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bœufs » par les Betsileos, et kibodolo ou « la caille des rspi its » par les Baras. Les Belsileos ont l'ail sur cet oiseau le j)r(>v('rl)«' suivant : « La caille iiitcirompt ses occupations à l anloinnc [lour les rciiicndic au pi'intcmps ». ils l'econnaissent à son cri I épo(pie convenable poui" la plantation du i"iz.
5° On trouve une espèce de gangas ou perdrix à pattes emphunées à Madagascar, mais seulement dans les plaines sablonneuses de l'Ouest et du Sud, où ces oiseauK vivent par compagnies de vingt à trente. Le nom de gadragadra ou gadagadraka donné à cet oiseau vient probablement d'un nom exactement semblable qui signifie « rudesse ou àpreté de voix » ; ce serait alors une allusion à son cri. 11 a reçu également le nom de kalrakafraka, d'après M. Grandidier, à cause du bruit (pi il fait en liandes.
4" La quatrième et dernière espèce de cet ordre vivant à Madagascar, le turnix, est très commune dans toutes les plaines, surtout dans celles où croissent de grandes herbes appelées fantaka. 11 est curieux, dit M. Pollen, que ce soit à cause des poules qu'on a donné à cet oiseau le nom spécifique de Turnix nigricollis, ou turnix au cou noir, car elles ont un plumage plus beau et une taille plus grande que les coqs. Ces turnix vont en bandes de six à douze poules sous la conduite d'un seul coq qui est, comme nous venons de le dire, notablement plus petit que ses compagnes. Leur nourriture consiste en graines et en insectes, surtout en larves d'une espèce de fourmi blanche, qui construit son nid de forme ovale, à l'extrémité des branches des plus hauts arbres ; aussi le vent les en détache-t-il fréquemment; ils se brisent en tombant à terre, et les larves qui sont à l'intérieur deviennent une proie facile pour les turnix qui les gobent avide ment. Leur vol est maladroit; ils ne vont, d'ailleurs, jamais loin, mais se posent vite à terre et se cachent dans les hautes^ herbes où ils courent avec rapidité. Ils grattent le sol pour y trouver leur nourriture, comme les oiseaux de basse-cour, et se livrent fréquemment entre eux de furieux combats.
Les jeunes Malgaches attrapent souvent de ces turnix, en formant un grand cercle, et, petit à petit, poussant les oiseaux, groupés ensemble, vers les pièges qui ressemblent à des cages. En même temps, ils imitent l'appel du coq. Au moyen de cet artifice, ils capturent un nombre considérable de poules.
Les Sakalaves, dit encore M. Pollen, s'imaginent que le pied du turnix porté sur la poitrine est un remède infaillible contre les maux d'estomac. Il est probable que la confiance dans les vertus médicinales de cet oiseau pour les affections de restomac est due à l identité du mot KibOf nom malgache de cet oiseau, avec le mot signifiant estomac, ventre {kibo). C'est une sorte de médication homéopathique, dont la superstition malgache est remplie d'exemples, comme on peut le voir dans l'ouvrage de M. Dalile intitulé : Vintana et Sikidij (Destinée et Divination) ou même en consultant le dictionnaire malgache-anglais de Richardson.
Les divers noms qu'a reçus cet oiseau comprennent tous dans leur composition le mot kibo : kibobo, kibotay (turnix-boursier), kibokehj (petit turnix). M, Grandidier raconte l'histoire de deux jeunes femmes mahafalys
qui ont échappé à la mort grâce à quelques-uns de ces oiseaux, que, pour cette raison, leurs descendants respectent comme sacrés.
