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dans certaines parties de l'île. Il vit sur les lars (ît rivières, où on le lroii\(; en compagnie de sarcelles, également très nombreuses. Suivant les Anlankaranas, ces oiseaux sont en quantités considérables surtout de janvier à mars, lorsque les pluies, qui tombent abondamment pendant cette période, translbrment les vallées et terres basses en lacs et marécages. Les indigènes les attrapent au moment de la mue, ou tout au moins quand ils sont tout jeunes, afin de les élever dans leur basse-cour : ils établissent sur les l;ics des cordes s'entrelaçant, au-dessous desquelles pendent, à la surface de Teau, de nombreux pièges, et les canards se prennent en nageant. Par ce procédé, les Malgaches capturent, pendant la saison des pluies, de grandes quantités de gibier d'eau qui leur fournit une alimentation plus délicate que le canard ordinaire. Les Sihanakas usent des mêmes stratagèmes pour s'emparer des oiseaux aquatiques. Le tsiriry [Dendrocijgna viduata), qui est conmiun à l'Amérique tropicale et à LAfrique, est très répandu à Madagascar, aux Comores et dans les petites îles avoisinantes. Dans le Nord-Ouest on voit des centaines de ces sarcelles sur le rivage de la mer, mêlées à des milliers d'autres oiseaux aquatiques. Il est très difficile de les prendre par surprise car elles nagent et plongent avec une grande rapidité, et volent de même. Leur cri aigu et sifflant, qu'elles font entendre sans cesse en volant, consiste dans les syllabes « pysouy, pysouy ». Elles s'attachent très vite à l'endroit où elles sont nourries; par exemple, celles qu'on garde dans le jardin d'acclimatation de Saint-Denis, à l'île de la Réunion, sont parfaitement libres et, bien que, chaque soir, elles ne manquent pas de se rendre au bord de la mer, elles reviennent tous les matins au vivier où on les nourrit. Cet oiseau construit son nid sur les collines, dans l'herbe, et, dès que ses petits ont brisé leur coquille, il les conduit à l'eau. C'est certainement le palmipède le plus commun. Partout, dans l'Est, le Centre et l'Ouest, sur les marais et les étangs, on les voit en très grand nombre, souvent plus de cinq cents ensemble. C'est probablement à cause de leur multitude qu'a été donné à un district de l'Ouest le nom de Betsiriry (beaucoup de sarcelles). Dans certaines provinces de Madagascar, notamment suV la côte occidentale, on l'appelle vivy.
Le Nettapus auritus, a un vol pesant; moins agile que ses congénères, il est cependant bon nageur et est un excellent plongeur, restant tout le jour sur l'eau, sauf pendant le plus fort de la chaleur, où il perche sur les arbres. Excessivement défiant, au moindre signe alarmant, il plonge tout d'un coup pour ne reparaître qu'à une distance considérable, ce qui le rend très difficile k attraper. M. Cory dit cependant : « De tous les canards que je connais, c'est le plus difficile à tuer, à cause de la vitesse de son vol. » M. Wilson ajoute : « Son vol est rapide; quoi qu'il en soit, on a beaucoup de peine à le tuer. » On connaît le Nettapus, dans certaines provinces de Madagascar sous le nom de vorontsara (bel oiseau) ; [à Itasv, on l'appelle plutôt talatsinj et, dans l'Imerina, voronandriana (oiseau roval). Ce dernier nom lui a sans doute été donné à cause des riches nuances du plumage de son cou et de son corps.
Finissons par une autre remarque, de M. Wilson : « Le faralamhotra, ou canard sauvage au bec rouge (Anas erythrorhyncha), est peut-être de tous
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les canards celui qui a la chair la plus délicate ; il reçoit quelquefois l'appellation de sadakely, mais probablement par ignorance plutôt que pour une autre raison. Ces oiseaux sont spécialement recherchés autour de Tananarive pour la table de la Reine; ceux qui sont destinés à lui être servis doivent avoir été tués avec de petits lingots en fd de fer et non avec du plomb, dont elle pourrait avaler un grain par accident et ainsi s'empoisonner. »
D'après M. Gowan, les nombreux lacs de la province bara, surtout dans la vallée d'ihosy, sont le séjour de prédilection des hérons, des canards, des grèbes et des râles.
