‹ Guide de l'immigrant aÌ€ MadagascarChapitre 13 sur 114 · II · texte numérisé non relu

II

GUIDE T)E L'IMMKtRANT A MADAGASCAR.

15° Il y n, à Madaf^ascar, une espèce d'alouette indigène, qui est très commune dans les plaines découvertes de l'intérieur. Comme habiludes et comme apparence, cet oiseau a beaucoup d'analogie avec l'espèce d'Europe; mais son chant a moins d'ampleur et moins de variété. Après qu'elle a voltigé quelque temps, on peut la voir monter tout droit dans l'air, jetant ses notes trillantes, comme un salut au soleil levant, puis se laisser tout d'un coup choir à terre. Les graines et les insectes, surtout les sauterelles, forment sa principale nourriture. Cette alouette n est point timide, mais est difficile à tuer, parce qu'elle disparaît dans l'herbe sèche, qui a, à peu près, sa couleur, brun grisâtre. Ses œufs sont déposés dans un petit trou sur la terre, en pleine vue, la ressemblance de la femelle avec ce qui l'entoure la protégeant et la mettant à l'abri de tout danger. M. Grandidier dit que cette alouette est d'humeur très batailleuse, et que, si deu\ mfdes sont enfermés ensemble dans une cage, ils se livrent des combats acharnés, jusqu'à ce qu'à la fin il y en ait un des deux qui tombe mort.

Beaucoup de proverbes indigènes se rapportent à la sorohitra, nom hova de cette alouette; quelques-uns sont obscurs, mais les suivants semblent avoir trait à son vol particulier : « Une alouette tombant dans la foret, parce qu'elle ne sait pas comment y voler ». « Etre renversé, mais ne pas être dévoré comme une alouette sur un tombeau ». « Une nichée d'alouettes était sur le côté du chemin; je ne les ai pas enlevées, mais elles étaient abandonnées par la mère ». Son nom hova semble être une dérivation de la racine rohilra, qui signifie « aller en troupe ». Son nom sakalave de Ao/o/vo/otany se rapporte apparemment à son habitude de faire nid sur la terre nue, deJwlokolo (protégé, ayant pris soin de) et de /r/?i7/(sol, terre). « L'alouelte, dit M. Cory, est l'oiseau malgache le plus commun, plus connnun môme que le fody et, comme lui, très facile à avoir. »

16** Le dernier oiseau qui reste à étudier, dans l'ordre des passereaux, est celui dont on a déjà fait mention et qui est l'un des plus curieux et des plus intéressants de toute la faune ornithologique de Madagascar par sa structure anormale et ses affinités douteuses, VEuryccros Prevostt ou « l'oiseau au large bec de Prévost ».

Les affinités zoologiques de ce genre remarquable furent longtemps une énigme pour les ornithologistes, qui le classèrent successivement parmi les toucans, les bucorax, les hirondelles, les corneilles, les étourneaux et les casse-noix. 11 se rapproche, il est vrai, des étourneaux et des pies-grièches (Artamidœ), et des Drongos, mais il en est encore si différent que MM. Milne- Edwards et Grandidier ont formé, pour ce genre et cette espèce unique, une famille spéciale qu'ils appellent Eurycerolidœ. M. R. B. Scharpe le classe avec les corneilles, mais dit que c'est « une forme unique et curieuse ». L'euryceros se fait remarquer par un bec en forme de casque, très grand, fortement comprimé et bombé à la base, qui se prolonge jusqu'aux yeux, dont les bords, très convexes, se terminent par un crochet pointu, qui projette en dehors une dent. Cette forme extraordinaire du bec se voit peutêtre mieux dans le squelette où il paraît beaucoup plus gros que la carcasse. L'oiseau est grand comme un étourneau, d'une couleur noir de velours, avec

ANIMA UX

ime laclio sui' le dos, en ronnc do spIIc, roidtMii' hrmi clair, ({iii s"»''t('nd. jusiju à la haso dos pluiiios do la qiunie. Le gros est hloii d'acier, assez semblable à riiilérienr d'une coquille d'huître, uiais celte belle teinte se ternit après la mort.

Tous les oiseaux décrits dans ce chapitre appartiennent à la première section des passereaux de M. Sharpe, qui rappelle Acromyodi (oiseaux chanteurs), et comprend vingt-six familles. La seconde section, celle des oiseaux qui ne chantent pas (Mesomyodi), avec ses dix familles, n'a aucun représentant à ^Ladagascar.

Avant de terminer ce cliapitre, j'ajouterai quelques remarques bienveillamment fournies par mon ami, le pasteur P. Cory, dont les observations approfcmdies sur la vie animale de Madagascar ont été souvent mises à contribution pour VAnlana}}(frivo Anniuil.

A propos du corbeau ou çjoaika. ^^. Cory dit : « Sur toute la surface du globe, les crécerelles font la chasse aux corbeaux. C/est le corbeau qui est attaqué, non la crécerelle : mais il se venge pour le mieux de sa maladresse. Le corbeau fait son nid sur les arbres ou sur les rochers et le défend avec acharnement contre tout ennemi. Les œufs sont exactement pareils comme couleur et taches à ceux du corl)eau d'Europe, mais ils sont plus ronds de forme.