III. — L'ordre des Echassiers, avec ses six ou sept familles, dont plus de la moitié ont des représentants à Madagascar, comprend trente espèces d oiseaux appai tenant aux jacanas, aux râles, aux poules d eau, aux foulques, aux courlis, aux guignettes, aux bécassines, aux pluviers et aux tournepierres. Il en est de même de la famille très intéressante des Mesites. qui est particulière à l'ile. D'un autre côté, il n'y a ni phalaropes, ni huitriers, ni outardes, ni grues, ni oiseaux-trompettes. Comme on pouvait s'y attendre, les représentants des oiseaux « qui aiment l'eau » sont très nombreux dans l'ile, comme ceux des deux ordres suivants, les hérons et les palmipèdes, car, si une grande partie de Madagascar est, géologiquement parlant, une terre très ancienne, et pour cette raison presque dépourvue de lacs, l'autre partie est de formation plus récente, et ses nombreux marais, ses innombrables cours d'eau et ses longues C(Mes maritimes permettent aux oiseaux de cet ordre de vivre et de se nourrir.
1° La première sous-famille des Râles, celle des jacanas, est représentée à Madagascar par deux espèces, dont l'une, le jacana au cou blanc, lui est particulière; avec ses doigts extrêmement longs, il se promène sans difticulté sur les larges feuilles des plantes aquatiques, épiant les insectes qui vivent à la surface de Leau et forment sa principale nourriture. Il plonge très bien, ce (pii le rend difficib^ à tuer. Par ses babitudes et son vol, il se rapproche de la poule d'eau d l^urope. C'est un oiseau assez rare.
L'autre espèce, le jacana d'Afrique, est identique à celle qui habile toute l'Afrique australe, depuis les tropiques jus(prau Cap. Elle fréquente les mêmes localités que l'espèce au cou blanc avec laquelle on la trouve souvent. Les noms indigènes de cet oiseau, ainsi (\u\\n de ceux sous lesquels l'autre jacana est connu, sont longs et même obscurs. Peut-être renferment-ils la racine lefij (qui passe à travers, qui se promène), et en ce cas ils se rapporteraient aux habitudes de ces oiseaux, qui vont de feuille en feuille sur les plantes aquatiques. Le jacana au cou blanc est encore appelé : voronlsaraniony (bel oiseau de rivière) et tololtorano (coucal d'eau).
La sous-famijle des vrais râles comprend six ou sept oiseaux, dont le Rallus (jularis a été le mieux observé. D'après les récits de M. Pollen, ce ràle est l'objet d'une grande vénération de la part des Sakalaves du Nord-Ouest, qui s'imaginent qu'il leur amène la pluie au plus fort de la saison sèche; c'est pourquoi ils ne le tuent pas. Il habite les parties marécageuses des forêts, et ressemble dans ses habitudes aux espèces d'Europe. 11 est très craintif, se cache dans les buissons à la moindre alarme ; il fait entendre un cri sifflant et tremblant, surtout aux approches de la nuit. Ces oiseaux, paraît-il, ont tant de soin de leurs œufs et de leurs petits qu'ils se laissent aisément prendre à la main sur le nid. Ils volent mal et, lorsqu'ils sont surpris à un endroit où il n'y a rien pour les protéger, ils aiment mieux se laisser prendre que de recourir à leurs ailes.
M. Pollen dit : « Je vis un jour une femelle de Rallus gularis qui ne voulait point s'écarter de son nid, mais le gardait en tournant tout autour, hé-
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rissaiil ses plumes el halavant la terre de ses ailes, absolument comme; notre poule domesticpie (piand elle délend ses petils. Son nid était construit en jonc, ayant quinze centimètres à sa plus grande largeur et était fixé sur d(!s plantes aquati(pies, à enviion un mètre au-dessus du sol. Les œul's, au nond)i e de trois, sont d'un blanc jaunâtre, mouchetés de brun et aussi gros que ceux d un freux. »
Le ràle à tète grise {Rallus madafja.scariensis) est heaucoiq) |)lus rare que celui que nous venons de décrire; il habite exclusivement les l'oréts, souvent à quelque distance des cours d'eau.