Dans un de ses écrits, M. Baron donne, sous leurs noms indigènes, une liste d'au moins trente-quatre oiseaux aquatiques que l'on trouve sur le lac Alaotra, dans la province d'Antsihanaka. Sur ce nombre, près de la moitié n'ont pas encore été identifiés. Au petit musée du collège de la « London Missionary Society », à Tananarive, il y a, parmi la collection d'œufs d'oiseaux malgaches, une série de quinze œufs recueillis dans TAntsibanaka et (pii viennent presque tous du lac Alaotra; ce sont ceux de Ymujaha {Anas melleri], de Vara (Sarcidiornis melanotus), du lahia (Dendrocijgna major), de la tsirlry (Dendrocygna viduata), du voronisara {Nettapus auriius)y de Yonjo (canard sauvage), du voanfsiona (?), du kazazaka (?), de ïotrika (foulque ou poule d'eau), du talevana [Porphyrio smaragnotus), du vivy (Podiceps Pelzebiii), du kcokeoka (?), du vorompotsy (Ardea biilbulcus),i\ii ravarava (Rhynchœa capensis) et toloho [Centropus madagascariensis). La plupart de ces œufs sont blancs; deux ou trois sont d'un brun paie, tandis que ceux de la ravarava (bécassine peinte) sont bruns mouchetés de noir. Ceux de Vangaka, de Vara et de Vonjo sont gros comme ceux d'une poule. L'œuf de la grèbe est petit, mais long et pointu. Celui du toloho a un pouce de long, il est à peu près sphérique et d\m blanc très pur.
Parmi les noms indigènes de ces oiseaux, beaucoup semblent être une imitation de leur cri perçant. Par exemple : angaka et akaky (canard sauvage de Meller), raliaky (canard sauvage au bec rouge), voronkoika {Nettapus aurilus), tsiriry et vivy D'autres noms se rapportent à leur extérieur; comme fotsîelatra ou aux blanches ailes (canard sauvage au bec rouge); vorontsara ou bel oiseau (Nettapus), encore appelé maroampinga [(beaucoup de boucliers) et soafify (aux belles joues); cette dernière appellation a été aussi donnée à la sarcelle hottentote; enfin maheriloha [k la tête puissante) au canard plongeant [Thalassornis leuconota). Quelques qualifications au canard aux ailes blanches semblent se rapporter à l'apparence nue de son corps, car l'une d'elles signifie « qui mue » et une autre « qui est déplumé ». Beaucoup d'autres noms sont obscurs dans nos connaissances actuelles du malgache provincial.
Un canard d'assez petite espèce qui fréquente le lac Itasy est connu par les gardes-chasse de la reine, près de Tananarive, sous le nom de tafiotra\ mais, à Itasy on l'appelle andrandra (c'est probablement le Thalassornis leuconota). C'est un petit canard d'une couleur rouge-brun,
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bigarré de noir sur la poitrine, avec une apparence trapue très drôle. On peut se le procurer sans peine. Les indigènes iiTont raconté (pi(; la l'eiiiclh; a (pielque difliculté à pondre ses œufs, (jui sont très gros en proportion de la taille de son corps; il paraît (pi'au passage de l'œuf l'oiseau p(!rd tout sentiment et, si l'on arrive juste à temps, on peut prendre à la main la cane inanimée sur son nid. Cette particularité a rendu l'oiseau sacré pour toutes les femmes indigènes, qui s'imagineraient devoir éprouver de send)lal)les difficultés pour l'accouchement, si elles mangeaient sa chair.
M. Mackay dit aussi : « Entre tous les oiseaux du lac Alaotra, c'est le tafiotra qui pond les plus gros œufs. Ce canard est généralement qualifié d adaladala (le fou), car il ne prend pas son vol avant qu'on soit tout près de lui; il est par conséquent facile à tuer. 11 est d'ordinaire gras et dodu, sa chair est excellente (nous en parlons par expérience). Tout le monde s'accorde à dire qu'il tombe torana (sans connaissance) en pondant ses œufs. Il y a cependant des personnes qui nient formellement ce fait. »
IL — Les trois familles du neuvième ordre d'oiseaux, qui comprennent les frégates, les phaétons et les pélicans proprement dits, ont toutes des représentants à Madagascar. Les premiers cependant étant des oiseaux de pleine mer, il serait plus correct de dire qu'ils habitent les alentours de la Grande île.