« Le nid du traquet fitalra (Prat incola lorqua(a) est fait de brindilles et de mousse et placé généralement sur un buisson bas. Les œufs, au nombre de cinq à six, sont bleus. Les œufs de la fitatrala [Copsychus specularis) sont semblables à ceux de la fitatra, mais plus gros et d'un bleu clair. Le Zostcvops maâagascariensis construit un nid très joli h Textrémité de branches surplombantes; ses œufs sont d'un bleu très paie.

Je n'ai jamais remarqué qu'il y eût plus de mâles que de femelles chez les nectarinias. Si Ton se donne la peine de les regarder avec soin, on découvrira toujours quelque part, dans le voisinage du màle, sa compagne, dont le plumage est moins éclatant. Le màle ne perd-t-il pas ses brillantes couleurs en hiver, comme le fody? Pour ma part, j'en suis persuadé. »

A propos de mes observations dans les premiers paragraphes de ce chapitre, M. Cory dit : « J'estime que le nombre des oiseaux à Madagascar est très sensiblement moindre qu en Angleterre. Lors de mon premier séjour, je fus étonné de la rareté des êtres vivants dans les bois. J'ai parcouru la forêt en toutes saisons de l'année; aussi, quoique vos remarques soient très justes et qu'il y ait un plus grand nombre d'oiseaux en été, si vous vous occupez des nids, vous jugerez combien ils sont peu nombreux et espacés. En Angleterre, on ne peut pas se promener sur un chemin ou aller dans un bois sans en rencontrer des centaines (?); ici, je m'estimerais heureux si j'en voyais dix. De temps en temps, comme vous le dites, une petite troupe d'oiseaux arrive et gazouille; mais ils ne sont jamais nombreux. »

J'accorde à M. Cory que son assertion est vraie dans son ensemble. Tout ce que j'ai voulu démontrer, c'est que les oiseaux ne faisaient pas aussi totalement défaut qu'on l'a quelquefois affirmé. Si Ton s'en rapporte à ce que

GI IDE DE L'nl^llGUA^T A MADAGASCAR.

M. Pollen et d'autres voyageurs racontent, la faune ornithologique de la portion Ouest de File serait plus abondante que celle de l'intérieur.

A'. Pigeons, gallinacés, oiseaux d'eau et^ échassiers. — Les

pigeons et certains oiseaux ayant une parenté avec eux forment, dans le système de classification de M. Sharpe, un ordre à part. Ils sont divisés en trois familles comprenant : 1° les dodos, aujourd'hui disparus, dont cinq espèces au moins vécurent jusque vers le milieu du xvii'' siècle, mais dont on n'a pas encore constaté l'existence à Madagascar; 2" les vrais pigeons, et 3" les pigeons couronnés, qui sont originaires de la Malaisie. Nous n'aurons à nous occuper que de la seconde de ces trois familles, qui compte quatre espèces habitant l'île.

Il n'y a pas grand'chose à dire sur les pigeons malgaches, puisqu'ils diffèrent très peu, dans leurs habitudes, de leurs congénères des autres parties du monde. L'un cependant {Funingus madagascariensis) appartient à un genre spécial à l'ile; c'est un bel oiseau d'une couleur bleu ardoise, avec la queue, les pattes et la peau nue autour des yeux d'un beau rouge. On le voit parfois en troupes de plusieurs centaines ; mais il est très difficile à attraper à cause de son extrême prudence. M. Cory fait, à ce propos, une remarque peu concordante avec les récits de M. Pollen : « Je n'ai jamais trouvé le pigeon /bni/ méfiant ou difficile à attraper. En effet, j'ai souvent eu beaucoup de peine à lui faire prendre son vol à une portée de fusil. » Dans l'hnerina, les fruits de la seva [Budleia madagascariensis) et du voafotsy [Aphloia Iheœformis) constituent une grande partie de sa nourriture. La tourterelle [Turttir 'picliiralus) est également un bel oiseau, nuancé de brun et de gris bleu. La tourterelle du Cap (CiC/ia capensis) est beaucoup plus petite, et appartient à une espèce largement répandue; elle a une très longue queue; son plumage est richement coloré de teintes brunes et grises, et un masque noir couvre la tète et le cou du niàlc. Le pigeon austral ( Vinago auslralis) est d'une couleur vert paie.

Tous ces pigeons vivent dans les régions cultivées de l'île et font un tort considérable aux rizières, à l'époque des semailles comme à celle de la récolte. On peut cependant en tirer quelque profit, puisque tous, excepté le Funingus, constituent un excellent gibier et sont tout à fait gras au temps de la moisson. Le pigeon austral est très facile à se procurer, parce que, si ÏXin des oiseaux de la bande tombe sous un coup de fusil, les autres vont et viennent sur le même arbre, se laissant tuer l'un après l'autre jusqu'au dernier. « Cet oiseau, dit M. Pollen, fait entendre un roucoulement formé des syllabes « hut-hout-hout-hut ». Les autres pigeons se peuvent aisément domestiquer; mais celui-ci meurt dès qu'on le prive de sa liberté. »

Voici ce que me dit M. Wilson : « On trouve le fony ou pigeon bleu dans le Mandridrano par troupes de six à huit oiseaux. Les enfants les attrapent sans difficulté, à la saison où ils perchent, au moyen de pièges qu'ils disposent au bout d'un bambou ou d'un roseau ou bararata. Ils s'élèvent assez bien en cage et, le jour même où on les a pris, ils mangent du riz cuit, comme s'ils n'eussent jamais eu d'autre nourriture. »

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