Plusieurs des noms de ces râles sont signihcatils ; ainsi le Rallus gularis est appelé, en outre de ses noms d(; Isil oza et tsika (probablement imitai ils de son cri), angoly ; ce mot signilie « artifice, fourberie, piège », probablement par allusion aux ruses qu'il euq)loie pour échapper à ses ennemis. La même idée se rencontre dans l un des noms du ràle à téte grise otrika, qui veut dire « une embûche », sans doute à cause de la rapidité avec laquelle il disparaît quand on le chasse. Le ràle malgache est encore appelé herikery^ mot qui doit venir d'une racine signifiant « regarder autour, regarder en arrière ». Mena maso (aux yeux rouges) et voronampombo (oiseau qui recherche le son de riz) (Poriana pyguiœa), akoholahindrano (coq d'eau) [Camirallus griseifrons) et fangaîatrovy (voleur d'ignames> (Corethrura insularis), sont les noms génériques pour les indigènes d'oiseaux de cette sous-famille.
Les poules sultanes se trouvent dans tous les étangs de Madagascar et comptent parmi les plus beaux oiseaux de l'île. Elles sont d'une riche couleur pourpre et bleue ; mais elles diffèrent très peu des espèces européennes. Quelques-uns de leurs noms indigènes comme heselrika, hoetrika, etc., semblent contenir une racine signifiant « s'enfoncer, plonger », à cause de leur habitude de plonger fréquemment dans les jiièces d'eau qu'elles choisissent comme séjour (peut-être aussi ces noms sont-ils tirés d'une autre racine signifiant « rôder aux alentours »). M. Wilson dit : « La poule sultane possède un bec très puissant, avec lequel elle arrache sans effort apparent le roseau, herana, (jui croît sur les bords du lac Itasy, à environ cinquante centimètres de profondeur dans l'eau, pour se nourrir des racines et peut-être des insectes qui y vivent. Quand elle se trouve prise dans un filet solide fait avec les fibres d'une espèce d'ortie, elle ne tarde pas à s'en échapper en brisant les mailles. »
Le foulque à crête a, au nombre de ses noms indigènes, celui d^otrika (qui est également celui du ràle à tête grise dont nous avons parlé plus haut), sans doute parce qu'il s'empresse de plonger au moindre signe alarmant .
2'^ Il y a deux espèces de courlis dans l île ; l'une d'elles est particulière à Madagascar et non seulement assez rare, mais très difficile à capturer. Ce courUs vit presque toujours isolé, et fréquente les bancs de sable, le long des côtes; son cri, très puissant, est assez distinct de celui de l'autre espèce qui est plus petite et avec laquelle on le trouve rarement.
Quant aux courlis aux yeux rouges, M. Pollen dit que c'est un des oiseaux
les plus communs de Madagascar. Ils Iréquentent les plages au bord de la mer et la berge des rivières où ils cherchent leur nourriture ; à la saison des l'ortes crues, quand les rives sont inondées, ils perchent par petites compagnies sur les bouquets d'arbres. Us sont extrêmement méfiants; dès qu'ils soupçonnent (juelque danger, ils s'enfuient à tire d'aile en poussant des cris aigus ; aussi causent-ils un véritable ennui au chasseur en quête de gibier, qui est contiiuiellernent mis sur ses gardes par les cris aigus des courlis. Le jueilleur système est de les prendre à l'improviste, quand ils sont perchés sur les buissons pendant la plus grande chaleur du jour, lorsque, plongés dans le sommeil, se tenant sur une seule patte et la tête cachée sous l'aile, on peut les approcher de près. Leur nourriture consiste en insectes aquatiques, qu'ils attrapent avec leur long bec, sans se déranger de l'endroit où ils se tiennent. M. Pollen dit (ju'il n'a jamais vu de ces courlis en plus grand nombre que lors de son passage à Anorontsangana (côte Nord-Ouest). Ils paraissaient alors s'assendjler pour entreprendre un long voyage de migration. Jules Verreaux assui e, pourtant, qu'on les trouve à Madagascar pendant toute Tannée. Leur chair est bonne ; on l'accommode souvent avec du riz.
Les noms indigènes de ces courlis ont une signification obscure. Un ou deux cependant, comme kelut ou kehakcka, sont une imitation de leur cri plaintif. Le second se donne aussi à une espèce de bécassine (GaUinago Dernier i).