1*^ La seule espèce de frégate qui fréquente les côtes de l Ouest et du Nord n'est pas rare sur les mers qui entourent l'île de Madagascar. On voit presque toujours cet oiseau voler à de grandes hauteurs, souvent isolé. Quelquefois, pourtant, il va par compagnies de douze, planant et décrivant dans l'espace d'immenses courbes. Les frégates sont devrais pirates, qui vivent aux dépens des autres oiseaux pécheurs, forçant ceux qui sont plus faibles qu'eux à livrer le poisson qu'ils ont pris; néanmoins, ils se livrent aussi quelquefois à la pèche en se précipitant furieusement, comme les mouettes, sur les poissons quand ils apparaissent à la surface de l'eau. D'après les dires des indigènes, ils font leurs nids dans les crevasses de rochers et ne pondent qu'un œuf.
2" Il a été fait à Madagascar peu d'observations sur les deux espèces de phaétons ou paille-en-queue qui habitent les mers aux alentours de Tile. Dans leurs habitudes et leur apparence, ils ne diffèrent pas de celles qui vivent dans l'Océan. Jusqu'à ce jour, aucun nom indigène ne leur a été donné, non plus qu'à la frégate dont nous venons de parler. M. Pollen, qui a étudié les phaétons blancs si communs à l'île de la Réunion, dans les rochers élevés qui forment un vaste rempart tout autour, donne beaucoup de détails sur ces oiseaux.
Le paille-en-queue blanc vit en couple ou solitaire, s'élevantà de grandes hauteurs dans l'air et se tenant le long de la côte aussi bien que sur la mer. S'il faut en croire les marins, cet oiseau ne s'éloigne jamais à plus de cent lieues de la terre. Son vol est rapide, mais souvent interrompu par de légers battements d'ailes. Aperçoit-il quelque poisson à la surface de l'eau, il fond dessus comme une flèche, plongeant quelquefois à une grande profondeur. Quand il a saisi sa proie, il remonte par quelques puissants coups
d'aile, puis il l'avale, rasant dans son vol la surface de la mer. Ces oiseaux font leur nid, à l'île de la Réunion, dans les fissures et les crevasses des rochers à pic qui entourent la côte. Au mois de mars, ils pondent sur un lit de quelques plumes un seul œuf, qui est de la grosseur de celui d'un corbeau, et qui est de forme ovale et rouge brun ; les crevasses étant très étroites et profondes, on a beaucoup de mal à se procurer le nid; il y a cependant quelques personnes hardies qui osent aller chercher les nichées des jeunes oiseaux. Elles s'attachent avec des cordes dont l'extrémité est tenue en haut des précipices par leurs compagnons. Les oiseaux défendent leur nid avec courage, faisant souvent à coups de bec de graves blessures à leurs ravisseurs. On dit qu'ils restent toute la nuit sur leur nid, ne le quittant qu'au lever du soleil pour aller pêcher au large et y retournant vers le milieu du jour pour y rester jusqu'au lendemain.
3*^ La troisième famille de cet ordre comprend une espèce de pélicans, deux de cormorans et une de fous.
Le cormoran africain fréquente les rivières de la côte Ouest, perchant là, comme ailleurs, sur les branches mortes des arbres qui sont sur le bord. De cet endroit, il épie la surface de l'eau et fond avec la rapidité d'une flèche sur tout poisson qui apparaît. Il n'est pas du tout craintif, et on l'approche facilement assez près pour le tuer. Il n'en est pas de même quand Toiseau est sur l'eau, car il nage et plonge avec rapidité, restant très longtemps avant de revenir à la surface. Les Sakalaves donnent à cet oiseau le nom de renivoay (mère ou gardien des crocodiles), car ils prétendent qu'il agit à l'égard de ces reptiles comme une sentinelle et ils disent que, si l'on voit un de ces oiseaux perché sur un arbre près de la rivière, on peut être certain de voir des crocodiles à peu de distance. Ce cormoran a encore d'autres noms analogues, comme sakaizamboay (l'ami des crocodiles) et arondovy (le gardien de l'ennemi), le crocodile étant l'ennemi par excellence de tous les êtres qui vivent à Madagascar. Il est encore qualifié de vorompisaky, signifiant probablement « l'oiseau qui tire sa proie de l'eau », et de famakiangaty (casseur de coquilles). C'est un oiseau plus gros et plus rare que son congénère.
