Tamatave.
PROVINCE DE MANANJARY
La province de Mananjary est située sur la côte Est, approximativement entre 20"50' et 2r45' de latitude Sud et 45^10' de longitude Est et la mer. Elle se compose de deux zones, différant sensiblement par le cUmat et l'alti-
COLONISATION
tilde : la zone côtière et la zone intérieure; la deuxième possède, seule, des ressources forestières et minières. L'une est habitée par des Betsimisarakas, au nord do Mananjary, et par des Antainioros au Sud, et à rOucst, à une demi-journée environ de la cote, par des Tanalas de la région basse; les Antambahoakas sont en très petit nombre. La zone intérieure n'est peuplée que par des Tanalas. Le recensement sommaire de la population elTeclm'' en 1897 a donné un chiffre de 715'2 i habitanls.
Les indigènes sont répandus çà et là, dans un grand nombre de petits groupes de cases improprement appelés villages, érigés de préférence sui- les rives des cours d'eau ou à proximité des principales voies de conununication. Ils vivent là dans l'oisiveté, la malpropreté et la misère; leur paresse invétérée les empêche même de semer suffisamment de riz poui' leur propre consommation et ils sont obligés, en fin de saison, de se nourrir exclusivement de racines.
La main-d'œuvre y est fort rare et cette importante question préoccupe' beaucoup l'administration locale.
Les seuls travailleurs quelque peu sérieux de la région, les Antaimoros, sont attirés ailleurs, notamment dans le Nord et sur les chantiers de la route d'étapes, par les salaires plus élevés qui leur sont otferts. Les Tanalas sont encore trop farouches pour qu'il soit possible d'y recourir ou seulement de leur faire accepter une occupation suivie, même rétribuée. Quant à employer des Betsimisarakas ou des Antambahoakas, il n'y faut pas songer; leurs chères habitudes de paresse leur interdisent le travail auquel ils se refusent obstinément ; les exceptions à cette règle sont tellement rares qu'il est inutile d'en tenir compte.
Disons, à ce propos, quelques mots des Antambahoakas. Ces indigènes, dont Mananjary est le centre le plus important, ont une physionomie particulière. On ne trouve jamais chez eux, ni la soumission entière des Betsimisarakas, ni la résistance passive des Antaimoros, ni enfin l'attitude farouche des Tanalas; ils se contentent d'être réservés vis-à-vis des Européens, auxquels ils témoignent une certaine hostilité. Ils sont ivrognes, menteurs, débauchés et paresseux incurables; les hommes se laissent tranquillement nourrir par leurs femmes, auxquelles incombent toutes les charges.
Leurs usages sont cruels et sauvages; l'inceste est commun entre frère et sœur, ce commerce criminel conduisant, d'après eux, à la fortune. Les jumeaux sont étranglés ou jetés dans un marais dès leur naissance. Ces coutumes, qui, naturellement, sont sévèrement interdites partout où nous avons des représentants, existent encore dans les villages éloignés.
Avant notre occupation, lorsque les juges indigènes rendaient la justice, les coupables ou supposés tels étaient torturés de la façon la plus cruelle; les voleurs de bœufs étaient sagayés, puis jetés à l'eau.
Situation politique. — La situation politique est excellente: les colons et les commerçants peuvent s'installer et circuler en toute sécurité dans toutes les parties de la province.
Navigation. — La rade foraine de Mananjary est une des plus praticables
de la côte Sud-Est; elle n'offre aucune difficulté pour l'atterrissage; les fonds de sable et de vase varient de 18 à 30 mètres; l'entrée de la rivière de Mananjary ne se bouche jamais, et, en cas de mauvais temps, les navires peuvent facilement appareiller pour prendre la haute mer.
Depuis le 1" janvier 1898, les vapeurs anglais et allemands ne touchent plus à Mananjary.
Poids et mesures. — Les indigènes se familiarisent facilement avec notre système métrique. Plusieurs marchands indigènes sont déjà pourvus des séries de poids et mesures, balances, etc., qui leur sont nécessaires; les autres en ont fait la commande en France.
Monnaies. — La monnaie divisionnaire est acceptée avec empressement, et remploi de l'argent coupé est appelé à disparaître, lorsque la petite monnaie sera répandue en quantité suffisante dans le pays; les centimes sont nécessaires, le Malgache achetant souvent des objets ou produits dont le coût n'atteint pas un sou.
Industrie. — Aucune industrie ne s'est encore créée dans le pays. Agriculture. — 11 existe dans la province des terrains qui conviennent bien aux cultures et à l'élevage; les terres sont productives et les pluies favorisent le développement des semis et de la végétation. Les prairies naturelles laissent à désirer ; il est indispensable de les défoncer et de les labourer et de changer l'herbe indigène.