La bécassine du Caj) (Rhipichœn capensis) est coumiune dans les marais; mais il est rare de la voir, car elle se cache dans les longues herbes et les plantes aquati(jues et est difticile à attraper, lorsqu'on n'a pas de chiens. Son vol est très rapide et en zigzags; mais elle redescend à terre au bout de peu d'instants. On tiouve ces oiseaux surtout par petites bandes de (juatre à six, dans les légions fré(juentées pai' le bétail, où ils tiouvent une nourriture abondante dans l'enqireinte (pie laisse le sabot des bœufs sur le sol humide des marais où ces animaux vont pâturer. L'autre bécassine de Madagascar (Gallincufo Bcrnicri) est une espèce particulière à l'île.
Les iriiKjd, ou bécasseaux et sandei'lings, se trouvent en troupes considérables sur la côte. M. Pollen aflirme pourtant n'en avoir jamais observé en dehors du mois d'octobre; d'où il conclut que ces oiseaux ne résident pas en permanence à Madagascar et n'y séjournent que quelques semaines pendant leur migration d'un j)ays à un autre.
Le chevalier guignette (Actitis hypoleucos) (pi'on rencontre à Madagascar resseml)le sous tous les lapports à l'espèce qui est si largement répandue sur l'ancien continent; c'est le plus counnun des oiseaux de rivage. H se tient presque toujours seul ou en couple et est très facile à reconnaître au cri perçant qu'il pousse sans discontinuer, en remuant sa queue de haut en fjas et courant très vite sur la plage à la recherche des insectes aquatiques. Le mâle, quand il courtise sa femelle, a l'habitude de tourner autour d'elle en laissant traîner ses ailes sur la terre et en balançant la tête de haut en bas ; pendant ce temps, la femelle reste immobile, regardant les mouvements comiques du màle. L'évêque Kestell-Cornish dit qu'il est curieux que tous ces oiseaux de rivage conservent invariablement les mêmes habî-
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tinU'S dans loutos les jiai tics du monde où on les trouve. Le cid hianc d(; Mada«;ascar esl absolument idenli(iue à la pelile ciraluit! peu larouelie (|ui vit en Europe. Il y a toutefois celle différenee (jiie, sm- noire lilloral «1 nu hoid de nos rivièies, il va |)lus d'c^spèees d'oiseaux. Le courlis, aussi, conserve son même cri sauva«>e, et Ton éprouve à Mada^'ascar les mêmes diriicultés qu'en Angleterre pour le mettre bien en joue.
Les deux espèces d'échasse qui existent à Madagascar lessemhhMil aux espèces européeimes, mais aucune étude si)éciale n'a encore été laite sur li3urs habitudes, ni sur leuis particulai ités. Leurs noms indigènes de Idpdld et takapala se lapportenl piobablement à leur marche, les pattes écartées, et à leui' aspect gi'otes(pie.
Voici quelques-uns des noms attribués parles indigènes aux représentants de cette famille. Celui de loiloy^ qu'ils donnent aux bécasses et au chevalierguignette, est imitatif de leur cri; les habitudes du cul-blanc, qui va sur terre aussi bien que sur l'eau, sont observées dans ses autres noms de fantUafasiha (qui va sur le sable) et de saosaodrano (écumeur d'eau); il a encore reçu celui de manaboandro (celui qui célèbre le jour) ; on le connaît encore sous celui de kiboranlo, signifiant probablement « la caille qui court au loin ». Le tringa est appelé kiboanârano (caille d'eau). Le nouî de ravarava^ donné aux deux espèces de bécassines, se rapporte probablement à leur beau plumage; peut-être fcjo ou fêja, nom de la rhynchée du Cap, a-t-il la même signification, tandis que celui de salaly peut venir de la racine lahj, (pii veut dire « subtil d'oreille », ou d'un mot qui signifie « rampant, se glissant ». Un des noms de la bécassine de Dernier, voronkahakij, est sans doute, au moins la dernière partie du mot, une imitation de son cri, comme kckakcka, que nous avons noté plus haut. Quant à l'appellation de kitanolano, qui a été donnée aux deux espèces de bécassines vivant à Madagascar, je ne me hasarderai pas à en donner l'explication.