L'autre espèce, « le manarana au ventre noir » (Plotns melanogaster)y présente ce fait curieux qu'elle ressemble exactement à celle qu'on trouve aux Indes et diffère de celle de l'Afrique. C'est un exemple des affinités orientales dont la faune ornithologique malgache fournit de si nombreux cas. En ce qui concerne son mode de vivre, sa nourriture et les lieux qu'il habite, cet anhinga ressemble au cormoran que nous venons de décrire, avec cette différence qu'il est plus craintif, plus rapide dans son vol et qu'il plonge plus adroitement. Il porte le nom de renivoay comme lui. Ces oiseaux sont remarquables par leurs cous longs et flexibles qui leur donnent toute facilité pour attraper les poissons. D'ordinaire, ils vont isolément, le cou recourbé en forme d'S, mais il y en a toujours quelques autres à peu de distance. Quand ils ont saisi un poisson, les cormorans et les anhingas le lancent en l'air et le rattrapent toujours la tête en avant.
Dans le chapitre précédent sur les ibis, nous avons fait observer que le
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mot manarana semble être un nom générique, appliqué à plusieurs espèces différentes. M. W. AVilson dit : « Ce nom n'a pas, que je sache, été donné à un autre oiseau que le cormoran d'Afrique, au moins à Itasy et dans tout le district à vingt milles autour du lac. Le cormoran est glouton et facile à tuer; rarement on le trouve avec l'estomac vide. On peut l'élever sans peine en cage, mais il ne vit que de poisson. »
Quant aux fous, M. Grandidier dit qu'on les voit par groupes de huit à dix péchant ensemble. Ils sont souvent attaqués par les frégates et forcés de lâcher jeur proie au profit de ces oiseaux plus puissants. Les fous construisent leurs nids et élèvent leur progéniture dans les petites îles des mers avoisinantes.
m. — Le dixième ordre, suivant la classification de M. R. B. Sharpe, est celui des oiseaux de mer proprement dits, aux ailes puissantes. Il est représenté à Madagascar par une vingtaine d'espèces d'hirondelles de mer, de nigauds, de mouettes et de pétrels. Nous en parlerons brièvement, car ils ne différent pas des oiseaux de mer, répandus sur toute la surface du globe, qui ont été décrits dans tant de livres de voyages et d'histoire naturelle.
L'hirondelle de mer rosée est très commune, paraît-il, sur les îlots et bancs de corail de l océan Indien. On trouve la grande hirondelle en quantités considérables dans les petites îles, telles que Tromelin, Aldabra, Juande-^'ova et autres. L'hirondelle de Panay semble être très rare dans les eaux de Madagascar. Le nigaud vient, dit-on. par milliers, habiter les falaises et les rochers de la Réunion à certaines époques. M. Cory a constaté que l'hirondelle grise à téte noire, aux pieds et au bec rouges de corail, est très commune en Imerina, notamment sur un étang situé près d'Ambohimanga, où il en a tué. Elle est aussi très commune autour du lac Itasy, à l'ouest de la capitale, où on la connaît sous le nom de kaonkaona, mot qui signifie « hurlement, glapissement », et, dans l'Antsihanaka, où M. Grandidier en a tué. Les Sakalaves ont appliqué à tous ces oiseaux un nom général qui est samhé\ M. Pollen affirme que ce mot n'est autre que le malgache sainho (bateau), appellation qui serait due à ce que ces oiseaux se tiennent souvent sur mer perchés sur les navires. Je serais cependant porté à croire que les deux mots ne sont pas identiques ; mais je n'ai point d'autre solution à donner.
On compte environ douze espèces de mouettes et neuf de pétrels sur les mers qui entourent Madagascar. Mais il est difficile de donner leur nombre exact et des noms justes au point de vue scientifique, sans avoir une connaissance plus approfondie des côtes de l'île entière. La mouette à téte noire ne se trouve pas seulement sur la côte, mais encore assez loin dans l'intérieur, par exemple sur le lac Alaotra, dans la province d'Antsihanaka, et sur la rivière Mangoka. Une autre espèce a été tuée dans le voisinage de Tananarive. Le nom commun des mouettes qui fréquentent le lac Itasy est holokoîoka ; quelques personnes disent que c'est une imitation de leur cri particulier; mais il se rapporte plutôt à leurs habitudes, puisqu'il signifie « rusé, fourbe, trompeur ».
IV. — Le dernier ordre d'oiseaux, celui des plongeurs, ne nous retiendra pas plus longtemps que le précédent, car Madagascar n'en contient qu'une
seule espèce, une petite grèbe (Podiceps Pelzelnii) qui paraît presque idenique à l'une de celles qui vivent en Europe, en Afrique et dans une partie de IWsie. Elle est très commune partout où il y a des étangs ou quelque piè<:e d'eau douce. C'est là qu'on peut la voir nager, plonger au moindre signe d'alarme, et réapparaître au bout d'une minute ou deux à une distance considérable. Les Malgaches la connaissent sous le nom de vivy, qui doit être une imitation de son petit cri plaintif. La Dendrocygna vida cita a reçu la même appellation dans l'Ouest de l'île. Cette grèbe est encore appelée voromboatavo (oiseau-calebasse) ; mais je ne saurais dire pourquoi.