Sur le Mananjary, toutes les terres sont concédées jusqu à 7 ou 8 kilomètres en amont de Tsiatosika, c'est-à-dire à six heures de pirogue de Mananjary; mais, au delà et dans les autres parties de la province, de nombreux colons trouveraient à ncheter des propriétés excellentes de 100 à 200 hectares d'étendue, au prix de 5 francs l'hectare, ou des concessions gratuites de 100 hectares au maximum, dont ils seraient mis en possession immédiatement.
La province est saine ; il y a peu de marais et, par conséquent, peu de fièvres. De fréquentes ondées rafraîchissent l'atmosphère, aiguisant l'appétit et facilitant le sommeil. Enfin, la sécurité est complète.
Meilleur moment pour s'installer. — Le meilleur moment pour voyager dans cette région ou pour s'y installer est la période comprise entre les mois d'avril et de septembre.
Moyens de transport. — Le transport des voyageurs se fait en filanjana ou en pirogue. Par voie de terre, il est nécessaire d'avoir six ou huit bourjanes, selon la longueur du trajet à accomplir; les bourjanes se payent à raison de 80 centimes par jour. Par voie fluviale, le nombre et le prix des rameurs est sensiblement le même, pour une pirogue.
Les différents moyens de communication avec Tamatave et la France sont les suivants :
L Vapeurs. — a) De ïamatave à Mananjary (5 à 5 jours). Par la Compagnie des Chargeurs Réunis (un départ par mois) :
V' cl. : 150 Ir. ; 2' cl. : 115 fr. ; 5^= cl. : 75 fr. ; Entrepont : 60 fr.
Le fret par tonne est de 50 francs, la tonne étant calculée au mètre cube ou aux 1 000 kilogrammes.
COLONISATION. 567
Par la Compa^niio Havraisc-Péninsiilaire (départs irré^juliers) :
Classe iini([ue 150 francs.
Transport sans noiin itin-c 75 —
Fret pai' tonne 58 —
h) Dn Havre ou de Bordeaux à Mananjary (de 45 à 48 jours). Par la Compagnie des Chargeurs Réunis (un d(''pai t par mois) :
1" classe 1 . 150 francs.
t>' classe 1.050 —
5' classe 425 —
Entrepont 575 —
Fret par tonne (livrable sous palan) . . 00 —
et 10 poui' 100 d'arrimage par tonneau de 1 mètre cube ou 700 kilogrammes au choix du navire.
II. Voiliers. — De Tamatave à Mananjary (durées variables de traversée).
Le prix de la traversée est à débattre avec Tarmateur ou le consignataire; il est généralement de 75 à 150 francs. Le fret par tonne est de 50 à 55 francs.
Le débarquement des marchandises s'opère, à Mananjary, au moyen d'une quinzaine de chalands pontés chargeant de 5 à 6 tonnes ; le prix de débarquement par tonne est de 10 francs.
Distance des principaux centres. — Les distances de Mananjary aux principaux centres et marchés avoisinants sont les suivantes :
De Mananjary à Tsiatosika-Tsarahafatra, 4 heures en pirogue ou fdanjana.
De Tsiatosika à Ambonana, '2 jours en fdanjana.
D Ambonana à Ambohimanga-du-Sud, 2 jours en filanjana.
De Tsarahafatra à Safoindrano, 1 jour en fdanjana.
De Safoindrano à Ifanadiana, 1 jour en hlanjana.
D'Ifanadiana à Ranomafana, 1 jour en filanjana.
De Mananjary à Mahela, 6 heures en fdanjana.
De Mahela à Sahavato, une forte journée en fdanjana ou 1 jour 1/2 en pirogue.
De Mahela à Sakaleony, 1 jour en fdanjana ou en pirogue.
De Mananjary à Namorona, 1 jour en filanjana.
De Namorona au Faraony, une demi-journée en filanjana.
De Mananjary à Mahela, le trajet peut s'effectuer en pirogue, mais il nécessite, dans ce cas, un transbordement aux pangalanes et un parcours à pied d'une longueur de 5 kilomètres. La durée du voyage est, en moyenne, d'une journée ; pour les marchandises, elle est de deux ou trois jours pendant les hautes eaux et de trois ou quatre jours pendant les basses eaux.
De Mananjary à Namorona et au Faraony, le trajet peut s'efTectuer également en pirogue, mais il nécessite deux transbordements et occasionne, par suite, les mêmes retards que pour le voyage précédent.
Habitations. — Les cases malgaches ne peuvent servir que d'abris provisoires, en attendant que le colon se soit fait construire une habitation