5" Sept espèces de pluviers complètent (à l'exception de la famille distincte des Mesitinœ) la liste des oiseaux de marais et de rivage qu'on trouve à Madagascar; sur le nondjre, quatre appartiennent au genre CliaradriuSy mais aucune des sept n'est spéciale à l'île, toutes étant à peu près cosmopolites.
Les lournc-pierres sont très conununs sur tout le littoial; on les voit souvent par conq)agnie de douze à trente individus. Comme les courlis, ils donnent immédiatement l'alarme aux autres oiseaux, à l'approche de quelque danger; son nom de kitonj (proclamateur ou accusateur) est une allusion à cette habitude.
M. Pollen dit que les pluviers de Geoffroy sortent ensemble le soir, à la tombée de la nuit, en troupes considérables, pour aller chercher leur nourriture; ils courent excessivement vite, d'où leur est venu le nom kiboranto, (cailles qui courent au loin). Ils ont aussi Thabitude de voler à la surface de l'eau, les uns après les autres. Les quatre espèces de pluviers ont loules reçu le nom de vikinty ou vikiviky, mots tirés d'une racine qui signifie « courir, sauter ». Vevoveko, nom de la glaréole malgache (Glareola
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GUIDE DE L'nniIGRA>'T A MADAGASCAR.
oculari s), doit être de inénie origine. Leurs autres noms, comme" î^orom6«^o, (oiseau des pierres) Jiitsikifsidrano (crécerelle d'eau), vorondriaka (ohcau de la mer) et voronjia (oiseau du sable, ou peut-être oiseau qui rôde), sont tous clairs dans leur signification et dans leur origine.
4° Les derniers oiseaux de cet ordre dont nous ayons à nous occuper appartiennent à un genre qui n'a d'autre appellation que son nom scientifique de Mesifes. Ils sont considérés par MM. Milne-Edwards et Grandidier comme étant suftisamment distincts de tous les autres échassiers pour former une famille spéciale, celle des Mesitinées, et il les qualifient d'oiseaux très curieux, aberrants, prenant place entre les râles et les hérons. M. Grandidier ajoute plus loin que, suivant les récits des indigènes, quand les nids des mesites, placés presque toujours sur des terrains bas, sont envahis par l'eau, le père et la mère les traînent eux-mêmes jusqu'à un endroit où l'inondation ne peut les atteindre; si quelqu'un s'avise de prendre leurs petits, les parents l'accompagnent jusqu'au village. Cette affection pour leur progéniture a fait considérer les mesites par les Betsimisarakas comme des oiseaux sacrés; car, disent les indigènes, ils agissent en cela comme des êtres humains. Il n'y a qu'une espèce de mesites; mais les deux sexes n'ont pas le même plumage ; l'un est bigarré et l'autre est unicolore ; ils portent le nom bizarre de roatelo (deux trois).
IV. — Les quatre familles de l'ordre des Hérons ont toutes des représentants à Madagascar qui compte vingt-cinq espèces appartenant aux véritables hérons, aux cigognes, aux spatules, aux ibis et aux llainants; mais surtout aux hérons, au genre Ardea, qui est en somme le genre le plus abondant en espèces de toute l'île.