Y. — La revue des oiseaux, qui habitent les forêts, les plaines, les rivières et le littoral de Madagascar, est terminée. 11 reste quelques mots à ajouter sur deux ou trois espèces d'oiseaux aujourd'hui disparues, mais qui, à une époque antérieure peu reculée, habitaient cette île.
On sait que les terres et les vastes îles de l'hémisphère austral sont ou ont été le séjour d'oiseaux remarquablement gros et curieux. Ainsi, il y a l'autruche dans l'Afrique australe, le casoar et l'émeu dans la Nouvelle-Guinée et l'Australie, l'aptéryx dans la Nouvelle-Zélande, oiseaux qui tous vivent encore. Autrefois, il y avait dans la Nouvelle-Zélande également l'énorme moa ou dinornis, disparu seulement au siècle dernier.
Dans les îles Mascareignes on voyait quelques espèces de gros râles, qui n'ont disparu que depuis l'arrivée des Européens (en 1505). Enfin, il est évident que Madagascar aussi, l'une des plus grandes îles qui soit au sud de l'Equateur (après l'Australie), a été habité par de gros oiseaux apparentés avec les casoars et les moas ou dinornis.
Au cours de l'année 1850, M. Abadie acheta dans le Sud-Ouest de Madagascar, à Androka ou port des Masikoro (Machicora), les premiers œufs d'un très gros oiseau et quelques petits fragments d'os brisés de son squelette ; cette découverte excita vivement l'intérêt des naturalistes. Dans la suite, d'autres œufs furent trouvés et, en 1867, M. Grandidier découvrit dans la mare d'Ambolisatra (côte Sud-Ouest) le tibia, le fémur, le péroné, le tarso-métatarsien et quelques vertèbres de ce même oiseau. Après un examen de la forme et de ia structure de ces portions du squelette, iMM. Milne-Edwards et Grandidier acquirent la certitude qu'elles appartenaient à une espèce assez voisine du moa ou dinornis de la Nouvelle-Zélande. L'œuf est d'un volume supérieur à celui de tous les œufs connus ; l'axe le plus long n'a pas moins de trente-sept centimètres et le plus petit en a vingt-sept, tandis que l'œuf de la plus grosse autruche connue n'a que dix-huit centimètres de long sur quinze de large. Comme capacité, l'œuf malgache représente environ six œufs d'autruche et cent cinquante œufs de poule.
L'oiseau colossal de Madagascar fut appelé par Isidore Geoffroy-Saint- Hilaire J^pyomis. 11 avait la taille de la plus grosse autruche, environ trois mètres; mais ses formes massives et ses pattes énormes en font un type bien spécial : il était incapable de voler. M. Grandidier a découvert aussi en 1867 les ossements de deux autres espèces d'aq^yornis plus petites: l'une ayant la taille du casoar et Lautre celle de l'outarde. Tous les «ros œufs
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ont été trouvés entre la rivière Mandrary et Morondava ; les fra<^nnents d'œufs, dépaisseur variable et par eonséipicnt provenant de diverses espèces, sont communs dans tout le Sud ; mais il est rai-e de trouvei- des œufs entiers, qui ont une grande valeur en Europe. 11 est indubitable (jue des recherches minutieuses faites dans le sud, dans le centre et dans l'ouest de Madagascar seraient très fructueuses.
A présent, il est impossible de dire exactement à quelle époque ces grands oiseaux malgaches disparurent. Néanmoins, M. Grandidier croit qu ils existaient à une époque très récente, puisqu'on trouve leurs débris dans les coucbes de dernière formation, dont le développement se continue jusqu'au jour présent et qu il a vu sur quelques-uns de leurs os des entailles très nettes faites avec des instruments coupants. Ils ont donc vécu après que l'homme est venu habiter Madagascar, mais il n'y a, ni chez les Hovas, ni chez les autres peuplades de Tîle, aucune tradition qui puisse jeter quelque himière sur ce sujet : il est toutefois probable que l'intervention de l'homme a contribué a leur complète disparition, intervention qui a marché de pair avec l'influence lente du climat et d'autres changements.