1^ Comme le remarque M. Grandidier, les côtes de Madagascar sont particulièrement favorables à des oiseaux tels que les hérons, à cause des nombreuses localités qui ont des estuaires entourés d'arbres. Quelques-unes des espèces, qui sont regardées comme sacrées par les indigènes, sont moins craintives que ne le sont les mêmes oiseaux en Europe. D'autres, par contre, sont très farouches et se laissent difficilement approcher. Par leurs habitudes, ces hérons de Madagascar ont une grande analogie avec leurs congénères d'Europe et d'Afrique; ils vivent de poissons, de mollusques et de crustacés, les grandes espèces dévorant des reptiles, des petits oiseaux et des petits mammifères, tandis que les espèces de moindre taille sont insectivores. On les trouve par compagnies renfermant plusieurs espèces différentes, établis sur des arbres qui surplombent l'eau ou en sont proches ; il leur arrive de rester longtemps ainsi dans la plus parfaite immobilité. Quelques hérons paraissent très communs, comme les hérons cendrés au cou noir, les bérons pourpres, les hérons aux ailes blanches, les garzettes et quelques autres espèces, surtout la petite aigrette blanche. D'autres au contraire, comme le héron nain, le héron de nuit, l'aigrette d'Ida, semblent très rares et n'ont été vus qu'une fois par M. Pollen ; il en est même d'autres qu'il n'a point rencontrés du tout. On doit dire que M. Pollen n'a parcouru que le Nord et le Nord-Ouest de Madagascar. 11 y a de considérables différences de taille et de plumage parmi les hérons. Le
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plus commun des liéions, pcMil-rtrc uwww le plus i-ouiarquahlc oiseau de Madagascai', c'est l ai^rctte hlanclie ou voronipolsy (oiseau blanc). Partout où des troupeaux de bétail sont en pâturage, dans n'importe quelle partie, on les voit en nombre proportionné à celui des bœufs qu'ils suivent pour se nourrir des larves d'insectes qui infestent leur cuir et les tourmentent sans cesse. Ces aigrettes se perchent sur leur dos et les purgent ainsi de leurs parasites, qui deviennent parfois aussi gros qu'une prune et amènent quelquefois un tel épuisement que les animaux en meurent, car les indigènes, avec leur insouciance habituelle, ne s'en inquiètent pas et ne cherchent pas à débarrasser leur bétail de la vermine. Il n'est donc pas étoimant que des oiseaux aussi utiles (pie les vorompotsys, soient tenus en grande estime par les Malgaches et soient même presque vénérés comme les agents de dieu, Zanahary, et c'est avec le plus grand déplaisir qu'ils voient les étrangers en tuer; quant à eux-mêmes, ils croiraient commettre un sacrilège, s'ils leur faisaient la chasse ou le moindre mal. Aussi, ces oiseaux n'ont-ils aucune peur de l'homme et se laissent-ils approcher de très près par lui. Ils ne quittent le bétail que vers le soir, quand les bœufs vont à quelque pièce d'eau pour se baigner. Au coucher du soleil, ils s'assemblent par troupes d'au moins cinq cents et se perchent sur les arbres des bois environnants, qu'ils quittent à l'aurore pour retourner à leurs troupeaux.
Depuis que les lignes précédentes ont été écrites, M. W. Wilson m'a envoyé de Mandridano la note entomologique suivante, qui est en même temps une critique des récits de M. Pollen sur les tiques du bétail et sur l'aigrette blanche.
« Ces oiseaux suivent les troupeaux de bétail indubitablement pour béqueter les tiques qui se trouvent toujours en abondance sui' les vaches et les bœufs malgaches. Mais je suis fort porté à croire que les propriétaires de ces troupeaux ont peu de confiance dans les aigrettes pour la destruction du fléau. L'explication est assez simple.
« On trouve deux espèces de tiques sur le bétail : la première, « kongompotsy » ou « tique blanche », est d'une couleur fauve avec une peau d'apparence molle. Elle pénètre sous le cuir et suce le sang, se développant et atteignant une taille énorme; quelquefois, mais pas souvent, elle devient aussi grosse qu'une prune. C'est une tique très inoft'ensive, qui dépose ses œufs à la surface de la peau sous le poil. Si elle n'est pas repoussée par la langue de la vache, ni béquetée par le vorompotsy dans les champs, quand le troupeau est de retour dans le parc, elle tombe d'elle-même, n'ayant pas la force, quand elle est repue, de rester attachée à la peau. L'autre tique « kongompisaka », ou « tique plate » (vraisemblablement appelée ainsi parce qu'elle s'aplatit et se loge sous la peau), est totalement différente. Son corps est d un rouge brun, avec des points grisâtres tout autour du ventre, sa peau est très dure; aussi cet insecte est-il difficile à tuer. Ses mandibules sont petites, mais excessivement puissantes : cette tique accroche ses pattes dans la chair de sa victime, et, si elle n'est point dérangée, elle arrive à enfoncer èon corps presque tout entier, afin de déposer ses œufs sous la peau, ce qui produit une tumeur grave et douloureuse.