D'après quelques écrivains, les étranges histoires qu'on trouve dans les Nuits (V Arabie sur l'énorme oiseau appelé roc ou l'ukh, qui pouvait enlever un éléphant dans ses serres et obscurcissait l'air en volant, auraient été suggérées par l'existence de ces immenses œufs d'aepyornis venus de Madagascar*. On peut se rendre compte cependant, en observant la structure de ses pieds, que l'œpyornis n'avait pas de serres, mais seulement trois doigts et qu'il n'était même pas capable de prendre une souris dans ses pattes, et il est certain qu'il ne pouvait voler même à un mètre de terre".
VI. — Pour terminer cette notice sur l'ornitholouie de Madagascar, nous allons donner quelques détails sur les oiseaux qui ont été introduits et domestiqués dans Tile par l'homme, en même temps que quelques-uns des proverbes qui y ont trait. Les plus notables additions faites à la faune indigène de Madagascar sont : la poule, le canard ordinaire, le canard de Barbarie, l'oie et la dinde. Le canard de Barbarie, quoique assez abondant, est moins
1. On sait aujourd'hui que le rukh des Arabes était, non pas un oiseau, mais la personnification des grands et dangereux météores auxquels les marins sont exposés dans l'océan Indien et la mer de Chine (voir V Histoire de la Géographie de Madagascar d'A. Grandidier. p. 28 à ."!).
2. Depuis que ce travail est écrit, on a lait d'importantes découvertes paléontologiques à Madagascar. MM. Muller, Samat. Grevé, Rosaas. Last. Forsyth Major ont envoyé en Europe des ossements de plusieurs espèces nouvelles de ces oiseaux géants. MM. Andrews et Burckhardt en ont chacun décrit une (.Ep. titan et .Ep. Hildebrandti : mais MM. Milne-Edwards et Grandidier en ont décrit, en outre des trois Lt,p. maximus, ,Ep. médius, .Ep. modesties), qu'ils ont fait connaître en 1869. quatre nouvelles en 1894 (^£p. mulleri, .Ep. cursor, .Ep. leiilus et surtout .Ep. iiigens). .Mêlés aux ossements de ces a-pyornis à pattes larges et massives. MM. Milne-Edwards et "Grandidier en ont trouvé d'autres provenant d'oiseaux à pattes plus fines et ressemblant davantage par leurs proportions aux casoars de la Nouvelle-Guinée et aux aptéryx de la Nouvelle-Zélande, et ils ont établi pour eux le genre Mullcrornis. dont ils ont décrit trois espèces : 3/. betsilei, .17. agilis et M. rudis. Leurs études les ont amenés à la conclusion que ces oiseaux géants fréquentaient les bords des eaux et que. s'ils ne nageaient pas. ils se tenaient au milieu des roseaux bordant les lacs ou les rivières. — Cette année même, M. Guillaume Grandidier, 'qui a fait des fouilles sur la côte Ouest entre Morondava et la baie de Saint-Augustin, a découvert, entre beaucoup d'autres nouveautés paléontologiques intéressantes, plusieurs pièces du squelette, encore inconnues, de V^pyornis ingens qui est de beaucoup le plus gros de tous les aipyornis et de tous les oiseaux.
commun que les autres volatiles qui sont largement répandus dans tout le pays et constituent des ressources précieuses pour son alimentation. Presque chaque ferme de l'île a sa basse-cour, et dans les provinces de l'intérieur on élève de grandes quantités de canards et d'oies, non seulement pour les besoins personnels, mais encore pour être envoyés et vendus aux navires étrangers qui fréquentent la côte.
Les Malgaches appellent le canard de Barbarie dokotra, par corruption du mot canard en anglais (cluck). Il semble prospérer, quoique, comme on l'a déjà remarqué, il ne soit pas aussi abondant que les espèces plus communes.
L'élevage de la dinde se propage de plus en plus à Madagascar; c'est, en effet, un oiseau fort estimé; son nom indigène de vorontsiloza est bizarre, car il signifie mot à mot « oiseau qui n'est pas sauvage » ; il a dû recevoir ce nom de la façon suivante : lors de son introduction, son fort gloussement, sa crête et ses barbes d'un rouge brillant ont alarmé la population qui a cru que cet oiseau était sauvage, vorondoza; mais elle s'aperçut bientôt qu'il n'était nullement à craindre, et on lui donna alors la qualification de vorontsiloza (oiseau qui n'est pas sauvage). Un proverbe malgache dit : ft Le vorontsiloza n'est pas sauvage et il est tranquille; mais il est assez méchant quand on le prend ». Un autre dit : « Ne vous pavanez pas comme la dinde, qui, si l'on siffle, déploie ses ailes ». Un autre encore donne la description de son extérieur et de ses habitudes en ces termes : « Ne faites pas comme la dinde : elle seule, bien que n'étant pas une fille, traîne sa robe sur la terre; elle seule, bien qu'il n'y ait pas de combats de taureaux, pousse des huées et des acclamations; elle seule, bien qu'elle ne soit pas une princesse, porte un collier de corail; elle seule, bien qu'elle ne soit pas un tambour, fait un terrible tintamarre ».
Les oies abondent également dans presque tout Madagascar ; elle sont bon marché et constituent une excellente nourriture. On les connaît dans l'imerina sous le nom de voromhé (gros oiseau), h cause de leur taille, et aussi sous celui de cjisa.àn pluriel du nom anglais « geese, oies ». Les Sihanakas élèvent des oies et des canards en très grande quantité, et ils offrent toujours des oies, dont ils ont d immenses troupeaux, soit vivantes, soit mortes, aux étrangers en signe de bienvenue. Les plumes d oies qui peuvent être employées pour écrire forment une partie du tribut que payaient les Sihanakas au souverain hova. Deux proverbes peuvent être ajoutés ici, par exemple : « Gros oiseau [vorombé), petit œuf ». « Un jars mangeant le riz qui pousse », pour dire : celui qui fait grand tapage en s'emparant du bien d'autrui, qui, comme l'oie, se donne des airs en mangeant, ce qui n'est pas convenable. Cet oiseau est un mets favori pour la basse classe malgache, qui s'en régale aux époques de réjouissances et lors de la moisson. Le passage suivant fait ressortir sa valeur comparée à celle de la poule : « Tuer une poule, c'est très bien; mais tuer une oie, c'est une faiblesse (une trop grande largesse d'hospitalité). »
Le canard est moins répandu dans l'intérieur de Madagascar que ne le sont les poules et les poulets, dont on élève des quantités considérables dans les districts marécageux. Dans Tlmerina, on l'appelle \c vorombazaha (oiseau de
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Tétranger), sans doute à cause de son importation relativement récente; Dans d autres parties de l île, on le connaît sous les noms de drakidraJiy et de ganiagama ; le premier est sûrement et le deuxième probablement une imitation de son cri nasillard. Les Malgaches font un bon nombre d'hybrides en croisant le canard de Barbarie avec le canard commun; on les qualifie de sarindokotra (imitations de canards). Voici les proverbes qui se rapportent à cet oiseau : « Bouche mince et aplatie, comme celle d'un canard »; « Faites comme le canard; le canard qui conduit les autres est celui qui crie le moins » ; « Les canards font du bruit, et les grenouilles sont effrayées » ; « S'il faut tourner la tête en arrière, c'est le canard qui attrapera quelque chose le premier » ; « Comme un canard couché sur le dos, ses pieds sont plats et minces; tourne-t-il la téte, son bec apparaît aussi plat et mince. »
La poule domestique n'est pas moins importante et précieuse pour les Malgaches ; on en élève partout, et les indigènes rappellent akoho, mot qui primitivement devait être une onomatopée, bien qu'il semble avoir une connexion intime avec le souahili kuku. Il est indubitable qu'elle fut importée dans le pays à une époque très reculée. Les nombreux mots, formes verbales et noms composés, tirés de celui de cet oiseau, aussi bien que les nombreuses allusions qui y sont faites dans les superstitions, léojendes, discours et proverbes indigènes, attestent la valeur qu'a la poule pour les Malgaches. Dans la plus complète collection de proverbes malgaches qui ait été publiée jusqu'à ce jour, il y en a plus de quatre-vingt-dix qui ont trait aux poules, coqs ou poulets; plusieurs aussi se rapportent aux œufs. Nous allons en citer quelques-uns ; le premier se rapporte aux poulets : « Un poulet boit de l'eau, observe ce qui est sur la terre, mais il regarde aussi vers les cieux ». L'anxiété d'une poule qui élève une couvée de canetons est exprimée en ces termes : « Une poule a couvé des canetons; glousse-t-elle après eux, ils ne l'écoutent pas ; les laisse-t-elle aller seuls, ils sont des enfants désagréables ». D'autres s'expliquent d'eux-mêmes : « Un poussin est tombé dans un fossé; il fait tous ses efforts pour en sortir, mais en vain; il appelle, mais sa voix est faible; et, cependant, s'il y reste, il est menacé de devenir la proie du chat sauvage » ; « Quand on jette à terre du riz pour les poulets, ils en sont tout à la fois effrayés et joyeux » ; « Nous ne sommes pas des poulets couvés en hiver, abattus et faibles, mais des oisons couvés en été (quand la nourriture est plus abondante), c'est pourquoi nous sommes forts et robustes ».