(;i IDK DK L'niMIGIîAM A MADAGASCAR.
c( L'animal sur lequel elle s'est atlaebée devient complètement à sa merci et est impuissant à s'en débarrasser. 11 faut, pour Textraire, des doigts vigoureux et une certaine habileté, tant elle est tenace; celui qui n'est point exercé aggrave bien souvent le mal en saisissant la tique par le ventre et laissant la tète dans la chair, ce qui détermine une grande inflammation. Les gardiens de troupeaux, dans le Mandridrano, ont cette habitude dégoûtante de les tuer en les mâchant. De cette façon, disent-ils, on est sûr que la tique est morte! L'extraction de ces petites bètes est très douloureuse et, tandis que le bœuf se tient tranquille lorsque les tiques blanches sortent de sa peau, il donne de violents coups de pied et coups de tète à celui qui veut lui (Mer les tiques plates.
« Si un propriétaire fait cas de son bétail, il fait extraire souvent les tiques de ses troupeaux, ce qui est l'occasion de léjouissances et de fêtes pour la famille. On choisit, pour cette opération, un jour propice, heureux. On ne s'occupe pas du tout de la tique blanche, mais de la « plate », la seule qui fasse un tort considérable aux animaux.
« Ma conclusion est donc celle-ci : c'est que les aigrettes blanches ont une valeur insignifiante comme destructeurs de tiques, puisque ce qu'elles font n'a aucune utilité; elles arrachent la ticpie blanche qui est inofVensive et indlement redoutée par les indigènes ])uis(pi"elle toud)e d elle-même, lorsqu'elle est repue; mais aucun animal, pas même l'aigrette au bec si efdlé, n'essaye d'arracher la ti(jue })lale sui' le dos des buMifs. Les indigènes sont, du reste , assez fi iands de l'aigrette, (pi'ils attrapent au piège en quantité, de même (|ue tous les hérons. Il y a quelques années, étant allé à Ambohimanga, un jeudi, jour de marché, j'obsei vai une véi itable luiée de ces aigrettes, au n()iid)i'e de trois ou (piatie cents. Elles s'assemblèrent, au coucher du soh^il, sur un spacieux lancty ou vaste teriain découvert. Après un repos de quebpies minutes, l'une d'elles prit son essor, sans doute pour donner le signal, et elle fut aussitôt suivie par la bande tout entière, qui prit l(Mitement la (lir(M*tion du Noid et alla percher pour la nuit sur les arbres cpii se trouvent au Nord-Ouest de la ville. Là, ces oiseaux étaient protégés des vents froids du Sud-^]st par la colline, et on les voyait à une distance considérable, formant sur les arbres un vaste manteau blanc ; ils semblaient venir des marais d'Anosinandriana, qui sont situés à l'Ouest et où ils prennent une nourriture aquatique, ce qui prouve qu'ils ne sont pas toujours en compagnie des troupeaux. C'est seulement pendant les mois d'hiver qu'ils allaient à Ambohimanga; durant la saison chaude, ils ne quittaient pas la plaine découverte. »
Outre son nom très répandu de voronipotsy, cette aigrette a une quantité de noms provinciaux, dont quelques-uns ont trait à ses habitudes de suivre le bétail, comme voronaombij (l'oiseau des bœufs) et hmgoroaomby (le héron des bœufs), et d'autres à sa couleur, comme voronkotsy et peutêtre sikolry; kitandrij (le gardien) et kiraka, qui signilie « aller après quelque chose dans une foule », rappellent ses mœurs.
Comme son nom le dit, le plumage de cette aigrette est d'un blanc très pur; mais les petites plumes qui sont sur la tête ont plutôt une couleur