Il y a naturellement, dans les dictons malgaches, beaucoup d'allusions au coq et au chant du coq ; ainsi : « Un coq chante sur le marché ; ce n'est pas une marque de courage, mais un signe de regret pour le village qu'il a quitté » ; « Beaucoup de coqs s'accordent ensemble, chacun a envie de chanter » ; « Un ergot de coq est assez aigu, mais la pointe est tournée vers la terre » ; <.< Honoré comme le père d'une couvée, et becquetant encore des restes sous le pilon du riz » ; « Le coq a regret d'avoir des ailes, puisque le chat sauvage le prend facilement. »
Les Malgaches s'expriment ainsi pour parler d'une promesse qui n'est point accomplie : « N'imitez pas celui qui se lève de bonne heure comme la
poule, mais qui est encore à midi auprès du foyer » (c'est-à-dire qui est encore dans cette partie de la case indigène où les poules juchent, sans avoir commencé le travail promis). Et encore : « 11 est levé de bonne heure, comme une poule, mais il ne va pas loin ». La place réservée aux volailles dans la maison est indiquée dans le dicton suivant : « La poule ne commet pas une faute en vivant dans le coin, car c'est la partie de l'habitation qui lui est réservée ». Dans un autre, il y a un bon conseil pour les époux : « Que le mariage soit comme le plumage de la poule, c est-à-dire que la séparation n'ait lieu que par la mort ». Les idées superstitieuses des indigènes au sujet des tombes d'un Yazimba (les Yazimbas sont les premiers habitants de l'imerina) sont exposées de la façon suivante : « Si l'on marche sur le Yazimba, il faut en expiation couper la tète d'une poule ». On dit de celui qui prend beaucoup de peine pour arriver à de petits résultats : « 11 est inutile de chercher une hache pour découper une poule ». Le dernier exemple n'a pas besoin de commentaire : « Comme une queue de coq, dont la plus belle partie est la partie supérieure ».
Les Malgaches ont une fable qui explique la raison pour laquelle les poules grattent la terre et les milans jettent des cris en volant : « Une poule emprunta une aiguille à un milan: mais, comme elle la perdit, le uiilan lui déclara qu'il ne partirait pas avant de l'avoir. C'est pourquoi la poule ne cesse de gratter la terre, et que le milan emporte les poussins en compensation de son aiguille. Et, chaque printemps, le milan s'écrie : « Filoholiahoho » Ifiloko, mon aiguille ; akoho, poule!), réclamant son aiguille à la j)oule ».
Il y a deux ou trois proverbes sur les œufs : « Des œufs ne peuvent pas se battre avec des pierres » ; « Des œ^ufs non couvés ne deviendraient pas des poussins » ; « Les mots sont comme les œufs; une fois couvés, ils ont des ailes ».
Il y a plusieurs superstitions au sujet des œufs; ainsi, il est de bon augure qu'une poule ponde un œnif très gros; s'il est très petit, c'est mauvais signe; un œuf pondu sans coquille (atodimalemy) présage un malheur.
Nous terminerons ce chapitre par la citation de trois proverbes se rapportant aux oiseaux en général : « Ne vous désolez pas parce que vous n'avez pu attraper qu'un oiseau, et ne comptez pas sur l'oiseau quand il est encore dans l'air » ; « Les mots sont emportés par un oiseau dans son vol » ; « L'oiseau peut oublier le piège, mais le piège n'oublie pas l'oiseau ».
YII. — Pour terminer, nous citerons le passage du livre : la Vie des îles, où M. Alfred Wallace donne, dans le passage intitulé : « Hypothèse d'un continent lémurien fondée sur l'ornithologie de Madagascar », un aperçu résumant tout ce qui vient d'être dit sur les oiseaux de Madagascar. — Après avoir montré comment la distribution des manuuifères et des reptiles terrestres de Madagascar peut parfaitement s'expliquer par la supposition d'une union avec l'Afrique avant que la plus grande partie de sa faune actuelle n'y ait fait irruption, il nous reste à considérer pourquoi, selon l'opinion de quelques ornithologistes, la distribution et les affinités des oiseaux de cette